Chapitre 10
Chapitre 10 — Les dessous du fort
Une heure s’était écoulée depuis l’attaque des gobelins, et le fort avait déjà retrouvé son apparente normalité, comme si rien ne s’était réellement produit. Dans les quartiers attribués aux chevaliers vagabonds, l’ambiance était redevenue calme. Les armures étaient posées, certaines pièces d’équipement reposaient contre les murs, et plusieurs membres du groupe s’étaient installés pour récupérer, discuter ou simplement se reposer après les événements récents. Alex, elle, ne trouvait pas le repos. Elle était debout, légèrement en retrait, expliquant pour la troisième fois ce qu’elle avait vu à l’extérieur, son regard passant d’un visage à l’autre dans l’espoir de trouver quelqu’un qui partagerait son inquiétude. Elle décrivait précisément la scène, le soldat immobile, l’attaque du gobelin, l’absence totale de réaction, puis ce sourire, ce même sourire qu’elle avait remarqué plus tôt chez les habitants. Elle insistait sur le fait que ce n’était pas normal, que quelque chose clochait profondément dans le comportement de ces gens. Mais les réactions en face d’elle restaient mesurées. Mark écoutait, bras croisés, réfléchissant sans vraiment prendre position. Edwin, assis sur un banc, semblait davantage intrigué qu’inquiet, tandis que Noé Kinko, fidèle à lui-même, laissa échapper un soupir avant de lui répondre que l’efficacité des soldats était justement ce qui les avait sauvés, et qu’il n’y avait rien d’étrange à ce qu’ils soient bien entraînés. Liloa, de son côté, adopta une approche plus douce. Elle demanda simplement à Alex si elle n’était pas fatiguée, rappelant à demi-mot ce qu’ils venaient de traverser, la perte de leurs camarades, la tension du combat, la trahison qu’ils avaient dû encaisser. Elle ne remettait pas directement ses paroles en question, mais suggérait que son état pouvait influencer sa perception. Alex resta silencieuse quelques secondes après ces réponses. Elle savait ce qu’elle avait vu. Elle en était certaine. Mais elle comprenait aussi que sans preuve, ses mots n’étaient que des impressions face à un groupe qui, lui, n’avait rien remarqué d’anormal. Elle finit par soupirer légèrement, levant les yeux vers le plafond avant de se redresser. Elle n’insista pas davantage. Pas encore. Mais elle n’abandonnait pas non plus. La soirée arriva plus vite qu’elle ne l’aurait voulu. Le vicomte avait invité toute la troupe à un banquet, une réception qui semblait presque déplacée au vu des événements récents, mais qui s’intégrait parfaitement dans l’ambiance du fort. La grande salle était éclairée, animée, et remplie de nourriture et de boissons en quantité. Les habitants présents semblaient détendus, souriants, et l’ensemble donnait l’impression d’un lieu où la guerre n’existait pas. Les chevaliers, malgré leurs réserves initiales, finirent par se laisser porter par l’ambiance. Les discussions reprirent, les tensions se relâchèrent, et peu à peu, la fatigue accumulée laissa place à une forme de détente presque inattendue. Les verres se remplissaient, les rires se faisaient plus fréquents, et même ceux qui étaient habituellement les plus réservés semblaient profiter du moment. Stark était présent lui aussi. Il ne parlait pas beaucoup, mais observait, un léger sourire apparaissant parfois sur son visage lorsqu’il suivait certaines conversations. Il participait à sa manière, sans s’impliquer totalement, mais sans rester en retrait non plus. Les heures passèrent. L’alcool fit son effet. Les corps se relâchèrent. Les esprits se brouillèrent. Et progressivement, un à un, les membres de la troupe commencèrent à perdre en lucidité. Le vicomte, lui, semblait suivre le même chemin. Du moins en apparence. Il riait, parlait fort, faisait des gestes larges, laissant croire qu’il était lui aussi emporté par l’ambiance et les excès de la soirée. Puis, sans prévenir, il se leva. Le mouvement fut simple. Calme. Il ajusta légèrement sa tunique, comme pour se remettre en ordre, et en un instant, toute trace d’ivresse disparut de son visage. Ses yeux étaient clairs. Son regard précis. Totalement sobre. Le contraste était brutal. Sans élever la voix, il claqua des doigts. Le son résonna dans la salle. Et immédiatement, plusieurs soldats entrèrent. Le vicomte les observa brièvement, puis parla d’un ton détaché, presque ennuyé. Il ordonna simplement de les emmener dans les souterrains, expliquant qu’ils serviraient d’offrande au seigneur. —-------- Lorsque Stark rouvrit les yeux, l’environnement avait changé. La lumière était plus faible, l’air plus lourd, et l’odeur qu’il avait ressentie plus tôt était désormais bien plus présente, presque écrasante. Le groupe se trouvait dans un cachot souterrain, les murs de pierre humides renvoyant une sensation oppressante difficile à ignorer. Les chevaliers étaient dispersés autour de lui. Allongés. Inconscients. Leurs respirations étaient régulières, mais profondes, comme s’ils étaient plongés dans un sommeil forcé. Alex fut la première à bouger. Ses yeux s’ouvrirent lentement, et elle resta immobile quelques secondes, reprenant ses repères avant de se redresser légèrement. Elle observa les alentours, puis les autres membres de la troupe, comprenant immédiatement la situation. Un soupir lui échappa. « J’en étais sûre… » Sa voix était basse, contrôlée. Elle passa une main dans ses cheveux, réfléchissant rapidement à la suite. « Maintenant le problème… c’est de sortir d’ici. » Elle jeta un regard vers ses compagnons. « Ils ont pris nos armes… » Elle serra légèrement les dents. « Tsss… » Une voix répondit. Depuis l’ombre. Stark s’avança légèrement, sortant de l’obscurité où il se tenait. Alex sursauta instinctivement, reculant d’un pas avant de reconnaître sa silhouette. « Tu m’as fait peur… » Elle le fixa quelques secondes. « J’étais pourtant sûre que tu étais complètement saoul… » Stark haussa légèrement les épaules. « J’ai une résistance naturelle à l’alcool. » Il marqua une courte pause. « J’ai dégrisé dès qu’ils nous ont déplacés ici. Mon corps peut se purifier assez rapidement. » Son regard se posa sur les murs. Puis sur l’espace autour d’eux. « Je me demandais d’où venait cette odeur depuis tout à l’heure… » Il inspira légèrement. Puis reprit, calmement. « Et sans surprise… c’est un démon. » Alex resta figée une seconde. Elle s’attendait à quelque chose d’étrange. Mais pas à ça. Son regard se durcit légèrement. « Un démon… » Elle réfléchit rapidement. « Si c’est vrai… il faut prévenir l’église du “salut”. Il faudra au moins un haut prêtre pour gérer ça… » Elle passa une main sur son visage. « On est dans une merde monumentale… » Stark la regarda. Puis répondit simplement. « T’inquiète pas. » Son ton était calme. Presque détaché. « Je peux nous sortir d’ici. » Il désigna les autres d’un léger mouvement de tête. « Le seul problème, c’est eux. » « Ils sont complètement drogués. Ils ne se réveilleront pas avant demain. » Il réfléchit un instant. « Et si je dois les purifier un par un… ça prendra trop de temps. » Son regard se releva. Direct. « Donc on va devoir régler le problème à la source. » Alex le fixa. « Tu veux dire… » Stark acquiesça légèrement. « On va devoir défoncer ce démon avant de sortir d’ici. » Le calme avec lequel il prononça ces mots la déstabilisa davantage que la situation elle-même. Comme si c’était normal, comme si c’était habituel. Elle fronça légèrement les sourcils. Puis releva un détail. « Attends… » Elle le regarda avec plus d’attention. « Tu as parlé de purifier… » Elle marqua une pause. « Tu maîtrises la magie divine ? » Sa voix portait une réelle surprise. « Seuls les prêtres peuvent faire ça. » « Purifier des poisons, des drogues ou des malédictions… » Stark pencha légèrement la tête. Visiblement confus. « Hein ? » Il réfléchit une seconde. Puis répondit simplement. « Non… c’est juste une question de circulation du mana dans le corps. » Il fit un geste vague. « Tu ajustes le flux, tu élimines ce qui perturbe, et c’est réglé. » Alex resta silencieuse. Complètement déstabilisée. Ce qu’il venait de décrire… Était loin. Très loin. D’être simple. Et lui en parlait… Comme si c’était évident. Comme si c’était naturel.
Le silence du cachot, déjà pesant, fut soudain troublé par un bruit régulier qui se répercutait contre les murs de pierre, des pas lents, mesurés, dont l’écho semblait se rapprocher inexorablement de leur cellule. Stark et Alex échangèrent un regard fugace, une compréhension immédiate passant entre eux sans qu’aucun mot ne soit nécessaire, puis leurs corps retombèrent presque simultanément au sol, reprenant exactement la posture inerte qu’ils avaient quelques instants plus tôt, leurs respirations se faisant lentes, contrôlées, suffisamment crédibles pour tromper un observateur inattentif. La silhouette du vicomte apparut devant les barreaux, mais il n’avait plus rien de l’homme excentrique et presque ridicule qu’ils avaient côtoyé quelques heures auparavant. Sa tenue avait changé, remplacée par une robe cérémonielle sombre dont les motifs semblaient absorber la lumière, et son comportement, désormais parfaitement maîtrisé, ne laissait transparaître aucune trace d’ivresse ni d’agitation. Il observa les corps étendus avec une satisfaction non dissimulée, puis laissa échapper un léger rire, comme s’il savourait pleinement la situation. Sa voix, lorsqu’il parla, était empreinte d’une dévotion froide qui contrastait violemment avec son attitude précédente, et il évoqua avec une certaine fierté la qualité de leur prise, s’adressant à une présence invisible qui, jusque-là, n’avait pas encore été perçue directement. La réponse ne tarda pas, mais elle ne venait pas de lui. Elle surgit des profondeurs du couloir, une voix sombre, déformée, comme filtrée à travers quelque chose d’organique et d’invisible, dont la simple vibration semblait alourdir l’air ambiant. Cette voix félicita le vicomte, non pas avec enthousiasme, mais avec une satisfaction calculée, évoquant la valeur des chevaliers capturés comme des ressources, des éléments nécessaires à un objectif bien plus vaste. Elle s’attarda particulièrement sur Stark, mentionnant la quantité inhabituelle de mana présente en lui, soulignant même une difficulté à altérer sa perception, ce qui confirmait implicitement que le banquet n’avait été qu’un piège soigneusement préparé. Le vicomte répondit avec une assurance presque fanatique, affirmant que la situation était désormais sous contrôle, que l’inconscience des captifs garantissait la réussite du rituel à venir, et que le retour à la pleine puissance de son maître n’était plus qu’une question de temps. La voix accepta, brièvement, puis se retira, laissant au vicomte la responsabilité des préparatifs. Avant de partir, celui-ci posa une main sur sa poitrine et prononça une dernière phrase, empreinte d’une ferveur inquiétante, une déclaration de loyauté absolue envers celui qu’il appelait Baal. Lorsque ses pas s’éloignèrent enfin, le silence revint, mais il n’était plus le même. Il était chargé de sens, lourd de ce qu’ils venaient d’apprendre. Stark ouvrit les yeux en premier, se redressant lentement, suivi immédiatement par Alex, dont l’expression avait perdu toute hésitation. Elle murmura le nom qu’ils venaient d’entendre, comme pour en vérifier la réalité, mais la tension dans sa voix trahissait qu’elle n’avait aucun doute sur ce que cela impliquait. Elle connaissait ce nom, et ce qu’il représentait dépassait largement le cadre d’un simple incident local. L’évocation d’un des sept princes de l’enfer transformait immédiatement la situation en quelque chose de bien plus grave, quelque chose qui nécessiterait normalement l’intervention d’autorités religieuses de haut rang. Stark, pourtant, ne partageait pas cette inquiétude. Il restait calme, presque détaché, comme s’il venait d’entendre une information intéressante mais non alarmante. Il expliqua qu’il avait déjà perçu cette présence, que la puissance qu’elle dégageait ne correspondait pas à ce qu’on aurait pu attendre d’un être de ce rang, et il conclut, avec une légèreté presque déroutante, que ce démon n’était pas si impressionnant qu’il n’y paraissait. Alex le regarda, partagée entre l’incrédulité et une forme de désarroi face à cette réaction. Elle tenta de ramener la situation à quelque chose de plus concret, observant les barreaux de la cellule et rappelant qu’ils semblaient conçus pour bloquer toute utilisation de magie, ce qui rendait leur évasion théoriquement impossible dans des conditions normales. Stark ne répondit pas immédiatement. Il observa les barreaux quelques secondes, puis, sans changer d’expression, leva simplement la jambe et frappa la structure métallique d’un coup sec. Le bruit fut bref, brutal, et les barreaux cédèrent sous l’impact comme s’ils n’avaient jamais été conçus pour résister à une force physique pure. Le métal se déforma, se brisa, et la grille s’ouvrit dans un fracas contrôlé, laissant un passage libre. Alex resta figée un instant. Puis détourna légèrement le regard. Elle n’essaya même pas de commenter. Stark, lui, semblait déjà passé à la suite. Il observa le couloir, analysant rapidement les directions possibles, puis désigna d’un geste la zone où il estimait que le rituel devait être en préparation, tout en identifiant la sortie dans la direction opposée. Son plan se mit en place naturellement, sans hésitation, basé sur une logique simple et efficace. Il proposa à Alex de remonter, de récupérer les armes et de tenter de réveiller le reste de la troupe, pendant qu’il s’occuperait de neutraliser la source du problème. À ce moment précis, un mouvement attira leur attention. Derrière eux, Xer et Mark commençaient à émerger de leur état d’inconscience. Mark porta immédiatement une main à sa tête, grimaçant sous l’effet résiduel de la drogue, tandis que Xer, plus silencieux, analysait déjà la situation avec une lucidité impressionnante. Il n’eut besoin que de quelques secondes pour comprendre ce qui s’était passé, et lorsque les informations furent brièvement résumées, il entra immédiatement dans une posture décisionnelle. Le plan évolua légèrement, gagnant en structure. Xer décida d’accompagner Stark pour empêcher la réalisation du rituel, jugeant que la menace était trop importante pour être laissée à une seule personne, même dans les circonstances actuelles. Mark, malgré son état encore instable, accepta de prendre en charge la récupération du groupe avec Alex, comprenant que leur rôle serait tout aussi crucial pour la suite des événements. Stark et Xer avancèrent rapidement dans les couloirs souterrains, leurs pas résonnant contre la pierre froide alors que l’odeur nauséabonde devenait de plus en plus intense à mesure qu’ils progressaient. L’air semblait se densifier, comme si quelque chose d’invisible occupait déjà l’espace, imprégnant les murs eux-mêmes. Aucun des deux ne parlait. Il n’y en avait pas besoin. La situation avait dépassé le stade de l’analyse, ils étaient désormais dans l’action, et chaque seconde comptait. Au détour d’un couloir plus large, là où la pierre semblait avoir été travaillée pour former une sorte de passage central menant vers les profondeurs du fort, une silhouette se dressa devant eux, immobile, parfaitement alignée avec l’axe du passage comme si elle les attendait depuis le début. L’éclairage y était plus faible, filtré par quelques torches dont la flamme vacillait de manière irrégulière, projetant des ombres mouvantes sur les murs, mais cela suffisait à distinguer clairement la forme qui leur faisait face. Le vicomte. Ou du moins, ce qu’il en restait. Xer ralentit légèrement, instinctivement, sans s’arrêter totalement, tandis que Stark, lui, continua d’avancer de quelques pas avant de marquer un arrêt plus franc, son regard se posant directement sur cette présence anormale. Ce qu’ils voyaient n’avait plus rien à voir avec l’homme qu’ils avaient rencontré dans les étages supérieurs, ni même avec la créature altérée qu’ils avaient brièvement affrontée plus tôt. Il ne s’agissait plus d’une simple transformation. Son corps semblait lutter contre lui-même. Sa peau, autrefois tendue et uniforme, paraissait désormais tirée dans plusieurs directions à la fois, comme si quelque chose à l’intérieur cherchait à s’étendre au-delà des limites physiques imposées par cette enveloppe humaine. Par endroits, la surface se soulevait légèrement, puis se rétractait, créant des mouvements subtils mais profondément dérangeants, comme si la chair elle-même n’était plus stable. Les veines, visibles sous cette peau altérée, n’étaient plus de simples lignes sombres. Elles pulsaient, épaissies, gonflées, parcourues par une énergie noire qui semblait circuler sans suivre de trajectoire cohérente, s’accumulant à certains endroits avant de se disperser ailleurs dans des impulsions chaotiques. Ses yeux, eux, avaient définitivement perdu toute trace d’humanité. Il n’y avait plus de pupille clairement définie, plus d’iris reconnaissable, seulement une masse rougeâtre mouvante, instable, qui oscillait comme une flamme enfermée dans un espace trop restreint. Cette lumière ne se contentait pas de briller, elle vibrait, changeait d’intensité par à-coups, donnant l’impression qu’elle réagissait à chaque mouvement, à chaque respiration, à chaque fluctuation d’énergie dans la pièce. Il les regarda. Longuement. Sans cligner des yeux. Puis ses lèvres s’étirèrent. Ce n’était pas un sourire naturel. Ni même une imitation correcte. C’était une déformation. Un étirement trop large, trop rigide, comme si le geste lui-même était reproduit sans en comprendre réellement le sens. Les muscles de son visage semblaient hésiter entre plusieurs positions avant de se figer dans cette expression figée, presque grotesque. Lorsqu’il parla, le son qui sortit de sa gorge ne correspondait pas à une seule voix. Il y en avait deux. Superposées. L’une humaine, reconnaissable, bien que déformée. L’autre plus grave, plus profonde, presque traînante, comme si chaque mot devait remonter de quelque chose de bien plus ancien avant d’atteindre la surface. « Vous n’auriez pas dû venir ici… » Les mots résonnèrent dans le couloir avec un écho étrange, comme si la pierre elle-même en conservait une trace. Il ne leur laissa pas le temps de répondre. Son corps se contracta légèrement, une tension brutale traversant ses membres, puis il disparut de sa position initiale dans un mouvement trop rapide pour être entièrement suivi. Le choc fut immédiat. Xer fut le premier à réagir. Il récupéra une arme au sol et il la leva presque instinctivement, interceptant le coup qui lui était destiné, mais même ainsi, l’impact fut violent, bien au-delà de ce qu’il avait anticipé. La force dégagée ne ressemblait pas à celle d’un corps humain, ni même à celle d’une créature classique. C’était brut, irrégulier, chargé d’une énergie parasite qui ne se contentait pas de frapper, mais semblait vouloir traverser ce qu’elle touchait. Les pieds de Xer glissèrent sur la pierre, traçant une ligne nette derrière lui alors qu’il absorbait le choc, ses bras se contractant pour maintenir la garde malgré la pression. Stark, déjà en mouvement, se déplaça sur le côté sans attendre la suite de l’attaque. Là où il se trouvait une fraction de seconde auparavant, un second coup s’abattit, frappant directement le mur dans un fracas sec. La pierre céda partiellement, éclatant sous l’impact, des fragments projetés dans toutes les directions, certains ricochant contre le sol, d’autres se brisant en poussière au contact des surfaces. Le combat s’engagea sans transition. Il n’y eut pas de phase d’observation, pas de test initial. Le vicomte ne combattait pas comme un adversaire classique. Ses mouvements ne suivaient aucune logique stable, alternant entre des accélérations soudaines et des pauses presque imperceptibles, comme si son corps recevait des impulsions contradictoires. Par moments, il semblait hésiter une fraction de seconde avant d’attaquer, puis, sans prévenir, il enchaînait plusieurs frappes avec une vitesse démesurée, rendant toute anticipation difficile. Xer tenta de s’adapter. Son regard suivait chaque mouvement, analysant les angles, cherchant à lire un schéma dans ce chaos apparent, mais chaque tentative d’anticipation se heurtait à une irrégularité. Il bloquait, déviait, reculait, mais la pression ne diminuait pas. Chaque échange le forçait à céder un peu plus de terrain, ses appuis devenant progressivement moins stables à mesure que les impacts se répétaient. Stark intervint rapidement pour équilibrer la situation. Contrairement à Xer, il ne chercha pas à lire les mouvements dans leur ensemble, mais se concentra sur autre chose. Son regard ne suivait pas seulement les gestes du vicomte, mais l’énergie qui circulait en lui. Là où Xer voyait un corps instable, Stark voyait des points de concentration, des zones où cette énergie démoniaque semblait s’accumuler davantage, créant des déséquilibres temporaires. Il frappa. Chaque impact visait ces zones. Et à chaque fois, la réaction fut immédiate. Le corps du vicomte se contractait violemment, comme si l’attaque ne frappait pas seulement la matière, mais quelque chose de plus profond. L’énergie noire semblait se disperser brièvement à l’endroit de l’impact, créant des ondulations visibles sous la peau, comme une surface liquide perturbée. Mais cela ne suffisait pas. À chaque fois qu’une zone était perturbée, une autre prenait le relais, l’ensemble restait instable, mais fonctionnel et surtout, toujours dangereux, le combat ne ralentissait pas. Au contraire. Il devenait plus intense à chaque seconde.