Chapitre 82
TL/ED – Miso
Le cou d’un Archimage n’était pas bien différent de celui du commun des mortels.
Juste un peu plus fin et plus pâle. Voilà à quoi se résumait mon impression.
« Comment ça va ? »
« … »
Je fis face à Dersia, qui me surplombait avec une expression légèrement amère.
J’avais fait tout ce qui était en mon pouvoir.
Et grâce à cela, j’avais obtenu ce résultat. Un résultat que l’on pouvait qualifier de victoire.
Pourtant, je devais encore supplier la perdante.
Et Dersia était du genre à se moquer éperdument de l’honneur.
« Ce n’est toujours pas suffisant ? »
« … Non. »
À ma question, posée alors que chaque seconde me semblait durer mille ans, Dersia secoua lentement la tête.
« Tu as beaucoup grandi. »
« Ah, oui. Avec beaucoup d’aide… »
« Je parlais de quelque chose de plus fondamental. »
Dersia fixa le sommet de mon crâne.
« Tu as pris de la hauteur. »
« … Hein ? »
De quoi diable parlait-elle ?
Alors que je restais là, perplexe, elle énonça les faits avec calme.
« Par rapport à notre première rencontre, tu as grandi d’environ deux phalanges. Maintenant que je te vois de près, c’est un changement notable. »
« Je suis encore en pleine croissance. C’est un problème ? »
« Alors tu dois encore avoir beaucoup de chemin à parcourir. »
« Je… suppose ? »
« Si c’est le cas, alors chacun de ces moments, tout ce temps qui ne reviendra jamais, doit être consacré uniquement à la survie. »
« … »
Je compris ce que Dersia voulait dire.
Elle continua de parler calmement, malgré le fait que je lui tenais le cou.
« Je comprends ton objectif d’échapper à la Mer profonde. Je comprends aussi que tu ne veuilles pas devenir une simple créature qui survit dans ces abysses. Mais tu dois réaliser une chose : cela consommera une quantité colossale de temps. »
« Oui. J’imagine que oui. »
« Tu n’es pas un Elfe. Tu es né avec le destin d’une vie courte. Tu devras consacrer ton temps le plus précieux entièrement à ta survie. »
Après une brève pause pour choisir ses mots, Dersia croisa mon regard.
« Pour rester humain, tu devras sacrifier toute ta vie. Est-ce que cela en vaut vraiment la peine ? »
« Oui. »
Je répondis avec légèreté, un sourire aux lèvres.
« Au mieux, nous vivons cent ans. Et pendant la moitié de ce temps, nos corps sont usés. Ce n’est pas si long. »
« … »
Pour moi, ce n’était qu’une plaisanterie sans conséquence.
Mais cela semblait correspondre parfaitement à l’humour terrible de Dersia.
« … C’est vrai. »
Contrairement à son rictus habituel, un sourire sincèrement amusé et doux se dessina sur ses lèvres, le genre de sourire qui naît quand on a vraiment envie de sourire.
Le sourire époustouflant d’une belle Elfe ne dura qu’un instant.
Retrouvant son attitude habituelle, elle utilisa sa main plus fine pour libérer la mienne, qui serrait son cou.
« Je ne peux pas le nier. C’est ma défaite. »
« Euh, vraiment ? »
« Je suis de mauvaise foi. Tu as vraiment fait de ton mieux, mais il semble que tu ne sois pas encore habitué aux combats entre mages. »
« Hein ? »
Alors que je penchais la tête, Dersia tapota légèrement ma main.
Ma main, figée dans la position de saisie, ne bougeait plus.
« Qu’est-ce que c’est ? »
« Au moment où tu as touché ma peau, j’ai utilisé un petit courant pour verrouiller tes muscles. »
« … Attends, c’est possible avec un niveau 2 Étoiles ? »
« Non. Sauf, bien sûr, si le mage adverse est assez stupide pour tendre la main et établir un contact direct. »
« Ah. »
« La prochaine fois, même si tu es sûr de gagner, menace avec une épée ou un autre sort. Le contact cutané direct est extrêmement dangereux. »
« Compris. »
Un frisson me parcourut l’échine.
Alors j’avais vraiment perdu ? Après être arrivé jusqu’ici ?
Alors que je serrais à nouveau la main qu’elle venait de libérer, Dersia ajouta sur un ton consolateur :
« Rien qu’en manifestant ton Monde Intérieur, la plupart des combats magiques ne devraient plus poser de problème. En fait… c’est quelque chose que j’ai demandé plus tôt, mais tu as vraiment essayé de me battre, n’est-ce pas ? »
« Il y avait beaucoup en jeu. Et cette manifestation du Monde Intérieur… oui. En fait, elle a une petite restriction. »
« Une restriction ? »
« … Oui. »
Je devrais expliquer les détails plus tard.
Mais d’abord, il y avait autre chose à faire.
« … Alors, ai-je vraiment gagné ? »
Brimdal s’approcha et me regarda en secouant la tête.
« Ce monstre, battu par un gamin de 11 ans. À chaque fois que je te regarde, tu deviens plus incroyable. »
« Elle a été indulgente avec moi, pourtant. »
« Même ainsi, ce n’est pas quelque chose que n’importe qui peut faire. Je le sais, car j’ai croisé le fer avec elle. »
« Hé, quel type impressionnant. »
Azrael fit claquer sa langue et s’approcha.
« Je n’ai même pas pu l’affronter quand elle avait 170 ans. Alors, quel souvenir dois-je effacer ? »
« Quoi ? N’efface rien du tout. »
Je reculai et repoussai Azrael loin de Dersia.
« Que fais-tu ? Tu devrais utiliser tes droits de vainqueur. »
« Les gens apprennent de leurs erreurs. C’est une Elfe, elle apprendra probablement encore mieux. Si tu l’effaces, elle pourrait juste refaire la même erreur la prochaine fois. »
« Ou alors, on pourrait juste effacer tous les souvenirs impurs et en faire une poupée qui n’écoute que toi. Qu’en dis-tu ? »
« Arrêtons ces horreurs. J’ai besoin de mon professeur, pas d’une mage 9 Étoiles obéissante. »
Eh bien, en vérité, je le voulais un peu. Ce serait le mieux.
Pourtant, ce que j’y gagnerais en échange de l’utilisation de Dersia n’en valait pas la peine. Je réfutai les absurdités d’Azrael point par point.
« Pour commencer, je n’ai posé cette condition que pour rendre les choses plus sérieuses. Je n’ai jamais eu l’intention de confier les souvenirs de mon professeur à un chaman effrayant comme toi. Je n’avais aucun plan de ce genre dès le départ. »
« … »
À ma réponse ferme, l’expression de Dersia, debout à mes côtés, se raidit progressivement. Qu’est-ce qui lui prend ?
Malgré la réplique cinglante, Azrael éclata d’un rire franc, visiblement ravi.
« Haha, tu enfonces le clou, hein ? Comment ça fait, Dersia ? Hm ? »
« … Jern, je te dois des excuses. »
Dersia inclina profondément la tête.
« Je suis désolée. Si nous avions parlé un peu plus, cela ne serait pas arrivé. Dans ma concentration sur la voie de ma propre illumination, je n’ai pas écouté tes pensées du tout. »
« Ah, non. C’est bon. »
« Ce n’est pas bon. Si tu n’étais pas venu me voir, je serais venue te chercher dans une semaine, je t’aurais kidnappé et j’aurais commencé à faire des expériences sur toi parmi des dizaines de sujets Elfes Déchus. »
« Oui, ça, ce n’est certainement pas bon. »
Heureusement que je suis venu. Je le devais à Ciel.
Maintenant que j’y pense, où est Ciel ?
« Brimdal-nim, où est la Gouvernante en chef ? »
« … La Gouvernante en chef ? »
Brimdal fit une grimace mécontente, puis me regarda comme si quelque chose venait de lui traverser l’esprit.
« Tu veux dire cette fille, Ciel. Celle-là devrait savoir. »
« … »
Je regardai sérieusement Dersia.
Dersia évita délibérément mon regard. C’était la première fois qu’elle détournait les yeux de moi.
« Ne t’inquiète pas. Elle n’est pas blessée. »
« … S’il te plaît, fais-la sortir. »
Dersia claqua des doigts.
Peu de temps après, Ciel émergea du sol.
Solidement ligotée par toutes sortes de racines.
« … »
« … »
Ciel n’avait pas l’air particulièrement ravie.
Nous nous fixâmes un instant. Comme si elle avait lu quelque chose dans mon expression, elle regarda Dersia, qui détourna la tête.
Ses yeux s’écarquillèrent d’étonnement.
« J-Jern. »
« Oui. »
« Je n’arrive pas à y croire, c’est dur à accepter. Mais à en juger par le fait que Sia m’a libérée et que tu te tiens là si sereinement… »
« Eh bien, il n’y a pas grand-chose à déduire. Tu penses correctement. »
« Non, même ainsi. Je dois demander. »
Ciel nous regarda, Dersia et moi, tour à tour, le visage proche de l’incrédulité.
« … Tu as persuadé Sia dans cet état ? »
« C’était un peu musclé, mais oui. »
« Hé… »
S’appuyant contre les racines, Ciel leva les yeux au ciel et laissa échapper un soupir.
« Tu as réfuté la conclusion à laquelle une mage 9 Étoiles, Dersia qui plus est, est arrivée après des mois de recherche ? Même la plupart des demi-dieux ne pourraient pas faire une chose pareille. »
« C’est parce que mon professeur ne savait pas comment j’avais grandi pendant ce temps. »
« Un tigre se soucierait-il de l’entraînement d’un chat ? Non. Pas même d’un chat. Jeune Maître Jern, tu es un rat. Un rat. »
Ciel, qui venait soudainement de lancer quelque chose proche de la critique, marcha derrière moi dès que les racines furent libérées et fixa Dersia avec colère.
« Et Maître, vous êtes le tigre maléfique qui n’a repris ses esprits qu’après avoir été mordu par un tel rat. »
« … Je suis désolée, Ciel. »
Dersia s’excusa auprès de Ciel en utilisant un langage informel.
« J’ai pris une décision que je n’aurais pas dû prendre, une fois mon esprit revenu. Je t’ai fait subir quelque chose d’impardonnable, à toi aussi. »
« Ne me dois-tu pas des excuses, à moi aussi ? Parce que tu as usurpé l’identité de l’Arbre Monde, j’ai failli brûler vive. »
« Azrael, je ne ressens pas la moindre once de remords envers toi. »
Mais Azrael ne lâchait pas l’affaire.
« Bien que je ne sois pas allé jusqu’au bout parce que Jern m’a arrêté, mes pensées sont les mêmes que lorsque je suis arrivé ici. C’est juste que cette fois, j’ai pensé que je pourrais en tirer un peu plus profit, alors je suis venu. »
« De quelles pensées parles-tu ? »
« Le repos éternel. »
« Hmph. »
Azrael renifla en signe de refus.
« Comme si j’allais suivre un plan stupide pour transformer tous les Elfes en livres. »
« Ils sont mieux morts. Mais les tuer ne suffira pas, car les souvenirs qu’ils possèdent incluent de nombreuses reliques anciennes d’une histoire oubliée. Enregistrer tout cela avant de commettre un suicide collectif est le seul salut qui reste pour la race Elfique. »
« … »
Sa pensée, extrême comme toujours, n’avait pas changé.
« Hé, enfant humain. Ton professeur traite toujours les Elfes comme ça. Qu’en penses-tu ? »
« Eh bien, pour être honnête, je pense aussi que les Elfes seraient mieux morts. »
« … ? »
À ma réponse, l’expression d’Azrael devint celle de quelqu’un qui s’était fait poignarder le pied par quelqu’un en qui il avait confiance.
« Attends, n’as-tu pas combattu ton professeur au péril de ta vie parce que tu avais pitié de nous ? »
« Ce n’est pas ça. C’est juste, vivent-ils vraiment ? Peut-on appeler ça vivre ? Je les vois comme des machines biologiques agissant selon une programmation prédéfinie. Plutôt que de continuer à vivre comme ça, en attendant un sauveur qui pourrait ne jamais venir, ne serait-il pas préférable de mourir ? »
« C’est exactement ce que je dis. »
« … Le maître et le disciple sont tous deux complètement fous. »
Pendant qu’Azrael grognait, Dersia ajouta un commentaire.
« L’extinction de la race Elfique est aussi pour le bien de l’humanité. Il vaut mieux qu’aucun sauveur ne vienne, en premier lieu. »
« Et pourquoi cela ? »
« Beaucoup d’Elfes, en dehors de moi-même, ont défié le monde jusqu’à présent. Dans des mondes avec de la magie et sans, dans des mondes avec des ennemis et sans eux. Ils ont sévi dans d’innombrables mondes en tant que héros et démons. Et à la fin, ils ont perdu leurs souvenirs et sont devenus des êtres primitifs. Si un sauveur apparaît maintenant et qu’Azrael libère tous ces Elfes, cette ère plongera dans un âge de chaos épouvantable. »
« Aha. »
Donc, en termes terrestres, ce serait comme décongeler Guan Yu, Hitler et Gengis Khan et les lâcher tous dans la même ère.
Ce serait effectivement terrifiant. Je frissonnai, et Azrael agita la main avec dédain.
« Alors, j’apprécierais que vous sortiez enfin de cet enfer. Et que vous rendiez les Elfes, aussi. »
« Tu prévois toujours d’attendre un sauveur qui ne viendra pas ? »
« … Hmph, en fait, je commençais à me lasser, du moins jusqu’à aujourd’hui. »
Azrael me regarda avec un regard légèrement insistant.
« J’ai commencé à voir une possibilité. Je n’aurais jamais pensé voir ça chez un humain. »
Dersia me tira immédiatement derrière elle pour me protéger du regard d’Azrael.
« Si tu touches à Jern, je te tue. »
« Je n’ai aucune intention de le toucher. N’ai-je pas juste dit que je voyais du potentiel en lui ? »
« Et nous ne partons pas tout de suite, non plus. »
« Quoi ? Ne me dis pas que tu as encore des choses à dire ? »
Indépendamment de l’expression horrible qu’Azrael fit, Dersia me regarda et murmura :
« Jern, il semble qu’il y ait beaucoup de choses que je dois entendre de ta part. »
« J’ai aussi beaucoup de questions pour vous, Maître. »
Il y a des choses auxquelles seul un mage 9 Étoiles peut répondre.
Il y a de l’aide à demander à des mages qui, même en sachant que je suis un Déchu, s’en moquent.
Dersia hocha la tête, mais regarda aussi vers Azrael.
« Mais ces choses peuvent attendre. Pour l’instant, il y a quelque chose que nous pouvons obtenir de ce chaman. »
« Qu’est-ce que c’est ? »
« Tes souvenirs passés. »
« … Ah. »
C’est vrai. Je sortis la photo de ce qui semblait être moi et ma mère, que j’avais mise dans ma poche, et la montrai.
« J’ai déjà appris un peu de choses lors de ma discussion avec la Princesse. »
« Princesse ? Tu veux dire Lumia ? »
« Non, la sœur aînée. »
« … Comment est-ce possible ? »
Dersia fit une expression étrange. Réalisant que ce n’était pas quelque chose qui pouvait s’expliquer simplement, je haussai les épaules.
« C’est une longue histoire. Le plus important, c’est que j’aurais pu le découvrir, mais j’ai refusé. J’ai pensé que si j’acceptais la récompense, je serais trop profondément impliqué. »
« Tu as très bien fait. »
Dersia hocha la tête avec un regard soulagé, chose rare chez elle.
« La Première Princesse est dangereuse. Elle cache un secret inconnaissable. »
« Ah, je l’ai découvert aussi. »
« C’est probablement un malentendu. Ce n’est pas quelque chose qui peut être découvert si facilement. C’est l’un des secrets les mieux gardés de l’Empire, et même pour moi, tout cela n’est que spéculation. »
« C’est une Prophétesse, n’est-ce pas ? Mais ça ne ressemble pas à une simple prophétie. »
« … »
Dersia ne put parler pendant près de trente secondes.
Retrouvant finalement son calme, elle demanda à nouveau :
« … Juste, qu’est-ce que tu as fait exactement ? »
« Eh bien, je me suis un peu battu avec un cadre du Cercle Pourpre… »
« … Un combat ? »
« Gardons cette histoire pour plus tard. Qu’en est-il de mon passé ? »
Sentant que la conversation était sur le point de dévier complètement, je la ramenai sur le droit chemin.
« … Il y a tellement de choses que je veux demander, mais d’accord. Donc, à part cette photo, tu ne sais rien de précis ? »
« Correct. »
« Pour survivre dans le Royaume des Abysses, il est primordial de comprendre comment il est formé. Et nous devrions aussi examiner ce que le Cercle Pourpre faisait dans le passé. »
« Est-ce ainsi. »
Je hochai la tête en signe d’accord.
« Mais comment ? »
« Nous utiliserons ce chaman. »
Pas utiliser au sens de mettre à profit, mais utiliser comme un outil.
Azrael, bien sûr, objecta.
« Pourquoi devrais-je utiliser une technique interdite réservée aux Elfes sur un humain ? »
« Parce que si tu ne le fais pas, les Elfes dans la cavité auront bientôt du mal à respirer. »
« Enfant humain, veux-tu vraiment servir quelqu’un comme ça en tant que maître ? »
« Bien sûr que oui. »
Azrael n’avait aucun allié ici. Même Brimdal semblait réticent à propos du chaman.
Finalement, Azrael s’assit derrière moi avec une expression maussade.
« Si je sens le moindre comportement suspect, je tuerai instantanément tous les Elfes. Examine les souvenirs d’avant l’âge de cinq ans. »
« Bien, bien. Tu crois que je m’amuserais avec la vie des Elfes en jeu ? »
Regardant Azrael poser sa main sur ma tête, je devins soudain curieux et demandai :
« Une fois le sort lancé, mes souvenirs reviendront-ils, ou quelque chose comme ça ? »
« Non. J’extrairai tes souvenirs d’avant tes cinq ans et je les examinerai. Ensuite, je te dirai. »
« L’extraction prend-elle longtemps ? »
« Je gère des souvenirs couvrant des milliers, des dizaines de milliers d’années. Dix ans ? C’est… »
Soudain.
Les mots d’Azrael s’arrêtèrent.
« Hmm… Qu’est-ce que c’est ? »
« Qu’est-ce qu’il y a ? »
« Quelque chose est étrange… Pour ton âge, tes souvenirs sont étrangement longs ? C’est plus proche de ceux d’un jeune adulte que d’un enfant. »
« … Ah. »
Alors il pourrait voir des souvenirs de ma vie précédente.
Cette pensée me traversa l’esprit, au moment où Azrael pencha la tête.
« Non, ce n’est pas ça. Il y a exactement onze ans de souvenirs, mais ils semblent anormalement longs. Quel drôle de type tu es. »
« … Fais juste ce que tu as à faire. »
« Pff, aucun respect pour les anciens de nos jours. »
Devrais-je dire que c’est un soulagement ? Il semblait qu’il ne pouvait pas accéder aux souvenirs de la Terre.
Azrael extraya tous les souvenirs, puis se rassit.
« C’est fait. Y a-t-il quelque chose dont tu ne te souviens pas ? »
« Jern Aspandil, 11 ans, Mage, tombé dans les Abysses, mer profonde, Cercle Pourpre. Je me souviens de tout. »
« Hmm, donc c’est vrai que tu as perdu la mémoire. »
« Qu’en est-il de mon passé ? »
« Attends un instant… »
Azrael ferma les yeux et commença à se remémorer.
Apparemment, il pouvait réfléchir sur les souvenirs qu’il avait extraits.
… C’était une capacité absurde. Je pouvais maintenant comprendre, au moins un peu, pourquoi tous les Elfes faisaient confiance à cet homme pour gérer leur espèce.
Pour la première fois, Azrael montra le sérieux digne d’un chaman et ne bougea pas pendant plusieurs dizaines de minutes.
Après qu’assez de temps se fut écoulé pour que je me demande s’il était mort.
Il ouvrit soudain les yeux et me fixa.
« … Enfant humain. »
Voyant cette expression sérieuse, je me préparai.
Mon passé.
Le passé qui m’avait probablement fait tomber dans la Mer profonde.
Quel genre de torture avais-je enduré ? Avais-je été kidnappé par le Cercle Pourpre ? Ou étais-je tombé seul dans la Mer profonde ? Mais on dit qu’un Grand Monde ne peut pas se former tout seul. Donc peut-être que le Cercle Pourpre, ou une autre force, m’avait rendu ainsi.
Je me préparai à toutes les possibilités. Puis, Azrael parla.
« … Ton passé. »
« Oui ? »
« Vivait assez confortablement et joyeusement. »
« … ? »
« J’ai vu beaucoup de familles riches, mais je n’ai jamais vu un enfant de trois ans avec dix bonnes. »
Hmm…
Alors je suis né avec une cuillère en argent dans la bouche, hein.