Chapitre 203
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 203 : Au cœur de la Farce du Dieu de l’Été
= = =
Après avoir revêtu les vêtements de personnes entrant par la porte,
Enkrid repartit droit vers l’extérieur.
« Hé ! Où crois-tu aller ? »
Un soldat qui aidait les habitants à longer le mur lui cria dessus. Enkrid releva le vieux chapeau à larges bords qui lui couvrait la tête. Le soldat qui l’avait interpellé croisa son regard.
Ces yeux bleu clair, et le nez et les lèvres qui se dessinaient en dessous. Il n’était pas difficile de le reconnaître.
« Je vais me promener. »
« Capitaine Enkrid ? »
De nos jours, rares étaient ceux, en ville, qui ne connaissaient pas son visage.
« Chut. »
Enkrid posa un doigt devant son nez pour lui faire signe de se taire, puis franchit la porte.
Il avait laissé Kraiss derrière lui. Ce salaud ne servait à rien dans un affrontement de face.
À contre-courant des habitants qui affluaient vers l’intérieur, il se faisait forcément un peu remarquer.
On aurait dit un poisson remontant le courant.
Il s’en fichait.
Qu’importait si ses alliés le voyaient.
L’essentiel, c’était que l’ennemi ne le voie pas. Il était encore trop tôt pour apparaître dans le champ de vision des éclaireurs adverses. C’était donc le moment idéal pour se faufiler dehors et se cacher.
« Allons-y. »
Enkrid prononça ces mots et se mit à courir.
« Une embuscade ? »
Finn courait à ses côtés.
« Ouais. »
Finn ne protesta pas. Elle ne demanda pas non plus comment moins de dix personnes comptaient s’y prendre pour tendre une embuscade.
Elle le savait.
Elle avait passé du temps avec Audin et appris assez de choses.
Tous les membres de la Compagnie des Fous étaient des monstres.
Enkrid compris.
* * *
Marcus se tenait sur le chemin de ronde, se caressant la barbe, quand le lieutenant qui l’avait accompagné depuis le royaume lui demanda :
« Tout se passera bien ? »
Il ne doutait pas de la force d’Enkrid. Il lui faisait confiance. Mais la confiance et les apparences étaient deux choses différentes, et vu de l’extérieur, la situation semblait dangereuse.
C’était pour cette raison qu’ils avaient prévu une solution de repli.
« Aucune idée. Moi non plus. »
« Alors pourquoi souriez-vous, monsieur ? »
Le lieutenant ne décelait ni inquiétude ni préoccupation sur le visage de Marcus. Cela seul avait de quoi surprendre.
C’était la première fois qu’il voyait Marcus parler avec autant de passion, et la première fois qu’il le voyait sourire ainsi.
« Non. Je l’ai déjà vu quelques fois. »
Quand Marcus trouvait des feuilles de thé à son goût et les remportait aux enchères, il arborait le même sourire.
Le sourire d’un homme qui venait de dénicher quelque chose de vraiment rare et n’avait plus qu’à en profiter.
« Je ne sais pas comment ça va se passer, mais ça promet d’être intéressant. »
Marcus n’était pas du genre à considérer la bataille comme un divertissement. S’il disait cela, il avait ses raisons.
Le lieutenant comprit que les attentes de Marcus à l’égard du commandant de compagnie Enkrid n’avaient rien d’ordinaire.
Cela ressemblait moins à de l’espoir qu’à de l’amusement.
« Les Forces sans insigne sont probablement les Forces du vicomte Bantara. Le comte Molsen a peut-être aussi envoyé des hommes. »
Le lieutenant marqua une pause.
Molsen avait pour surnom « le collectionneur de talents ». Il comptait de nombreux hommes de valeur dans ses rangs.
Marcus s’y attendait. Ils dissimulaient leurs insignes parce qu’ils ne pouvaient pas intervenir ouvertement.
Le comte Molsen voulait découper les Gardes-frontières et en dévorer sa part, lui aussi.
Ce qui signifiait des ennuis. Un gros loup venait de se joindre à la partie.
Et Molsen était un salaud rusé, capable de tout.
Marcus ne s’accrochait pas à ce qui lui échappait. De toute façon, ils ne pouvaient pas demander de renforts au centre. Et s’il s’agissait d’un pari, autant tout miser sur la seule carte en laquelle il avait confiance.
S’il ne considérait même pas cela comme un pari, cela en disait long.
« Alors, pourquoi le commandant de compagnie indépendante n’est-il pas encore là-haut ? »
Marcus posa la question. Tous les commandants devaient se rassembler sur le chemin de ronde, mais Enkrid était le seul absent.
« Là-bas. »
Le commandant de compagnie elfe, qui avait l’œil perçant, désigna l’endroit au moment même où Marcus parlait.
Au pied du mur, les habitants qui travaillaient à l’extérieur, aux champs ou à d’autres tâches de soutien, rentraient. Et à contre-courant, plusieurs personnes s’éloignaient.
Même s’il se dissimulait bien, la taille d’Audin était difficile à cacher.
Bien sûr, le commandant de compagnie elfe avait reconnu Enkrid.
« Il sort. »
Marcus n’avait toujours donné aucun ordre direct. Il s’était contenté de lui accorder toute latitude.
« … Ha. »
Marcus laissa échapper un petit son admiratif. Il devinait à peu près ce qu’Enkrid cherchait à faire.
Et si ça marchait, le commandement ennemi se retrouverait avec un sérieux casse-tête dès le début.
Son sourire ne le quittait pas.
* * *
Le commandant de Martai s’appelait Olf.
Il voulait qu’on l’appelle général, et il avait les compétences nécessaires pour le justifier. Il possédait une force personnelle et s’était illustré en tant que commandant.
Tous ses lieutenants l’appelaient général.
Le maire des Gardes-frontières était surnommé « le commandant de bataillon », tandis que celui de Martai portait le surnom de « général ».
Enfin, chacun pouvait bien se donner le titre qu’il voulait.
« Général, nous sommes prêts. »
« Les mangonneaux ? »
« Huit en tout. Aucun, aucun problème. »
Un mangonneau était une catapulte manœuvrée par six hommes qui lançait des pierres.
Il avait l’avantage d’être mobile et de ne nécessiter aucun temps d’installation.
Moins puissant qu’un trébuchet, il était toutefois plus facile à utiliser.
Monté sur roues, c’était en somme une pièce d’artillerie de siège mobile.
Un trébuchet, lui, devait être installé à part.
Olf jugeait que huit mangonneaux suffiraient largement.
Et les Forces sans insigne leur prêtaient aussi main-forte.
Leur commandant s’approcha.
« Pas besoin de faire traîner les choses, hein ? »
Olf ne connaissait ni son nom ni son visage. C’était un homme aux yeux bruns, affublé d’une moustache mal entretenue.
Il avait peut-être la trentaine, tout au plus.
L’homme était poli, mais ne semblait pas respecter Olf en personne.
Cela dit, un homme venu jusqu’ici devait bien avoir quelque chose sur quoi s’appuyer.
Olf s’en moquait.
C’était l’un des commandants des Forces du vicomte Bantara. Il ne semblait même pas intéressé par le commandement, mais ce n’était pas le problème d’Olf.
Mieux valait se concentrer sur le champ de bataille que gaspiller son attention avec ces bêtises.
Inutile de se perdre en pensées parasites. Autant évaluer les forces ennemies.
Olf garda donc l’œil sur ceux qui s’étaient fait un nom lors des batailles précédentes.
Par chance, ou par malchance, les Forces du vicomte Bantara avaient deux commandants.
Au moins, le second était quelqu’un avec qui l’on pouvait discuter.
En pratique, c’était d’ailleurs ce second commandant qui dirigeait la plupart des troupes.
Il avait dit un jour :
« Enkrid ? Ah, ce salaud ? La moitié de ce qu’il raconte, c’est du bluff. Il se vante d’exploits impossibles. Si je le croise sur le champ de bataille, je lui percerai la gorge. »
La fine rapière à sa taille donnait du poids à ses paroles.
Olf avait acquiescé.
Après tout, ils étaient alliés dans cette bataille.
Ils restaient néanmoins des hommes étranges.
Le premier commandant, l’air ennuyé, se contentait de suivre le mouvement et disait de temps à autre aux hommes de se dépêcher.
« Qu’importe. »
La victoire était déjà acquise sur ce champ de bataille, et c’était lui qui la mènerait.
Il engloutirait les Gardes-frontières et ferait de cette région une nouvelle tête de pont orientale.
Sa grande ambition prenait son envol.
À peu près à ce moment-là, de fines gouttes de pluie se mirent à tomber.
De la pluie sous un ciel dégagé.
La Farce du Dieu de l’Été.
Olf était à cheval à l’arrière du champ de bataille.
Devant lui, à l’extérieur du mur des Gardes-frontières, s’étendaient plusieurs maisons.
Les demeures désertées par leurs habitants étaient silencieuses.
Les mangonneaux roulaient sur la route bien dégagée, qui passait naturellement entre les maisons.
Voir les catapultes avancer en file dans ces passages était rassurant.
Ils devaient se dépêcher avant que cette pluie fine ne transforme le sol en bourbier.
« Dépêchez-vous. »
À l’ordre d’Olf, les soldats accélérèrent.
* * *
On appelait Farce du Dieu de l’Été la pluie qui tombait sous un ciel dégagé.
Une sorte de superstition.
Il n’existait pas de dieux propres à chaque saison.
Même si chaque région lui donnait son propre nom.
À l’ouest, on appelait ça une erreur de chaman, ou quelque chose du genre.
Enkrid avait entendu Rem le dire un jour, alors qu’ils observaient ce genre de pluie.
Enkrid n’était pas particulièrement tendu.
Il se concentrait simplement sur ce qu’il avait à faire.
Cela ne voulait pas dire qu’il comptait faire les choses à moitié.
« Le dieu de l’été nous aiderait-il ? »
La pluie arrivait au moment idéal et réduisait légèrement la visibilité.
Des conditions favorables pour ceux qui se cachaient.
Il n’était pas difficile de deviner l’itinéraire de l’ennemi.
L’expérience rendait la chose évidente. Avec des catapultes, ils emprunteraient les routes bien dégagées entre les maisons.
Il avait vu juste. Tout ce qui avait des roues avait besoin d’une vraie route.
Grondement.
Bientôt, il entendit des roues rouler.
Il ouvrit la porte d’une maison en terre et en bois et se cacha derrière.
Audin était trop grand pour se dissimuler ainsi ; il resta donc à l’intérieur de la maison.
De l’autre côté de la rue, près de la porte d’une maison, se tenaient Rem, Ragna et Dunbakel.
De ce côté-ci, Enkrid, Jaxon et Audin.
Finn était un peu plus loin derrière.
« Détruire les catapultes, puis décrocher. »
Enkrid s’appuyait sur son expérience passée. Inutile de tout brûler au cours d’un seul combat.
Ils pouvaient les grignoter petit à petit.
Ce n’était pas une doctrine tirée des manuels de stratégie.
Il avait simplement appliqué ce qu’il avait appris en combattant les gnolls, et ça avait plutôt bien marché.
« Ça m’a l’air bien. »
Kraiss hocha lui aussi la tête.
Ça suffirait.
Enkrid resta derrière la porte et regarda passer un mangonneau en cahotant.
« Putain, maintenant il pleut. »
Un soldat ennemi qui poussait le mangonneau maugréa, puis croisa le regard d’Enkrid. Celui-ci répondit d’un ton calme :
« Audin, détruis-le. »
Les yeux du soldat s’écarquillèrent. Il venait à peine d’ouvrir la bouche, stupéfait.
Fouet, toc !
Un couteau lancé par Jaxon se planta dans le front de l’homme.
Frappé au front, le soldat rebondit contre la catapulte et s’effondra. Ses membres se détendirent tandis qu’il s’affalait au sol comme une vieille poupée de bois.
« À l’embuscade ! »
Plus de dix hommes tiraient cette catapulte. Il ne pouvait pas faire taire toutes les bouches.
Enkrid jaillit à son tour. Il frappa le sol du pied, tira son épée et visa trois points en un seul mouvement fluide.
Une estocade rapide vers la diagonale gauche, un coup sec qui entra et ressortit, puis une attaque droit devant et, pour finir, un coup vers la diagonale droite.
Trois estocades, trois morts.
« Ghk ! »
« Kk ! »
« Aaaah ! »
Trois cris éclatèrent à la fois. Le premier homme fut transpercé par la bouche.
Le deuxième reçut le coup dans la gorge.
Le troisième, frappé de toutes ses forces, eut son armure de cuir traversée et le cœur perforé.
Habileté et technique, précision et puissance : tout était parfaitement équilibré.
Audin se rua dans l’ouverture. Il déboula avec fracas, fracassant un mur, et les soldats ennemis paniquèrent de plus belle.
« Aaaah ! »
« Qu’est-ce que c’est que ça ? »
« … Gkh ! »
Les gens produisaient toutes sortes de sons quand ils paniquaient.
Audin se posta à côté de la catapulte, l’empoigna de la main gauche, ramena son poing droit et frappa.
Enkrid reconnut dans ce mouvement un mélange de techniques martiales à la Valaf.
Le pied gauche glissa vers l’avant et s’ancrant au sol, puis le mouvement pivota par la cheville, le genou et la taille. Le poing qui suivit ressemblait à un boulet de canon.
Boum !
Le coup de poing explosa dans un fracas de tonnerre au cœur de la Farce du Dieu de l’Été.
L’eau de pluie gicla dans toutes les directions.
Crac !
Un mangonneau n’était pas une machine délicate. Sa force résidait dans sa robustesse et sa simplicité. Cela ne signifiait pas pour autant que sa charnière, son déclencheur et ses roues étaient sans importance.
Toute arme constituée de plusieurs pièces avait des points faibles évidents.
Audin ne se souciait pas de ces détails.
Il fracassa du poing la grosse poutre de bois qui soutenait l’armature, la faisant éclater en morceaux. Des échardes volèrent dans la pluie.
Il détruisit une catapulte en quelques coups de poing.
Cela dépassait la simple force brute.
Un ogre ou un géant en serait-il seulement capable ?
Même Grenouille aurait du mal à y parvenir.
« Bénis ce humble serviteur ! »
Tout en démolissant à mains nues des armes de siège.
Enkrid admira une nouvelle fois sa dévotion.
Une scène similaire se déroulait de l’autre côté.
Là-bas, Rem jouait le rôle d’Audin.
Sa hache fracassait le panier du mangonneau et tranchait toutes les cordes du mécanisme de tir.
Ragna avançait tranquillement, tailladant, tranchant et poignardant les soldats ennemis qui se jetaient sur lui.
« Formez les rangs ! Ne foncez pas tête baissée ! »
Un commandant des catapultes cria ces ordres.
Ils avaient perdu les deux premières machines, mais ne pouvaient pas se laisser faire ainsi.
Le plan consistait à se replier, se regrouper et contre-attaquer.
Sur cette pensée, le commandant ouvrit la bouche pour donner ses ordres.
« Grruuh… ? »
Mais ses pensées ne se transformèrent jamais en paroles.
Enkrid vit une ombre se dresser derrière lui.
C’était Jaxon. Il trancha la gorge du commandant par-derrière avec un poignard, jeta le corps sur le côté, puis planta sa lame dans un soldat près d’une machine de siège à l’arrière.
Esquiver et frapper. Des gestes simples, et le nombre de morts augmentait.
Audin ignorait les soldats et continuait à détruire les machines.
Boum ! Boum !
Des coups lourds résonnèrent les uns après les autres.
Tous les regards se tournèrent naturellement vers Audin. Pendant ce bref instant de distraction, Jaxon disparut de nouveau.
Il ne restait plus que ça.
« Ghk ! »
« Repliez-vous, repliez-vous ! »
Une ombre trancha la gorge de ceux qui criaient. Accélération fulgurante, poignard : Jaxon élimina les hommes qui tentaient de rétablir l’ordre.
Enkrid trouva la scène familière et balança de nouveau son épée.
Des ennemis se pressaient également devant lui.
Dunbakel restait aux côtés de Ragna et ne s’occupait que des ennemis qui s’approchaient.
Finn avait gardé ses distances depuis le début et s’était postée dans la maison à l’arrière.
Son rôle était de surveiller l’ensemble du champ de bataille depuis l’arrière, pas de se jeter directement dans la mêlée.
C’était naturellement l’ordre d’Enkrid.
Ils avançaient en poussant l’ennemi devant eux. Détruire les huit machines alignées ne fut pas difficile.
Un soldat se rua sur Audin pour l’arrêter. Celui-ci l’attrapa de sa force brute, le jeta sur le côté et chargea.
Boum !
Il percuta une machine de siège de l’épaule et la renversa sur le flanc.
C’était absurde, mais cela venait de se produire sous leurs yeux.
Il leur fallut à peine plus de dix minutes pour détruire les huit machines.
La Farce du Dieu de l’Été était brève par nature.
Au cours de cette courte farce, Martai perdit ses huit machines de siège.
Fiiiiii !
Finn souffla dans le sifflet qu’ils avaient préparé. Le gros des forces ennemies commençait à avancer. Au signal de l’éclaireuse à l’œil perçant, Enkrid battit en retraite.
Les autres le suivirent.
Dunbakel partit la première. À la vue de la femme-bête qui détalait, tous se replièrent.
Avant même le début de la véritable bataille, avant que quiconque se mette à crier aux assiégés de se rendre devant le mur,
Martai avait déjà perdu ses machines de siège, et les soldats des Gardes-frontières, dont les épaules s’étaient raidies sous la pression du nombre ennemi, purent enfin respirer.
Enkrid se retourna et courut. S’ils parvenaient à s’en sortir sans encombre, la mission serait un succès.
Puis Enkrid s’arrêta brusquement en pleine course.
« Qu’est-ce que tu fais ? »
Rem s’en aperçut et lui lança la question. Au lieu de répondre, Enkrid fit volte-face.
Il vit les troupes ennemies arrêtées derrière eux.
Certains ne comprenaient toujours pas ce qui s’était passé. D’autres les fixaient d’un air absent. Quelques-uns criaient de les poursuivre. Certains les dévisageaient, les yeux écarquillés. D’autres baissaient les yeux sur les morts, le regard vide de stupeur.
Qu’est-ce qui leur avait fait ça ?
Qu’est-ce qui avait cloué leurs pieds au sol ?
Une chaleur monta de son bas-ventre jusqu’à sa gorge.
« Tu viens ou pas ? »
Finn haussa la voix. Tous fixaient le dos de leur capitaine, se demandant ce qu’il faisait.
Enkrid, lui, avait simplement envie de le faire.
Il voulait cracher cette chaleur qui montait en lui.
« Je m’appelle Enkrid. »
Il resta là et donna son nom.
« Si vous battez en retraite maintenant, vous vivrez. »
Puis il éleva la voix, calme et claire.
Ce n’était ni un rugissement ni un hurlement. Sa voix résonnait avec mesure. Pourtant, elle se propageait loin, profondément, dans toutes les directions.
Les soldats des premiers rangs ennemis fixèrent Enkrid. Des dizaines, des centaines de paires d’yeux. Enkrid soutint leur regard sans ciller.
Il osait.
Une soudaine explosion d’audace, un esprit qui s’élançait sans retenue.
Alors il prit la parole.
Une déclaration de guerre, un avertissement et son nom, tout à la fois.
Tous les regards convergèrent vers lui, attirés par cet acte d’une audace sans précédent.
« Il est fou. »
Rem le dit, mais pour les soldats alliés qui regardaient, la scène était grisante.
Ouah !
Bien sûr, les acclamations redoublèrent.
Il fallait du cran pour s’arrêter face à plus de mille ennemis.
Et du culot pour leur crier ça en pleine face.
On aurait dit le héros d’une histoire.
« Reprends tes esprits. T’as pris de la drogue ou quoi ? »
Et, derrière lui, Rem continua à l’ouvrir.
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