Chapitre 62
TL/ED – Miso
La mort de Ren n’a rien changé.
L’Empire a continué sa route, les Déchus ont été capturés, et je suis resté impuissant.
Tout ce que j’ai pu faire, c’est guider Aliren jusqu’à l’endroit où Ren était enterré.
« Merci pour tout, du début à la fin. »
Aliren a dit cela, mais je ne pouvais pas comprendre ce pour quoi elle était reconnaissante exactement.
J’ai observé sa silhouette s’éloigner un instant, puis je me suis tourné vers la calèche.
Brimdal attendait, les bras croisés. Je ne lui avais pas demandé de venir.
« Regrettes-tu d’être intervenu ? »
« Hmm. »
Nos regards se sont croisés un instant.
La Princesse avait raison. Même si je pouvais retourner dans le passé, je ne pense pas que j’aurais fait un choix différent.
« Ce n’est pourtant pas le résultat que tu voulais. »
« Non. Mais je m’y attendais. »
« Tu n’es pas triste ? »
« Un peu. »
Brimdal fixa mon visage calme, puis murmura, incrédule.
« … Je ne sais même pas pourquoi j’ai posé la question. Allons-y. Avec ton talent, si tu ne veux pas mourir, tu n’as pas de temps à perdre à rester là. »
C’est vrai.
En fin de compte, tout ce que je pouvais faire maintenant, c’était lutter pour survivre.
Même s’adonner à la sentimentalité était un luxe.
Plutôt que de me concentrer sur des choses plus vastes, je devais entraîner mon Corps de mana renforcé pour éviter que mon corps ne fonde.
C’était la seule chose à laquelle je décidai de penser.
« Toi, la dernière fois que je t’ai vu, tu semblais avoir une capacité plutôt inhabituelle. »
« … Hein ? »
C’était quelques jours après mon acceptation en tant que disciple.
Pendant une pause, alors que j’étais allongé au sol, à bout de souffle, il m’a interrogé sur le Royaume des Abysses.
« Donc… tu peux voir des choses lointaines ? Comme une sorte de pouvoir psychique ? »
« Euh, ouais. Je suis un Déchu, après tout. »
« Qu’est-ce que tu sais faire d’autre ? »
La question est sortie de nulle part.
Je n’avais pas vraiment prêté attention au fait que j’étais un Déchu, alors, bien que légèrement perplexe, j’ai énuméré toutes mes capacités.
Après avoir tout entendu, Brimdal m’a regardé avec une expression pensive.
« Hmm… »
« Qu’est-ce qu’il y a ? »
« Je pense que ça pourrait être utile. »
« Hein ? Ce genre de capacité est-elle nécessaire pour l'entraînement du Corps de mana renforcé ? »
« Non, c'est requis pour le cursus des chevaliers. »
« Je n'ai pourtant absolument aucune intention de devenir chevalier. »
« Tu devras le faire. Peu importe à quel point c'est dissimulé, les rumeurs selon lesquelles tu es mon disciple se répandront comme une traînée de poudre. Avec ce niveau de capacité, les gens seront méfiants quoi qu'il arrive. Au minimum, tu devras maintenir les apparences. »
En effet, être le disciple de Brimdal tout en ayant le pire talent en escrime, et continuer à traîner dans les parages, soulèverait inévitablement des questions.
Mais je n'avais pas la moindre once de talent pour ne serait-ce qu'avoir l'air d'un chevalier. Brimdal l'avait dit lui-même.
« Si tu y réfléchis, c'est peut-être là ton talent en tant que chevalier. »
« Quoi ? »
Je ne comprenais pas. Alors que je le fixais sans comprendre, il ajouta :
« Tu sais, cette histoire de sens des courants et de flux. »
« Ce n'est pas de la magie ? »
« Faux. Ce n'est pas de la magie, c'est ton talent. Réfléchis bien. Un chevalier avec de longs bras face à un chevalier avec de courts bras. Qui a l'avantage ? »
« Probablement celui avec de longs bras ? Il aurait une allonge supérieure. »
« Exact. Alors un chevalier avec de longs bras a un meilleur talent, n'est-ce pas ? Ne cherche pas trop loin. »
C'était donc ce que Brimdal voulait dire.
Ma capacité à contrôler le flux ou à utiliser le sens des courants n'était, au bout du compte, pas très différente d'avoir des bras plus longs ou un corps plus imposant.
Cela semblait presque logique… même si ça ressemblait encore un peu à de la sophistique.
« Je comprends ce que vous essayez de dire, mais n'est-ce pas un peu tiré par les cheveux ? Je ne sais même pas manier une épée correctement. »
« Exactement. C'est pour ça que tu n'as pas à dépendre uniquement de l'escrime. »
« … ? »
« Est-ce que les chevaliers doivent nécessairement être doués à l'épée ? »
« Oui. »
C'était évident. Brimdal acquiesça.
« C'est vrai. Pourtant, que peux-tu faire ? Tu ne peux pas la briser avec un marteau ni la faire fondre avec de la chaleur. »
Brimdal haussa les épaules en disant cela.
« Tu vas juste devoir t'acharner. Tant que tu as l'allure d'un chevalier, ça ira, alors ne t'en fais pas trop. »
Maintenant que j'y pensais, il avait raison. Je devais juste avoir l'air d'un chevalier.
La barre n'était même pas haute. Si c'était tout, alors très bien.
Nous avons étudié comment imiter un chevalier en utilisant la Magie des Abysses, sans trop d'attentes.
« Alors, pour commencer, j'ai besoin de savoir. Avec cette capacité appelée sens des courants, jusqu'où peux-tu voir ? »
« Je pouvais à peine voir Brimdal-nim, et je n'ai eu que des aperçus du chevalier nommé Hyeon-cheong. »
« Hé, je vois. Tu dois être confiant, alors. Dis-moi, jusqu'où as-tu vu ? »
« Hein ? Je viens de te le dire. »
« C'est bon, c'est bon. Assez plaisanté. »
Environ six mois plus tard, nous avons appris quelque chose de nouveau.
« Le vainqueur du Tournoi des Jeunes Chevaliers est le disciple de Brimdal, Jern Aspandil ! »
« … ? »
Les Abysses.
C’est un monde fait pour les chevaliers.
*
Sur un vaste terrain sablonneux, sous le regard d’innombrables spectateurs.
Un élève aux cheveux ras pointa son épée vers moi.
« Aujourd’hui, je te battrai. »
Un garçon d’environ 15 ans, portant une armure d’argent et une expression déterminée.
Moi, à 11 ans, j’étais une tête plus petit, sans armure et armé d’une simple épée en bois.
Ce n’est pas que j’étais discriminé parce que j’étais orphelin.
C’est simplement que j’avais reconnu la nécessité d’un handicap, et tout le monde était d’accord.
Pour être précis, je ne me faisais pas confiance pour arrêter une vraie épée en plein combat.
…Comment en est-on arrivé là ?
« Très bien… bonne chance. »
Rien qu’à sa façon de tenir son épée, je savais.
Il s’était forgé. J’avais travaillé dur aussi, mais ce type tenait probablement une épée depuis sa petite enfance, au point d’en avoir usé le manche.
Le problème est le suivant.
Le sens des courants est bien trop puissant.
-Peep !
« Haap ! »
Au coup de sifflet marquant le début, le garçon s’est rué sur moi.
Dès cet instant, j’ai pu voir chaque trajectoire. Aucun mouvement ne m’a échappé.
Sans exagération, j’aurais pu esquiver les yeux fermés. De l’épaule qui se lève, à la taille qui pivote, jusqu’au pied qui s’ancre au sol, chaque information me parvenait.
Un coup fluide venant d’en haut, visant mon visage.
J'ai réagi lentement, volontairement.
-Clang !
« Argh... »
Même si j'ai parfaitement dévié le coup, mon bras a picoté, mais mon adversaire ne s'est pas arrêté.
Comme s'il s'attendait à cette parade, il a pressé vers l'avant, une main sur le pommeau.
…C'est ça. Je l'avais vu ouvrir sa paume et saisir le pommeau, alors j'avais déjà fait un pas en arrière.
Vlan ! L'estocade a manqué mon front de quelques centimètres à peine.
« Haaah ! »
Tranchant. Tranchant. Encore un. Et un autre.
Des dizaines de coups ont suivi pour tenter de trouver une ouverture.
Mais je les voyais toujours avant même que les mouvements ne soient terminés et que les coups ne soient lancés.
Il n'y avait aucun besoin de réagir. Les attaques étaient visibles dès leur préparation.
Alors, j'ai continué à esquiver sans contre-attaquer, jusqu'à ce que, soudain, mon adversaire serre les dents et hurle.
« …Bats-toi sérieusement ! »
« Euh, hein ? »
« Pour toi, je ne dois être rien, n'est-ce pas ? Ouais, c'est probablement vrai. Un roturier comme moi doit paraître ridicule aux yeux de quelqu'un comme toi, un mage avec un talent écrasant pour l'escrime ! »
« Mais je suis aussi un orphelin roturier. »
« Mais j'ai passé trois semaines à me préparer pour ce jour. Je me fiche de perdre, mais je veux être ton adversaire ici et maintenant ! »
« … »
C'était injuste au-delà de toute mesure.
Même si je pouvais lire tous les coups d'épée de mon adversaire parce que mon escrime était si pitoyable, tout ce que je pouvais faire, c'était esquiver.
Même en sachant ce qui arrivait, je perdrais si nous nous affrontions. C'est à quel point mon niveau réel était médiocre.
Alors j'ai continué à esquiver, attendant que mon adversaire se fatigue et commette une erreur, pour ensuite bondir avec un coup bas.
…Ça ressemblait effectivement à une façon de jouer avec lui.
Je n'ai pas pu m'en empêcher. J'ai tenu l'épée en bois dans une posture sérieuse, ou du moins, qui en avait l'air.
« Très bien. Je vais te montrer mes véritables intentions. Attaque-moi. »
« ... Très bien. Compris ! »
Les yeux du cadet flamboyaient.
Il a chargé de toutes ses forces, donnant tout ce qu'il avait.
J'ai légèrement frappé son pied avec un courant.
« Qu- Quoi ? »
Il a immédiatement commencé à trébucher.
Une ouverture.
J'ai foncé dans cette brèche et j'ai porté un coup ascendant avec mon épée.
« ... Pas encore ! »
Sa détermination transparaissait.
Malgré sa posture brisée, le cadet n’abandonna pas et rassembla ses forces pour réagir.
…Je me sentais vraiment mal.
J’ai utilisé juste une infime pression de l’eau pour stopper sa main.
Interférence à courte portée. Le match s’est terminé ainsi.
« Non, quoi, c’est quoi ça… ? »
-Pan !
L’épée en bois s’est abattue proprement sur sa nuque.
Match terminé.
Au coup de sifflet signalant la fin du match, j’ai rengainé mon épée en bois.
Puis, j’ai tendu la main au cadet dont le visage était encore couvert de sable, l’air hébété, ne comprenant pas encore ce qui venait de se passer.
« Allez, lève-toi. C’était un bon match. »
« Pourquoi suis-je tombé ? Il n’y avait pas de rochers… non, et à la fin… »
« J'ai gagné cette fois à cause de ton erreur, mais si nous nous étions affrontés sérieusement, l'issue aurait pu être différente. Alors la prochaine fois, sois concentré. Je t'affronterai avec sérieux dès le début. »
« … O-ouais. Merci. »
Avec cette petite flatterie, l'expression du cadet passa de l'autocritique à une légère confusion mêlée de joie.
Alors que je quittais l'arène en toute hâte, j'entendis les applaudissements et les marques d'admiration des chevaliers qui avaient observé le combat.
« Dire que quelqu'un peut être à la fois mage et chevalier… J'étais sceptique, mais c'est bien réel. »
« On dit que ses capacités magiques ne sont pas si impressionnantes. La rumeur prétend qu'il n'est encore qu'un mage 1 Étoile. »
« Et alors ? Le fait qu'il soit à la fois mage et chevalier est déjà incroyable. »
« C'est vrai… »
À ce stade, rien de tout cela ne m'émouvait vraiment.
Après m'être changé dans la salle d'attente et être ressorti, Brimdal m'attendait.
Il affichait une mine sombre, visiblement mécontent.
Je lui tendis l'épée en bois et demandai :
« Ton disciple a gagné. Pourquoi cette tête de déterré ? »
« …Pourquoi. »
« Hein ? »
« Pourquoi… pourquoi ton talent est-il ainsi… ! »
« … »
C'est reparti.
Dernièrement, il faisait ça après chaque match. J'ai froncé les sourcils et me suis dirigé vers la calèche.
« Qu'est-ce que je peux y faire si je ne l'ai pas ? Je ne peux pas l'inventer. »
« Alors tu n'aurais jamais dû posséder cette capacité ! Comment quelqu'un peut-il détenir une compétence dont chaque chevalier rêve et languit, tout en ayant des capacités physiques aussi pathétiques ! »
« Pour être exact, c'est le prix à payer pour ce pouvoir. »
La raison pour laquelle je suis si désespérément dépourvu de talent en tant que chevalier est, bien sûr, en partie due à mes propres lacunes, mais surtout à ce fardeau.
Même si j'y suis habitué maintenant, j'ai toujours l'impression de fendre un courant à chaque pas. La pression de l'eau se resserre progressivement autour de mon corps, et je rencontre une résistance à chaque fois que je donne un coup.
Si je considère cela comme le prix à payer pour le sens des courants, alors on n'y peut rien.
Mais Brimdal, toujours sceptique, tremblait de rage et me fixait avec des yeux injectés de sang.
« Dire que... quelqu'un pourrait posséder un pouvoir si immense qu'il en vendrait son âme, et rester un mage, ça me fait bouillir le sang... »
« Est-ce vraiment si grave ? »
« Bien sûr que ça l'est. Tu ne comprends toujours pas ce que signifie avoir capturé les mouvements de Hyeon-cheong ? Si tu as toute ta tête, aucun chevalier en dessous de son niveau ne pourra même effleurer ta manche ! »
« C'est la même chose pour moi, pourtant. »
Je m'assis à l'arrière de la calèche et ouvris un manuel d'escrime.
La façon dont j'ai atteint ce niveau, c'est vraiment juste en lisant.
Tordre son pied vers l'arrière équivaut à une charge, tirer son poignet équivaut à une estocade.
En partant de mouvements aussi simples, j'ai rempli ma tête de mouvements musculaires avancés, de jeux de jambes, de techniques d'épée. Tant qu'il s'agit d'un mouvement que je connais, cela devient une forme de prédiction du futur.
Le simple fait de lire un livre améliore mon esquive. Si je devais le décrire, c'est comme être le protagoniste d'un RPG mal codé.
« Ce n'est qu'une astuce, de toute façon. Calme-toi. »
« …Très bien. »
« Je peux faire une pause pendant un moment maintenant, n'est-ce pas ? »
« Je te l'ai dit clairement. Tu n'auras pas à monter au front en tant que chevalier pendant au moins un mois. Je comptais faire quelques matchs et me retirer, mais ils n'arrêtent pas de te rappeler… »
Eh bien, ça aide. C'est pour ça que je continue à lire et à étudier.
Une esquive écrasante dans un combat de chevaliers ne peut pas être inutile. Et le sens des courants, contrairement au flux ou à la pression de l'eau, ne laisse aucune trace lorsqu'il est utilisé, donc peu importe à quel point je m'y fie, personne ne s'en rendra compte.
Même ainsi, mes véritables ennemis sont les mages. Le Cercle Pourpre.
Faire semblant d'être un chevalier ne sert à rien d'autre qu'à rester le disciple de Brimdal pour apprendre le Corps de mana renforcé, à moins que cela n'aide réellement à les combattre.
Le problème, c'est que ça fonctionne trop bien.
« Devrais-je peut-être commencer à perdre dès le prochain match ? Tu ne trouves pas que je me débrouille un peu trop bien ? »
« Ce serait peut-être préférable. S'ils essaient même de te caser pour un mariage, il vaut mieux calmer un peu le jeu. »
« …Hein ? »
Demandai-je, perplexe.
« Un mariage ? Pour moi ? J'ai onze ans. »
« ? Les fiançailles ont généralement lieu vers cet âge, non ? »
Brimdal répondit comme si c'était moi qui disais quelque chose d'étrange.
Parfois, dans des moments pareils, je réalise à quel point les normes de ce monde sont différentes. Je fronçai les sourcils et demandai :
« De la part de qui ? »
« Plusieurs nobles. Ils sont probablement coincés à l'arrière des calèches. Jette un œil. »
Je fouillai entre les livres et trouvai une liasse de lettres. Je fus choqué d'en découvrir quatre, et encore plus de voir que chacune d'elles portait le sceau d'une maison noble.
« Ces gens sont fous ? Je suis un orphelin. »
« Et aussi mon disciple, un apprenti de la Tour de magie noire, un élève exceptionnel, sous le patronage de cet Alletus. Un gouffre comme le statut d'orphelin se comble vite quand on accumule tout ça. »
« Quand même, c'est un peu trop. »
« De plus en plus de nobles commencent à connaître ton nom. Ne pense pas pouvoir garder ce statut d'orphelin inconnu encore très longtemps. Tu deviens déjà un sujet brûlant. »
« Hmm… »
Après un bref instant de réflexion, j'ai posé une question qui m'était venue à l'esprit.
« Si je me faisais complètement écraser au prochain match et que je me mettais à pleurer en implorant la pitié ? »
« Ne fais pas ça. »
« … Compris. »
Même si j'étais couvert d'éloges, je ne me sentais pas particulièrement heureux.
Je progressais.
L'entraînement pour le Corps de mana renforcé avait atteint un niveau où l'on m'avait dit que j'étais entré dans une phase stable. Ce n'était pas pour autant que je pouvais me permettre de ralentir ma progression.
L'entraînement physique m'aidait à supporter le fardeau.
Il me restait encore beaucoup de la médecine à base de perles que j'avais reçue du Cercle Pourpre. Tant qu'il m'en restait, je n'avais pas à craindre de mourir sous le poids de ce fardeau.
Mais…
Je n'arrivais pas à franchir ce pas décisif.
J'avais simplement l'impression de survivre au jour le jour.
Est-ce vraiment tout ce que je peux faire ? Je soupirai en triant les lettres, puis je remarquai un sceau plutôt inhabituel.
Qu'est-ce que c'est ?
Alors que j'étais sur le point de l'ouvrir, Brimdal demanda soudain d'une voix basse :
« Au fait, c'est étrange. Pourquoi m'envoient-ils tes demandes en mariage ? »
« N'êtes-vous pas mon tuteur en ce moment ? »
« Je ne me souviens pas avoir accepté cela. Je veux dire, je sais que tu as grandi sans parents, mais n'as-tu pas dit que tu avais déjà un mentor ? Pourquoi ne les envoient-ils pas à cette personne ? »
« Ah, eh bien… »
Comment étais-je censé expliquer cela sans mentionner Dersia ?
Alors que je peinais à trouver une réponse.
Toc, toc, toc !
Quelqu'un frappa à la porte de la calèche avant le départ.
Quand j'abaissai la vitre, je vis un visage familier.
C’était le majordome que j’avais croisé au manoir d’Alletus.
Son nom était…
« Bonjour, Ruhanin… c’est bien ça ? »
« C’est un honneur que le bienfaiteur se souvienne de moi. »
Ruhanin, avec ses cheveux gris, était trempé de sueur ; il avait clairement couru jusqu’ici.
Quelque chose clochait. Je demandai la permission à Brimdal et descendis de la calèche.
« Il y a un problème ? »
« Je suis venu parce que je dois vous informer de quelque chose. Il serait préférable que vous évitiez de vous rendre au manoir pendant un certain temps. »
« …Quoi ? »
Son expression était si grave que je me sentis mal à l’aise. Quelqu’un avait-il découvert que, lors d’une leçon, Elysia et moi avions mis le feu à la cuisine ?
Mais les mots qui sortirent de la mâchoire serrée de Ruhanin étaient au-delà de tout ce que j’aurais pu imaginer.
« …Le seigneur a été inculpé pour trahison. Si vous allez au manoir maintenant, vous serez en danger aussi, bienfaiteur. »