Clarissa et Thomas attendirent qu’il morde à l’hameçon et réponde. Ben refusa de creuser sa propre tombe : il ignora donc les nobles devant lui et parcourut les récompenses.
Après tout, il était vraiment curieux de connaître les options qu’il avait obtenues ! Même s’il brûlait d’impatience de voir les chiffres, les choix lui inspiraient aussi une certaine appréhension.
Après tout, il ne pouvait en choisir qu’un.
Il y avait quatre options en tout. Il lut la première.
- [Plan de construction : Coque de mana] (Signé par l’auteur)
Il relut l’intitulé pour s’assurer que ses yeux ne lui jouaient pas de tour. Il pouvait deviner ce qu’était un plan, mais la mention à la fin le laissait perplexe.
Signé par l’auteur ? Qu’est-ce que ça veut dire ?
Il pouvait bien essayer de deviner, mais il n’était vraiment pas sûr de comprendre. C’était comme le [Modèle d’apprentissage] ? Quelqu’un y avait laissé des notes…
Si c’est ça, ce serait vraiment génial.
Non, vraiment, ce serait génial. Il adorerait trouver des instructions ou des informations laissées par quelqu’un de bien plus doué que lui dans un domaine qu’il cherchait à maîtriser. Sans parler du nom, qui avait de quoi l’enthousiasmer.
[Coque de mana], hein ?
Il se demanda de quel genre de construction il s’agissait. À en juger par son nom, il pensa à une sorte d’armure. Il n’avait toutefois aucune idée de son fonctionnement, puisque c’était une construction.
Chassant cette idée de son esprit, il reporta son attention sur la deuxième récompense.
- [Éclat de mémoire : gardien de palier 3]
Bon sang.
Franchement, ça avait l’air vraiment intéressant.
Il se rappela tout ce qu’il avait enduré pour obtenir l’éclat de mémoire de [Régénération]. Il lui avait fallu une éternité et de nombreuses tentatives. Il en avait conclu que les éclats de mémoire étaient rares, très rares même, ou du moins assez rares.
Et celui-ci venait d’un monstre de palier 3 !
Ou d’un gardien, j’imagine.
Peut-être renfermait-il une compétence ? Ou une sorte de technique.
Quoi qu’il contienne, ça devait forcément être utile, non ?
Un bruit de tapotement le tira de ses pensées. Il avait beau examiner les options dans sa tête, à peine quelques secondes s’étaient écoulées dans le monde réel. Grâce à [Concentration], il pouvait non seulement réfléchir à plusieurs choses en parallèle, mais aussi penser plus vite.
Il devait tout de même reconnaître qu’il s’était un peu oublié, absorbé par les options de récompense qui l’enthousiasmaient tant. Baissant les yeux, il vit Clarissa taper du pied avec impatience, le foudroyant du regard.
Ah… oui.
Il était en pleine confrontation.
En soupirant, il referma complètement l’interface système. Il n’allait tout de même pas rester là à lire les autres options pendant qu’une adolescente furieuse réclamait quelque chose qu’elle estimait lui être dû. C’était juste du bon sens.
« Oh, le petit roturier s’est rendu compte à quel point son score est pitoyable ? »
Pour une raison ou une autre, Clarissa sourit et haussa la voix juste assez pour attirer l’attention de tous ceux qui se trouvaient autour d’eux.
Qu’est-ce qu’elle raconte ?
« Il ouvre son statut, devient livide, puis le referme aussitôt, honteux. Comme c’est pitoyable. »
Ah.
Elle croyait qu’il regardait son statut. Plus précisément, ses points. Voilà donc ce qui lui donnait autant d’assurance.
Elle croyait vraiment avoir déjà gagné.
Ben remarqua qu’au moins six autres personnes s’approchaient pour voir ce qui se passait. Clarissa avait parlé assez fort pour attirer un public.
Il se demanda pourquoi elle était si condescendante. Qu’est-ce qui avait bien pu mal tourner dans son enfance ? Il supposait qu’être l’enfant de nobles devait être difficile, mais tout de même, si tant d’entre eux finissaient comme ça, il devait bien y avoir une explication, non ?
Peut-être était-ce l’environnement des Maisons ?
Il pouvait éprouver de l’empathie, peut-être un peu trop pour quelqu’un qui essayait activement de lui mettre des bâtons dans les roues. C’était, il le reconnaissait, l’un de ses défauts, mais…
Ce n’est qu’une pauvre gamine.
« Je suis juste fatigué, Clarissa. Rentrons au camp. »
« Tu ne vas pas me fausser compagnie ! »
Clarissa se planta juste devant lui et ricana. « Rends-moi le sac et ton bâton. Tout de suite. »
« Le bâton est cassé. Et le sac est à moi. »
« Tu oses me mentir en face à propos de mes affaires ? » Clarissa ricana. « Un minable de palier 1 comme toi ne pourrait jamais casser un bâton magique, à moins d’être trop stupide pour s’en servir correctement. Tu veux simplement le garder pour ton profit, alors que j’ai légitimement gagné le droit de le récupérer. »
Ethan leva les yeux au ciel et vint se placer à côté de Ben.
« Réfléchis un peu, Clarissa. Nous venons de survivre à l’effondrement d’une faille et nous sommes tous épuisés. Pas la peine de nous chercher querelle pour rien, là, tout de suite. Nous pourrons régler ça plus tard. »
« Ne te mêle pas de ça, Ethan. Ce rat des rues doit apprendre quelle est sa place avant de vous contaminer tous avec sa lâcheté. »
Alice croisa les bras et adopta la même posture hautaine que Clarissa.
« Nous partons. »
« Pas avant qu’il ait rendu ce qu’il a promis ! Il a perdu ! » lança Thomas.
Ben se massa les tempes, sentant une migraine poindre derrière ses yeux. Il avait de vrais éclats de verre plantés dans le ventre et venait de traverser bien des épreuves. Il n’avait vraiment pas la patience pour ce genre de scène.
« Très bien. Vous voulez connaître mon score ? »
« Avoue que tu as échoué. »
Clarissa releva le menton et annonça fièrement leur score cumulé.
« Quatre mille six cent vingt-deux points. »
Elle avait l’air incroyablement satisfaite de ce chiffre. Et, franchement, elle avait raison de l’être : c’était effectivement un score énorme. Ethan croisa le regard de Ben et lui adressa un sourire entendu. Il savait visiblement très bien ce qui allait suivre et n’avait aucune intention de mettre fin à cette mascarade.
Alice fronça légèrement les sourcils et sembla même un peu inquiète. C’était compréhensible : elle ne savait pas combien de points Ben avait. Elle devait croire qu’il allait se faire humilier devant tout le monde.
À vrai dire, il risquait effectivement de se faire humilier. Il ignorait même combien de points il avait… Il n’avait pas vérifié son score depuis un moment. Peut-être n’en avait-il même pas assez pour gagner. Ben s’interrompit, hésitant. Clarissa bondit aussitôt sur cette seconde d’hésitation.
« Rien à dire ? Tu as seulement dépassé les cent points ? »
En soupirant, Ben se frotta simplement la nuque.
« Ça fait un moment que je n’ai pas vérifié. Je ne connais pas mon score exact. »
« Tu entends ça, Thomas ? Il n’a pas vérifié ! Il a tellement peur qu’il n’ose même pas ouvrir son statut ! »
La foule renchérit avec enthousiasme. Tout le monde savait à quoi ressemblait habituellement le score d’un roturier, alors ils se régalaient du spectacle.
À voir son visage, elle semblait croire qu’elle avait déjà gagné.
Ben, lui, se sentait juste fatigué.
Ce n’est qu’une gamine. Je n’ai vraiment pas envie de l’humilier devant tout le monde.
Ben se le répéta.
« Écoute, tu peux garder le bâton. Ça m’est égal, il est cassé de toute façon. On peut laisser tomber cette histoire de comparaison de points. »
Clarissa le fusilla du regard, les yeux pleins de haine.
« Ne me prends pas de haut ! Tu vas lire ton score à voix haute, devant tout le monde, et admettre que tu as perdu ! »
Ben contempla l’adolescente furieuse, un peu désemparé.
Pourquoi tient-elle tant à faire ça ?
Il doutait qu’elle tienne tant que ça à ses affaires.
Résigné, Ben ouvrit mentalement son interface système. Il voulait juste en finir pour pouvoir enfin faire soigner son ventre. Il était très agacé, même s’il se maîtrisait parfaitement grâce à [Concentration].
Il parcourut ses statistiques et se rendit directement sur la page de la faille pour trouver son total de points.
À la vue du texte en gras, son cerveau s’arrêta un instant.
… Hein ?
Ce n’était pas normal. Il se souvenait très bien avoir eu un peu plus de quatre mille points la dernière fois qu’il avait pris la peine de vérifier son score.
Mais le nombre affiché à l’écran était tout autre. Il était nettement plus élevé. Clignant des yeux, il le fixa attentivement pour s’assurer qu’il n’hallucinait pas à cause de tout ce qui s’était passé. Ce n’était pas le cas. Le chiffre ne changeait pas.
En repensant aux dernières heures, il comprit qu’il avait dû recevoir un énorme bonus d’achèvement pour avoir survécu à l’effondrement de la faille. Ou peut-être avait-il obtenu des points pour avoir « tué » le gardien ? La conquête de la faille lui en avait peut-être aussi rapporté…
Peut-être que sa « performance » et sa contribution avaient également compté ?
Franchement, il n’en savait rien.
Quoi qu’il en soit, son score dépassait désormais largement le total combiné de Clarissa et Thomas.
Bon. Ça va être gênant.
Clarissa tapota du pied et se pencha en avant.
« On attend ! Arrête de traîner et lis le chiffre ! »
Relevant les yeux de son score, Ben observa tour à tour le visage rayonnant de satisfaction de Clarissa et le sourire impatient de Thomas. Tous les autres attendaient eux aussi qu’il parle.
En se frottant la nuque, Ben se sentit même un tout petit peu coupable.
« Tu es absolument sûre de vouloir faire ça ? Ça ne me dérange vraiment pas de te laisser le bâton cassé. »
« Lis-le ! »
« Sept mille quatre cent douze. »