Chapitre 971
Chapitre 971
Chapitre 973
La vague finit enfin par se diviser en plusieurs courants.
« Faites attention à ne pas tomber ! »
Si l'on devait affronter la plus grande cascade du monde à mains nues, serait-ce aussi époustouflant ? Sur l'immense déferlante qui montait et descendait, se tordant et se scindant progressivement en plusieurs branches, les membres faisaient de leur mieux pour ne pas chuter tout en déployant leurs capacités sans relâche.
Tandis que les utilisateurs du pouvoir de l'eau crachaient du sang en renforçant Yuder, ce furent les utilisateurs du vent qui tinrent continuellement les rênes, freinant la vitesse des vagues qui se divisaient pour protéger ceux qui étaient à la manœuvre.
« Je m'occupe de Steiber, continuez à tirer contre le vent ! »
Yergin Schiller, chargée de commander les manieurs de vent présents ce jour-là, hurla d'une voix rauque en bondissant sur les courants d'air. Oscillant mais traversant rapidement les vagues, elle soutint le dos de Steiber, qui était sur le point de tomber à l'eau à tout instant, et rattrapa son bras de justesse derrière Yuder. Comptant sur la seule force du vent pour supporter le poids d'un homme au milieu des embruns, elle laissa échapper un gémissement étouffé, inconsciente de sa propre douleur.
Whoosh...... !
Suivant les instructions de Yergin, une flèche de vent transparente tourbillonnant au bout des doigts de Phieny Moffle, qui avait armé son arc, prit forme. La flèche, chargée d'un puissant tourbillon, fila bientôt vers les vagues avec un sifflement strident. Le vent condensé frappa sans pitié la vague qui s'apprêtait à engloutir Yuder, ralentissant brièvement sa course effrénée.
Profitant de cette ouverture, l'œil doré de Yuder, brillant assez intensément pour être distingué même dans le brouillard, croisa celui de Phieny Moffle pendant une fraction de seconde. Le regard s'éloigna aussitôt, mais Phieny sourit.
Il y a quelques mois, elle avait accidentellement fait tomber une pochette contenant une protection de poignet fabriquée par sa défunte mère sur le terrain d'entraînement partagé avec les Chevaliers impériaux. Lorsqu'elle était revenue la récupérer, les Chevaliers, dont l'entraînement était terminé, lui avaient froidement refusé l'accès et l'avaient chassée.
C'étaient ses collègues de la Division Sul et Yuder Aile qui l'avaient défendue alors qu'elle était impuissante. Sans eux, comment aurait-elle pu retourner sur le terrain, récupérer son bien et exercer sa courageuse vengeance sur les Chevaliers qu'elle craignait tant ?
Jusque-là, Phieny s'était crue trop calme et timide pour s'intégrer à la Cavalerie. Mais son cœur avait radicalement changé lorsqu'elle avait décoché des flèches sur le postérieur de ceux qui avaient tenté de nuire à son précieux bracelet, éclatant de rire par la suite.
Elle s'était sentie inférieure à Yuder et aux autres membres, mais ce n'était pas vrai. Phieny Moffle était bel et bien un membre légitime de la Cavalerie, au même titre que les autres.
Depuis ce jour, la timide Phieny Moffle, souvent en proie au mal du pays, s'était transformée. Elle ne se séparait jamais de ce bracelet, s'entraînant avec acharnement, dormant même avec lui et son arc. Elle sollicitait régulièrement les conseils de Yuder pour améliorer ses compétences.
Grâce à cela, la Phieny Moffle qui se tenait là aujourd'hui était devenue une experte, capable de tirer sans fin des flèches de vent qu'elle ne pouvait à l'origine utiliser qu'environ cinq fois par jour.
Yuder Aile n'avait peut-être pas accordé beaucoup d'importance aux événements de ce jour-là, mais Phieny était comblée de pouvoir soutenir pleinement ce qu'il entreprenait. À mesure qu'elle tirait, le vent tranchant qui effleurait son bras et le fût des flèches multipliait ses blessures, faisant gicler le sang et brouillant sa vue, mais elle se disait que cela n'avait aucune importance.
Phieny serra les dents, saisissant l'arc qui glissait sans cesse de ses mains. Ses flèches, faites de vent, pouvaient être tirées en continu tant qu'elle avait de la force, sans être affectées par les forces extérieures. Cependant, l'arc, étant un objet physique, risquait de se briser et de se déformer à force d'être utilisé. Celui qu'elle tenait était déjà fissuré et tordu, semblant prêt à voler en éclats au moindre effort supplémentaire.
« Juste jusqu'à ce que les vagues se calment... S'il te plaît, tiens encore un peu... ! »
Elle s'apprêtait à ajuster sa prise sur l'arc, à bout de souffle, lorsqu'elle entendit la voix de Yuder Aile quelque part.
« Tout le monde, préparez-vous à ne pas tomber. »
Sa voix, transmise par le pouvoir du vent comme la leur, était terriblement rauque mais portait un poids inhabituel, captant toute leur attention.
Phieny se tourna pour voir Yuder Aile regarder au loin. Lorsqu'elle tourna la tête pour suivre son regard, soudain, l'air autour d'elle se figea.
Une silhouette, qu'elle n'aurait jamais imaginé voir ici, apparut faiblement à travers la brume.
« ...Le Commandant ? Et... qui est à côté de lui... ? »
« ...C'est bien Sir Zuckerman, n'est-ce pas ? »
Un collègue utilisant ses pouvoirs à côté de Phieny murmura avec incrédulité. Phieny réalisa alors que la personne près de Kishiar, légèrement en retrait, était bien Nathan Zuckerman.
Comme s'ils gravissaient des escaliers invisibles, ils se tenaient debout dans le vide. Alors que tout le monde clignait des yeux, comme envoûté par l'apparition de ces deux hommes qui semblaient être une illusion, oubliant même l'urgence de la situation, les deux hommes levèrent simultanément leurs épées.
Puis, avec le même mouvement mais dans des directions opposées, ils les abattirent.
Une vive lumière bleue jaillit un instant, puis tout devint silencieux.
-......
Aucun son ne fut entendu.
Personne ne put voir clairement comment ils avaient frappé.
Pourtant, le résultat de ce simple mouvement changea tout un instant plus tard.
Kwaaaaaaaaa !!!
Les membres hurlèrent et reprirent leurs esprits sur les vagues qui s'effondraient, se courbant et s'écroulant comme si leur base avait été tranchée en un instant.
« Aaah ! »
« Ouvrez les yeux ! Je vous avais dit de vous préparer ! Restez sur les vagues ! »
Phieny, entendant le cri d'un autre collègue, bondit par réflexe en prenant appui sur le vent. Si elle n'avait pas entendu la voix de Yuder auparavant, elle aurait été trop surprise pour réagir immédiatement. Même ainsi, ses forces déclinèrent à mi-chemin et elle manqua de tomber, mais une rafale de vent venue de nulle part la soutint et la protégea. C'était manifestement Yuder.
« Yuder ! »
En se tournant vers l'endroit où Yuder Aile devait se trouver, Phieny eut le souffle coupé par la scène.
« Ah... »
Il était là, exerçant son pouvoir sans relâche, sans marquer la moindre pause dans cette situation périlleuse où les vagues qu'il chevauchait étaient découpées et où des monstres jaillissaient de toutes parts.
Alors que tout le monde était surpris et désorienté par cet événement imprévu, incapable d'utiliser ses pouvoirs correctement, Yuder Aile semblait imperturbable, comme s'il l'avait anticipé, ne clignant même pas des yeux.
Phieny, un instant perdue, sentit le besoin de se ressaisir et rassembla ses forces une fois de plus.
Au-delà de la brume, les ombres du Commandant et de Nathan Zuckerman avaient disparu comme si elles n'avaient jamais existé. Cependant, à en juger par les vagues qui avaient perdu leur élan et se divisaient désormais clairement en plusieurs branches, ce qui venait de se produire était sans aucun doute la réalité.
« Divisez les effectifs ! Chacun doit prendre en charge les vagues qui se ramifient en fonction de sa position actuelle ! Essayez de ralentir la vitesse autant que possible et de réduire la hauteur ! »
Le cri de Steiber, porté aux oreilles de tous par le vent de Yergin Schiller, résonna au loin. Les membres confirmèrent habilement leurs positions respectives et prirent leurs places.
Les cinq vagues divisées, filant vers la côte sud, déferlaient toujours, mais elles n'avaient plus la férocité terrifiante d'auparavant.
Phieny, debout sur la vague la plus à droite, jeta un dernier regard vers Yuder, qui se trouvait sur la plus grande vague au centre. La vague sur laquelle elle se tenait, étant la plus petite, perdait visiblement de la hauteur et de la force à mesure qu'elle approchait du rivage, contrairement à celle de Yuder.
La vague, bien qu'affaiblie, montait toujours haut comme un cheval au galop. La perspective de la voir engloutir le port lui glaça le sang.
« ...J'espère que tout le monde pourra tenir jusqu'au bout. »
Au milieu de ses inquiétudes, les vagues disparurent dans le brouillard, s'éloignant davantage.
Yuder, désormais sur une vague ayant perdu une grande partie de son élan, puisa dans ses dernières forces en observant le sol qui se rapprochait progressivement. Bien que la hauteur ait considérablement diminué, à ce rythme, la vague dépasserait toujours la digue et engloutirait le port. Pourtant, il n'était plus aussi inquiet qu'auparavant.
Au-delà du port, l'homme qui venait de le « saluer » en prévision de son arrivée l'attendait. Tout ce qu'ils avaient préparé serait là pour accueillir Yuder ; il ne restait plus qu'à laisser faire les choses.
Yuder prit une profonde inspiration et regarda en bas.
Au moment où son pouvoir maîtrisa la vague pour la dernière fois, celle-ci, considérablement renversée, s'écrasa sur la digue de Charloin.