Chapitre 195
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 195 : Débrouille-toi (3)
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À peine Enkrid fut-il parti que Marcus fit discrètement appeler le capitaine de l’Unité de défense de la frontière.
« Les préparatifs sont terminés ? »
Marcus lui posa la question, affalé dans son fauteuil, mais ses yeux étaient ceux d’un prédateur à l’affût de sa proie.
« Ce sont des hommes qui ont l’habitude de ce genre de travail. »
« Bien. Alors, on procède comme prévu. »
« Vous n’allez pas prévenir le commandant de compagnie indépendante ? »
« Je lui ai déjà laissé entendre quelque chose. »
Un simple indice, rien de plus, mais il s’occuperait du reste.
Inutile de l’embarrasser en lui disant clairement qu’ils allaient tuer un noble, de toute façon.
Voilà ce que Marcus avait en tête.
Prendre ce noble salaud qui avait empoché l’or des Lames Noires et le faire tourner en bourrique.
Ils emmenaient aussi un prisonnier, non ?
Ils pourraient faire ce qu’ils voulaient du Bête magique capturé.
Autrement dit, il avait compris les intentions de Marcus.
Pas besoin de lui expliquer davantage.
Un sacré cinglé, capable de satisfaire ce fou furieux sans jamais être en reste côté compétences.
Combien d’hommes comme lui y avait-il dans l’unité ?
Marcus l’avait élevé au rang de commandant de compagnie indépendante, mais il n’était toujours pas pleinement reconnu. On le considérait donc comme inférieur au commandant de la 1re compagnie ou au capitaine de l’Unité de défense de la frontière. Pourtant, en matière de compétence, il inspirait davantage confiance que n’importe qui.
C’était donc le choix parfait.
En outre, Marcus avait envoyé Enkrid en mission avec une sorte d’impatience qu’il ne parvenait pas à expliquer.
Non, ce n’était pas tout. Il avait bien d’autres raisons.
Marcus voulait aussi dissimuler les capacités d’Enkrid.
Même s’il restait dans l’unité, personne n’allait soudainement acquérir une vue assez perçante pour tout remarquer. Mais mieux valait rester prudent.
Ces salauds de Martai n’arrêtaient pas d’envoyer des espions. Marcus avait donc plusieurs raisons de le tenir à l’écart des regards.
Il ne voulait vraiment pas que leur force se dévoile au travers d’exploits inutiles.
Un pilier d’une petite troupe d’élite, un combattant remarquable, capable en plus de commander. Obsédé par l’entraînement, mais pas mauvais bougre, à en juger par ses actes.
Et il savait même ménager les nobles mesquins.
C’était quelque chose.
Pas étonnant qu’il fût un talent si convoité.
Mais surtout, c’était lui qui avait allumé un feu dans la poitrine de Marcus.
Ces derniers temps, Marcus vivait pour la première fois depuis des années avec une véritable énergie.
Il ne répétait plus des journées vides : il vivait pour saisir quelque chose de nouveau.
Il en était fou de joie.
Malgré cette excitation qui bouillonnait en lui, Marcus garda le visage grave et se concentra en silence sur son travail.
Un travail qui ne correspondait guère au surnom qu’il s’était donné : le Fou de guerre.
Cela avait toujours été ainsi. Le Fou de guerre n’était qu’un masque.
Un masque destiné à tromper l’adversaire.
En vérité, Marcus n’avait pas de talent particulier pour le combat ou la guerre.
Il le savait lui-même.
Mais manquer de talent ne signifiait pas qu’il en était incapable.
Marcus savait se servir ouvertement des gens. Il savait leur faire confiance. Il plaçait ses hommes là où ils comptaient.
Le commandant de la 1re compagnie, le capitaine de l’Unité de défense de la frontière, le commandant de compagnie elfe, et Enkrid aussi.
Il avait une main pleine de jokers. Et même des as.
Avec autant de cartes à jouer, prendre les jetons au salaud d’en face était plus facile qu’il n’y paraissait.
Pas besoin de nouer des intrigues complexes : Marcus avançait simplement, droit au but.
Il n’avait qu’à attendre le moment où il surprendrait son adversaire.
Qu’est-ce que ces Bandits des Lames Noires venaient donc fouiner, le museau toujours fourré partout ?
Ces salauds de Bêtes magiques.
Une Bête magique lorgnait la ville qu’il devait protéger, la bave aux lèvres.
Allait-il vraiment laisser une telle créature tranquille ?
« Bien. »
Le capitaine de l’Unité de défense de la frontière salua. Marcus s’adressa alors à son dos.
« Tuez-les tous. »
« Bien sûr. »
La Garde-frontière était une ville fortifiée et une ville militaire.
Elle avait versé le sang dans les guerres féroces contre Azpen.
S’ils venaient y tenter leur chance à la légère, il était temps de leur infliger le châtiment qu’ils méritaient.
* * *
« Vous n’avez même pas la force d’une escouade : vous n’êtes que trois ? »
Dès que le baronnet Bansento vit Enkrid, Rem et Ragna, il leur lança un regard mauvais et les injuria.
« Un roturier et deux barbares ? Quelle bande de rebuts. Vous puez. Ne vous approchez pas de moi. »
Ce furent ses premiers mots, juste devant la porte de la ville qu’ils gardaient.
Rem referma doucement la main sur le manche de sa hache.
Enkrid tendit la main droite et lui saisit le poignet.
De l’autre, il appuya sur la cuisse gauche de Ragna.
Il secoua la tête à l’intention des deux hommes.
« Quoi ? Vous osez vous présenter devant un noble sans même lui témoigner le respect qui convient ! »
Bansento semblait supplier le ciel de les voir le tuer au plus vite. Il le priait de tout son cœur.
Enkrid s’y était attendu, dans une certaine mesure. Il lui fut donc facile de gérer la situation.
« Oui, monsieur. »
Il le salua militairement, puis se plaça entièrement devant Rem et Ragna, faisant écran de son corps.
« Tel chef, tels hommes. »
Bansento continua de se moquer de lui jusqu’au bout.
« Ma hache pleure, et mon pantalon commence à être trempé. Ne rendons pas ma hache triste. »
Rem lança cela d’un ton grave.
« Ne fais rien. »
Du moins, pas dans la ville. S’en prendre à un supérieur était une chose ; assassiner un noble en était une autre. Si cela arrivait, même une unité d’extermination royale venue du palais aurait toutes les raisons d’intervenir.
Et d’après ce qu’Enkrid voyait, cela ne se terminerait pas par une simple correction.
« Ragna, toi aussi, ne fais rien. »
Même chose de ce côté-là. Cheveux blonds, yeux rouges, air dangereux.
« En route. »
Au moins, une chose était réjouissante. Un garde vêtu de noir et protégé par une armure de cuir conduisit le petit noble jusqu’à l’avant.
Seuls le noble et son escorte montèrent dans la voiture. Le groupe d’Enkrid dut marcher.
Et un membre supplémentaire rejoignit leur groupe.
« Pourquoi on l’emmène, celle-là ? »
demanda Ragna en tirant sur l’extrémité de la corde qu’il tenait.
La Bête magique appelée Dunbakel, qui se tenait près de lui, fut entraînée par le mouvement.
Ses deux poignets étaient étroitement liés par une corde épaisse, qui lui entourait aussi les bras et le torse.
Le bout libre pendait jusqu’au sol, et Ragna le tenait.
La corde lui avait écorché les poignets et du sang suintait de ses blessures. La peau des Bêtes magiques était censée être plus dure et plus résistante que celle des humains ; si ses poignets étaient dans cet état, c’est qu’ils n’avaient probablement pas desserré ses liens une seule fois depuis sa capture.
Et personne n’avait l’intention de les desserrer maintenant.
« C’est notre guide. »
Enkrid ne faisait pas confiance à ces nobles de pacotille qui voyageaient avec eux.
Mais cela ne signifiait pas qu’il faisait davantage confiance à Dunbakel, une prisonnière.
Elle voulait vivre.
Enkrid avait choisi la simplicité. Il avait demandé au commandant de bataillon de lui remettre la prisonnière, puis il était allé droit vers elle pour lui dire :
« Accomplis une mission et je te laisserai vivre. Considère ça comme un contrat. »
Elle s’était présentée comme une mercenaire ; le contrat lui convenait donc.
Sa vie était le prix à payer, et le choix lui appartenait.
« … Vous me laisserez vivre ? »
Ses yeux débordaient de méfiance. Mais plus il la regardait, plus ils lui semblaient étranges. Une Bête magique aux pupilles dorées.
N’y avait-il pas une légende, chez eux, au sujet des yeux dorés ?
Enkrid se rappela ce qu’il avait entendu à l’époque où il était mercenaire.
Mais, à la voir maintenant, elle ressemblait à un chien errant trempé, à quelqu’un qu’on avait rejeté et roué de coups.
Il le remarqua, mais ne posa aucune question. À quoi bon ?
Un accord suffisait. Une fois tout cela terminé, ils n’auraient plus aucune raison de se revoir. Pour les Bêtes magiques, il n’y avait que deux issues : mourir ou partir.
« Tu le fais ou non ? Que tu me croies ou pas, que tu acceptes ou non, c’est ton choix. »
Après quoi, Enkrid secoua la tête et se reprit.
« Non, en vérité, tu n’as pas le choix. Contente-toi de le faire. Mieux vaut agir que d’être exécutée. Une fois dehors, tu auras peut-être l’occasion de t’échapper. »
« Pourquoi aller aussi loin ? »
Enkrid ne répondit pas à cette question. Il ne le pouvait pas.
Comment aurait-il pu le lui dire ?
Que ces yeux, cette faim désespérée de vivre, lui rappelaient son propre regard lorsqu’il s’était débattu pour poursuivre son rêve.
Si les Grenouilles étaient guidées par le désir, les Bêtes magiques s’accrochaient à la reproduction et à l’instinct.
Il était donc naturel qu’une Bête magique veuille vivre.
Les humains n’étaient pas différents.
Mais, à cet instant, ces yeux-là étaient différents.
Ils exprimaient bien plus qu’une simple supplication pour être épargnée. C’étaient les yeux de quelqu’un qui voulait vivre avec tant de désespoir qu’elle était prête à tout.
C’était de l’instinct pur, un sentiment pur, mais il ne voulait pas faire semblant de ne pas le voir.
« Tu as un faible pour les Bêtes magiques ? »
Le commandant de bataillon avait commencé par plaisanter, puis il avait ajouté :
« Une Bête magique. Débrouille-toi. »
La libérer, la tuer, en faire son esclave si elle lui plaisait, faire ce qu’il voulait d’elle : c’était ce qu’il voulait dire.
Le commandant de bataillon se montrait toujours aussi audacieux sur ce genre de questions.
Enkrid comptait la libérer si elle lui obéissait suffisamment bien.
Est-ce que les attaquer constituait en soi un crime ?
À ce compte-là, tout le monde devrait mourir dès qu’une guerre éclatait.
Il ne voulait pas connaître son histoire. Il avait agi sur un coup de tête. Et s’il pouvait se servir d’elle, tant mieux.
C’était pour cela qu’il l’avait choisie comme guide au lieu de ce noble de pacotille.
Il pourrait vérifier qu’elle connaissait vraiment le chemin et qu’elle ne tentait pas de leur jouer un mauvais tour.
Après la question de Ragna sur les raisons de l’emmener, le fil des pensées d’Enkrid s’arrêta là, et la réponse lui vint.
Enkrid se demanda s’il pouvait expliquer tout cela à Ragna.
Aucune chance.
Même s’il le lui expliquait, Ragna l’écouterait-il ?
« Elle a l’air de bien savoir retrouver son chemin. »
Il résuma donc son explication en une phrase.
Ragna eut l’air étrangement blessé.
« Je ne suis peut-être pas doué pour trouver mon chemin, mais je sais manier l’épée. »
Comme si quelqu’un l’ignorait.
« Je sais. »
Enkrid répondit sans détour et franchit la porte de la ville.
Dunbakel avait observé toute la scène et trouvait la situation étrange.
L’homme à la hache qui l’avait tourmentée auparavant ne lui accordait même pas un regard. Il la traitait comme si elle n’existait pas.
Il se contentait de caresser le manche de sa hache et de surveiller celui qu’il protégeait.
Son instinct de Bête magique la mit en garde.
S’il était laissé à lui-même, il avait l’air du genre à découper quelqu’un en six morceaux.
Enkrid semblait le savoir aussi et ne cessait de le rappeler à l’ordre.
« Calme-toi. »
« Arrête. »
« J’ai dit d’arrêter. »
« Rem. »
Même alors, Rem ne lâcha pas le manche de sa hache.
Il était fou.
Dunbakel comprit d’un seul regard qui était cet humain nommé Rem, et elle avait vu juste.
« Si tu nous conduis sur la mauvaise route, je te tranche la gorge. »
Celui qui tenait sa corde était du même acabit. Sa voix ne laissait transparaître aucune émotion.
Ce n’était qu’un fait. Il le ferait. C’était aussi naturel que tout le reste.
Comme dire que le soleil se lèverait le lendemain matin.
Si elle s’enfuyait, elle mourrait aussi.
Plus que tout, la façon dont ils l’avaient ligotée posait problème.
Quel goût douteux.
Un tour sous sa poitrine, puis autour de ses avant-bras, puis jusqu’à son cou et à ses poignets.
C’était plus qu’inconfortable. Elle ne pouvait rien faire d’autre que marcher.
Ils se mirent en route et, avant même d’avoir fait beaucoup de chemin, le noble ouvrit la fenêtre de la voiture. Les murs de la Garde-frontière étaient encore visibles derrière eux.
N’importe quel patrouilleur à l’œil vif pouvait donc encore les reconnaître.
Le noble se pencha à la fenêtre et prit la parole.
« Tu as l’air amusante. Bête magique, viens dans ma voiture ce soir. »
En voyant ses narines se dilater, elle se demanda ce qui arriverait si elle y enfonçait ses ongles.
« Alors, vous me détacherez ? »
« Ce sera plus amusant si je ne te détache pas. »
Le désir et la lubricité de cet homme s’affichaient si clairement que cela la dégoûtait moins que cela ne lui faisait penser qu’il serait une proie facile.
En tout cas, bien plus facile que celui qui tenait sa corde, celui à la hache ou celui qui l’avait capturée.
Rem eut un sourire en coin en entendant les paroles du noble.
Elle comprit alors clairement à quel point il était dangereux.
Ragna parlait peu, mais sa voix resta ferme lorsqu’il ajouta :
« Tu bouges sans permission, je te tranche la gorge. »
Sur le même ton que s’il avait dit que la lune se levait la nuit.
Si elle obéissait au noble, ils la tueraient donc.
Dans toute cette histoire, Dunbakel repéra le plus calme des humains.
Enkrid, c’était bien ça ?
Quand la voiture se mit en route, il dégaina son épée et se mit à la manier à côté d’elle.
Qu’est-ce qu’il faisait ?
Fchhh, boum.
La lame fendait l’air.
S’entraîner en marchant ? Répéter ses mouvements ? Faire des exercices ?
À voir ses pieds glisser de droite à gauche, il semblait aussi travailler ses déplacements.
L’escorte du noble, qui conduisait aussi la voiture, le vit faire et ricana.
« Un asticot ne devient pas un papillon juste parce qu’il rampe. »
Avait-il seulement conscience de ce qu’il disait ?
Dunbakel avait combattu Enkrid. Cet homme était d’une habileté terrifiante.
Mais le voir faire cela éveilla davantage sa curiosité que sa peur.
Elle jeta un coup d’œil derrière elle et vit Ragna observer son commandant avec attention. Elle ne put s’empêcher de lui demander :
« Il maîtrise déjà l’épée à ce point. Pourquoi continue-t-il à se donner autant de mal… »
Elle laissa sa phrase en suspens, sans savoir comment il réagirait, mais Ragna répondit plus facilement qu’elle ne l’aurait cru.
« Le capitaine était désespérément mauvais, avant. Il n’arrivait même pas à se débarrasser d’une seule goule. »
Une goule ? Impossible.
Dunbakel avait combattu Enkrid. Elle connaissait ses capacités mieux que quiconque, puisqu’elle avait été la dernière à les affronter directement.
« Pourtant, il continuait à manier son épée comme ça tous les jours. Même si ça ne faisait que lui durcir un peu les paumes et gagner un peu de muscle, il continuait. Chaque jour, c’était pareil. Toujours, sans jamais s’arrêter. Comment quelqu’un peut-il faire ça ? »
Au début, Ragna semblait lui répondre, mais vers la fin, on aurait dit qu’il se parlait à lui-même.
Non… Est-ce qu’il soliloquait depuis le début ?
Dunbakel plongea le regard dans les yeux de Ragna, se demandant ce qui lui prenait.
Ils semblaient brûler.
C’étaient les yeux de quelqu’un absorbé par quelque chose, obsédé par cette chose.
Ce n’était pas le moment de lui parler.
Il n’arrivait même pas à se débarrasser d’une goule ?
Et il continuait à manier son épée ? Tous les jours ? À répéter sans cesse les mêmes mouvements ?
« C’est le genre d’homme qu’il est. Il l’a toujours été. Un homme dont la survie tenait du miracle, qui gagnait sa vie à l’épée sans que personne comprenne comment, et qui, d’une manière ou d’une autre, a fini par devenir aussi fort. »
Rem ajouta ces mots. Il n’avait montré aucun intérêt jusque-là, mais dès que la conversation avait porté sur Enkrid, il s’était approché pour prendre la parole.
Le ton avec lequel il s’était moqué d’elle et avait remué le couteau dans la plaie avait disparu.
Mais il était fou, alors Dunbakel s’écarta discrètement d’un pas.
Puis elle regarda de nouveau Enkrid, qui continuait de manier son épée en marchant.
Dunbakel se mit à réfléchir.
Depuis quand avait-elle cessé de s’entraîner ?
Après avoir été rejetée par les Bêtes magiques, elle s’était débattue de toutes ses forces pour survivre.
Puis elle avait compris qu’elle n’était qu’à moitié Bête magique.
Elle avait trop vite décidé qu’elle ne pourrait pas apprendre les techniques des Bêtes magiques, ni quoi que ce soit de ce genre, et qu’il lui serait donc difficile de progresser.
À partir de là, elle n’avait plus vu ni progrès ni potentiel. Comme elle n’apercevait aucune route devant elle, elle avait cessé de s’entraîner, de répéter ses exercices.
Cet homme, autrefois, n’arrivait même pas à se débarrasser d’une goule ?
À côté d’elle, Rem le fou marmonna : « Ça lui a même pas pris un an. Ce type était vraiment un génie ? Non, il ne l’était pas, c’est certain. »
Un an ?
On pouvait passer d’incapable de tuer une goule à ce niveau-là en un an ?
Sans s’en rendre compte, Dunbakel fixait le dos d’Enkrid.
Il était étrange, troublant. Il n’avait pas gravi les échelons grâce à un talent exceptionnel. Il avait manié son épée tous les jours malgré son absence de talent ?
Ils n’avaient aucune raison de lui mentir ; cela devait donc être vrai.
Toute cette situation paraissait étrange à Dunbakel.
Et, au milieu de cette étrangeté et de sa curiosité, la jalousie s’éveilla aussi en elle.
Avec elle, des regrets. Et si elle aussi avait vécu ainsi ?
Elle mit fin à ce bref regret et promena son regard de gauche à droite.
Hum.
Elle ne laissa rien paraître, mais repéra l’emblème des Lames Noires.
Elle devait faire un choix.
Devait-elle le leur dire ou laisser passer ?
Un carrefour.
C’était là qu’elle se trouvait. Dunbakel continua d’y réfléchir, puis la voiture s’arrêta.
« Nous faisons une pause ici avant de repartir. »
Le garde vêtu de noir, qui faisait également office de cocher, annonça cela.
Et Enkrid cessa de manier son épée.
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