Chapitre 106
WE TRIED TRANSLATIONS
Traducteur : Ryuu
Éditeur : Abstract
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UN CHEVALIER QUI RÉGRESSE ÉTERNELLEMENT
Chapitre 106 : Esquiver, et esquiver encore
Il venait de prendre congé de Leona Rockfreed. Devant les murs de la forteresse des gardes-frontières, un garde du corps nommé Matthias attira aussitôt tous les regards.
C’était clairement délibéré. C’était ce qu’on appelait une « présence ».
« L’intention meurtrière, c’est avant tout une question de présence. Une fois la porte du Sixième Sens ouverte, tu peux y arriver. C’est facile. Pour quelqu’un comme le chef de peloton, en revanche, ça risque d’être un peu compliqué. »
Foutu Jaxon. Ses paroles étaient acérées, comme si sa langue avait été forgée dans une forge. Chaque phrase était une lame déguisée.
Enkrid ne se souciait pas vraiment de ce qu’il disait. Il le prenait simplement pour un sale type complètement taré. Mais au bout du compte, Jaxon avait eu raison.
Enkrid avait éveillé son Sixième Sens.
Il avait essayé de s’en servir pendant la mission de capture du chat, mais il avait eu du mal à le maîtriser.
Cette fois, pourtant, il avait trouvé le truc. Il lui avait suffi de détendre les épaules pour y parvenir avec une facilité déconcertante.
Il s’en était servi en demandant à Torres et Finn de faire attention, donnant plus de poids à ses paroles en renforçant sa présence.
Et maintenant…
« Écartez-vous. Je vais les distraire. »
« Quoi ? »
Finn réagit aussitôt.
« Qu’est-ce que tu racontes, bordel ? »
Torres répliqua à son tour.
Ils se connaissaient depuis peu, et aucun des deux n’avait de raison particulière de risquer sa vie pour l’autre.
« Merde, les éclaireurs n’abandonnent pas leurs camarades. »
— « Moi non plus. »
Pourtant, tous les deux semblaient étrangement déterminés. Leurs yeux brillaient de résolution.
Oui, vous êtes tous les deux de braves types. J’ai compris.
Mais…
« Dégagez. Vous me gênez. »
Enkrid se montra froid. Il n’avait pas le temps de tout expliquer. Il avait essayé, lors d’autres boucles, mais…
Comme des tiques, ils ne lâchaient pas prise.
« …Pourquoi ça sonne aussi bien ? »
murmura Finn.
« Quel enfoiré… »
Torres s’emporta, mais il avait compris le message, tout comme Finn. Enkrid était parfaitement sérieux.
« Attendez à la limite de portée, puis regroupez-vous quand ce sera fini. J’ai un plan. On peut tous s’en sortir vivants. »
C’était presque un ordre. Il avait déjà procédé ainsi plusieurs fois, et se montrer déterminé était plus efficace que d’expliquer chaque détail. Il n’en avait pas le temps.
Peu après…
« À tout à l’heure. »
Torres lança ces mots, qui avaient un double sens, puis s’écarta le premier. Finn hésita, se retournant deux fois, avant de le suivre.
Enkrid les regarda partir en réfléchissant.
Même s’ils se séparaient, il fallait que tous les lanciers le prennent en chasse. Comment s’y prendre ?
Il connaissait déjà la réponse. Enkrid jeta un dernier regard derrière lui et cria :
« Roger, enlève ton casque ! »
Pour tous les autres, ces mots n’auraient eu aucun sens.
« Roger ! Celui qui m’a envoyé les cheveux au ciel avant que mon âme ne les rejoigne ! »
Enkrid brailla d’une voix tonitruante, comme un barde déclamant un poème.
Au cours de l’une de ses soixante-dix-huit répétitions de cette journée, il avait appris des choses sur Roger. La rancune de celui-ci envers Finn avait beau avoir une autre origine, Enkrid savait une chose.
Roger était connu pour ne jamais retirer son casque. Un détail qui l’avait marqué. Du sommet de son crâne jusqu’à son front, son cuir chevelu était un véritable désert.
C’était sa plus grande honte.
« Tu as un désert aride sur le crâne ? »
Au début, Enkrid n’était pas sûr que ça marcherait. Il avait pourtant été facile de vérifier. Lors d’une boucle précédente, quand Roger l’avait capturé, il avait réussi à lui faire tomber son casque par accident.
« T’es chauve. »
Cette seule remarque avait failli faire sortir les yeux de Roger de leurs orbites. Il devait donc détourner sa rage vers lui-même, loin de Finn.
Je m’en veux un peu.
Enkrid passa la main dans ses épais cheveux noirs, laissant les mèches glisser entre ses doigts.
« Ce fils de pute… »
Roger avait les yeux injectés de folie. S’il se faisait capturer maintenant, il ne connaîtrait pas une mort rapide. La torture était certaine. Enkrid s’enfuit et, même en voyant Finn et Torres battre en retraite, Roger donna l’ordre :
« Attrapez ce salaud ! »
Vingt-neuf lanciers se ruèrent à sa poursuite, galvanisés par la colère. Même dans sa rage, Roger finirait par penser à diviser ses forces et à enfoncer une lance dans le cou de Finn et de Torres.
Encore un peu.
À peine cette pensée lui avait-elle traversé l’esprit que, dans la direction opposée, les lycanthropes poussèrent un hurlement.
Awooooooo !
Les deux lunes illuminaient la nuit et éclairaient les alentours. Dans leur lumière, les monstres chargeaient, leurs silhouettes massives parfaitement visibles au loin.
C’étaient des lycanthropes, des monstres à tête de loup qui couraient sur deux jambes en fonçant vers eux.
« Hah. »
Enkrid expira, reprit son souffle, puis s’arrêta. C’était son pari : dresser les lanciers et les lycanthropes les uns contre les autres.
Concentrez-vous sur moi.
L’art de projeter sa présence. Il fallait imprégner tout son être de son intention meurtrière. Croire de toutes ses forces qu’on pouvait tuer chaque personne alentour.
Shing.
Il saisit la poignée de son épée et tira lentement la lame. Le clair de lune étincela sur l’acier à mesure qu’il se dévoilait.
Enkrid avança le pied droit, signalant son intention de tout son corps.
Approchez, et je vous abattrai.
Présence, intention meurtrière et pression.
Quel que soit le nom qu’on lui donnait, une force invisible se propageait autour de lui, perceptible à tous ceux qui se trouvaient à proximité. Les lanciers comme les lycanthropes, qui avaient oublié Finn et Torres, furent attirés par cette aura.
Ils se ruèrent sur Enkrid comme attirés par un aimant. Au centre de tout cela, il se tenait debout. Pour n’importe quel observateur, la scène aurait pu ressembler à une mission suicide.
Roger commençait à en avoir assez. Toute cette histoire avait dégénéré à cause d’une femme sauvage. Devait-il simplement la laisser partir ?
Non. Il voulait la tuer. Après tout, elle avait tué son frère.
« Bon sang, poursuivez-les ! »
Il avait pris sa décision. Il la tuerait, quoi qu’il arrive. Mais au moment où il allait donner l’ordre, la voix d’Enkrid retentit.
« Enlève ton casque », « désert aride »… Ces mots le poignardèrent en plein cœur. Son cœur battait à tout rompre. La rage lui faisait bouillir le sang.
« Ce fils de pute… »
Roger prit une décision.
Quand il aurait attrapé ce salaud, il ne le tuerait pas vite. Il le ferait supplier de mourir. La raison l’abandonna, et il cria à ses hommes de le poursuivre.
Roger lui-même se mit à courir à ses trousses.
Mais alors…
Awoooo !
Le hurlement d’un monstre déchira l’air. La rage de Roger redoubla lorsqu’il vit la meute de lycanthropes surgir de l’autre côté.
Merde.
Comment les choses avaient-elles pu tourner ainsi ?
Ce salaud.
Tout était arrivé par la faute de cet enfoiré, qui s’était moqué de ses cheveux. À cause de ses provocations, il avait perdu sa concentration un instant.
« Bon sang… »
Roger jura entre ses dents et tenta de reprendre ses esprits, mais ce n’était pas facile.
Que devait-il faire, alors ?
La réponse lui vint rapidement.
Qu’on les tue tous.
Que Ressa se soucie ou non de ces bêtes n’avait aucune importance. Les monstres n’étaient que des monstres.
S’ils formaient correctement les rangs, ils pouvaient même venir à bout d’une colonie de lycanthropes. Alors qu’il s’apprêtait à donner l’ordre…
L’homme qu’ils poursuivaient expira, s’arrêta et dégaina son épée. Il demeurait immobile, mais son corps tout entier hurlait son intention. Sa présence le criait aussi.
Approchez encore, et je vous abattrai.
Aux yeux de Roger, tout le reste s’effaça. Seul demeura l’homme à l’épée dégainée. Si même Roger ne voyait plus que lui, qu’est-ce que les autres soldats devaient penser ?
Sans songer aux tactiques ni aux formations, ils se laissèrent happer par cette aura, et le combat s’engagea.
Personne ne donna l’ordre de s’arrêter. Les lanciers de première ligne firent ce qu’ils faisaient toujours : face à un ennemi, ils se battaient.
Et alors…
Fouuush !
Un soldat lança sa lance de toutes ses forces.
Awooooo !
Clang !
Au moment où la lance allait l’atteindre, les griffes d’un lycanthrope la balayèrent.
Le choc des hurlements de loups et des griffes contre les lances créa une cacophonie discordante.
Le vacarme ramena Roger à lui ; un éclair de lucidité froide perça sa colère.
Merde.
Ils avaient foncé sans former les rangs. Il s’était précipité. Non, c’étaient les provocations de ce salaud qui l’avaient déstabilisé.
Et cette présence écrasante…
Tout avait sombré dans le chaos.
Fouuush.
Le premier à atteindre Enkrid fut un lycanthrope. Ses griffes visèrent sa gorge. En voyant son bras massif s’abattre, Enkrid recula.
« Hoo. »
Il régula sa respiration. Dans une situation pareille, il ne pouvait pas se permettre d’être à bout de souffle.
Le sentier était étroit et bordé de falaises. Pas le droit à l’erreur, aucune marge de manœuvre, pas la moindre place pour l’imprudence.
De quoi avait-il besoin dans une situation pareille ?
D’audace, et…
Le Cœur de la Bête se mit à battre.
Boum.
Bien qu’encerclé, avec les lycanthropes qui chargeaient d’un côté et les lanciers de l’autre, Enkrid resta calme.
Il était entouré d’ennemis, et pourtant rien ne l’incitait à paniquer. Après tout, c’était lui qui avait façonné ce champ de bataille.
Et maintenant, quelle est la suite ?
Il aiguisait ses sens. Au-delà des cinq sens élémentaires, il atteignit le domaine du Sixième Sens. Il devait esquiver les griffes et les lances qui arrivaient dans son dos.
Et il le fit.
Enkrid avança le pied gauche et balaya le côté de sa lame. Le coup n’était pas puissant, mais…
Clang !
Il suffit à dévier les griffes du lycanthrope qui se jetait sur lui.
Pivotant sur son pied gauche, il exécuta un pas de passage de l’école du Nord et tourna sur le côté. D’ordinaire, il aurait alors enchaîné d’un puissant coup descendant pour briser le bras ou l’arme de l’ennemi qui l’attaquait par-derrière.
Avance encore.
Mais au lieu d’attaquer, Enkrid s’accroupit.
Fouuush !
Les griffes du lycanthrope fendirent l’air au-dessus de sa tête.
À présent, Enkrid avait les yeux à demi clos. Il brouillait délibérément sa vision, donnant l’impression d’avoir le regard absent, comme un poisson hors de l’eau.
Concentre-toi.
Au lieu de se concentrer sur un adversaire, Enkrid élargit sa perception et choisit la méthode qui lui permettrait de survivre.
Élargis encore.
Il aiguisait son attention et la diffusait autour de lui. Sa perception s’étendit à tout son corps, jusqu’à l’endroit où frapperait son épée.
Dans un combat, la victoire ou la défaite dépendaient du jugement, de la distance, du temps et de la position. Il prenait des décisions à toute vitesse, instant après instant.
Il évaluait la distance entre lui et ses ennemis, mesurait le temps nécessaire à ses pieds pour bouger et celui que mettraient les armes de ses adversaires à l’atteindre.
Il calculait le temps qu’il faudrait à son épée pour atteindre sa cible. Il évaluait sa posture et déterminait où poser le pied ensuite.
Ainsi, Enkrid dansa seul au milieu du chaos.
Clang, clang !
De temps à autre, les griffes d’un lycanthrope heurtaient sa lame. Parfois, une pointe de lance raclait le côté de son gambison.
Des griffes frôlaient son cou, et des ennemis tentaient de lui écraser les pieds.
Mais Enkrid n’abattit personne.
Lorsqu’un ennemi s’approcha au point de presque lui écraser les orteils, il se contenta de le repousser légèrement de l’épaule.
Et le résultat…
« Guh ! »
Fut le cri d’agonie d’un soldat.
Le soldat qu’il avait repoussé trébucha sur la trajectoire d’un lycanthrope, qui lui planta aussitôt les crocs dans le cou.
Le sang gicla et éclaboussa le visage du monstre. Ce n’était pas ce qu’il avait voulu. Il esquiva encore et encore.
Grrr !
Lorsqu’un lycanthrope tenta de lui mordre l’épaule, il s’accroupit pour éviter la morsure.
Clac !
Au claquement des mâchoires du monstre qui se refermaient dans le vide, il se redressa et le repoussa.
Et cela…
Boum, boum, boum !
Graaah !
Fit pénétrer une lance dans le ventre du lycanthrope qui s’en prenait à lui. Enkrid n’attaquait pas ; il se concentrait entièrement sur ses esquives.
En longeant les bords du champ de bataille, il s’éloigna sans se faire remarquer, laissant les lycanthropes affronter les lanciers.
Les lycanthropes n’avaient d’autre choix que de s’en prendre aux soldats devant eux, tandis que les lanciers devaient se défendre contre les monstres déchaînés.
Torres et Finn assistaient à toute la scène.
« …Ce type. »
« Il est cinglé. Complètement taré. »
Torres et Finn marmonnèrent chacun leur tour. Ils en avaient oublié leur propre situation et s’étaient arrêtés, les yeux rivés sur une seule silhouette : Enkrid.
Il esquivait, puis esquivait encore.
De temps à autre, une lance le frôlait ou une griffe lui entaillait la peau, mais il évitait les blessures mortelles. Et surtout, regardez ce qu’il avait accompli avec quelques mots et une poussée d’intention meurtrière.
Le champ de bataille était devenu un chaos total. Les monstres et les soldats d’élite s’affrontaient dans une mêlée générale.
« Les humains vont sûrement l’emporter, non ? »
La formation avait beau s’être disloquée, les soldats restaient des combattants d’élite.
Des groupes de trois ou quatre se rassemblaient et se couvraient mutuellement.
Ils se servaient de leurs boucliers pour se défendre et de leurs lances pour frapper, reprenant peu à peu leur souffle après leur charge.
Ça marchait.
Puis Roger passa à l’action. À lui seul, il repoussa deux ou trois lycanthropes et transperça la tête de l’un d’eux avec sa lance.
Abandonnant sa longue lance pour une plus courte, il se battit avec la férocité d’un tigre.
« Si on le laisse faire… »
Finn n’avait pas besoin de le voir pour savoir que Roger se dirigeait droit vers Enkrid.
Elle devinait la rage meurtrière qui brillait dans ses yeux. Il avait toujours perdu le contrôle dès que quelqu’un se moquait de ses cheveux.
« Quel cinglé, putain. »
« On doit aller l’aider. »
Torres s’écria, prenant sa décision tandis que Finn marmonnait. Roger, le commandant ennemi, fonçait à une vitesse terrifiante et pointa sa lance courte vers Enkrid.
« Ah ! »
Finn laissa échapper un petit cri en voyant la scène. De son point de vue, la lance semblait avoir transpercé le flanc d’Enkrid.
« Merde… Non, il a esquivé. »
Torres prit la parole. Il avait raison. Ce n’était qu’une illusion.
Enkrid avait coincé la lance entre son bras et son flanc, la bloquant sous son aisselle. On aurait dit qu’il l’avait échappée de justesse.
Aux yeux de Torres, c’était une esquive incroyablement serrée.
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