Chapitre 1
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Traducteur/éditeur : Haruto
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◈ La vie d’un accro au gacha dans Fusionpunk ◈
Chapitre 1 : Je suis devenu le bon à rien d’une maison de comte
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1.
Prendre des risques, c’était important.
Si Adam et Ève n’avaient pas risqué de voler le fruit de la connaissance du bien et du mal, ce monde serait un jardin d’Éden chiant à crever, privé des doux plaisirs du porno, des jeux d’argent et des abus de pouvoir.
Boing, bo-boing-boing.
Les lumières de la ville se brouillaient derrière le rideau de pluie.
Adossé à la rambarde de sécurité, les pieds accrochés à la barrière, j’alternais entre cigarettes et soju pur tout en tapotant sur mon smartphone.
[Commandant ! Je le sens bien, cette fois ! On tente un tirage x11 ?]
À chaque pression, mes dernières devises payantes disparaissaient à une vitesse terrifiante.
[F-fidélité ! Je me présente. Bataillon Griffin 4…]
[Vous m’avez appelée ? Ohoho.]
[Capitaine ! Désolée pour le retard ! Me voilà !]
Pour tout l’argent que j’avais balancé, je ne récoltais que des rares, des rares, des normales, des rares et des super rares dont je ne voulais pas.
Du remplissage merdique ajouté juste pour faire enrager les joueurs.
Pourtant, mon pouce bougeait par habitude : j’appuyais sur le bouton du tirage x11 en priant pour qu’un espoir se dessine au milieu de ce désespoir sans fin.
Ce système de gacha de pute avait clairement été conçu après une réunion de haut niveau où des experts s’étaient creusé la tête pour répondre à la question : « Comment transformer les utilisateurs en mauvais payeurs et leur bousiller la vie ? »
Il exploitait mécaniquement jusqu’à leur colère et leur désespoir.
Combien de devises avais-je déjà cramées ?
[Boum ! Boum ! Grosse chance !]
Au dernier tirage x11, l’écran s’illumina de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel.
C’était l’effet qui n’apparaissait que lorsqu’un SSR était garanti.
« Cette fois, j’en ai vraiment eu un ? »
Trois secondes.
Ce n’était pas particulièrement long, mais elles me parurent interminables.
[C-ce n’est pas parce que je t’aime bien que je suis venue, Maître !]
Une soubrette tsundere, doublée par une célèbre comédienne japonaise, prit la parole.
Une illustration Live2D d’un personnage au taux d’obtention atroce de 0,002 % remplit l’écran.
« Elle est là. Elle est enfin là. »
C’était ça.
Une collection d’éclairs électriques et de signaux chimiques qui parcouraient mon cerveau.
La lumière de ma vie, la flamme de mon existence, mon péché, ma dopamine.
Franchement.
Je n’avais aucune idée de l’histoire ni des pouvoirs de cette soubrette aux gros seins.
Comme toujours, je ne voulais que le frisson qui me traversait l’âme lorsque je triomphais de chances impossibles.
C’était ça que je voulais.
J’étais submergé par un plaisir si intense qu’il me faisait trembler le cerveau, mais ça ne dura qu’un instant.
« Ha. »
Pour une raison ou une autre, un rire creux m’échappa.
Mais qu’est-ce que je foutais, à un moment pareil ?
Je n’étais même pas une rainette, alors il n’y avait qu’une seule raison pour laquelle j’avais lamentablement escaladé la barrière du toit sous la pluie.
Me tuer.
Même moi, je trouvais pitoyable qu’un type sur le point de mourir glousse pour un tirage réussi.
Quand j’éteignis le jeu, sa musique de fond bruyante et déchaînée s’arrêta avec lui.
Dring, dring.
La réalité prit le relais.
[99+ messages non lus]
Une vibration irritante et une avalanche de notifications apparurent en haut de l’écran.
La réalité que je faisais semblant de ne pas voir.
[CowCow Financial] Monsieur Kim Jeong-hwan, votre échéance du 24 août reste impayée.
[Quick Money] Monsieur Kim Jeong-hwan, si vous ne versez pas l’argent d’ici aujourd’hui, nous entamerons immédiatement une procédure de saisie conservatoire. Ce n’est pas une blague.
[Numéro privé] Espèce d’enculé, Kim Jeong-hwan, réponds au téléphone. Tu as dit que tu gagnerais et que tu nous rembourserais ? Tu veux crever ?
[Quick Cash Capital] Si vous continuez à gagner du temps comme ça, nous viendrons sur votre lieu de travail. Nous n’aurons pas d’autre choix que de contacter vos parents aussi.
Quelle heure était-il pour que les recouvreurs me harcèlent déjà ?
Ces usuriers se comportaient comme s’ils étaient au-dessus des lois.
« Désolé pour ça. »
Je jetai le téléphone qui n’arrêtait pas de sonner.
Longtemps après, mon smartphone se fracassa dans un bruit si assourdissant qu’on aurait dit qu’il criait : « Maître ! Je me vengerai ! »
J’espérais qu’il ne m’en voudrait pas trop.
Son maître allait le rejoindre sous peu.
« … »
Comment en étais-je arrivé là ?
À quel moment tout avait-il déraillé ?
Quand j’en avais eu marre des casinos, des salles de jeux privées, des salons de pachinko et des tripots clandestins, puis que je m’étais mis à trader des contrats à terme sur les cryptos ?
Quand j’avais gagné la somme astronomique de 80 milliards de wons grâce aux cryptos ?
Quand ma position vendeuse parfaite, mûrement analysée, était devenue ma tombe à cause d’un seul tweet du modérateur en chef américain ?
Quand j’avais non seulement tout misé sur cette tombe à terme, mais aussi emprunté jusqu’au dernier sou pour remplacer le capital que j’avais perdu ?
Non.
« Le problème de monsieur Jeong-hwan… ce n’est pas seulement son addiction au jeu. »
« Jeu, alcool, cigarettes, jeux de hasard, sports extrêmes, femmes, investissements… Les formes diffèrent, mais le fond est le même. »
« Le système de récompense de votre cerveau est détraqué. Votre cerveau est devenu excessivement conditionné par la dopamine, un signal de récompense. »
« Cela entraîne un déficit d’attention dans tous les domaines qui ne vous intéressent pas, un trouble du contrôle des impulsions et diverses addictions. Les stimulations ordinaires ne vous suffisent plus, alors vous en cherchez constamment de nouvelles. »
« Pour faire simple, votre cerveau se trouve dans un état très proche de celui d’un toxicomane. »
« Vous ne pouvez plus vous arrêter seul. Vous avez besoin d’un traitement en établissement de toute urgence. »
« …Vous demandez si ça signifie que vous devriez vous droguer ? Vous êtes fou ? »
J’avais pris ça pour le discours commercial d’un charlatan diplômé d’une fac de médecine paumée en province.
Et voilà où j’en étais.
« Allez, c’est parti. »
Je coupai court à mes lamentables regrets et me relevai.
Le vent soufflait fort sur le toit d’un gratte-ciel.
Il suffisait de jeter un coup d’œil en bas pour que la vue vertigineuse me donne la nausée.
Putain, c’était haut.
À cette hauteur, je ne finirais pas à moitié mort à l’hôpital, avec des créanciers à mon chevet.
Il ne me restait que quelques pas avant d’échapper enfin à ma vie de débiteur.
Dring.
Une autre notification retentit.
« Putain. »
Un message de recouvrement, jusqu’au bout ?
Au début, je ne m’étais pas senti totalement innocent.
Mais après avoir enduré trois mois de harcèlement sans relâche, les insultes m’échappaient toutes seules.
« … ? »
À bien y réfléchir, je n’avais pas jeté mon smartphone tout à l’heure ?
Je n’avais aucune raison d’entendre une notification.
« Qu’est-ce que c’est que ça ? »
Je regardai devant moi, perplexe. Des lettres dorées luisaient dans une fenêtre translucide.
[1. Saute de toutes tes forces.]
[2. Saute dans cette place de parking, là-bas.]
On aurait dit un écran de choix dans un jeu.
« C’est quoi, ce bordel ? »
J’avais trop bu de soju le ventre vide ?
Ou bien j’hallucinais à présent, à l’approche de la fin, en plus de toutes les pensées parasites qui me traversaient l’esprit ?
Mais même après m’être frotté les yeux et avoir secoué la tête avec violence, les choix restèrent figés au centre de mon champ de vision, flottant là comme s’ils me suppliaient d’en choisir un.
« …Dans cette place de parking ? »
Fouuuuu !
« Où est-ce qu’il y a une place de parking là-de… »
Je passai la tête dans le vent hurlant et regardai en bas.
« …Il y en a une. »
Plus exactement, c’était une seule place de parking vide, tout en bas, à une distance impossible.
C’était si loin qu’il me faudrait prendre mon élan plutôt que me laisser tomber, si je voulais avoir la moindre chance d’atterrir dedans.
« Quelle foutue prémonition du défilé de ma vie devant mes yeux. »
Je cessai de prendre ça au sérieux.
Le suicide, c’était censé être une blague ?
« … »
Puis, soudain.
Un passage que j’avais lu quelque part me revint en mémoire.
Ça disait que, au dernier instant de sa vie, chaque être humain faisait face à sa vraie nature ?
Ma vraie nature.
Une vie de papillon attiré par la flamme, ensorcelé dès la naissance par les désirs primaires et les plaisirs bon marché.
Même en sachant que tout ça ne rimait à rien.
Une vie à voler vers la ruine, attiré par une lumière éblouissante.
« Ha… »
J’imaginai que le médecin avait finalement eu raison.
« Je vais tomber de toute façon. Autant gagner quelques points bonus en chemin. »
Je dépoussiérai mon pantalon.
Le premier caractère du mot coréen signifiant « investissement » voulait dire « jeter ».
Peut-être était-il normal qu’un investisseur ruiné par ses investissements mette fin à ses jours en se jetant vigoureusement dans le vide.
« Très bien. Je vais essayer d’atterrir dans cette place. »
Quand je sélectionnai l’option, des particules dorées se dispersèrent et la fenêtre disparut.
Puisque j’en étais là.
Autant faire de ma fin une œuvre d’art.
J’avais déjà sauté en wingsuit, vous savez ?
J’allais réussir un saut si parfait que Red Bull m’appellerait cent fois.
Dans le silence où même la pluie semblait s’être évanouie,
je pris mon souffle, évaluai la distance jusqu’à la place de parking et fis le grand saut.
« Aaaaaah ! »
Apesanteur, liberté, chute.
Le sol disparut sous mes pieds et le vent siffla à mes oreilles à une vitesse terrifiante.
Plutôt que de fendre l’air, j’avais l’impression de traverser sans cesse de fines membranes.
La chute durait-elle plus longtemps que prévu ?
Non. Le sol fonçait vers moi à une vitesse incroyable.
Des grappes de magnifiques lumières urbaines furent englouties par mes pupilles dilatées.
Ah, j’avais l’impression d’être englouti.
J’avais peur.
Bien plus peur que je ne l’aurais imaginé.
Malgré tout.
Pour obtenir une licence de wingsuit, il fallait avoir effectué deux cents sauts en parachute.
Autrement dit, j’avais déjà goûté à la chute libre un bon paquet de fois.
Je pensais pouvoir atteindre la place.
Crac.
Le choc fut assourdissant, et une douleur plus intense que tout ce que j’avais connu m’engloutit tout entier.
« Ah… ngh… ahhh… »
J’avais mal.
J’avais mal.
Je ne voyais plus que d’un œil, mais je compris instinctivement que quelque chose clochait gravement dans mon corps.
Ce genre de douleur.
« Ghh… »
Comment se faisait-il que je ne sois pas mort sur le coup ?
C’était le cinquante-deuxième étage. Comment était-ce possible ?
Je tournai les yeux, que je parvenais à peine à bouger, et aperçus une moitié de mon smartphone, fracassée.
Je me tordais de douleur, convulsant comme un insecte.
J’avais l’impression que le temps s’était arrêté.
Quand est-ce que j’allais enfin mourir ?
Toutes sortes de liquides corporels s’écoulaient de moi en temps réel.
Et pourtant, j’étais en vie.
Mon cœur battait.
Comme s’il voulait vivre.
Comme s’il refusait de mourir.
« Th… ah… »
Ma vie s’était mêlée à toutes sortes de stimulations et de plaisirs.
Je ne l’avais jamais regretté.
J’étais né ainsi, et j’avais vécu ainsi.
J’avais décidé que ce n’était pas grave si tout finissait par l’autodestruction.
Mais.
Je comprenais maintenant pourquoi on torturait les prisonniers au Moyen Âge.
En me roulant par terre, ravagé par cette foutue douleur, je sentis peu à peu monter en moi le désir de me repentir.
S’il existait une autre vie…
Je ne toucherais ni aux jeux d’argent, ni à l’alcool, ni aux cigarettes, ni à quoi que ce soit d’autre.
Je deviendrais un chrétien irréprochable, vivant selon la parole de Dieu.
Ou bien je suivrais les enseignements de Bouddha, me débarrasserais du désir, source de souffrance, et atteindrais le nirvana.
Sur ce vœu,
la mort engloutit ma conscience comme une mer noire.
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『 Fin 0. Le carrefour des choix 』
Que désirez-vous ?
Un paysage mental est la lentille à travers laquelle on voit le monde, une esthétique ou le summum de l’obstination téméraire.
Autrement dit, des ailes de cire lancées vers le soleil.
Vous avez prouvé que vous en étiez digne grâce à un « choix spécial ».
<Résultats de l’itération>
▶ Succès : « 0ᵉ mort » obtenu
- ■■■■ (Nv. 0) est activé.
- Votre « compréhension » de la mort a légèrement augmenté.
- 50 pt attribués.
▶ Titre : « Hédoniste » obtenu
- « Maîtrise de soi » diminue.
- « Chance » augmente légèrement.
- 10 pt attribués.
Au terme de l’orgueil et de la folie, puissiez-vous atteindre la transcendance.
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J’entendis des rires.
2.
Vêtu d’habits de cérémonie de grande qualité, le comte Montraven, un homme d’âge mûr, appuya le menton sur sa main et réfléchit profondément.
La Maison du comte Montraven avait de lourdes responsabilités.
Elle était chargée d’approvisionner en eau Aden, la cité-arche et berceau de l’humanité qui résistait à l’apocalypse.
Inspecter les installations de traitement de l’eau et le matériel d’approvisionnement n’avait pas l’air aussi prestigieux que d’autres fonctions importantes.
Pourtant, le rôle était essentiel.
Les humains mouraient sans eau.
Bien que cette fonction peu glorieuse fût indigne d’un comte, le comte Montraven resta fidèle à ses convictions et accomplit son devoir.
C’était un excellent chef de maison et un père dont le fils était intelligent et la fille compétente.
Du moins, jusqu’à un mois plus tôt.
« Où est passé Cedric ? »
« Il semblerait que le jeune maître soit encore allé au casino aujourd’hui. »
« Encore là-bas ? Sans même venir me saluer ? »
« Il est parti tôt ce matin. Il ne devrait pas rentrer avant l’aube. »
Le vieux majordome et le comte poussèrent ensemble un grognement complice.
Un mois plus tôt.
Cedric, le fils du comte, s’était réveillé d’un coma après avoir perdu connaissance pendant trois ans à la suite d’un accident.
C’était un miracle, alors même qu’un grand prêtre renommé du Saint-Siège avait secoué la tête et qu’ils avaient dépensé des quantités d’Universelle comme de l’eau, sans le moindre résultat.
Mais…
« Tu es réveillé, mon fils ! »
« Qui êtes-vous ? »
Les retrouvailles avec son fils avaient été les pires qui soient.
Cedric, sorti de son lit de malade, n’avait pas retrouvé tous ses souvenirs.
Pire encore, dès son réveil, il s’était mis à chercher de l’alcool et des cigarettes, avait fréquenté le quartier des plaisirs et dilapidé la fortune familiale.
À présent, il était devenu accro aux jeux d’argent.
Le comte avait compris sa débauche.
Son fils était revenu vivant. C’était suffisant.
Il avait pensé qu’il ne s’agissait que d’une errance passagère, un contrecoup après que Cedric avait frôlé la mort.
Il croyait que Cedric redeviendrait comme avant à mesure que ses souvenirs lui reviendraient.
Mais même la confiance inébranlable qu’il avait en son fils avait ses limites.
« Monseigneur, ne serait-il pas temps de réprimander le jeune maître ? En un mois, il a déjà dilapidé cinquante millions de Bios. »
« C-cinquante millions ? Je ne lui ai jamais donné autant d’argent… »
« Il semblerait qu’il ait vendu les objets de valeur de son coffre personnel et remis la totalité de la somme au casino… »
« Putain. »
Le comte Montraven se prit la tête entre les mains.
Comment son fils, qui avait toujours été travailleur malgré son manque de talent, était-il devenu un bon à rien notoire ?
Il n’avait pas espéré que Cedric suive les traces de sa sœur dans la magie, mais il avait au moins voulu éviter qu’on dise qu’il déshonorait la famille.
« C’est peut-être présomptueux de ma part, mais puis-je vous faire une suggestion ? »
« Une suggestion ? »
« Le jeune maître a changé après un grave accident. S’il en subissait un autre, ne pourrait-il pas redevenir normal ? »
« … ? »
Le majordome en chef, qui gérait les finances de la maison, affichait une expression sinistre.
On aurait difficilement pu prendre ça pour une plaisanterie.
« Je prendrai des mesures radicales. »
Le comte prit sa décision.
Notes de bas de page :
Le premier caractère du mot coréen signifiant « investissement » veut dire « jeter », ce qui donne tout son sens à la plaisanterie du narrateur : un investisseur met fin à ses jours en se jetant dans le vide.
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