Chapitre 1 256
Kishiar passa son autre bras autour de la taille de Yuder et le serra fermement. Celui-ci se tortillait comme s’il cherchait soit à dévorer les doigts qui s’enfonçaient rapidement en lui, soit à leur échapper. Le maintenant de façon à l’empêcher de bouger dans un sens comme dans l’autre, Kishiar enfonça un troisième doigt, puis fit pivoter sa main sans la moindre retenue. Un souffle haletant s’échappa des lèvres serrées de Yuder.
Ce n’était même pas assez pour être qualifié de gémissement ou de cri : juste un souffle bref et désespéré.
Yuder n’avait pas idée de l’effet envoûtant que produisait cette expression muette de plaisir, ni de cette langue rouge qui pointait entre ses lèvres entrouvertes.
Voir quelqu’un d’ordinaire si inébranlable ainsi mis à nu dépassait de loin tout ce que le mot « provocant » pouvait exprimer. Ce désir brut qu’il dévoilait. La beauté d’un corps qui avait entièrement baissé sa garde. Cette métamorphose, pareille à une floraison, née de l’abandon total aux sensations… Quels mots auraient pu rendre justice à tout cela ?
Même avec un esprit maîtrisant presque toutes les langues et tous les dialectes du monde, ainsi que les anciennes écritures et les codes, il lui était impossible de décrire pleinement les sensations écarlates que cet être devant lui faisait naître en lui.
Kishiar avala le souffle qui jaillit des lèvres de Yuder, comme s’il voulait le capturer, et, dans le même temps, donna une dernière poussée brutale en lui.
« — — — — ! »
Sa poitrine haletante se soulevait comme si elle allait éclater ; sa tête bascula en arrière. Au même instant, les parois intérieures qui enserraient les doigts de Kishiar, sans laisser le moindre espace, se contractèrent et se mirent à répandre un liquide chaud. Le sexe de Yuder, raide et coincé entre leurs corps, tressaillit et libéra un mince filet blanc. Son premier orgasme.
Kishiar ne cilla même pas, résolu à ne pas manquer une seule seconde de l’abandon de Yuder. La courbe de ce corps qui se tordait, submergé par le plaisir. Ses avant-bras serrés au point d’y laisser des marques. Ses pupilles brouillées, à peine visibles sous ses cheveux rejetés en arrière, ses longs cils noirs qui frémissaient rapidement. Kishiar grava tout cela dans sa mémoire.
Pourtant, sa main ne cessa pas de bouger. Les bruits humides s’amplifièrent, indéniablement obscènes : le liquide libéré par l’orgasme de Yuder se mêlait aux doigts qui continuaient de le pénétrer. Ses parois intérieures, si étroitement contractées qu’elles ne laissaient aucun interstice, furent pénétrées sans merci, et même les spasmes qui persistaient ne furent pas épargnés. Incapable d’échapper à ces stimulations incessantes, Yuder trembla sans pouvoir se retenir.
« Ah… ngh… ! »
Cette stimulation excessive fit instinctivement monter les larmes aux yeux de Yuder. Ses joues, jusque-là pâles, rougirent et ses yeux humides scintillèrent comme des joyaux baignés de lune. Sa prise sur l’avant-bras de Kishiar se relâcha, incapable de maîtriser davantage sa force ; ses doigts glissèrent en exerçant une pression crispée, ses ongles s’enfonçant dans la peau. Dans le mouvement, l’un de ses gants glissa de sa main, impuissant.
Kishiar découvrit alors la main nue de Yuder, qu’il avait rarement, voire jamais, eu l’occasion d’apercevoir. Cette peau cachée, révélée à son insu, et son expression perdue dans les affres d’un orgasme sans fin, firent courir un frisson violent dans tout son corps.
Le simple fait de le regarder lui donnait l’impression que son esprit allait exploser.
Avant même que les tremblements de Yuder se soient entièrement apaisés, Kishiar revint lui voler un baiser, lui laissant à peine le temps de reprendre son souffle. Il plongea profondément sa langue, frôlant celle, raidie, de Yuder. Dès que sa langue la titilla, celle de Yuder se mit à tressaillir à son tour et laissa échapper de petits gémissements brisés — ngh, mm… De ce seul son naquit une secousse qui effleura la peau fine de leurs lèvres jointes et diffusa une stimulation faisant palpiter jusqu’à la base de leur colonne vertébrale. Même son souffle était doux et obscène.
Kishiar retira brusquement ses doigts de l’intérieur de Yuder.
Le liquide transparent qui emplissait Yuder se déversa d’un coup et coula le long de la cuisse de Kishiar. Un instant plus tard, lorsque le corps de Yuder tressaillit, comme s’il venait seulement de prendre conscience du vide laissé par ce retrait, Kishiar le saisit par-dessous et lui souleva haut les hanches. Il sortit son sexe, qu’il avait préparé depuis longtemps, et étala le liquide glissant répandu par Yuder de quelques mouvements fluides. Puis il en pressa le gland contre l’entrée entrouverte, qui tressaillit au contact.
Lorsqu’il aligna leurs extrémités et relâcha la tension de son bras qui le soutenait, l’orifice s’ouvrit avec une étonnante facilité, comme s’il l’invitait à entrer.
« Ouh… ah… »
Soulevé, Yuder devina instinctivement ce qui allait suivre. Il passa les bras autour du cou de Kishiar et baissa la tête, gémissant lorsqu’il fut pénétré d’un coup. Le gland rougi et émoussé rencontra une certaine résistance en entrant, mais ensuite, plus rien ne l’arrêta.
En un clin d’œil, Kishiar franchit le point le plus étroit et s’enfonça profondément. Son sexe heurta une fois la paroi intérieure, puis la traversa et plongea jusqu’au fond.
« Ouh… hnn… haah… ! »
Yuder mordit le cou de Kishiar, tremblant de le sentir entrer entièrement en lui d’une seule poussée. Kishiar eut l’impression que chaque parcelle de son être était dévorée, engloutie tout entière. L’air lui manqua.
Cette sensation indéniable de ne faire qu’un.
Une Chaleur pareille à une plongée dans du magma en fusion.
Même les respirations courtes et rauques de Yuder lui semblaient être les siennes. Là, au point le plus proche entre eux, toutes les autres sensations s’évanouissaient, devenant celles d’un monde trop lointain pour être atteint.
La douleur dont il ignorait même l’existence s’effaça au moment où il fut entièrement enfoui en Yuder. Toutes les pensées confuses et bruyantes qui encombraient son esprit s’évaporèrent comme de l’encre lavée sur une page.
Jadis, pour un homme qui croyait que penser était la seule preuve de vie, découvrir que l’absence de pensée pouvait être aussi paisible ne cessait de le stupéfier.
C’était comme une immense vague.
Une vague gigantesque qui déferlait, emportant tous les grains de sable qui constituaient son être, les dévorant et les effaçant dans la félicité.
Et sur la terre lisse et nue laissée par le retrait de la marée, Kishiar s’émerveillait de découvrir qu’un tel endroit pouvait exister en lui.
Comment aurait-il pu ne pas l’aimer ?
Cette vague glorieuse. Ce prédateur qui l’engloutissait tout entier.
Un craquement aigu retentit sous eux, dans la chaise, comme si elle allait se briser, mais Kishiar n’eut pas la présence d’esprit de s’en soucier. La sensation d’être pénétré encore plus profondément que d’habitude, à cause de leur poids mêlé, fit jouir Yuder une nouvelle fois. Pourtant, Kishiar ne s’arrêta pas. Il continua ses mouvements, toujours plus profondément.
Cela aurait dû être trop, mais Yuder ne lui fit aucun signe pour qu’il s’arrête. Au contraire, il leva vers lui ses mains douces et avides, effleura le coin de ses yeux et écarta les mèches humides de son front.
Il avait déjà reçu ce geste tendre, pendant le rut. Une petite marque d’affection pure, si déplacée dans une scène aussi débauchée, et pourtant… Son corps se souvenait du bonheur qu’elle lui apportait et tremblait de joie.
« Attends… hah, ngh… ah. »
Yuder, qui gémissait sous les mouvements de plus en plus brusques de Kishiar, essuya l’humidité sur sa joue et toucha ses lèvres. Sous ses mèches trempées de sueur, son regard assombri lui murmura :
« S’il te plaît… enlève-moi celui-là aussi. »
« … D’accord. »
Yuder ne voulait pas qu’il l’enlève avec ses mains.
Sans hésiter, Kishiar entrouvrit les lèvres. Comme s’il l’attendait, Yuder se pencha et mordit le bout du gant noir, qu’il lui retira d’un coup facile. Sa peau nue apparut. À présent, les deux mains de Yuder étaient découvertes, sans rien pour les dissimuler.
Kishiar garda le gant entre ses dents et sourit du seul coin des lèvres.
Yuder aimait le voir ainsi, pareil à une bête apprivoisée. Et il semblait que cette fois encore, cela lui plaisait, car il lui rendit son sourire, l’imitant.
Ce sourire, réservé à Kishiar, lui vida de nouveau l’esprit.
Leurs lèvres se retrouvèrent, sans que l’un ou l’autre ait besoin d’en prendre l’initiative. Kishiar se leva, tenant dans ses bras le corps de Yuder, qui tremblait violemment.
« Ah… ! »
Le mouvement, alors qu’ils étaient toujours unis, envoya une décharge au cœur de Yuder et lui arracha un bref gémissement. Pourtant, il ne lui demanda pas de s’arrêter. Tandis que Kishiar les portait vers le lit tout proche, il passa encore et encore la main sur les longues et belles jambes de Yuder, étroitement enroulées autour de sa taille, puis déposa des baisers sur son omoplate relevée.
Le corps tremblant de Yuder semblait crier : « Je te veux », comme si un nouvel orgasme déferlait déjà en lui. Et Kishiar, répondant à cette chaleur, déversa en lui tout ce qu’il avait.