Chapitre 396
Le temps passa rapidement. Après cette première bataille, Damien suivit cet elfe sur d’innombrables autres champs de bataille.
En un clin d’œil, dix ans s’étaient écoulés.
« Cela devient incontrôlable ! Nous avons fait tout notre possible pour résister pendant toutes ces années, mais leurs forces semblent inépuisables ! C’est sans espoir ! » s’écria un ancien de l’alliance, furieux et désespéré.
Et ceux qui l’entouraient ne pouvaient qu’être d’accord. Ils étaient actuellement en réunion pour élaborer une stratégie en vue d’une bataille décisive, qui pourrait déterminer leur sort, mais aucun d’entre eux n’avait d’espoir.
« Peu importe. Même si c’est une bataille futile, nous devons quand même nous battre. Quoi, vous comptez mourir comme des chiens ? Ou peut-être envisagez-vous de vous livrer à ces ordures qui ont assassiné nos familles et notre peuple ? Même si je suis destiné à mourir, j’emporterai mille de ces Nox avec moi dans l’au-delà ! »
Répondit l’elfe en criant. Ses yeux brûlaient, dégageant une pression presque palpable.
« Haa… ce n’est pas que nous ne partageons pas ce sentiment, mais quelle importance ? N’as-tu pas entendu les nouvelles ? Cette fois, ils prévoient même de mobiliser un demi-dieu. »
Au cours des dix dernières années, l’ampleur des combats s’était accrue. Ce n’étaient plus seulement les Nox de troisième classe, dépourvus d’intelligence, qui étaient envoyés à la guerre. Les êtres de quatrième classe de leur race combattaient également.
« Je ne comprends pas comment une telle différence peut exister. Qu’ils soient de première, deuxième ou troisième classe, ces Nox ne sont que des bêtes sans cervelle qui agissent selon leur désir de tuer. Comment se fait-il qu’après avoir atteint la quatrième classe ils puissent acquérir un tel degré d’intelligence ?! Une croissance aussi rapide ne peut pas se produire naturellement. » Un autre ancien soupira.
C’était étrange. Tous les Nox de quatrième classe qu’ils avaient rencontrés avaient une intelligence spirituelle égale, voire supérieure à la leur. Et ce n’était pas comme s’ils avaient acquis leur intelligence progressivement, à l’instar des races animales, mais instantanément.
Même après des décennies de guerre, ils ne comprenaient toujours pas pleinement ce qu’étaient réellement les Nox, ni comment fonctionnait leur espèce. On disait que l’information était la plus grande arme dans la guerre, mais les informations dont ils disposaient étaient rares.
D’un autre côté, les Nox pouvaient obtenir autant d’informations qu’ils le souhaitaient grâce aux transfuges qui rejoignaient constamment leur camp.
« Je m’en fiche. Ce genre de discours est inutile. Nous ne faisons que baisser notre moral et faciliter la tâche à ces salauds qui veulent nous massacrer ! Et alors, s’ils envoient un demi-dieu ? Si vous avez tous trop peur de l’affronter, alors je le ferai moi-même ! » proclama l’elfe avec effronterie.
« Absurde ! »
« Mais qu’est-ce que tu racontes ?! »
« Tu comprends seulement les implications d’un demi-dieu ?! »
« Et alors, même si je comprends ?! Est-ce que ça veut dire que je dois rester là sans rien faire et accepter ma mort ?! Hum ! Vous êtes tous pathétiques ! Vous ne méritez pas d’être appelés les chefs de cette alliance. »
« Toi… ! »
« Assez ! »
Une nouvelle voix se fit entendre. C’était celle d’un vieil homme assis tranquillement dans un coin de la pièce. Son regard était fixé sur l’elfe, inébranlable et sévère.
« Tu penses vraiment ce que tu viens de dire ? » demanda-t-il solennellement. « Je te connais. J’ai entendu parler de tes exploits sur le champ de bataille. Tu es infiniment proche d’entrer toi-même dans le royaume des dieux, donc si c’est toi, tu pourrais peut-être retarder ce demi-dieu pendant un certain temps. Je te le demande donc à nouveau, es-tu sûr de pouvoir tenir tes promesses ? »
L’elfe fixa le vieil homme du même regard inébranlable.
« Oui. »
« Tu pourrais mourir. Non, tu mourras à coup sûr. Peux-tu encore affirmer avec certitude que tu accompliras ta mission sans faillir ? »
« Oui. »
Le vieil homme regarda l’elfe dans les yeux, comme s’il essayait de scruter son âme. Finalement, il soupira.
« Très bien. Je te confie cette mission. »
« Ancien ! »
« C’est un demi-dieu, bon sang ! Même s’il est lui-même presque à ce niveau, la différence ne peut être surmontée sans la divinité ! »
« Tu crois que je ne le sais pas ?! » rétorqua l’Ancien d’un ton hargneux. La fureur dans sa voix fit taire toute opposition.
« Les Nox ne sont pas les seuls à avoir des demi-dieux à leurs côtés. Nos demi-dieux sont restés bloqués sur l’Ancien Champ de Bataille, repoussant les forces principales des Nox pendant tout ce temps. C’est la seule raison pour laquelle nous avons pu survivre aussi longtemps. »
« Cependant, après avoir appris que les Nox avaient mobilisé l’un des leurs, ils nous ont également envoyé de l’aide. Tant que nous pouvons tenir jusqu’à l’arrivée de ce demi-dieu, nous pouvons survivre à cette épreuve ! »
Les paroles de l’ancien redonnèrent un peu d’espoir aux chefs de l’alliance.
« C’est vrai, si nous avons un demi-dieu à nos côtés… ! »
« C’est peut-être possible ! »
Les yeux de l’elfe s’écarquillèrent également lorsqu’il apprit la nouvelle. Intérieurement, il poussa un soupir de soulagement.
La réunion prit rapidement fin, et toutes les forces rassemblées se séparèrent pour se préparer à la bataille qui se profilait à l’horizon.
La nuit tomba sur le camp de l’alliance. Assis sur le toit d’un petit bâtiment, l’elfe contemplait les deux lunes qui ornaient le ciel nocturne.
D’innombrables souvenirs défilèrent dans son esprit. Des enfants jouant joyeusement avec les esprits qui gravitaient autour d’eux, des familles souriantes profitant de leurs journées, autant de scènes qu’il voyait constamment dans son pays natal avant le début de la guerre.
Mais une scène en particulier se répétait sans cesse, se démarquant même parmi la multitude de souvenirs qui peuplaient son esprit.
Une belle femme aux cheveux blonds clairs, dont la présence semblait ne faire qu’un avec la nature. Elle se tenait devant l’Arbre du Monde, un sourire chaleureux sur le visage.
« Reviens sain et sauf. »
Ce furent les derniers mots qu’il entendit de sa bouche. Après cela, sa vie fut un véritable enfer.
« Elvira… Je me demande comment tu vas maintenant. Peut-être as-tu déjà tourné la page et trouvé un autre amour… »
Ma vie est vouée à se terminer en tragédie, alors j’espère sincèrement que c’est le cas. Il voulait prononcer ces mots, mais il ne parvint pas à les faire sortir de sa gorge.
Il serra le pendentif en jade qui pendait à son cou depuis le début de la guerre. Tout comme ces deux lunes dans le ciel, ils étaient si proches et pourtant infiniment éloignés l’un de l’autre.
« Tu m’as dit de ne pas jouer les héros, mais au final, je n’ai pas pu m’en empêcher… » Il soupira légèrement.
À quelques heures seulement d’une mort certaine, il ne se sentait étrangement pas du tout insatisfait.
Tout bien considéré, il avait mené une belle vie. Les premiers siècles avaient été remplis de bonheur et de joie.
Et même s’il avait passé près de 25 ans sur le champ de bataille, il ne regrettait pas sa décision de s’être engagé dans la guerre.
Car ces sourires heureux qu’il voyait tous les jours, ces familles qui s’aimaient et vivaient en paix, cette femme qui assumait la responsabilité de tous les elfes avec le sourire…
Tant qu’il serait là, leurs sourires ne pourraient jamais leur être enlevés par la cruauté dont il avait été témoin chez l’ennemi.
Il se leva et étira son corps fatigué. Son ambition était bien plus grande qu’il ne l’avait laissé entendre lors de la réunion.
Même s’il était destiné à mourir aujourd’hui, il ferait en sorte de sauver autant de vies que possible avant de mourir.
Et peut-être pourrait-il terrasser un demi-dieu pendant qu’il y était.