Chapitre 9
Chapitre 9 — Celui qui dort sous le château
Le château d'Abyssia tremblait.
Les murs se fissuraient lentement, laissant apparaître des veines de lumière rouge dans la pierre noire.
Neuvillette resta devant l'escalier.
La voix qui venait des profondeurs résonnait encore dans son esprit.
« Mon héritier est enfin revenu. »
Il regarda Aurelius.
Pour la première fois, le visage du vampire semblait véritablement effrayé.
— Qui est là-dessous ?
Aurelius ne répondit pas.
— Aurelius.
Silence.
— Réponds-moi.
Le vampire ferma les yeux.
— Celui qui se trouve sous ce château est la raison pour laquelle nous avons tous essayé de te protéger.
Neuvillette serra les poings.
— Son nom.
Aurelius murmura :
— Noctis.
Selene sourit.
— Le premier roi de la Lune Noire.
Elyas se releva difficilement.
— Et le vampire le plus dangereux qui ait jamais existé.
Neuvillette regarda l'escalier.
— Alors pourquoi m'appelle-t-il son héritier ?
Selene répondit :
— Parce qu'il veut ton corps.
Un silence glacial tomba.
— Mon corps ?
— Ton sang contient la Lune Bleue.
Elle désigna les marques sur son bras.
— Le sang de Noctis contient la Lune Noire.
Selene s'approcha.
— S'il absorbe ton sang, les deux pouvoirs fusionneront.
Luna pâlit.
— Et il deviendra invincible.
Neuvillette comprit.
— Voilà pourquoi tout le monde me cherchait.
Aurelius hocha la tête.
— Oui.
— Et ma mère ?
Aurelius baissa les yeux.
— Elle est la seule personne capable de maintenir Noctis prisonnier.
Neuvillette regarda l'escalier.
— Alors elle est toujours en vie.
— Oui.
Neuvillette fit un pas.
— Je vais la sauver.
Aurelius attrapa son bras.
— Non.
Neuvillette le regarda froidement.
— Lâche-moi.
— Si tu descends, Noctis saura que tu es là.
— Il le sait déjà.
Aurelius ne trouva rien à répondre.
Neuvillette se libéra.
— J'ai passé ma vie à rendre des jugements sur des gens dont je ne connaissais pas toute l'histoire.
Il regarda chacun d'eux.
— Cette fois, je veux connaître la mienne.
Puis il descendit.
Luna le suivit.
Elyas également.
Après quelques secondes, Aurelius soupira.
— Vous êtes tous aussi têtus...
Et il les suivit.
Selene resta seule en haut de l'escalier.
Son sourire disparut.
— Pardonne-moi, petit frère.
Elle regarda l'obscurité.
— Je n'avais pas le choix.
L'escalier semblait ne jamais finir.
Plus ils descendaient, plus la température diminuait.
Neuvillette entendait des murmures.
Des voix anciennes.
Des pleurs.
Des cris.
Puis il entendit son propre nom.
— Neuvillette...
Il s'arrêta.
Luna posa une main sur son épaule.
— Tu l'entends aussi ?
— Oui.
— Ne réponds pas.
Une deuxième voix murmura :
— Neuvillette...
Puis une troisième.
Puis des dizaines.
Toutes l'appelaient.
Il continua malgré tout.
Enfin, ils arrivèrent devant une immense porte blanche.
Contrairement au reste du château, elle était parfaitement intacte.
Au centre se trouvait une inscription :
« Seul celui qui connaît la vérité peut entrer. »
Neuvillette posa sa main sur la porte.
Une voix résonna.
— Quel est ton véritable nom ?
Neuvillette resta silencieux.
Il connaissait maintenant son ancien nom.
Neuvil.
Mais quelque chose lui disait que ce n'était pas la réponse.
La voix répéta :
— Quel est ton véritable nom ?
Il ferma les yeux.
Des souvenirs apparurent.
Sa mère.
Elyas.
Selene.
Aurelius.
Le château.
Puis une scène qu'il n'avait jamais vue.
Un bébé était posé devant un immense miroir.
Derrière lui se trouvait Noctis.
Il regardait l'enfant avec un sourire.
— Un jour, tu seras mon héritier.
Puis sa mère apparut.
Elle prit l'enfant dans ses bras.
— Non.
Noctis répondit :
— Tu ne peux pas empêcher le destin.
Elle sourit.
— Je peux lui donner un autre nom.
Elle regarda le bébé.
— À partir d'aujourd'hui, tu t'appelleras Neuvillette.
Le souvenir disparut.
Neuvillette ouvrit les yeux.
Il comprit.
Son nom n'était pas seulement une identité.
C'était une protection.
Il posa sa main sur la porte.
— Neuvillette.
La porte s'ouvrit.
Derrière se trouvait une immense salle blanche.
Au centre, une femme était attachée à un trône de cristal.
Ses cheveux argentés tombaient sur ses épaules.
Neuvillette resta figé.
— Maman...
La femme releva lentement la tête.
Ses yeux étaient fermés.
— Neuvillette...
Il courut vers elle.
Mais Luna cria :
— Attends !
Neuvillette s'arrêta.
Quelque chose n'allait pas.
Sa mère souriait.
Mais son sourire était étrange.
Elle ouvrit les yeux.
Ils étaient entièrement noirs.
— Tu es enfin revenu.
Neuvillette recula.
— Maman ?
La femme rit doucement.
— Ce n'est plus ta mère.
Une ombre immense apparut derrière elle.
Deux yeux rouges s'ouvrirent dans l'obscurité.
La voix de Noctis résonna :
— Bienvenue, mon fils.
Neuvillette sentit son sang se glacer.
La femme leva la tête.
Et soudain...
elle disparut.
L'ombre prit forme.
Un homme gigantesque apparut derrière le trône.
Sa peau était pâle.
Ses cheveux noirs descendaient jusqu'à ses épaules.
Ses yeux rouges fixaient Neuvillette.
Noctis sourit.
— Trois cents ans.
Il descendit lentement les marches.
— Trois cents ans que j'attends ce moment.
Neuvillette se plaça devant Luna.
— Vous ne m'aurez pas.
Noctis rit.
— Tu crois encore que tu as le choix ?
Une vague de pouvoir explosa.
Neuvillette fut projeté contre le mur.
Elyas cria :
— NEUVILLETTE !
Aurelius attaqua Noctis.
Mais Noctis leva simplement une main.
Aurelius fut repoussé comme s'il ne pesait rien.
Luna tenta d'utiliser sa magie.
Noctis l'arrêta également.
Puis il regarda Neuvillette.
— Ton pouvoir est magnifique.
Neuvillette se releva difficilement.
— Je ne suis pas votre héritier.
Noctis sourit.
— Alors pourquoi ton sang répond-il à mon appel ?
Neuvillette regarda ses mains.
Une lumière bleue apparaissait.
Mais cette fois...
une lumière noire se mélangeait à celle-ci.
Noctis ouvrit les bras.
— Viens à moi.
Neuvillette sentit son corps avancer malgré lui.
Un pas.
Puis deux.
Luna cria :
— Résiste !
Neuvillette serra les dents.
Il tenta de s'arrêter.
Mais quelque chose contrôlait son corps.
Il entendit alors une voix dans son esprit.
La voix de sa mère.
« Ne lutte pas contre le pouvoir. Juge-le. »
Neuvillette ouvrit les yeux.
La lumière autour de lui changea.
Noctis cessa de sourire.
— Qu'est-ce que tu fais ?
Neuvillette leva une main.
Une immense balance lumineuse apparut derrière lui.
D'un côté brillait une lumière bleue.
De l'autre, une lumière noire.
Il murmura :
— Je rends mon jugement.
La salle entière trembla.
Et pour la première fois depuis trois siècles...
Noctis recula.