Chapitre 161
WeTried Translations x Flame Comics
Traducteur/éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 161 : Épisode spécial — Se raser la barbe, et (4)
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* * *
Malheureusement, l’examen final devait rester dans le cadre du cours d’Enrika. Ivan ayant passé tout le semestre précédent à Tilles, il n’avait pas enseigné grand-chose lui-même.
« Pour évaluer correctement les résultats de leur entraînement, il leur faudrait un vrai combat. »
Ivan fronça les sourcils en relisant les questions de l’examen. Enrika semblait s’être contentée d’enseigner les bases aux élèves, à peu près au niveau des nouvelles recrues.
« Alors, qu’est-ce que tu en penses ? J’ai encore la main, hein ? Je suis plutôt douée pour enseigner aussi, non ? »
« Je ne suis pas d’accord. »
Enrika eut un grand sourire tandis qu’Ivan se plaignait.
« Qu’est-ce que tu ne trouves pas convaincant ? Les élèves que j’ai formés ont même terrassé l’un des Sept Généraux Dragons. »
« Ce n’est pas un cours de niveau universitaire. »
Ivan posa le cours d’Enrika sur son bureau et poussa un soupir.
Son cours de survie se limitait à survoler les rudiments du camping. Celui d’anatomie ne dépassait pas les premiers secours sur le terrain, et celui sur les démons n’allait pas au-delà des connaissances générales.
Améliorer ses chances de survie dans des conditions extrêmes, continuer à se battre après avoir perdu un membre, introduire des variables inattendues dans un combat contre des démons…
Elle n’avait même pas commencé à aborder ces sujets.
Qu’avait-elle donc enseigné pendant tout un semestre ? Les élèves auraient pu voir tout ça en deux semaines, sans problème.
« Hé, hé, tout ça relève du secret militaire. Si on dévoile tout notre programme d’entraînement à des nobles étrangers, comment veux-tu qu’on gagne notre vie ? On va manger de la terre ? »
Enrika ricana et s’allongea sur le canapé. La voir s’approprier celui du bureau d’un professeur et balancer les jambes était agaçant.
Une robe de soie délicate apparaissait entre les pans de son manteau. Mais Ivan était un homme raisonnable et ne s’attarda pas sur cette vieille femme qui avait plus de deux siècles de plus que lui.
En silence, il passa les documents en revue et réduisit le programme de l’examen.
« Bon sang. »
Enrika se redressa bientôt en maugréant. Elle jeta un coup d’œil à Ivan, puis ricana dans sa barbe.
« Quoi ? »
« Comment ça, quoi ? Je regarde ta tête. »
« Tu n’as rien à faire ? Et les examens du Département des Chevaliers ? »
« Mon cours est entièrement pratique. Je les regarde s’affronter, je leur donne une note à la louche et c’est fini. »
« Je vais proposer à Son Altesse de réduire ton salaire. »
« Euh… dans ce cas, je n’aurai qu’à prendre ma retraite ? »
Enrika s’approcha du bureau d’Ivan, tout sourire.
« Au fait, j’ai entendu dire que tu allais négocier avec le Grand-duc Volonovin. Ça se prépare bien ? »
« Qui t’a dit ça ? »
« J’ai plusieurs élèves au Commandement du Contre-espionnage. Tu croyais que je ne serais pas au courant ? »
« … Je vais devoir revoir le programme d’entraînement. »
« Te voilà qui cherches à leur rendre la vie infernale sans raison. Tu es vraiment mesquin. »
Ivan fixa Enrika un long moment. Elle éclata de rire et agita la main.
« Cette tête ne me fait plus peur. Le grand jour est enfin arrivé. Ça vaut vraiment la peine d’aller travailler, maintenant. »
« Arrête de dire n’importe quoi et va-t’en si tu n’as rien à faire. »
« Pas envie. Je vais rester là jusqu’à ce que tu aies fini. »
« Fais comme tu veux. »
Ivan se remit à écrire son examen.
Enrika ne comprenait pas pourquoi il s’embêtait à préparer un examen pour un cours où tout le monde réussissait à condition d’avoir été présent assez souvent, mais elle fredonna et se laissa retomber dans le canapé.
Gratte, gratte. Le bruit de la plume d’Ivan résonnait dans le bureau désert, au cœur de la nuit.
Puis Ivan prit soudain la parole.
« Gilles Ver est mort. »
« … Je sais. »
Enrika répondit sans le regarder. Après un bref silence, Ivan poursuivit sans cesser d’écrire.
« Beolgreen et Einar sont aussi en danger. Quelqu’un complote contre le Groupe de héros. »
« Alexander ? »
« Probablement. Mais il ne sera pas le seul. »
« Quel monde merveilleux. On le protège jusqu’à en mourir, et tout part de nouveau en morceaux. »
Aucun des deux ne regardait l’autre. Enrika observait la tasse de thé qu’elle faisait tourner entre ses doigts ; Ivan, sa copie d’examen.
« Lequel devrait-on régler en premier ? À mon avis, on ferait mieux de s’en occuper chacun d’un côté. »
« Non. Tu dois protéger Pritchenkaya. »
« Tu comptes aller voir les deux toi-même ? »
« Quelqu’un doit protéger Patricia. Tu te fais davantage remarquer que moi. Tu n’es pas faite pour l’infiltration. »
« C’est vrai. »
Dans cette ville, deux personnes devaient absolument être protégées : Elizaveta et Patricia, la princesse et la Sainte.
La mort de l’une ou de l’autre aurait de graves conséquences. Krasilov, qui ne tenait déjà qu’à un fil, pourrait s’effondrer, ou le Royaume saint pourrait déclarer une guerre sainte.
Par chance, toutes deux étudiaient dans cette université. Tant qu’Enrika resterait ici, une intrusion venue de l’extérieur ne serait jamais facile.
Pendant son absence, un membre du Groupe de héros devrait protéger la ville.
« Alors tu veux commencer par Droan ? »
« Probablement. »
Ivan répondit d’un ton désinvolte en tournant une page.
Kallion et Droan. S’il fallait venir en aide en priorité à l’un des deux pays, Droan s’imposait.
Droan était relié à Krasilov par la terre. C’était aussi une nation humaine. Le réseau de renseignement extérieur de Krasilov y était donc implanté, dans une certaine mesure.
La situation intérieure de Kallion était entièrement inconnue, mais au moins, ils pouvaient évaluer celle de Droan.
C’était aussi le pays qui subirait le plus grand effondrement si un membre du Groupe de héros venait à mourir. Seule l’autorité d’Einar permettait encore à Droan de tenir debout.
Kallion, en revanche, conservait un régime parlementaire strict sous l’autorité de sa reine. Même le grand Beolgreen n’y était qu’un membre du Conseil Privé.
La mort de Beolgreen affaiblirait inévitablement le pays, mais ne paralyserait pas le royaume tout entier.
La situation n’avait rien à voir avec celle de Droan, qui s’effondrerait aussitôt si Einar mourait. S’il fallait établir des priorités, Droan était le problème le plus urgent.
« Qui pourrait bien tuer Einar ? À part la vieillesse, je ne vois pas ce qui y arriverait. »
« On aurait pu dire la même chose de Gilles Ver. »
« C’est vrai. »
Enrika posa sa tasse de thé et fouilla dans son manteau. Elle en sortit une flasque d’alcool fort et l’ouvrit.
Elle prit trois verres à liqueur dans le placard, au fond du bureau, et les posa sur la table.
« Tu connais le secret de la longévité ? »
« Non. »
« Réfléchis avant de répondre, morveux. Hum… Il faut s’efforcer de se rappeler plus de bons souvenirs que de mauvais. »
Les mauvais souvenirs revenaient tout seuls, de toute façon. Et quand on vivait assez longtemps, il y en avait, et beaucoup.
Le secret de la longévité consistait donc à faire l’effort de se rappeler d’abord les bons moments, où que l’on soit et à n’importe quel moment.
C’était pour cela qu’Enrika ne pleurait pas ceux qui l’avaient précédée. Au lieu de déplorer leur départ, elle choisissait de garder leur souvenir à jamais.
— Glouglou.
L’alcool fort remplit les verres. Elle agita la main au-dessus d’eux et, fwoosh, les flammes jaillirent du liquide.
« Buvons un coup. »
D’un geste, elle fit flotter un verre jusqu’à Ivan. Il le prit sans un mot.
« À ceux que nous ne reverrons jamais. »
« Mm. »
Ivan leva son verre et le vida d’un trait.
À ceux qu’ils ne reverraient jamais.
Contrairement à elle, qui était une vampire, ou à lui, qui avait tant de sang sur les mains, Gilles Ver était sûrement allé au paradis.
Ils trinquaient donc à un compagnon qu’ils ne pourraient plus revoir, même après la mort.
Aux braves gens qui partaient toujours les premiers. Et à Gilles, qui avait enfin trouvé la paix éternelle, ils portèrent un toast avec envie.
Enrika vida son verre et s’essuya les lèvres.
« Je m’en vais. À demain, mon élève. »
« Mm. »
Enrika s’en alla sans dévoiler son visage jusqu’au bout. Ivan ne la regarda pas. Tout le monde avait des expressions qu’il ne voulait pas montrer aux autres.
Même après le départ d’Enrika, le grattement de la plume d’Ivan résonna longtemps dans le bureau.
Un verre enflammé brillait encore, solitaire, sur la table.
La nuit s’épaissit. Ivan ne termina de préparer l’examen que lorsque le feu eut consumé jusqu’à la dernière goutte d’alcool et se fut éteint.
Dans le bureau plongé dans l’obscurité, il contempla le verre vide posé sur la table.
« Santé. »
Il adressa un bref signe de tête au verre vide, puis quitta le bureau. Le riche parfum tourbé du whisky s’échappa par la porte ouverte et se répandit dans le ciel.
Des flocons blancs tombèrent sous le ciel nocturne.
Ils s’amoncelaient sous les lampes à mana qui éclairaient les rues.
Ivan prit la direction du quartier général, le crissement de la neige sous ses pas.
* * *
« Je vais commencer l’examen. »
À ces mots, les étudiants baissèrent les yeux sur leurs copies, l’air épuisé, et renoncèrent en silence à comprendre pourquoi un cours général évalué par un système de réussite ou d’échec avait un examen final.
Debout devant eux, à son pupitre, Ivan poursuivit d’un ton calme :
« Vous pouvez essayer de copier sur quelqu’un. Si vous ne vous faites pas prendre, je considérerai que vous avez du talent. »
S’ils parvenaient à agir hors de son champ de vision dans un endroit pareil, il pourrait les faire réussir même s’ils répondaient faux à toutes les questions.
Ivan hocha la tête pour lui-même et ouvrit sa montre à gousset.
« Commencez. »
Les étudiants soupirèrent et se saisirent de leurs copies. Le silence de l’amphithéâtre fut bientôt troublé par le bruissement des pages.
Ivan les observa lentement, tout en gardant un œil sur l’heure.
— Toc, toc.
Une trentaine de minutes plus tard, quelqu’un frappa à la porte de l’amphithéâtre. Tous les étudiants tournèrent la tête vers elle.
« Qu’y a-t-il ? »
« Senior, une nouvelle urgente. Un instant. »
Dmitry, qui avait entrouvert la porte et passé la tête, était livide. Ivan fronça les sourcils et sortit ; Dmitry s’empressa de lui parler.
« Des troupes approchent. »
« À qui ? »
« Au Grand-duc Volonovin. Tout le monde au quartier général se rassemble près de la capitale, mais ils auront du mal à arriver à temps. L’avancée est trop rapide. »
« Le Grand-duc tente un coup d’État, maintenant ? »
« Tous les agents envoyés pour entrer en contact avec les gens du Grand-duc ont cessé de donner signe de vie. Senior, vous devez vous préparer à partir. »
Ivan jeta un coup d’œil à la salle d’examen et poussa un profond soupir.
Le commandant du Premier corps tenterait un coup d’État après la soumission du Deuxième corps ? Sans le moindre signe avant-coureur ?
Impossible. Le renseignement intérieur du Commandement du Contre-espionnage était infaillible. Préparer un coup d’État exigeait bien plus d’une ou deux mesures, et il était clairement impossible de tout faire en dehors du réseau de renseignement du Commandement du Contre-espionnage.
Mais si un corps marchait réellement sur la capitale…
« Combien ? »
« Trois mille, tous cavaliers. »
« Dites-leur de se tenir prêts à combattre, mais de ne pas attaquer les premiers. »
« … Quoi ? Pourquoi ? Si on ne gagne pas du temps, l’ennemi atteindra Pritchenkaya avant que la Force de défense de la capitale puisse se rassembler. »
« Parce que ce n’est pas un coup d’État. »
Ivan soupira et se pressa les doigts contre les yeux.
« Il cherche seulement à prendre l’avantage à la table des négociations. Pourquoi amènerait-il trois mille cavaliers à l’endroit où se trouve Enrika, sans ligne de ravitaillement ? Et sans l’artillerie du Premier corps ? »
Le Grand-duc Volonovin n’était pas stupide. Aussi soudaine que soit l’attaque, il savait bien que trois mille cavaliers ne pourraient pas occuper Pritchenkaya.
Ce n’était qu’une stratégie de négociation un peu agressive. Une démonstration de force, en somme.
« Vous devez être désespéré, Grand-duc. »
Cela signifiait que la position politique du Grand-duc était précaire. Il n’était pas du genre à ignorer que des méthodes brutales entraînaient toujours de brutales représailles.
Il cherchait donc à montrer à la princesse qu’il était toujours debout, pour qu’elle lui accorde davantage de valeur. Bien sûr, maintenant qu’ils avaient repéré son manège à l’avance, sa stratégie ne servirait à rien.
C’était un vieil homme qu’on avait autrefois appelé l’homme le plus puissant du pays. C’était aussi le premier grand noble envers lequel Ivan s’était jamais senti redevable.
« Allons-y. »
« Oui, Senior. »
La carrière militaire d’Ivan avait commencé quand on l’avait envoyé de force sur le front comme conscrit. Depuis, le Premier corps avait toujours tenu la ligne de front.
Le commandant du Premier corps, Mikhail Arturovich Volonovin, le Duc du Gibet. Le Poing de fer du Grand Ivan. L’Épée du Conquérant. Le Faucheur du Nord. Le commandant de l’artillerie de Krasilov.
Un homme qu’Enrika aurait jugé digne de rejoindre le Groupe de héros à sa place, s’il avait eu vingt ans de moins.
Ivan poursuivit son chemin en silence.
Dix ans déjà ?
* * *
« Qu’est-ce qu’on fait de l’examen ? »
« Je n’en sais rien non plus… On le rend, tout simplement ? Est-ce que ce cours avait seulement un assistant ? »
« Quelqu’un peut aller chercher la professeure Enrika… ? »
Une professeure qui avait disparu dès la deuxième semaine de cours et ne s’était plus montrée pendant tout le semestre.
Puis qui réapparaissait une semaine avant la fin des cours, leur donnait un examen final et disparaissait de nouveau en plein milieu ?
Confrontés à cette réalité invraisemblable, les étudiants ne savaient plus quoi faire.
* * *
Notes de bas de page :
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