Chapitre 58
Cet endroit ressemble à une sorte de ruines antiques.
La sensation vague, presque onirique, qui m'habitait depuis le début a disparu. À la place, un air légèrement glacial me réveille rapidement.
Le plafond est haut et les environs sont entièrement illuminés par une lumière magique.
« Alors, c'est ici le centre. »
Violet-san pivote rapidement pour embrasser l'espace du regard.
« Et qu'est-ce qu'on est censés détruire ? »
Je ne vois rien qui ressemble à un noyau magique. La seule chose présente est une immense porte qui se dresse un peu plus loin.
« Derrière la porte, très probablement. »
Violet-san marche sur le dallage de pierre, s'approchant de la porte.
« Ça se tient. »
Je la suis.
La porte est ridiculement énorme. Sa largeur permettrait à cent personnes de marcher de front. Enfin, peut-être que j'exagère un peu.
Le fait est que c'est une sacrée porte.
Cette porte à l'aspect antique est couverte ici et là de taches noires qui sont clairement du sang, sous lesquelles s'entassent d'innombrables lettres anciennes. Des chaînes plus épaisses qu'une taille humaine sont enroulées autour de l'ensemble, la maintenant fermement close.
« On pourrait entrer si on enlevait ces chaînes ? »
« Probablement. »
J'attrape l'un des maillons de la chaîne et je tire.
Ça ne bouge même pas.
« Ouais, c'est pas gagné. »
Peu importe le nombre de tournois pour non-utilisateurs de magie que je peux gagner, quelque chose d'aussi épais est physiquement impossible à briser pour moi.
Si j'essaie de le couper avec mon épée, c'est mon épée qui finira par se briser, c'est certain.
« Tu sais, ce truc a très probablement une clé. »
« Je vois, bonne remarque. »
On la repère en une seconde.
Juste à côté de la porte se trouve un piédestal avec une épée à l'aspect très sophistiqué plantée dedans.
« Peu importe comment on regarde, c'est forcément ça. »
« Peu importe qui regarde, c'est forcément ça. »
Le côté du piédestal est, lui aussi, densément recouvert de lettres anciennes.
« Il semble que cette épée puisse trancher ces chaînes. »
Déclare Violet-san en déchiffrant les inscriptions.
Mais j'avais déjà compris. Une épée dans un piédestal. Ce schéma...
« Mais cette épée ne peut pas être retirée, n'est-ce pas ? »
« Hein... ? »
« Je le vois d'un simple coup d'œil... »
Sur ce, je pose la main sur la garde de l'épée et je tire, mais comme prévu, elle ne bouge pas d'un pouce.
« Comme je le pensais... ici aussi... »
Je murmure d'un ton profond.
« Cette épée ne peut être tirée que par l'élu... »
« Quoi... !? »
Violet-san parcourt précipitamment les lettres anciennes sur le piédestal du bout des doigts.
Et là, je lâche l'épée.
« L'épée... me rejette... »
Je dis ça sur le vif, mais en réalité, l'épée ne me rejette pas du tout.
Cependant, l'épée plantée dans un piédestal qui ne peut être retirée que par le héros élu est un simple cliché, une ficelle narrative utilisée et réutilisée.
« L'Épée Sainte ne peut être tirée que par les descendants directs des héros... c'est effectivement ce qui est écrit ici. Je suis surprise que tu aies réussi à lire et décoder ce texte magique d'un seul regard. »
« Hmph... tout n'est que clichés... »
« Alors tu es assez familier avec les codes secrets des lettres magiques pour reconnaître les différents modèles comme des clichés... c'est donc comme ça que tu savais. »
« Quelque chose comme ça. »
J'acquiesce avec satisfaction.
Une épée dans un piédestal et un sceau sur une porte qui ne peut être défait qu'avec cette même épée. C'est effectivement extrêmement cliché, mais en vérité, j'adore ce genre d'artifices.
C'est génial, non ? On se croirait vraiment dans un monde de fantasy.
« Quel ennui... »
Violet-san s'assoit sur le piédestal et soupire.
« Un autre moyen ? »
Je m'assois à côté de Violet-san.
« Rien d'inscrit ici, en tout cas. »
« Je vois. »
Je réfléchis un moment dans le silence. Nous pensons probablement tous les deux à l'autre.
Alors, je prends la parole en premier.
« Tu veux disparaître ? »
« Disparaître ? »
« Tu n'as pas dit que si le noyau était détruit, tu disparaîtrais ? »
« Hmm, comment dire. Plutôt que "disparaître", il serait plus exact de dire que je serais "libérée", je suppose. »
Violet-san me regarde et sourit.
« Quelle est la différence ? »
« Ici, c'est une prison où les souvenirs se répètent encore et encore, sans fin, pour l'éternité. C'est un peu dur à supporter pour moi, tu vois... »
Murmure-t-elle d'une voix qui semble prête à s'évanouir à tout instant.
« Je vois. Alors attendons un peu. »
« Attendre... ? »
« Si on attend un peu, on pourra peut-être faire quelque chose pour cette porte. Mais avant ça... nous avons de la visite. »
Devant la porte apparaît une faille spatiale lumineuse.
La faille grandit progressivement jusqu'à une certaine taille, puis un chauve et une magnifique elfe en sortent.
« Nn... ? »
« Qu'est-ce qu'il y a ? »
« Rien, juste que le visage de cette elfe ressemble vraiment à celui d'une amie à moi. »
Mais ce sont des personnes différentes. Leur structure osseuse est différente. Tout comme leur démarche et leur attitude.
« Hou... avoir amené Aurora jusqu'ici. »
Dit le chauve en regardant Violet-san.
« Tu le connais ? »
« Je ne me souviens pas l'avoir déjà vu. Mais ma mémoire est incomplète, alors peut-être que je l'ai déjà rencontré ? »
Nous chuchotons tous les deux.
« Mais quel dommage. La porte ne peut être ouverte par des gens comme vous. »
Le chauve ricane.
« Tu n'as vraiment pas de chance, n'est-ce pas, gamin ? »
« Hein, tu parles de moi ? »
Je me désigne du doigt.
« Je ne sais pas où ni comment tu as erré jusqu'ici, mais parce que tu as été trompé par les paroles mielleuses de la sorcière, tu vas devoir mourir. Découpé en morceaux par cette Olivie, pour être précis. »
Sur l'ordre du chauve, l'elfe s'avance.
Le chauve n'est pas grand-chose, mais cette beauté est forte.
« Tu ne peux pas, elle est... »
« Je sais, elle est forte. »
« Fuyons ! »
« Pourquoi ? »
Nous chuchotons à nouveau.
« Si tu dois haïr quelqu'un, hais cette sorcière à tes côtés, pas moi. Et aussi ta propre stupidité ! Tue-le, Olivie ! »
Olivie-san prépare une épée qui ressemble trait pour trait à l'Épée Sainte.
Je dégaine mon épée bon marché fournie par l'académie. Ses yeux, semblables à des perles de verre, sont fixés uniquement sur moi.
Je sens un sourire se dessiner sur mon visage.
« Attends, tu ne peux pas la combattre ! »
Pourquoi ?
La voix de Violet-san résonne derrière moi.