Chapitre 157
TRADUCTIONS WE TRIED
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Abstract
Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>
UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 157 : Un trésor sur le chemin de la quête
= = =
« Des monstres, dis-tu ? Ton rêve, c’est de devenir chevalier, pas vrai ? Alors il faut y aller. C’est évident. Pourfendre des monstres, c’est exactement ce que fait un chevalier, non ? »
Pour Kraiss, pourfendre des monstres était l’essence même du métier de chevalier.
Ceux qui l’entendirent n’étaient pas de cet avis.
C’était carrément rabaisser les chevaliers, non ? Réduire à de vulgaires chasseurs de monstres ces guerriers capables de faire basculer le cours d’une bataille entière.
« Et puis, il y a un village de gens du peuple à sauver, non ? Mon sens de la justice brûle de tout son feu. »
Son ton aurait dû exprimer de l’inquiétude. Il débordait plutôt de cupidité.
Ses yeux s’étaient pratiquement changés en pièces d’or.
Tous partagèrent la même pensée en regardant Kraiss. Celui-ci n’en eut cure.
Toute son attention était tournée vers Enkrid.
Seul importait celui qui prendrait la décision. Pourquoi se soucier de l’avis des autres ?
« Qu’est-ce qu’il y a ? »
Enkrid croisa les bras en posant la question.
« Grands Yeux, espèce de petit salopard. Toujours à essayer de nous embarquer quelque part. »
À moitié vautré sur sa couchette, Rem observa la scène d’un air distrait.
Toujours aussi perspicace.
Kraiss se fit cette réflexion, puis braqua ses grands yeux lumineux sur le chef d’escouade. Son arme secrète.
Ouais, ils sont grands, mes yeux, hein ?
Regarde mes yeux.
Allez. Tu as envie d’accepter cette mission.
Ses yeux clairs et immenses avaient presque quelque chose d’hypnotique. Enkrid remua un instant les lèvres avant de lancer :
« Tu veux que je te crache dessus ? »
Mais d’où il sort ces yeux-là ?
Kraiss comprit ce que disait le regard d’Enkrid.
Ah. Ça ne marche pas.
Quelle approche essayer ensuite ? Il retourna la question dans sa tête, comme à son habitude, puis renonça presque aussitôt.
Il avait l’esprit vif et les réflexes encore plus rapides. Il se disait que c’était grâce aux épreuves qu’il avait traversées en grandissant.
Et il n’avait pas tort.
Ces astuces ne marchent pas avec le patron.
Il le sentait. Ce n’était pas la bonne méthode.
Alors, que lui restait-il ?
La charge frontale.
Toujours droit au but, toujours direct.
Le patron avait toujours agi ainsi avec lui et les autres ; lui rendre la pareille lui semblait donc tout naturel.
Kraiss changea de tactique à une vitesse stupéfiante. Comme une étoile filante. Aussi rapide que ça.
« Il y a environ cent ans, un marchand du nom de Dolph comptait parmi les négociants les plus réputés du continent. »
Toutes les histoires commencent par le passé. Il fallait d’abord ferrer son auditoire.
Un passe-temps curieux pour un homme riche. Peut-être une excentricité.
L’un des passe-temps de Dolph consistait à cacher des portions de sa fortune et à dessiner des cartes au trésor pour en marquer l’emplacement.
Le genre d’anecdote qu’on déniche dans les archives historiques officieuses, en feuilletant un livre d’histoire.
« Alors, ça s’est arrêté à une simple note en marge des archives ? Non. Pourquoi est-ce que je vous en parlerais, sinon ? »
Aux moments clés, la voix de Kraiss prenait du poids. Un conteur-né.
Ses paroles vibraient d’une véritable ferveur.
Dolph avait autrefois dirigé une compagnie marchande qui s’était taillé une solide réputation.
Puis, peu avant sa mort, il avait transféré tous ses biens et les avait cachés.
Ses héritiers en puissance avaient évidemment perdu la tête.
Ses six épouses en avaient vu rouge.
« Mais pourquoi donc ?! »
Dolph n’avait pas répondu, racontait-on. Il avait encaissé leurs accusations en silence.
Il s’était contenté de ces quelques mots :
« Si vous voulez ma fortune, trouvez les cartes. »
C’est ce que rapportaient les archives officieuses.
La dernière entrée racontait la conversation d’un chroniqueur avec Dolph, peu avant la mort du vieil homme.
« Pourquoi vous être donné la peine de dessiner ces cartes ? »
La réponse de Dolph fut un chef-d’œuvre.
« Ça m’amuse. »
Plus de vingt cartes, toutes couvertes de codes.
Le premier à déterrer la première d’entre elles repartit avec le trésor. C’était un homme qui avait été le cocher de Dolph.
Il s’enrichit, fonda une compagnie marchande, puis la conduisit tout droit à la ruine.
La deuxième carte fut déchiffrée par la première épouse.
C’était une femme cupide. Elle cacha la découverte à son propre fils, partit seule à la recherche du lieu préparé par son mari, tomba dans un piège et mourut.
Voilà comment les choses s’étaient passées. Le cocher avait servi d’appât : c’était le dernier coup monté par Dolph.
Contrairement à ce que racontaient les archives officieuses, Dolph détestait l’idée que sa fortune revienne à quelqu’un d’autre. L’idée d’en laisser une part à sa famille, en particulier, le révulsait.
« À vrai dire, c’était un fruit sans pépins. Une abeille incapable de faire du miel. »
À ces mots de Kraiss, tous les occupants de la pièce l’écoutaient. Son talent de conteur aurait donné une bonne claque à n’importe quel barde moyen.
En effet, Dolph était incapable d’engendrer des enfants, et pourtant il avait eu six épouses et plus de vingt enfants à son nom.
Rien ne collait.
Alors il avait préparé sa vengeance.
Il avait dispersé toute sa fortune aux quatre coins du pays.
Certains de ces trésors avaient déjà été découverts.
Par un homme nommé Kirgon, réputé être le plus grand chasseur de trésors du continent.
Il en avait déjà apporté la preuve.
« Le trésor existe bel et bien. »
Un chapitre secret de l’Histoire.
Kraiss se trouvait justement bien renseigné sur ce genre de choses.
Et pour cause : Krona était en jeu.
La rumeur courait depuis longtemps que celui qui déchiffrerait ces cartes trouverait un véritable trésor enterré à chaque emplacement, et Kirgon en avait apporté la preuve.
Et pourtant. Enfin…
Pouvait-on rêver d’une telle chance ?
La déesse de la Fortune devait dormir quand il s’était approché pour lui voler un baiser sur la joue.
Lors de la dernière bataille, en fouillant les positions ennemies, Kraiss avait réussi à mettre la main sur quelques objets. L’un d’eux, il l’avait tiré de sous un arbre.
« Hmm. »
C’était une carte qui empestait comme si on l’avait gardée entre les cuisses de quelqu’un.
Il avait failli la jeter dès qu’il l’avait touchée, mais son instinct lui avait soufflé que ce n’était pas un objet ordinaire, alors il l’avait gardée.
Les cartes au trésor étaient assez répandues, parmi les objets qui circulaient.
La plupart étaient fausses.
À la Guilde de Gielpin, quelqu’un avait l’œil pour repérer ce genre de choses.
Pour le dire généreusement : un expert en estimation.
Dans le jargon des ruelles : un receleur.
Même un trésor, il fallait savoir le vendre au bon acheteur.
« Celle-ci a l’air authentique. »
Ces mots avaient suffi. La carte avait cent ans, et la langue avait tant évolué que l’expert n’en comprenait pas un mot.
Kraiss n’avait pas réussi à déchiffrer l’écriture non plus. Il s’était longtemps demandé comment s’y prendre, puis, contre toute attente, la Grenouille lui avait donné la réponse.
Voici comment Ruagarne se décrivait :
« Je suis un érudit. »
La Grenouille ?
Quoi qu’il en pensât réellement, Kraiss n’avait rien laissé paraître de son mépris. À la place, il avait demandé à Ruagarne de déchiffrer quelques lettres au hasard, puis s’était appuyé dessus pour reconstituer le reste.
La sixième carte de Dolph.
« Il y aura un trésor. Un truc énorme. »
Debout au milieu du logement, Kraiss s’était donné corps et âme à son récit. Son visage était rouge d’avoir parlé sans reprendre son souffle.
« Ça fait si longtemps que les pièges ne fonctionneront même plus correctement. Il ne reste qu’à ramasser une gemme tombée sur la route. Quelqu’un a barbouillé l’extérieur d’un peu de terre ? On époussette et on l’emporte. Voilà tout. »
L’histoire était assez captivante, mais Enkrid ne se laissa pas emporter par l’enthousiasme de Kraiss.
Il ne s’engagea pas à se rendre à l’endroit indiqué sur la carte.
Il se contenta de penser :
De toute façon, c’est sur notre route.
Des monstres, des bêtes, la guerre.
Il avait hâte de s’y frotter.
Il voulait savoir si ce qu’il avait appris tiendrait la route, si la voie qu’il suivait était la bonne, si tout ce qu’il avait tiré de ses entraînements, de ses combats d’exercice et des leçons partagées avec ses proches avait constitué une direction digne d’être suivie.
Vouloir éprouver ses propres capacités était un instinct humain.
« La requête est acceptée. »
Le visage de Kraiss s’illumina.
« Le détour n’est pas décidé. »
La suite le frappa comme un mur.
Il ouvrit de grands yeux et marmonna : « Non, comment tu peux me faire ça ? »
Rem observa la scène et éclata de rire.
Enkrid l’ignorait, mais dès qu’il avait confirmé l’authenticité de la carte, Kraiss avait commencé à réfléchir à la manière de s’en servir.
Partir seul à la chasse au trésor ? Autant inviter des monstres à venir s’asseoir pour festoyer, avec sa propre chair en guise de pain et son sang en guise de vin.
Et avec les gens de la guilde ?
Ce serait simplement un banquet où son sang et celui des membres de la guilde seraient servis en entrée.
Il lui fallait un groupe capable d’affronter monstres, bêtes et bandits sans broncher.
Engager des mercenaires ? Il lui en faudrait au minimum une unité de la taille d’une escouade.
Les frais dévoreraient tout le bénéfice.
Sa première cible avait donc été Rem.
« Ça te dirait d’accepter une requête ? »
« Je n’accepte que les contrats d’assassinat. Trois cibles, pas plus : un Chat errant qui complote, un flemmard difficile et un tas de chair noyé dans la religion. »
Rem n’avait même pas voulu l’écouter.
Ragna et Jaxon n’auraient pas réagi autrement.
Il n’avait même pas essayé avec Audin. Celui-ci se rendait rarement sur le front, de toute façon ; partir à la chasse au trésor était donc exclu.
« À condition que Frère Grands Yeux jure d’offrir tout le trésor en offrande aux dieux. »
Voilà ce qu’il aurait répondu.
Et le chef de peloton, depuis trois mois, ou presque, ne maniait-il pas son épée comme un forcené ?
Lui adresser la parole relevait presque de l’impossible.
« Si seulement je pouvais emprunter tes bras. »
Sur un coup de tête, il en parla à Esther.
« Kyaa ! »
Esther manifesta son mécontentement de tout son corps. Un pas de plus, et elle était prête à griffer de nouveau.
Le jour de leur première rencontre, il l’avait touchée à la légère en essayant de déterminer son sexe. Depuis, elle le détestait. Elle le haïssait même.
On disait d’elle que c’était une créature sacrée, mais pour une panthère, elle exprimait une sacrée palette d’émotions. C’était remarquable en soi.
Il était donc déjà à moitié résigné.
Il avait beau aimer Krona, il ne risquerait pas sa vie pour elle. C’était le credo de Kraiss.
Sinon, pourquoi aurait-il rêvé d’ouvrir un jour un salon et de vivre sans se soucier de Krona ? En plein cœur d’une ville sûre, à profiter tranquillement de ses soirées.
Bien sûr, un salon n’était pas sans risque non plus, mais ce genre de frisson était juste ce qu’il fallait pour profiter de la vie.
Bref, il était à moitié résigné. Mais si le chef de peloton y allait…
Quel était le niveau d’Enkrid, de nos jours ?
« Je me trompais. Je ne peux plus le battre, moi non plus. »
Telles étaient les paroles officielles du capitaine de l’Unité de défense de la frontière.
« Donnez-moi cinq tireurs d’élite et deux mages, et j’aurai une chance. »
Voilà ce qu’avait déclaré le chef d’escouade Torres.
Cinq tireurs d’élite et deux mages. Avec une telle équipe, même Kraiss pourrait tenter sa chance contre Enkrid.
Et si l’on oubliait Kraiss, les autres ne suffisaient-ils pas à eux seuls ?
« Ça devient intéressant. »
Rem avait dit quelque chose dans ce goût-là.
« Tentant. »
Le commandant de compagnie elfe avait presque ces mots sur les lèvres tous les jours.
Qu’est-ce que tout cela voulait dire ?
Qu’une meute de Goules ordinaire ne pouvait même pas effleurer le manteau du patron. Voilà à quoi ça se résumait, non ?
En fait, leur chef d’escouade était-il un véritable génie ?
Aucun doute là-dessus. Kraiss avait déjà vu Enkrid affronter la Grenouille de ses propres yeux.
Alors…
« Allez, viens. On y va. S’il te plaît. »
Kraiss insista.
Enkrid l’ignora.
« Je viens avec vous. »
La Grenouille se joignit à eux.
« Parfait. C’est parfait ! »
Kraiss s’illumina.
« Je peux venir aussi ? »
Finn leva également la main. Ranger, elle était particulièrement douée.
Elle n’avait pas le niveau d’un éclaireur, ces gens qu’on appelait des cartographes ambulants, mais elle savait trouver son chemin et se débrouillait encore mieux au combat.
« Absolument parfait ! »
Kraiss s’avança de nouveau.
Enkrid observa tout cela et laissa échapper un petit rire.
Pas la peine d’empêcher l’une ou l’autre de venir.
Si le commandant de bataillon avait spécialement indiqué que cette requête lui reviendrait personnellement,
C’est une mission dangereuse.
C’était précisément pour cela que son pouls s’était emballé et qu’il avait accepté, mais tout de même.
Une mission dangereuse, ça se rend moins risqué quand on le peut. Et plus ils seraient nombreux, moins ils courraient de danger.
Une colonie de monstres près d’un village frontalier, la protection de la population, le commandement temporaire des forces locales, et la Grenouille comme compagne de route.
Et s’il en emmenait un de plus, Rem ou quelqu’un d’autre ?
« Tu veux venir ? »
demanda Enkrid, sans trop y croire — quoique, au fond, il l’espérait un peu.
« Hé, tu sais bien que je suis occupé. »
Rem avait déjà regagné sa couchette, roulé dans sa couverture et installé pour se prélasser. Sa réponse rappela une fois de plus à Enkrid à quel point elle lui ressemblait.
Occupé. Il était occupé à ne rien faire, vautré là.
Enkrid se tourna donc vers Ragna.
« Pas envie. »
Pas envie ? Envie de paresser ? N’avaient-ils pas déjà assez paressé dernièrement ?
Ragna aussi était collé à sa couchette. Il ne tourna même pas la tête pour répondre.
« Le Seigneur ne me guide pas. »
Audin déclina lui aussi.
Jaxon était introuvable. Il semblait bien assurer ses tours de garde, mais n’avait pas le temps de passer au logement.
Au bout du compte, personne ne viendrait.
Enkrid ne s’en formalisa pas. S’il y avait une véritable menace majeure, ils enverraient une unité digne de ce nom. Il ne pensait pas qu’on l’avait choisi personnellement pour une affaire aussi grave.
Vérifier la présence d’une colonie de monstres près du village frontalier et l’éliminer si l’occasion se présentait.
Les ordres précisaient qu’il aurait autorité sur les forces du village.
S’il y a une milice villageoise.
Ils ne seraient pas si peu nombreux.
Il ne lui restait donc qu’à bien se préparer avant le départ.
Dans ce monde, les voyages n’étaient jamais une partie de plaisir. Sans préparation sérieuse, la plupart des gens n’osaient même pas s’y risquer.
En temps normal, quatre personnes partant comme ça auraient attiré les regards.
Mais avec un Ranger, la Grenouille et, à leur tête, un épéiste classé soldat de rang spécial selon le système militaire de Naurillia, ce groupe n’était pas du genre à se laisser abattre par des menaces ordinaires.
Le monde regorgeait de bandits et de monstres, mais c’était largement suffisant.
L’absence des membres de son escouade n’avait donc aucune importance.
« Le départ aura lieu dans deux semaines. »
Enkrid l’annonça. Kraiss observa attentivement son expression, puis demanda :
« Tu ne peux vraiment pas te décider ? »
« On verra. »
Enkrid pensait toujours exactement ce qu’il disait. La mission à venir était incertaine ; il faudrait donc évaluer la situation pendant le trajet, à l’aller comme au retour.
Pour Kraiss, il ne restait qu’à espérer de toutes ses forces.
La grotte au trésor qu’il avait découverte se trouvait justement dans cette direction. À seulement une journée de voyage du village frontalier.
« Parfait. Génial. »
Kraiss savait qu’insister davantage ne servirait à rien.
Le groupe se mit donc aux préparatifs.
Dans ce monde, les voyages étaient vraiment impitoyables.
Pour se prétendre marchand itinérant, il fallait au minimum savoir se battre. Même les marchands qui voyageaient de ville en ville se déplaçaient en groupes d’au moins dix personnes, afin de garder une force de combat suffisante.
Voilà pourquoi les mercenaires et le système de soldats-mercenaires de Naurillia avaient tant de succès.
Et pourtant, quatre personnes s’apprêtaient à partir.
Pas de quoi s’inquiéter, mais aucune raison de baisser la garde non plus.
Enkrid décida de se rendre en ville pour la première fois depuis un bon moment.
Il avait quelques achats à faire au marché.
= = =
Rejoignez notre serveur Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>
= = =
Rejoignez notre serveur Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>