Chapitre 151
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Traducteur/éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 151 : En attendant l’hiver (5)
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* * *
« Votre Majesté ! Des troupes ennemies sont apparues à l’arrière ! »
« À l’arrière ? D’où sortent-elles ? Comment ? Qui sont-elles ? »
« Elles ne portent aucune bannière, il est donc difficile de les identifier… »
« Aucune bannière ? Combien sont-ils pour se lancer à l’assaut sans bannière ? »
À la question du comte Etouan, l’adjudant hésita. Il était normal de signaler l’apparition de troupes ennemies, mais leur nombre était plutôt gênant à annoncer.
« Soixante… Tous des cavaliers, et les observateurs disent que ce sont des chevaliers. »
« Soixante ? Vous avez bien dit soixante, pas six cents ou six mille ? »
« Oui, Votre Majesté. »
« Ha, hahaha, ahahahaha !! »
Etouan se frappa le genou et éclata de rire. Soit Guillaume avait échoué, soit Jean Beltua avait échoué.
Quelque part au-delà de la route qu’il avait empruntée, une poignée de nobles avait dû comprendre que Saint-Matilene était en danger et se précipiter à son secours avec leur seule cavalerie.
Des imbéciles. Qu’est-ce qu’une si petite troupe pouvait bien accomplir ?
Ils avaient sûrement prévu de se vanter auprès de la famille royale une fois la bataille terminée et la rébellion écrasée. Une petite manœuvre habile. Une tentative pitoyable de gagner de l’influence dans la politique du royaume. Ce n’étaient probablement que des barons de province.
Mais si les nobles provinciaux de basse extraction en étaient restés là, c’était parce qu’ils étaient incapables de sentir le vent tourner. Etouan rit.
« Venez. Allons les voir de nos propres yeux. »
Etouan quitta la tente de commandement et monta à cheval. Son adjudant et ses chevaliers se regroupèrent autour de lui pour l’escorter.
Au loin, la cavalerie fondait sur eux, le premier éclat de l’aube dans le dos. Entre eux et leurs cibles se dressaient d’innombrables soldats, la lance ou l’épée à la main.
« Parfait. Je vais pouvoir faire le ménage parmi les traîtres qui s’opposent à mon autorité royale. Offrons-leur des funérailles dignes de ce nom. N’est-ce pas la fin de ces patriotes d’un autre temps ? »
« Oui, Votre Majesté. »
Au signe de tête de l’adjudant, la cavalerie qui attendait à l’arrière se mit en marche. Ils étaient un peu plus de deux cents. Ces soixante assaillants n’étaient rien, ils allaient disparaître dès le premier choc.
La vermine qui s’accrochait à l’ancienne famille royale et à son ordre s’éteindrait comme des bougies, et son règne se lèverait tel le soleil.
Etouan contempla avec délice les derniers soubresauts de la vermine de ce pays.
Puis le chef de cette vermine finit par percuter ses chevaliers.
* * *
On disait qu’un cavalier chevronné ne faisait plus qu’un avec son cheval de guerre. Lorsque les mouvements du cavalier et les réactions de sa monture s’accordaient à la perfection, le temps nécessaire pour atteindre le galop était considérablement réduit.
Le cheval allait dans la direction souhaitée et courait comme son cavalier le voulait. Un cheval intelligent prenait souvent les devants avant même que son cavalier ne lui donne un ordre.
Un cavalier suffisamment expérimenté savait comment rassurer sa monture. Celui qui te porte est l’être le plus fort de ce monde. Tu peux galoper sans crainte. Tu ne risques rien.
Ces animaux craintifs avaient peur d’une simple charge contre les lignes ennemies. Il était donc essentiel de les rassurer.
Mais l’Unité d’Annihilation ne rassurait pas ses chevaux.
Ivan préférait le leur prouver par les actes.
— Crac !!
Il n’y eut même pas le temps de crier. La collision entre deux cavaliers lancés à pleine vitesse l’un contre l’autre ne dura qu’un instant.
Même si elle avait duré plus longtemps, l’issue n’aurait pas changé. L’impact était trop violent pour que la chair et les organes humains y résistent. Les poumons du cavalier éclatèrent avant qu’il ait pu expirer, et la mort le prit sans un bruit.
— Clang !!
Chaque fois qu’une épée brillait au soleil, un cavalier roulait brutalement au sol. Les cavaliers tombés s’emmêlaient dans la charge qui suivait et se percutaient à leur tour. Au milieu du chaos, hommes et chevaux se changeaient en tas de viande finement hachée.
Ivan piétina tout sur son passage et poursuivit sa route.
« Cours. »
Il le murmura à l’oreille de son cheval. Penché très bas, il se maintenait en selle grâce à la seule force de ses jambes et agitait ses deux bras.
Sur sa gauche, il saisit la hampe de la lance d’un chevalier qui chargeait et la lui arracha de force. Son cheval vacilla, manquant de se tordre une jambe sous la tension extrême.
Mais il ne s’arrêta pas.
Il avait une confiance absolue en son cavalier. On aurait même pu dire qu’il le craignait.
Ivan agrippa la hampe de la main gauche et arracha son adversaire de sa selle. Le chevalier s’éleva dans les airs, le visage vide.
Un homme adulte, musclé et couvert d’une armure pesait facilement plus de cent cinquante kilogrammes. Avec la vitesse de la charge, une force encore plus grande se concentrait en un seul point.
Ivan encaissa cette force d’une seule main et tira le chevalier hors de sa selle. Suspendu dans les airs, le chevalier sans nom fut projeté au loin, l’expression horrifiée.
— Crac !!
Les cavaliers qui suivaient écrasèrent le chevalier à terre sous leurs sabots. Ivan ne lui accorda pas un regard et balança le bras gauche.
— Clang, boum !!
Sans ralentir, il projeta la lance devant lui comme un rayon de lumière. La hampe s’enfonça dans la visière du casque d’un chevalier qui s’approchait et lui fracassa le crâne. Réduit à un amas de chair, celui-ci éclata comme frappé par une bombe.
Dans le même temps, Ivan abattit l’épée de sa main droite sur l’épaulette d’un autre chevalier. Les lanières furent tranchées net et, dessous, la clavicule, l’acromion et l’humérus volèrent en éclats d’un seul coup.
L’impact lui arracha le bras. Le cavalier était probablement mort sans souffrir : les rênes lui échappèrent, il perdit l’équilibre et tomba de cheval.
« Fais-moi confiance. »
Ivan secoua sa tête embrumée et rassembla ses pensées éparpillées, tout en continuant de murmurer. Le cheval courait sans répondre, l’écume lui dégoulinant de la bouche.
Tu ne dois craindre ni les lances et les épées devant toi, ni les cavaliers, ni ces soldats innombrables.
Tu ne dois craindre que celui qui te monte en ce moment.
Il grava cette vérité dans le petit esprit de l’animal. Il lui murmura qu’il ne risquait absolument rien tant qu’il était sous sa protection.
Puis il le lui prouva par ses seuls actes.
* * *
« Quoi… ? »
Le visage d’Etouan se figea tandis qu’il regardait les chevaliers charger en formation de coin. Sa cavalerie se faisait tailler en pièces.
Ils avaient beau être postés à l’arrière, cela n’en faisait pas moins des chevaliers. Chacun était un noble de rang inférieur, une arme forgée sur les champs de bataille.
C’étaient les chevaliers de Tilles. Des démons des plaines, célèbres dans tous les Royaumes Alliés.
Et ils étaient en train de se faire briser. Littéralement écraser.
La charge d’une soixantaine de cavaliers n’était qu’une lutte vaine, incapable de l’atteindre. Pourtant…
Une peur glaciale lui transperça le cœur comme une flèche.
Le dernier râle de ce pays avait décoché une flèche contre lui. Elle fonçait droit dans sa direction, sous la forme d’un petit coin monté à cheval.
« Arrêtez-les ! Arrêtez-les !! Cavalerie ! Interceptez-les ! »
« Ressaisissez-vous, Votre Majesté ! Ils ne sont qu’une poignée de soldats ! »
L’adjudant semblait plus calme. La distance était grande, d’innombrables soldats se dressaient entre eux, mais les prouesses de l’adjudant étaient également loin d’égaler celles du comte Etouan.
L’adjudant ne distinguait pas le visage du chevalier qui chargeait droit sur eux. Il était trop loin pour qu’on puisse le reconnaître. De là où il se tenait, il ne devait ressembler qu’à un nuage de poussière.
Etouan, lui, le voyait parfaitement.
Il voyait le chevalier massacrer ses hommes en fonçant vers lui. Il distinguait même l’éclat bleu féroce qui brûlait sous son casque.
Le casque.
Il fallait lui retirer ce casque. Il fallait voir son visage.
« Gilles Ver de Etakrikh… Il était vivant… !? »
« Votre Majesté, reprenez-vous ! Si cet homme était Gilles Ver, il n’y aurait aucune raison qu’il mène un détachement jusqu’ici ! Et ceux qui le suivent ne sont pas les Chevaliers de l’Est ! »
« Ouvrez les yeux et regardez bien ! Qui d’autre dans ce pays se bat comme ça ? »
* * *
La cavalerie se dispersa et la plaine réapparut. Tout ce qu’Ivan entendait, c’était son cœur affolé, qui martelait sa poitrine avec une violence insoutenable.
Il n’entendait ni les cris des soldats ni le souffle rauque des chevaux. Les ténèbres envahissaient les bords de son champ de vision. Seul ce qui se trouvait devant lui restait net.
Ses sens, qui lui avaient autrefois permis de percevoir le moindre courant d’air frôlant les poils les plus fins, s’étaient déjà émoussés. Il ne sentait plus que le poids encombrant de son armure.
Il était épuisé.
Il était sans aucun doute au bord de l’effondrement. Tout ce qu’il avait mangé et bu, le mana qui lui restait, jusqu’à l’endurance de son système nerveux, tout était pitoyablement bas. S’il fermait les yeux, il s’évanouirait et dormirait dix jours d’affilée.
Alors il n’avait qu’à ne pas fermer les yeux.
Ivan poursuivit sa route, les yeux injectés de sang rivés droit devant lui.
Combien en reste-t-il ?
Il lui était difficile de savoir combien de ceux qui l’avaient suivi avaient survécu. Il n’avait pas le temps de tourner la tête, ne serait-ce qu’un instant. Il s’attendait tout de même à ce que la moitié d’entre eux ait péri dans le dernier choc.
Même lui, qui avait encaissé l’assaut le plus violent, n’en était pas sorti indemne.
Ça me gêne.
Du tranchant de la main, il brisa la hampe de lance qui lui avait transpercé l’abdomen en biais. Il ne pouvait pas la retirer. Il ignorait à quel point ses organes avaient été endommagés, mais il risquait de mourir d’une hémorragie.
À ce stade, la moindre goutte de sang avait de la valeur. Les calories et le mana qu’elle contenait pourraient lui permettre de balancer le bras une fois de plus.
Chaque blessure diminuait d’autant la capacité à poursuivre le combat. C’était inadmissible. Il ne devait donc prendre que les blessures absolument nécessaires et charger en fonction d’une situation de combat calculée avec précision.
Sa vision se brouilla.
— Crac.
Il se mordit l’intérieur de la joue, puis leva rapidement le bras et avala une gorgée de Potion de soin. Une vive douleur lui envahit la bouche. Elle lui éclaircit l’esprit un instant. Pas une mauvaise solution d’urgence.
Tant qu’il n’était pas mort, rien ne justifiait de s’arrêter.
* * *
Notes de bas de page :
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