Chapitre 172
WE TRIED TRANSLATIONS
Traducteur : Hydrogen B
Réviseur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 172 : Enkrid, le mur du fou
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Parmi eux se trouvait le chef d’escouade de la porte, qui avait monté la garde à l’entrée ce matin-là.
Il avait tout vu. Et il était sidéré.
Quel putain de taré.
Il avait tout vu. Enkrid, couvert de sang des pieds à la tête, fonçant au milieu des Bêtes magiques et des Créatures démoniaques.
Il a perdu la tête ou quoi ?
Couvert de sang, il s’était jeté là-dedans ? Et la panthère, alors ?
Il se servait de la panthère comme appât avant de fuir ? Non. Ce n’était pas ça. C’était impossible.
La direction l’avait prouvé. Après avoir rampé, Enkrid s’était enfoncé dans les lignes ennemies au lieu de s’en éloigner.
Aucun homme sain d’esprit n’aurait choisi cette voie.
Il avait vu Enkrid s’aventurer toujours plus loin pour tuer le Gnoll isolé qui attendait à l’arrière.
Il avait tout vu. Comment pouvait-on appeler ça normal ?
Ce n’est qu’alors que les paroles de ce Grands Yeux, Kraiss, lui revinrent enfin.
« À la Garde-frontière, on l’appelle le Chef d’escouade fou. »
Un vrai taré, complètement cinglé. Et parce que seul un fou aurait fait une chose pareille, son cœur s’était mis à battre tout seul. Rien que de le regarder, c’était presque insoutenable.
Le chef d’escouade était vif et malin.
En voyant comment la situation avait évolué, il avait compris qu’un espion, ou quelque chose du genre, s’était infiltré dans leur bande de mercenaires.
Et s’il n’était pas intervenu ?
Et s’il n’avait pas accompli cet exploit insensé ? Et si l’espion était resté parmi eux ? Qu’est-ce qui se serait passé ?
Ce village ? Cette horde de Gnolls ? Il y avait des centaines de Bêtes hyènes, à elles seules. Quelqu’un aurait-il pu leur résister ?
Non. Pas une âme. Ils n’auraient connu que la pire issue possible : personne n’aurait survécu.
Parce que cet homme avait fait quelque chose de complètement fou, le cours des choses avait changé.
Le Gnoll à l’arrière. Ses mouvements étaient extraordinaires. Même d’ici, on distinguait des images rémanentes dans son sillage. C’était sans aucun doute le chef de la colonie.
Et le fou l’avait tué.
Combien de jours aurions-nous tenu ?
Si ce chef Gnoll avait survécu pour diriger la colonie, pour la mener au combat, qu’est-ce qui serait arrivé ?
Il n’en savait rien. Mais il savait qu’il serait mort, lui.
Deutsch Fullman avait pensé la même chose. Ils avaient regardé la scène ensemble. Leurs conclusions pouvaient-elles être si différentes ?
Tous deux étaient tombés d’accord sur deux points, puis ils avaient agi.
Enkrid était fou.
Et ils ne pouvaient absolument pas le laisser mourir.
Comment auraient-ils pu ? Cet homme les avait sauvés, eux, leurs camarades, tout le monde. Fou ou pas, on ne reste pas là à regarder mourir son héros.
Deutsch et le chef d’escouade étaient arrivés à la même conclusion. Voilà pourquoi ils avaient bougé.
Et au bout du compte, ils avaient eu raison.
Les efforts d’Esther, le combat désespéré d’Enkrid, Deutsch et ses hommes qui avaient riposté. Tout s’était conjugué et, de justesse, acculés jusqu’au bord du précipice, Enkrid et les siens avaient réussi à rentrer. Puis des pierres s’étaient mises à tomber d’en haut.
« Crève, espèce d’enfoiré ! »
Quelqu’un avait eu la bonne idée d’amasser des pierres et les faisait dégringoler du haut du mur. Un rocher rond, gros comme une tête humaine, s’écrasa en plein sur la colonne vertébrale d’une Bête hyène.
Craquement.
La pierre écrasa os et muscles, puis roula sur le côté avec un bruit sourd. La bête s’affala au sol, les côtes jaillissant de ses entrailles.
Grouk !
Un Gnoll à côté reçut une pierre sur le crâne et s’effondra en se tenant la tête.
Il y avait une carrière derrière, où des pierres avaient été entassées en prévision. C’était ce qui avait rendu la chose possible.
« À l’arc ! »
Les flèches qui suivirent leur offrirent à tous une jolie tenue.
Sans chef, la horde se dispersa et s’enfuit dans toutes les directions.
« On est vivants. »
Enkrid le déclara sans émotion une fois de retour à l’intérieur, puis se mit à fouiller son équipement comme s’il rentrait d’une simple course. Il posa côte à côte ses deux épées maculées de sang et commença à retirer son armure.
Des ecchymoses et quelques entailles marquaient son corps.
Essayer d’esquiver chaque coup lui aurait barré la route. Il avait délibérément encaissé ces blessures.
C’était volontaire, du point de vue d’Enkrid. Mais pour ceux qui l’avaient regardé ?
« Bon sang. »
Deutsch le fixa et secoua la tête.
Comment pouvait-il être aussi calme ? Aussi maître de lui ?
On aurait dit qu’il avait égaré sa peur quelque part, il y a longtemps, sans jamais prendre la peine de la chercher.
« Je crois qu’on va avoir besoin d’explications. »
Toujours affalé là où il avait atterri, il avait déjà adouci le ton et accepté à contrecœur la dette qu’il avait envers cet homme. Il savait à quel point la situation avait été critique.
« Oui, d’accord. »
Enkrid hocha la tête. Rien à voir avec l’attitude d’un homme qui venait de foncer au milieu du chaos. Il était calme, sans hâte.
Comment pouvait-on rester aussi tranquille à un moment pareil ?
Impossible de le comprendre.
Deutsch garda cette réflexion pour lui.
Quoi qu’il en soit, l’homme devant lui l’avait sauvé, lui et tous les autres.
Enkrid était passé maître dans l’art de trouver des excuses. Ce n’était pas la première fois. Il l’avait fait plus de fois qu’il ne pouvait en compter.
« Je faisais mon entraînement matinal. J’ai reconnu les visages de deux hommes qui montaient la garde dans la tour de guet. »
Une excuse n’a pas besoin d’être parfaite. Il suffit qu’elle tienne debout. C’était fait. Qui allait encore chercher des poux ?
« C’est alors que j’ai compris. Ces deux-là étaient des Cultistes. Je les avais croisés à l’époque où j’étais mercenaire, mais ça m’a pris du temps avant de m’en souvenir. »
Sa voix était sans vie.
Des mots ramassés au hasard et jetés en pâture.
Ça ressemblait à un mensonge. On avait beau retourner la chose deux, trois fois, la conclusion restait la même : autant laisser couler. C’était tout ce que ça disait.
Deutsch était profondément insatisfait, mais, comme Enkrid l’avait prévu, il n’y avait rien d’autre à tirer de lui.
Les paroles de l’homme s’étaient révélées justes. Et tout était déjà terminé.
En plus, ils avaient capturé des Cultistes.
Et l’homme devant lui était indubitablement le héros qui lui avait sauvé la vie.
« Je ne les vois plus. »
Une voix s’éleva du haut du mur. Kraiss. Quand était-il monté là-haut ?
À la réflexion, c’était logique.
Qui d’autre aurait pu parler assez vite pour faire rassembler les pierres et les lancer ?
Pas les membres paniqués des Forces d’autodéfense.
C’était forcément Kraiss. Il avait convaincu les ouvriers et les artisans de leur jeter des pierres.
Dès que Kraiss eut prononcé ces mots, les gens postés sur les murs et les tours passèrent à l’attaque.
« Ils battent en retraite ! »
« Mon Dieu. On est vivants. »
« Ah… »
« Ha… »
Les ouvriers, les Forces d’autodéfense, tous les habitants, jusqu’au dernier. Ensemble, ils avaient repoussé la horde de Créatures démoniaques et défendu le mur.
Au bord de la mort, ils s’en étaient sortis. Ils étaient sur le point de tomber d’une falaise, et quelqu’un les avait retenus par la manche.
Comment ne pas lui en être reconnaissants ?
Leurs regards se tournèrent vers celui qui les avait retenus.
Un homme aux cheveux noirs et aux yeux bleus.
« Quoi ? C’est vrai. »
Il l’avait dit d’une voix parfaitement neutre, affirmant sans la moindre gêne que ce qu’il venait de dire était la vérité. Pas une seule personne ne prêtait la moindre attention à ses paroles.
Pas même Deutsch.
« Bien sûr. »
Et voilà.
Qu’est-ce que ça changeait ? N’importe qui, sauf un imbécile, pouvait comprendre pourquoi ils respiraient encore.
« Comment vous avez dit qu’il s’appelait ? »
Un des artisans venus aider à construire le mur s’adressa à Kraiss.
Ils avaient sympathisé ces derniers jours.
Kraiss se laissa tomber là où il se trouvait, sur le chemin de ronde du mur — on aurait parlé d’une galerie s’il s’était agi d’une vraie fortification.
Ses jambes avaient complètement lâché.
« Enkrid. C’est un fou. »
Complètement cinglé. Qui se jette comme ça au milieu de tout et se met à se battre ?
« Khyrr. »
Esther se retrouva soudain à côté de lui et hocha la tête. Kraiss lui jeta un coup d’œil. Pour la première fois, ils étaient du même avis.
Esther trouvait tout aussi incompréhensible ce qui venait de se passer.
On lui avait demandé de couvrir ses arrières, et cet homme s’était jeté tête baissée dans la mort.
Un seul faux pas, et quelque chose d’essentiel pour lever sa malédiction aurait été endommagé.
« Kha-kha ! »
Elle était encore vexée.
« Ouais, ouais, il est fou », lança un artisan qui avait écouté la conversation. Il fit rouler le nom dans sa bouche et marmonna pour lui-même :
« Enkrid. Enkrid. Non, ça ne sonne pas bien. Le Mur du Fou, oui. Voilà. »
« Pardon ? »
Kraiss tourna la tête. L’artisan parlait avec l’assurance d’un homme qui avait déjà pris sa décision.
« C’est comme ça qu’on appellera le mur quand il sera construit. »
On pouvait vraiment baptiser un mur comme ça ?
Devait-il essayer de le faire changer d’avis ? Il renonça. Pour l’instant, il ne sentait même plus ses jambes.
« Le Mur d’Enkrid le Fou. C’est peut-être mieux. »
L’artisan testait déjà une deuxième option dans son coin.
Le soleil se couchait. La journée touchait presque à sa fin.
* * *
Dès qu’il entendit les paroles d’Enkrid, Ruagarne se mit en mouvement et fila droit vers la maison du Cultiste.
Ce fut facile à trouver.
Les hommes capables de résister à l’interrogatoire d’une Grenouille étaient rares.
Le Cultiste était au lit avec une femme. Ruagarne n’en tint pas compte et l’appela. Il apparut sur le seuil, à moitié déshabillé, et Ruagarne n’eut qu’à regarder son visage.
Celui qui suivait Deutsch Fullman comme son ombre. L’homme qui ressemblait à un poisson d’eau douce.
« C’est toi ? »
La question brusque fit pencher la tête à l’homme. Il demanda, mal à l’aise :
« Pardon ? De quoi s’agit-il ? »
Il afficha un sourire amical en parlant.
Bien sûr, aux yeux d’une Grenouille, un sourire agréable était impossible. Il avait une tête de poisson.
L’expression de l’homme disait : « Il va falloir m’expliquer, non ? »
C’est lui, ou pas ?
Ruagarne se posa la question et fit un test rapide. La réponse donnerait suite à cette expression.
Il fit un pas en avant et décocha un coup de poing. Pas un coup mortel. Juste un test.
Il avait envisagé que l’homme puisse être un Cultiste, alors le coup avait une certaine force, mais cela restait un simple test.
Du point de vue de l’homme, pourtant, il n’y avait rien de comparable.
Un coup de poing lancé par une Grenouille, une espèce née pour le combat, avec une véritable intention meurtrière. Propulsé par une torsion de la cheville droite, son poing fila comme un éclair. S’il le touchait, son crâne s’enfoncerait.
L’homme le sentit instinctivement. Et, à cet instant, le pouvoir qu’il dissimulait réagit.
Quand le corps comprend que sa vie est en danger, il est impossible d’arrêter son instinct.
Hum.
Une brève vibration.
Boum !
Le poing de Ruagarne s’arrêta net. Une barrière magique translucide. D’une couleur de lait caillé, trouble et terne.
Ce n’était pas un sort. Dans le passé, Ruagarne avait traqué plus de Cultistes qu’un inquisiteur. Il connaissait bien cette capacité : le pouvoir divin défensif caractéristique des Cultistes. La preuve était faite. Le salaud d’Enkrid avait une mémoire impeccable.
« Te voilà. »
Les joues de la Grenouille se gonflèrent. La joie et l’exaltation s’y mêlaient à l’impatience.
« Comment l’avez-vous su ? »
À peine son identité dévoilée, l’homme se mit en mouvement. Deux frappes du pied gauche. La Sainte Secte de la Terre Maudite était considérée comme un culte hérétique, et pourtant ses fidèles ne se faisaient jamais moins nombreux.
Pourquoi ?
Parce qu’elle offrait le pouvoir avec une facilité déconcertante, transformant des vies comme personne d’autre ne le pouvait.
Dès que cet homme était devenu prêtre, le pouvoir qu’il avait obtenu était entré en action.
Deux frappes, et il disparut.
Crac !
Le fouet de Ruagarne balaya l’endroit où il se trouvait et s’abattit sur le sol.
Le sol de terre fut entaillé jusqu’à la profondeur d’une phalange.
Regarde-moi ce salaud.
Dès que les choses avaient mal tourné, il avait préféré fuir plutôt que de se fier à sa barrière magique ?
Ce n’était pas un sort de téléportation. Un sort aussi puissant ne pouvait pas s’activer si facilement.
L’homme avait utilisé un pouvoir divin qui accélérait son corps par à-coups.
Ça aussi, Ruagarne connaissait.
Il fut un temps où attraper des types comme lui était son travail.
« Tss. Une Grenouille, en plus. »
Une voix lui parvint. À une dizaine de pas ? Un peu plus.
« Je suis prêtre. Tu veux mourir ? Alors approche. Je te transformerai en engrais pour faire prospérer la foi. »
Grrm.
Très bien. S’il fonçait lui-même sur Ruagarne, la tâche n’en serait que plus simple.
La Grenouille Ruagarne répondit à son cri provocateur non par des mots, mais par son corps. Il prit appui au sol.
Bang !
Il chargea à pleine vitesse.
Le prêtre de la Sainte Secte de la Terre Maudite frappa d’urgence deux fois le sol du pied droit.
Cette fois, le pouvoir divin le fit flotter.
Fouish !
Accélération et lévitation : il s’en fallut de peu qu’il ne se fasse rattraper.
Le fouet traça un large arc dans l’espace qu’il venait de quitter. Mais il avait déjà bougé, et le fouet ne fendit que le vide.
« Très bien. La première chose que je ferai quand je t’aurai attrapé, ce sera de t’arracher la langue. »
Grrm. Ses joues se gonflèrent tandis qu’il parlait.
Le prêtre décida qu’il était temps de fuir et s’envola.
Ruagarne le poursuivit sans hésiter, et tous deux furent entraînés dans une course-poursuite qui dura presque toute la journée.
Au bout du compte, Ruagarne le perdit.
Après avoir poursuivi l’homme une bonne partie de la journée, il dut reconnaître qu’il lui restait un dernier tour dans son sac.
La Sorcellerie d’invocation. Quel emmerdeur.
Ruagarne avait dû abandonner la poursuite pour s’occuper des créatures qu’il avait invoquées.
« On se reverra ! »
Il espéra que l’homme était un tant soit peu sincère en lançant ces mots par-dessus son épaule. À présent, Ruagarne connaissait ses tours.
La prochaine fois que je le verrai, je lui briserai les jambes en premier.
Un petit changement de programme.
La Grenouille rentra au cœur de la nuit.
Il avait fait un large détour autour de la carrière ; le village des Pionniers n’apparut donc qu’à ce moment-là, avec les traces de la bataille.
Qu’est-ce qui avait bien pu se passer ici ? Quelque chose de terrible. Les preuves suffisaient à le montrer.
Les marques du combat. La terre imbibée de sang. Le mur noirci. L’odeur des humains, toujours tendue, et celle du sang qui emplissait les interstices. L’atmosphère était étrange.
Sombre, sans l’être tout à fait. C’était la seule façon de le décrire.
Au milieu de tout cela apparut l’homme qui l’avait empêché de faire demi-tour plus tôt.
L’homme nommé Enkrid.
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