Chapitre 21
WE TRIED TRANSLATIONS
Traducteur : Ryuu
Relecteur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 21 : Entraînement et bilan
Boum.
Soudain, la foudre fendit le ciel et la pluie se mit à tomber à verse.
« Bon sang, ça casse l’ambiance. »
« Hmm. »
Rem et Ragna, qui s’étaient échauffés, détournèrent le regard l’un de l’autre. La bagarre était terminée. Ils cherchèrent un abri contre la pluie et entrèrent dans la tente. Le ciel était dégagé un instant plus tôt, mais le temps était devenu complètement fou.
C’était la fin de l’automne. Ce n’était pas la saison des averses soudaines. Une pluie aussi brusque sous un ciel dégagé était rare.
« Une averse soudaine. »
Kraiss fit cette remarque en observant la pluie et les éclairs. Enkrid leva lui aussi les yeux vers le ciel, repensant à ce qui s’était passé pendant son absence. Comme il s’y attendait, cette histoire de malédiction n’était que sottises.
« Ils vont sûrement dire que cette pluie est aussi une malédiction. »
« Peut-être. En tout cas, ces trois derniers jours, Bon est tombé et s’est cassé le nez, Jack s’est cassé le bras et Rot s’est fait mordre par un serpent. »
Tous trois faisaient partie de l’équipe de reconnaissance.
Bon était assez agile pour faire des saltos ; avec son armure, il avait eu de la chance de ne se casser que le nez. Jack était un vantard qui surestimait ses talents de lancier. Il s’était cassé le bras pendant un entraînement, et on pouvait parier que son adversaire avait voulu le lui briser. Quant à Rot, il manquait de prudence pour un membre de l’équipe de reconnaissance.
Ce n’était pas la saison où les serpents abondaient, mais cette plaine en était particulièrement infestée. Les trois incidents s’expliquaient donc facilement.
« Et à part ces trois-là, quelqu’un s’est aussi brûlé en touchant une marmite. »
Grands Yeux en parlait avec enthousiasme. Aurait-il tenu de tels propos s’il avait vraiment cru à la malédiction ? C’était juste un sujet de conversation.
« Il paraît aussi que la tente médicale a pris feu. Ah, vous y étiez, chef d’escouade, non ? Vous avez entendu quelque chose ? »
L’incendie de la tente était-il aussi censé être une malédiction ?
« Ouais, elle a bien brûlé. »
Kraiss s’arrêta au moment d’entrer dans la tente et tourna vivement la tête.
« Vous l’avez vu de vos propres yeux ? Le feu s’est déclaré d’un coup ? Ils disent qu’il y avait peut-être un espion. »
Oui et non.
C’est moi qui l’ai fait.
Enkrid avait mis le feu. Quant à l’espion, il y avait bien eu une embuscade, mais il était douteux que l’assaillant fût un soldat ennemi. Il ignorait encore la véritable identité de Crang, mais celui-ci semblait au moins être le fils illégitime d’un noble.
Alors, l’assaillant ne venait-il pas probablement de leur propre camp ?
Et que pouvait-on bien dire de ces histoires de malédiction ?
Le commandement ne tarderait pas à sévir contre ces rumeurs. Aucun commandant n’aimait les voir se répandre dans son unité.
« Hé, vous avez vu quelque chose ? »
Grands Yeux insista. Enkrid plongea le regard dans ses grands yeux et réfléchit.
Kraiss avait la langue trop bien pendue pour qu’on lui raconte tout. Et même s’il n’avait pas été comme ça, il n’y avait aucune raison de lui en parler. Enkrid avait décidé de garder le silence, et il s’y tiendrait.
« La tente où je me trouvais a pris feu. »
« Hein ? »
« Vous ne le saviez pas ? »
« Pas du tout. Alors, ce n’était pas une attaque ennemie ? Le feu s’est déclaré tout seul ? »
« La sentinelle somnolait et le vent a renversé le porte-torche. Il y avait justement un tonneau d’huile à côté. La tente a pris feu à cause de la torche renversée. »
Enkrid serra puis desserra le poing, imitant de la main les flammes qui se propageaient.
« Rien de spécial. »
« Ça ne vous inquiète pas d’avoir failli mourir ? »
« Je suis bien vivant, là. »
Était-ce de l’inquiétude, ou quoi ?
« Si vous n’étiez pas bien vivant, vous seriez un fantôme, non ? »
Rem intervint derrière lui en riant. Ce salaud plaisantait, là ?
« Le Seigneur dit : que les esprits reposent en paix. »
Le membre religieux de l’escouade procéda à un exorcisme avec ces paroles. Enkrid se dit que s’il était vraiment un fantôme, il trouverait ça désagréable à entendre.
« Seuls mes cheveux ont roussi. »
Ses mèches de devant avaient légèrement brûlé, alors il les avait coupées. La coupe grossière témoignait de son manque de talent.
« Avec tes cheveux noirs, ça ne se voit pas quand ils brûlent. »
Rem continua de rire.
« Alors, tes cheveux à toi, c’est de la cendre ? »
Rem avait les cheveux gris.
« Ah, comment tu l’as deviné ? Mes cheveux, c’est de la cendre. »
Ce type trouvait-il vraiment ça drôle ?
L’averse avait été soudaine, mais elle s’arrêta vite. La conversation ne dura pas longtemps. Dès que la pluie cessa, Kraiss s’en alla, disant qu’il avait quelque chose à faire. Enkrid s’allongea et s’endormit au son des gouttes qui tambourinaient contre le bord de la tente.
Il fit une délicieuse sieste. À son réveil, son mal de tête avait disparu. La fatigue aussi. Enkrid se leva et fit pivoter son bassin d’un côté puis de l’autre. Il n’avait plus mal au flanc.
Bien. Il se sentait en pleine forme.
La tente était vide. En tendant l’oreille, il entendit des gens passer dehors et un soldat ronchonner sous la tente voisine.
« C’est quoi, cette pluie qui s’arrête et qui reprend ? »
Enkrid écarta le pan de la tente et sortit. Les membres de l’escouade étaient éparpillés devant, occupés à leur temps libre. Il n’était pas étonnant que Jaxon et Kraiss soient introuvables. Les autres étaient là. Enkrid s’approcha de Rem, qui gribouillait sur le sol mouillé.
« On dirait que tu n’as rien à faire. »
« Ah bon ? C’est vrai. Je me demandais justement à qui fracasser le crâne pour passer le temps. »
Chercher querelle aux membres de l’escouade était l’une des spécialités de Rem. Quand la bagarre qu’il avait provoquée dégénérait, il prenait plaisir à rouer son adversaire de coups. Il s’était un peu calmé depuis l’arrivée d’Enkrid, mais n’avait pas tout à fait renoncé à cette habitude.
« Alors, entraîne-toi avec moi. »
« M’entraîner ? »
« Oui, un combat d’entraînement. »
Rem hocha la tête sans hésiter. Cela s’était déjà produit d’innombrables fois. Enkrid lui demandait régulièrement de s’entraîner avec lui.
« D’accord. »
Tous deux se dirigèrent vers le terrain vague derrière la tente. Avec ce temps de fou, il n’y avait personne dans les environs. Et même s’il y en avait eu, personne n’y aurait prêté attention. Enkrid et Rem se firent face, séparés par dix pas.
Rem sourit et fit tourner son poignet. À chacun de ses mouvements, la lame fraîchement aiguisée de sa hache reflétait la lumière du soleil.
La pluie avait beau être tombée, le ciel était à présent dégagé. L’air était humide et l’odeur de la terre emplissait les environs. Le sol était souple sans être boueux, légèrement détrempé mais ferme sous les pieds. Les nuages tamisaient suffisamment le soleil pour qu’il ne soit pas éblouissant.
« La journée idéale pour se battre. »
« Ah oui ? »
Enkrid répondit en éveillant le Cœur de la Bête. Il s’efforçait de ne pas perdre de temps, à force de revivre sans cesse la même journée. Cela comprenait l’entraînement physique et les exercices d’écoute. Il faisait aussi travailler son esprit.
L’Épée de mercenaire du Style de Vallen ne marche pas.
À force de s’être entraîné d’innombrables fois avec Rem tout en travaillant son estoc, il le savait. L’Escrime à l’épée de mercenaire du Style de Vallen ne servait à rien contre Rem.
Alors, que faire ?
En tenant compte de son arme, de la pression exercée par son adversaire et de ses expériences passées.
Quelle attaque serait efficace ?
Comment porter un coup efficace ? Le moment était venu de mettre à l’épreuve les réponses à ces questions qu’il se posait sans cesse.
Frouf.
Rem avança. Ses pas étaient assurés, sans la moindre hésitation. Enkrid le remarqua.
« C’est à moi d’attaquer en premier ? »
Au lieu de répondre, Enkrid accorda sa respiration à celle de son adversaire.
Inspirer, expirer. La respiration de Rem était lente et profonde. Au milieu d’une longue expiration, Enkrid combla l’écart d’un seul mouvement. Il prit appui sur son pied arrière et bondit en avant.
Fouish !
Il balança son épée à l’horizontale. Rem se cambra en arrière, presque couché pour esquiver. Il ne pouvait réussir cette feinte qu’en évaluant avec précision la portée du coup. Même à moitié allongé, il ne quittait pas Enkrid des yeux. À cette vue, Enkrid ramena aussitôt son épée pour se protéger.
Fouish.
Pan !
La hache fendit l’air et frappa la lame de l’épée. Le choc ne fut pas violent. Aussi fort fût-il, Rem frappait depuis une position allongée.
Dans cette position…
Fouish, fouish !
La hache s’abattit encore et encore.
Pan ! Pan ! Clang !
Enkrid tint son épée à deux mains et para sans relâche. Il tenta de profiter d’une pause pour ajuster sa posture et attaquer, mais Rem ne s’arrêta pas. Enkrid avait l’impression de se tenir sous une guillotine. La tempête de coups prit fin lorsque Rem se redressa complètement. Une ouverture se présenta, mais Enkrid ne recula pas. Il ne réajusta pas sa posture.
Rem se redressa et ramena le bras en arrière. Enkrid, au lieu de reculer pour reprendre son souffle,
Clac !
Avança et porta une estocade, un mouvement qu’il avait répété d’innombrables fois. Il prolongea sa garde en tendant la lame pour transpercer son adversaire.
Tout se passa en un instant.
Alors qu’il visait la taille de Rem, le ciel bleu et le visage de celui-ci se superposèrent dans le champ de vision d’Enkrid.
Hein ?
Enkrid vit le visage de Rem à l’envers.
Fouish.
Au moment où il portait son estocade, Rem lui donna un coup de pied à la cheville. Il avait pris sa décision en une fraction de seconde. L’épée manqua sa cible. Rem ne balança pas sa hache : il la laissa tomber, saisit Enkrid par le col et le projeta sur le côté.
« Ouf ! »
En roulant sur le côté, Enkrid comprit vite comment il avait été vaincu. C’était une feinte. Il avait calé son attaque sur le mouvement de recul de la hache.
Rem avait retourné sa manœuvre contre lui.
« Haa… »
Étendu de tout son long, Enkrid secoua la tête. Quelle force incroyable. Il ne se croyait pas facile à surpasser en force, pourtant Rem pouvait projeter quelqu’un d’une seule main. Même sans armure, Enkrid était relativement léger, mais la force de Rem restait impressionnante. En relevant la tête, il aperçut le visage de celui-ci.
Son expression était étrange. D’ordinaire, Rem riait tout au long de leurs combats d’entraînement.
Mais pas cette fois.
Il avait les lèvres serrées et le visage calme. Il ne souriait pas.
« Tss, t’as mangé un truc bon dans mon dos ? »
Rem posa la question d’un ton sérieux. À bien y réfléchir, sa réaction était naturelle. Il ne se souviendrait pas l’avoir aidé à travailler son estoc. Après tout, il l’avait simplement affecté au service des repas pour échapper à ce premier « aujourd’hui ».
« Je me le suis déjà dit, mais tu as énormément progressé. Surtout, ton estoc. C’était bien. Vraiment pas mal. »
« Vraiment ? »
« Oui. Je ne fais pas de compliments en l’air. »
« Difficile à croire. »
Enkrid ricana, sachant que Rem racontait toujours n’importe quoi.
« C’est vrai. »
« D’accord. Alors, faisons le bilan. »
« … Le chef d’escouade est vraiment incapable de changer. Tu ne changes jamais ? »
Faire le bilan après un combat d’entraînement. C’était aussi une habitude. Même pour les détails les plus insignifiants, Enkrid pressait son partenaire d’entraînement de lui donner son avis. Il voulait apprendre et maîtriser jusqu’aux plus petites choses. Bien souvent, son adversaire n’avait rien à lui dire. Il ne pouvait le conseiller que si ses compétences progressaient. Jusqu’ici, c’était toujours ainsi. Alors, après leurs combats, Rem lui disait souvent : « Prends un peu de cran. »
On aurait dit que cela ne servait à rien, mais ce n’était pas le cas. Rem connaissait les limites des gens sans talent. Pour survivre, il lui enseignait ce dont il avait besoin. C’était aussi pour cette raison qu’il lui avait appris le Cœur de la Bête.
Mais maintenant ?
Beaucoup de choses avaient changé.
Le fait que Rem ait tant à lui dire après ce combat le prouvait.
« D’abord, tu as trop clairement montré que tu attendais mon coup de hache. Même si je ne tombe pas facilement dans le panneau, tu pourrais au moins essayer de me tromper, non ? »
Rem se lança. Enkrid hocha la tête. Comme toujours, il l’écoutait attentivement. À cette vue, Rem eut un petit rire.
Il commençait toujours par les points essentiels avant de passer aux détails. C’était la méthode de Rem. Enkrid écouta soigneusement chacune de ses paroles.
Il n’y eut pas de bataille pendant trois jours ; durant cette période, Enkrid s’entraîna encore trois fois avec Rem.
« Tu devrais muscler le bas de ton corps. Tu manques d’équilibre. »
Rem racontait généralement n’importe quoi, mais il savait viser juste. Enkrid médita ses paroles et les examina sous tous les angles. Puis il se remit à s’entraîner avec application. Il le faisait même pendant son temps libre.
Chacun occupait son temps libre à sa manière. Certains écrivaient des lettres. D’autres préféraient se reposer. Enkrid consacrait tout à la pratique et à l’entraînement, sauf le temps réservé aux repas et au sommeil. N’importe qui aurait trouvé ça excessif.
Mais pour lui, c’était paisible.
Il éprouvait une immense satisfaction à progresser jour après jour. Grâce à cela, la douleur croissante de ses exercices physiques ne le dérangeait pas.
« Quel acharné. Il s’entraîne dès son retour de la tente médicale. »
« Il était calme ces derniers temps, mais le voilà reparti de plus belle. »
« Si je m’entraînais comme lui, j’atteindrais au moins le seuil de la chevalerie. »
« Hein ? Pourquoi tu racontes des conneries ? »
Il se concentrait sur son entraînement et sur son ouïe. À force de tendre l’oreille tandis que ses muscles hurlaient, la douleur s’estompait. Enkrid entendit deux soldats d’une tente voisine bavarder. Ils appartenaient au même peloton, mais il se sentait loin d’eux : ils étaient de la 3e escouade. Il tendit ensuite l’oreille plus loin encore.
Il essayait de deviner les mouvements des gens en écoutant le froissement de leurs vêtements derrière lui. Il tentait de reconnaître ceux qui approchaient au bruit de leurs pas. Il se trompait une fois sur deux, mais il savait distinguer les pas familiers. Légers et rapides, ils résonnaient sur le sol avec entrain.
Grands Yeux.
Il avait vu juste.
« Encore en train de t’entraîner ? C’est flippant. Flippant. »
Kraiss s’approcha et lança ces mots. Enkrid l’ignora.
À force de répéter ses flexions, ses jambes se mirent à trembler. La sueur ruisselait de son crâne et s’accumulait au-dessus de ses sourcils. Après les caprices du temps, le ciel s’était éclairci et la brise sèche avait repris son cours normal. Suer à grosses gouttes par un temps pareil ne semblait pas normal. Surtout sur un champ de bataille.
S’entraîner dans un endroit où le combat pouvait éclater à tout moment. Pourtant, tout le monde l’acceptait. Enkrid ne se comportait pas ainsi depuis un jour ou deux seulement. C’était devenu leur routine.
« C’est pas dur ? Comment tu fais ça tous les jours ? »
demanda Kraiss en s’asseyant pour mâcher un morceau de viande séchée plate. Une goutte de sueur lui coula du front, glissa sur son nez et tomba au sol. Une douleur sourde lui déferla dans les cuisses. Ses muscles tremblaient et la nausée montait. Il avait atteint ses limites.
Enkrid s’assit, trempé de sueur. Les yeux fermés, il sentit la brise fraîche caresser son front et ses oreilles humides. L’entraînement du jour était terminé. Sur cette pensée, il profita de la brise.
Il entendit des pas lourds approcher. Ils s’arrêtèrent derrière lui.
« Tu travailles toujours aussi dur, à ce que je vois. »
Il pencha la tête en arrière pour voir qui venait de parler. Une longue ombre s’étendait sur son visage. À contre-jour, les traits étaient indistincts, mais il aperçut un homme à la barbe touffue.
« On peut parler ? »
C’était le chef du 4e peloton.
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