Chapitre 145
WeTried Translations x Flame Comics
Traducteur/éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 145 : La rébellion des trois comtes (5)
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* * *
Une intention meurtrière déferla de toutes parts, mêlée à des souffles brûlants, du sang chaud et des corps enfiévrés.
-Kriii !
Ivan fit glisser le long du plat de son épée la hache qui s’abattait droit sur lui. Puis il leva le bras et frappa. D’un coup sec, il ouvrit une profonde entaille à la gorge de la créature devant lui.
Le sang jaillit de son cou comme si des branchies y avaient poussé, mais même à l’agonie, elle balança un bras pour barrer la route à Ivan.
Un autre avant-bras massif s’abattit alors. Plus épais que la cuisse d’un homme ordinaire, il était noué de muscles.
Ses nerfs, tendus à rompre, réagirent aussitôt. Il percevait jusqu’aux minuscules courants d’air éparpillés par le vent qui se fendait.
-Clang ! Kriii !
À ce stade, chaque instant du combat relevait de l’acrobatie. Le moindre coup bien placé ferait s’effondrer sa capacité à se battre.
Un homme mourait lorsqu’une lame le frappait. Des muscles déchirés l’empêchaient de bouger, et des ligaments rompus rendaient même difficile de lever le bras.
Et les lames avaient toujours le dessus sur la chair humaine.
Mais…
-Grrr !
-Fcht.
L’épée longue se remit à danser. Il ne pouvait pas, pour l’instant, neutraliser certains sens afin d’aiguiser les autres. Il lui fallait les mobiliser tous à pleine capacité.
Son nez suivait l’odeur fétide des bêtes, ses oreilles captaient le bruit des armes qui approchaient, son toucher suivait comme des antennes les remous de la brise, et ses yeux embrassaient le champ de bataille en perpétuelle mutation.
Un raz-de-marée d’informations s’écrasa dans son esprit. Se battre seul contre plusieurs adversaires, c’était toujours comme ça.
C’était épuisant. La tension mentale était plus difficile à supporter que la fatigue physique.
Mais pas encore.
-Clang ! Kriii !
Il dévia une hache, se déroba, trancha l’avant-bras d’une créature qui s’approchait, recula de nouveau, esquiva un marteau de guerre qui balayait l’air, puis posa le pied dessus.
« Grrk ?! »
Il bondit, posa une main sur son épaule, puis planta deux fois sa lame dans le trapèze interne, dans le sens des fibres musculaires. Il sectionna l’artère avec précision et se retira. Inutile de l’achever : la créature était déjà morte.
La suivante, donc.
Ivan se jeta sur l’ennemi suivant.
-Clang !
Sa dague se brisa. Tant pis. Il lui en restait deux autres.
-Krrk ! Clang !
Il lança son épée longue ébréchée dans le tendon du jarret d’une créature, puis s’élança aussitôt. Les mouvements désordonnés de la bête lui parurent terriblement lents.
Il ramassa la hache tombée à terre et en éprouva un instant le poids.
Onze kilos. Son centre de gravité était aberrant pour une arme humaine. C’était pratiquement un bloc de fer.
Parfait.
Pour abattre du bétail, on prenait un couperet de boucher.
Ivan leva la hache et se mit à la faire tournoyer. Une hache s’utilisait selon des principes différents de ceux d’une épée. Cette fois, il ne déviait pas les coups pour se glisser à l’intérieur de la garde. Il cognait et écrasait.
Il avançait.
« Huf… Huf… »
En avant.
En avant dans le ravin. Vers la ligne de front ennemie. Il abattait lentement les créatures qui lui barraient la route et continuait d’avancer.
Il ouvrait un chemin. Sans se retourner vers les morts, les mourants ou les blessés à mort, il avançait encore.
Le devoir d’un éclaireur était de se frayer une route au cœur des rangs ennemis.
En avant.
Il ignora les informations inutiles : les calories brûlées par l’effort intense, la chaleur fiévreuse de son corps, le soleil qui s’inclinait lentement au-dessus de lui.
Ses muscles, saturés d’acide lactique, criaient de fatigue ; ses poumons réclamaient le moindre supplément d’oxygène, et la tension, poussée à son paroxysme, lui enserrait le crâne d’un mal de tête.
Il ignora toutes ces informations inutiles et reprit sa marche en avant.
Il les tuait et se frayait un chemin.
C’était son rôle. Ses pas le portaient toujours vers l’avant.
« Hah… Hah… »
Il reprit à son compte la façon de combattre d’Einar, suivit l’exemple des prouesses martiales de Maximilian et imita la posture de Gilles Ver.
Il rassembla en une mosaïque les maximes de guerre éparpillées dans son passé et les adapta à la situation comme les pièces d’un puzzle.
En avant.
* * *
« La bande de guerre de Vargadal a disparu ? »
« Oui, Votre Excellence. »
« Où ça ? Où l’a-t-on aperçue pour la dernière fois ? »
« À Vertomang. »
« Alors, c’est ainsi depuis le premier jour ! Vous êtes fou ? Pourquoi suis-je seulement mis au courant d’une affaire aussi importante ?! »
Guillaume cria et jeta son casque de côté. Le premier chambellan s’inclina profondément, puis se retira.
Même les dépêches les plus urgentes ne permettaient pas de signaler chaque évolution en temps réel. Un décalage d’un jour ou deux était donc inévitable.
Mais cela faisait quatre jours. Pendant quatre jours, tous les fiefs à l’exception de Vertomang étaient restés intacts. Ils avaient même rassemblé des soldats, affirmant qu’ils s’occuperaient eux-mêmes de la situation.
« Il ne devrait pourtant y avoir personne derrière qui ils accepteraient de s’unir de leur plein gré. »
De simples barons mobilisaient leurs troupes privées et coopéraient même pour constituer une force militaire ? Toute action militaire qui n’avait pas été approuvée à l’avance pouvait raisonnablement être considérée comme une trahison.
En apprenant qu’ils rassemblaient volontairement des soldats et préparaient la défense locale malgré ce risque, Guillaume se cramponna à sa nuque en tremblant.
Lui et les deux autres comtes avaient lancé ce plan en sachant que l’échec leur vaudrait de toute façon d’être arrêtés pour trahison. Il pouvait y avoir des défauts, mais leur grand dessein ne pouvait pas échouer.
Ils avaient la confiance et les circonstances nécessaires. S’ils n’agissaient pas maintenant, ils n’auraient jamais même pu tenter leur chance.
Mais qui étaient donc ces gens ? Des nobles provinciaux qui grattaient la terre, de petits notables locaux à peine dignes du nom de nobles. Quel grand honneur pouvaient-ils bien convoiter pour risquer la trahison en s’alliant ?
Guillaume gronda entre ses dents.
« En route pour Vertomang ! »
Le plan consistant à inspecter les fiefs voisins dévastés, puis à exterminer les démons au moment opportun, était déjà tombé à l’eau. Il ignorait pourquoi les démons s’étaient soudainement installés à Vertomang, mais une opération avait tendance à s’écrouler dès qu’elle débutait.
Un bon commandant devait malgré tout être capable de passer au plan suivant.
« Puisqu’on en est là, je n’ai pas d’autre choix que de brandir leur trahison comme une menace et de les faire rentrer dans le rang. »
Ils avaient rassemblé des troupes et semé le trouble. En s’appuyant là-dessus pour mobiliser la Maison des Nobles, il pouvait renverser autant de barons de province qu’il le souhaitait.
Qu’auraient-ils pu faire s’il s’en servait pour les contraindre à obéir ?
« Au fait, combien d’hommes, déjà ? »
« Au moins deux mille fantassins, un peu plus de trois cents cavaliers et plus de vingt chevaliers. »
« C’est tout ? »
« Lors de la dernière vérification, tout indiquait que les fiefs voisins comptaient aussi se rassembler, mais on estime les forces réunies jusqu’ici à ce nombre. »
« Bon sang. »
Rassembler tant d’hommes en pleine saison des travaux agricoles signifiait qu’ils avaient pratiquement mobilisé tous les hommes en âge de combattre de leurs fiefs. Et ce n’était pas un ou deux fiefs. Même ceux qui ne touchaient pas directement le front en avaient envoyé ?
Il aurait fallu un ordre royal pour y parvenir.
Les dents serrées malgré ses doutes, Guillaume fit tourner son cheval. Ses ordres se propagèrent dans le camp et, bientôt, les soldats se mirent en marche à sa suite.
* * *
« Toi. Nom. »
Sa voix semblait faite de fer qu’on broyait contre du fer. C’était indubitablement du langage humain.
La langue humaine était trop délicate et complexe pour être articulée par leurs larges langues épaisses et leur bouche.
La plupart des Tauruses ne pouvaient donc pas parler. Du moins, ceux qu’Ivan avait rencontrés communiquaient entre eux dans leur langue natale.
Ivan ne répondit donc pas aux premiers mots qu’il entendit.
À la place, il balança sa hache.
-Crac !
Un Taurus qui était encore vivant et haletant perdit la tête, laquelle roula sur le sol. Ivan achevait mécaniquement les créatures qui tressautaient encore quand il leva la tête en entendant de nouveau la voix.
« Toi. Nom. »
C’était celui doté de la Détection de Ligne de Tir. Le plus fort et le plus gênant. La créature qui avait réellement réussi à lui enfoncer une lame dans le corps.
L’évaluation était difficile, mais même pour l’époque, ce n’était pas une créature qu’on croisait souvent. Elle dépassait le niveau d’un centurion, et pouvait même être l’équivalent d’un officier adjoint.
Ivan versa une Potion de soin sur la longue blessure qui lui barrait la poitrine et l’avant-bras, puis la regarda.
« Nom. »
Ses membres avaient été tranchés et le sang coulait de son corps, mais elle le fixait en souriant. Ses yeux injectés de sang brûlaient tandis qu’ils s’ancrèrent dans ceux d’Ivan.
Sa bouche remua et elle reprit la parole. Ivan ramassa sa hache et s’approcha.
« Ivan Petrovich Yermof. »
« Ivan. Souvenu. »
La créature hocha la tête et retroussa les lèvres. Des dents jaunes, agglutinées de sang, apparurent. À sa manière, elle souriait.
La lame de la hache se dressa droit vers le ciel et masqua le soleil matinal qui avait grimpé au-dessus de lui.
Le visage dans l’ombre de la hache, la créature marmonna :
« Mon nom. »
« Je m’en fiche. »
-Crac.
Un sourire aux lèvres, elle tomba et roula sur le sol.
« Hah… »
Ivan s’affala lourdement au sol et fouilla dans ses vêtements. Sa dernière barre nutritive était trempée de sang. Elle n’était pas vraiment propre, mais s’il ne voulait pas mordre à même la chair des démons, il n’avait pas le choix.
La viande de Taurus était répugnante.
Ivan essuya grossièrement la barre nutritive et la mâcha.
Il était épuisé.
Et pourtant…
« J’étais dix fois meilleur que toi, Gilles Ver. »
Entre le ravin et cet endroit, cette forêt comptait probablement plus de cadavres de Tauruses que d’arbres.
* * *
« Nous ne sommes pas trop en retard, au moins ? »
« Nous n’aurions pas pu nous préparer plus vite. »
Serthe répondit en reniflant à Noar, qui n’avait cessé de s’agiter ces derniers jours. Ils avaient fait tout leur possible au cours des trois derniers jours.
Ils avaient rassemblé des troupes si vite qu’ils avaient à peine eu le temps de dormir. Les seigneurs avaient été réunis presque sous la menace, au nom du grand-duc d’Etakrikh.
Ils n’avaient même pas pu envisager les lignes de ravitaillement et ne pouvaient donc tenir que quelques jours au combat. Ensuite, l’armée se disperserait d’elle-même ou se dissoudrait par désertion.
C’était même préférable. Si une armée de cette taille restait réunie trop longtemps, elle finirait par ressembler à une véritable conspiration séditieuse, impossible à justifier.
« Du feu ! Je vois du feu !! »
« Cette direction est loin de la route principale. »
« Allons voir. Qui sait où les combats ont eu lieu ? »
« Toute l’armée, préparez-vous au combat !! »
Une fumée noire s’élevait au-delà de la forêt. Vertomang avait été entièrement envahi par les démons ; il ne s’agissait donc sûrement pas de paysans qui défrichaient leurs champs en pratiquant l’écobuage.
Ce feu appartenait très probablement aux démons. C’était sans doute un campement.
Cet homme les avait donc vraiment retenus dans cette forêt pendant cinq jours. Seul.
Le baron Noar conduisit les soldats plus loin, secrètement impressionné. Les soldats, des métayers pour la plupart, serraient leurs vieilles lances et peinaient à suivre.
« Des traces de combat ! »
« Le combat a dû être féroce… ! »
Au bout d’une heure environ, ils découvrirent le premier cadavre. C’était un Taurus qui commençait déjà à pourrir. Son état atrocement mutilé, le sang répandu tout autour comme de la peinture et les arbres brisés à proximité donnaient une idée de la violence des combats.
Cinq, peut-être. Il en avait tué cinq à cet endroit.
Cela signifiait qu’il avait affronté de front cinq Tauruses, sans monter à cheval.
« La piste continue ! »
Un chevalier à l’avant cria. Un passage assez large pour laisser passer environ deux mille fantassins avait été dégagé.
Les soldats avançaient péniblement à travers la forêt dévastée, serrant leurs lances de toutes leurs forces, le visage marqué par la peur.
Ils ne pouvaient que trembler devant les cadavres des démons et le chemin qui avait clairement été tracé par leur passage. Pour les paysans, les Tauruses ne valaient guère mieux que des cauchemars.
La forêt profonde baignait dans une pénombre qui avalait la lumière de l’après-midi. Le passage était bien dégagé, mais les abords de la forêt restaient plongés dans l’obscurité, comme si des démons pouvaient surgir des arbres à tout moment.
Après avoir réconforté les paysans effrayés et poursuivi leur route, l’avant-garde annonça qu’elle avait découvert d’autres cadavres.
« Il y a eu un combat ici aussi… »
« À en juger par les traces, ça ressemble davantage à une poursuite. »
« Il s’est servi du terrain forestier pour les combattre un à un et gagner du temps ? Pendant cinq jours ? Ça me donne la chair de poule. »
Serthe déglutit difficilement en observant les cadavres. Des corps de Tauruses déchiquetés gisaient éparpillés de tous côtés.
L’avant-garde s’écria de nouveau pour signaler d’autres cadavres. Ils n’avaient avancé que d’une dizaine de minutes.
Cinq minutes plus tard, ils crièrent qu’ils avaient trouvé d’autres corps, au milieu de traces de combat encore plus importantes.
Encore. Et encore. Et encore.
Plus personne ne parlait. Même l’avant-garde ne parvenait plus à faire son rapport.
« Qu’est-ce que… c’est que ça… ? »
Ils se trouvaient dans une forêt.
Seulement, elle n’était pas faite d’arbres.
Ils se tenaient sur un chemin où, quel que soit l’endroit où ils posaient les yeux, ils ne voyaient que les restes de Tauruses morts.
Le soleil de l’après-midi s’inclinait vers l’ouest.
« Un seul homme… a fait tout ça… ? »
Une piste avait été ouverte. Un chemin étroit et périlleux, empestant le sang.
Un chemin de cadavres, où viscères, muscles, chair et sang jonchaient le sol, tandis que d’innombrables corbeaux picoraient et déchiraient les dépouilles.
Au bout de ce sentier boueux, pavé de cadavres de Tauruses, un petit feu de camp brûlait faiblement.
« Seigneur… »
Serthe se signa et marmonna. Les tendons de sa main, qui s’était inconsciemment portée vers la garde de son épée, tressaillirent.
« Montagnes de cadavres et mers de sang… »
« Je ne suis pas digne de ce titre. »
C’était l’épithète d’Einar.
Ivan, qui était assis devant le feu de camp, se leva lentement.
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