Chapitre 160
WeTried Translations x Flame Comics
Traducteur/éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 160 : Épisode annexe — Se raser la barbe, et (4)
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* * *
« Vous êtes le Groupe de héros de la prochaine génération. »
Personne ne protesta. Tous s’y attendaient. Même si c’était un honneur trop grand à porter, aucun ne fut surpris d’apprendre qu’ils avaient été choisis.
Ivan pensa que c’était dû aux coutumes de cette époque préindustrielle et arriérée. Ils étaient habitués à une culture noble où les positions se transmettaient avec l’héritage d’une maison.
L’héritage était si courant que chacun trouvait naturel que la fille d’un Héros devienne Héroïne et le fils d’un chevalier, chevalier à son tour. En tant qu’enfants du Groupe de héros, ils l’avaient accepté comme une évidence.
« Ce n’est pas une évidence. »
Ivan parla fermement, tandis que la salle se refroidissait légèrement sous son regard.
« Rien de ce que vous avez obtenu sans effort ne vous est dû. Isabelle, tu es peut-être la fille de Maximilian, mais ça ne veut pas dire que tu es comparable à lui quand il avait ton âge. »
Il avait pris Isabelle pour exemple, mais le problème ne la concernait pas seule. Contrairement à la guerre, cette époque était relativement paisible.
Les Héros qui avaient vécu cette période avaient dû lutter sans cesse pour survivre. La situation était différente, à présent. La société était devenue un endroit où l’on bénéficiait de privilèges sans avoir fait ses preuves, simplement parce qu’on baignait dans la lumière de ses parents.
Ce n’était pas une mauvaise chose. La civilisation devait naturellement évoluer ainsi. Mais ils étaient confrontés à la destruction.
Le Groupe de héros ne pouvait pas se contenter d’être composé d’enfants de Héros. Ils devaient devenir des Héros par leur propre force.
Après tout, si un Groupe de héros était nécessaire, c’était bien parce que des épreuves de cette ampleur se profilaient.
« Mes parents… les parents de ce corps, étaient métayers. J’ai été enrôlé dans la milice, j’ai combattu en première ligne et j’ai survécu trente ans sur les champs de bataille pour arriver jusqu’ici. »
Ivan poursuivit, le regard vide. Le groupe ne s’intéressait plus à son apparence changée. Tous écoutaient ses paroles.
« Ce sera une longue histoire. Celle de vos parents et… »
Ivan croisa leurs regards un à un. Derrière eux, il crut apercevoir le Groupe de héros dans sa jeunesse.
Ils s’étaient tous dispersés. Certains ne pourraient jamais revenir, d’autres ne pouvaient plus bouger. Jamais plus ils ne se retrouveraient pour partager un repas et boire ensemble comme autrefois, rire et se remémorer le passé.
Puis ces silhouettes anciennes s’effacèrent. Il vit les jeunes gens devant lui, immatures, mais souriants et bavardant, le cœur plein d’espoir.
Oui. Cette époque ne s’effondrait pas.
Ce n’était que le moment le plus sombre avant l’aube.
Il le fallait.
« Et ce sera aussi l’histoire de ceux qui sont ici. »
Son regard se tourna vers les autres membres du groupe, les transmigrés qui l’observaient avec tension.
Ils venaient d’un autre monde. De jeunes exilés, emportés ici par une loi ou une volonté du monde, chacun vivant sa propre histoire.
Leur identité devait rester connue de cette seule assemblée. Par chance, ils pouvaient tous se faire confiance.
Ils avaient été emportés dans ce monde, mais celui-ci n’était pas fondamentalement clément envers les humains. Eux aussi devaient se préparer à leur manière.
« Ce sera l’histoire de chacun d’entre nous. Commençons par celle de Maximilian, du Roi Démon et de moi. »
Et ainsi commença cette longue histoire.
* * *
Maximilian et le Roi Démon étaient tous deux des transmigrés, comme Ivan et plusieurs autres personnes présentes.
Contrairement aux origines d’Ivan et des élèves, celles de Maximilian et du Roi Démon n’avaient rien de particulièrement surprenant. On disait que le Héros était descendu des cieux, tandis que le Roi Démon était apparu un jour et avait soumis le peuple démoniaque.
Vu le flou étrange qui entourait leurs premières années à tous deux, les qualifier de transmigrés expliquait bien des choses. Les nobles de haut rang savaient que des gens comme eux étaient apparus de temps à autre au fil de l’histoire.
Pourtant, les transmigrés, à l’instar du Roi Démon et du Héros, laissaient toujours leur empreinte dans l’histoire, comme si le monde lui-même avait tout arrangé pour qu’ils accomplissent de tels exploits.
Il était donc inévitable que le groupe tourne son regard vers les transmigrés.
« Mon oncle… »
Isabelle murmura doucement. Les autres élèves étaient peut-être des transmigrés, mais ils n’avaient rien accompli de particulièrement remarquable. Elle n’arrivait donc toujours pas à saisir toute l’importance de leur condition.
« J-je suis la meilleure élève du Département des Chevaliers… »
« Le Seigneur me contacte directement. On peut dire qu’on est assez proches. »
« Je suis une elfe. Je vis longtemps. »
Même transmigrés, ils n’avaient rien accompli de particulièrement remarquable. Isabelle ne parvenait toujours pas à saisir toute l’importance de leur condition.
Faisant mine de ne pas entendre les transmigrés débiter des choses étranges, Isabelle reporta son attention sur Ivan.
Cet homme était différent. Il n’y avait pas besoin d’expliquer en quoi.
Avait-il prétendu que la supériorité ne se transmettait pas par le sang ? Non, il était presque évident, presque certain, qu’elle se transmettait ainsi.
Les enfants nobles naissaient avec des aptitudes innées pour maîtriser le mana. Seules des personnes de cette trempe étaient devenues nobles à l’origine, et elles avaient conservé leurs positions en transmettant ces traits héréditaires.
Grâce à ces bases, ils recevaient une meilleure éducation et mangeaient mieux. En épousant d’autres familles nobles et en ayant des enfants, ils donnaient naissance à des descendants supérieurs à la génération précédente.
Dans la société noble, la stagnation équivalait au déclin. Si chaque génération ne faisait pas mieux que la précédente, elle se faisait distancer. Toutes les maisons nobles qui n’avaient pas suivi cette progression avaient disparu dans les méandres de l’histoire.
C’était le bon sens. Le Groupe de héros lui-même en était la preuve. Aucun de ses membres n’était né dans l’anonymat ou la pauvreté.
*Mais mon oncle venait d’une famille de métayers.*
Si c’était vrai, alors il était logique qu’Ivan soit lui aussi un transmigré. Pour qu’un conscrit issu d’une famille de métayers devienne un homme comme lui, il fallait bien qu’il vienne d’ailleurs.
Combien de personnes connaissaient ce fait ? Elle n’avait sûrement pas été la première. Mais…
*Personne d’autre n’est comme moi.*
Si son père, Maximilian, avait lui aussi été un transmigré, alors… ne pouvaient-ils pas être considérés comme originaires de la même patrie ? À strictement parler, elle était une hybride de ce monde et d’un autre.
Isabelle serra le poing.
« Et les Royaumes Alliés s’effondreront sans aucun doute d’ici cinq ans. »
« Aïe ! »
Le groupe avait écouté Ivan en silence, absorbant ses paroles, mais leurs visages se figèrent de nouveau tandis qu’ils reposaient leurs couverts.
Eugene ricana en les observant. Ils allaient avoir une indigestion. Grand frère était vraiment venu préparé.
« Comme je l’ai dit pendant la guerre civile de Tilles, Eugene peut confirmer certaines choses par des données chiffrées. Ces informations ont été recoupées, je n’accepterai donc aucune objection. »
« V-vous voulez dire que le Seigneur vous parle vraiment directement… ? »
« C’est exact. Cinq ans. C’est le temps qu’il reste aux Royaumes Alliés. »
L’atmosphère se glaça dans la salle à ces mots. De but en blanc, on leur annonçait que leur pays tomberait dans cinq ans, et que cette information venait au nom d’un dieu.
Jusqu’à quel point pouvaient-ils se fier aux informations d’Eugene ? Ce n’était pas la question. Eugene était prêtre et, s’il mentait au nom du Seigneur, il perdrait sa position et son Pouvoir divin. Non pas par l’Église, mais directement par le Seigneur.
Comme cela ne s’était pas produit, il s’agissait bien d’une révélation divine. Rien n’était plus stupide que de mettre en doute une parole prononcée au nom d’un dieu ; le groupe attendit donc en silence qu’Ivan poursuive.
« Personne ne peut prédire ce qui se passera dans cinq ans. Le Roi Démon pourrait apparaître, ou une nouvelle guerre contre le peuple démoniaque pourrait éclater. Mais vous devez comprendre que les Royaumes Alliés sont loin d’être en paix, en ce moment. »
Le Héros avait disparu. On ne pouvait pas dire qu’il était vraiment tombé. Il était difficile de connaître exactement sa situation, mais Ivan ne pouvait pas affirmer qu’il avait sombré dans une corruption totale.
Si le Héros s’était véritablement perdu, Tilles serait déjà tombée pendant la récente guerre civile. À l’instant où il serait apparu pour dénoncer la famille royale, l’opinion publique aurait abandonné cette maison royale divisée.
Gilles Ver était mort. Cela ne signifiait pas simplement qu’un homme avait péri. Gilles Ver avait été la plus puissante force de combat individuelle encore active dans les Royaumes Alliés.
Parmi ceux qui avaient tué les Sept Généraux Dragons, Gilles Ver était le seul à pouvoir se déplacer librement et à afficher publiquement sa puissance.
Einar ne pouvait pas quitter Droan. Cette nation ne tenait que par son autorité. Son absence entraînerait la division de Droan ; seule la date restait à déterminer.
Quelques mois plus tôt, Alexander avait même étendu son influence jusqu’à Droan lors de la tentative d’enlèvement d’Aesidis. Il avait envoyé un huscarl attaquer Aesidis. S’il avait encore d’autres complots en cours, Einar ne pouvait pas quitter son pays.
*À part Beolgreen, les forces de combat du Groupe de héros ne peuvent plus intervenir.*
Beolgreen lui-même était si occupé qu’il était difficile de le trouver, même à Kallion. À en juger par leur conversation à bord du navire de guerre aérien, il était probablement à la recherche d’Alexander.
Autrement dit, les Royaumes Alliés n’avaient plus personne dont la puissance égalait celle d’un Sept Général Dragon. La seule question était de savoir à quel point le peuple démoniaque en avait conscience.
Le peuple démoniaque lui-même était dispersé, sans chef central, et c’était pourquoi cet étrange équilibre avait perduré. Mais il était inévitable qu’il finisse par se briser.
La Fenêtre de statut annonçait que cela arriverait dans cinq ans.
*Gilles Ver. Toi seul aurais pu porter l’humanité pendant cinq années de plus.*
Ivan le pensa avec amertume.
La récompense initialement accordée par la Fenêtre de statut était de dix années de vie supplémentaires pour les Royaumes Alliés. Elle n’avait été réduite à cinq qu’à la mort de Gilles Ver.
Cela signifiait que la survie de Gilles Ver, quel que soit son état, aurait prolongé de cinq années supplémentaires l’existence des Royaumes Alliés, pour peu qu’il reste en vie.
« La division entre Krasilov et Tilles a été évitée avant de tourner au désastre. Nous avons déjoué une crise à Droan, mais la situation n’y est pas entièrement réglée. Quant à Kallion, impossible même de prévoir ce qui s’y passe. »
Si chaque nation avait un piège destiné à tuer un membre du Groupe de héros, alors Einar devait lui aussi avoir une épreuve qui l’attendait à Droan.
La question immédiate était donc de savoir lequel des deux choisir.
« Kallion et Droan. Nous devons examiner la situation dans l’un de ces deux pays. Ce sera notre prochaine destination. »
« Allons à Kallion ! »
« Allons à Droan ! »
Sans tenir compte de ces deux voix, Ivan se tut.
Le moment était venu de rassembler des informations. S’ils agissaient à la légère et que l’autre camp s’effondrait, le simple fait de rétablir la situation pourrait menacer la survie des Royaumes Alliés.
Droan ou Kallion.
La survie d’Einar ou celle de Beolgreen.
Et qui, au juste, pouvait leur nuire ?
*Comme dans le cas de Gilles Ver, où des ennemis que personne n’aurait pu prévoir étaient apparus.*
Qui aurait pu prévoir que des dizaines de dragons étaient enfermés sous terre ?
Le problème, c’était que les plans de ce scénario continueraient de se dérouler ainsi.
Quelque part, un moyen d’assassiner les Héros du Groupe de héros attendait son heure, et ceux qui s’en serviraient lèveraient des armées pour diviser une nation en deux.
Si Ivan n’avait pas été présent pendant la guerre civile des nains, Enrika aurait dû agir seule. Elle aurait probablement eu du mal à affronter Aviditas ; le scénario de la guerre civile des nains avait donc sans doute été le moyen d’assassinat prévu pour elle.
*Non, il y avait aussi le dieu enterré sous l’Université Saint-Yansk.*
Si Ivan n’avait pas brisé le sceau à l’avance et ne s’en était pas chargé lui-même, ce dieu aurait accumulé de la puissance avec le temps et serait descendu directement sur Pritchenkaya.
La capitale de ce pays, qui avait à peine recollé les morceaux de sa guerre civile avec le Prince Héritier, n’aurait rien pu faire pour arrêter un tel désastre. Enrika aurait dû intervenir elle-même.
Puis, si la guerre civile des nains s’était achevée et qu’Aviditas avait attaqué avec une armée rassemblée… Krasilov serait tombé.
Ces deux incidents avaient été résolus séparément, mais l’« histoire » prévue pour ce monde aurait suivi cette voie.
*Si quelque chose de semblable se produit à Droan et à Kallion, nous ne pourrons pas intervenir à l’avance.*
Voilà le problème : le manque d’informations. Il était possible de repérer à l’avance ce qui se tramait à Krasilov grâce aux services de renseignement intérieurs, mais, même à Tilles, ils avaient perdu Gilles Ver et n’avaient pas réussi à empêcher la guerre civile, faute d’informations.
Mais un seul échec suffisait.
Ivan ouvrit les yeux. Son regard bleu profond brillait d’un éclat sinistre.
*Une telle situation ne se reproduira jamais. Jamais.*
Ivan tapota la table et se leva.
« Nous allons mettre fin à cette réunion. »
« Quoi ? Mais nous n’avons encore rien décidé. »
« Ce n’est pas ce que nous devons faire pour le moment. »
« Quoi ? »
Ivan répondit brièvement au groupe déconcerté.
« Finissez de vous préparer pour vos examens de fin de semestre. Quand nous partirons, ce sera après le début des vacances. »
Il n’y avait qu’un seul incident majeur par semestre. C’était une évidence. Les épisodes d’une académie se répartissaient naturellement entre les semestres et les vacances.
Ils avaient empêché la guerre civile de Tilles au deuxième semestre ; il était donc évident que le prochain épisode commencerait pendant les vacances d’hiver qui approchaient.
Ivan jeta un regard aux élèves qui le dévisageaient, abasourdis, puis quitta la réunion.
« On a eu toute cette discussion, et la conclusion, c’est les examens de fin de semestre ? »
« Comment on est censés se concentrer sur les examens après ça… ? »
« Ah, maintenant, on ne pourrait pas tutoyer Ivan ? »
« C’est quoi, cette idée complètement folle ? »
« Pourquoi pas ? On a décidé que les membres du groupe se tutoyeraient. »
À ces mots d’Eugene, Isabelle soupira en débarrassant la table.
« Vas-y, essaie. Si tu reviens vivant, j’arrêterai aussi de te vouvoyer. »
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Notes de bas de page :
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