Chapitre 102
Comme Milia l'avait prédit, la Tour Rouge a effectivement été presque vidée de ses vampires et de ses goules.
Cependant, ils ne sont pas totalement absents, et Milia comme Claire doivent faire face à des attaques occasionnelles.
L'épée de Claire fend l'air et la tête d'un vampire vole. Pourtant, la créature bouge encore.
« Vise le cœur ! »
Obéissant aux instructions de Milia, Claire transperce le cœur du vampire décapité. Aussitôt, des fissures parcourent le corps du monstre, partant de la zone cardiaque. Une lumière rouge jaillit des craquelures, puis le corps entier s'effondre en cendres.
Dans le dos de Claire, Milia achève le tout dernier.
Si elles ont pu arriver jusqu'ici sans subir la moindre blessure lors des combats contre les vampires, c'est en grande partie grâce à l'aide de Milia.
Bien qu'elle ne possède pas autant de magie que Claire, Milia compense largement par sa maîtrise de l'épée. Et surtout, elle connaît parfaitement la manière de combattre les vampires.
Beaucoup de vampires se reposent uniquement sur leurs capacités physiques supérieures, mais certains parviennent à faire preuve d'un certain discernement. Couplé à leurs mouvements inhumains et à leur pouvoir de régénération stupéfiant, ils peuvent devenir des adversaires redoutables.
Pourtant, Milia parvient à anticiper leurs prochains mouvements comme si elle avait étudié le combat contre les vampires dans les moindres détails, se déplaçant avec une rapidité et une précision chirurgicales.
Claire comprend désormais parfaitement que l'aide de Milia est indispensable pour sauver son jeune frère.
Mais malgré tout... Claire ne peut s'empêcher de poser la question.
« Tu me caches quelque chose ? »
Claire demande cela alors que Milia contemple le dernier tas de cendres avec des yeux empreints d'une certaine tristesse.
« Qu'est-ce que tu veux dire... »
Milia se retourne, le visage impassible.
« Tu as agi bizarrement aux archives. On aurait dit que tu avais de la sympathie pour les vampires. Ton but n'est-il pas de tuer la Reine de Sang ? »
« Oui, je vais la tuer. »
« C'est ça. Alors laisse-moi te demander : pourquoi en sais-tu autant sur les vampires ? N'importe qui peut le remarquer en te voyant combattre. Tu en sais indéniablement plus sur eux que n'importe qui d'autre. »
« C'est parce que je vis uniquement dans le but de tuer la Reine de Sang... »
« Et je te dis que c'est contre-nature si ce n'est que ça. Très bien, alors quel est le sens de ces derniers mots aux archives ? Terre de paix ? Chemin pour "elle" à parcourir ? »
Le ton de Claire se fait plus pressant à chaque question.
Cependant, Milia ne donne aucune réponse.
« Je ne comprendrai rien si tu restes silencieuse. »
« Tu es pareille, pourtant. »
« Quoi ? »
« Tu as aussi quelque chose que tu caches. Pourquoi es-tu si obsédée par la possession démoniaque ? »
« Ça, c'est... »
« C'est un fait établi qu'il n'existe aucun moyen de guérir la possession démoniaque. Tous ceux qui la contractent meurent. »
« ... Il semblerait. »
Claire se mord la lèvre.
« Tout le monde a des secrets. Je me trompe ? »
« ... Très bien. Alors, nous ne fouillerons pas dans la vie de l'autre. Je t'aiderai à tuer la Reine de Sang, et tu m'aideras à sauver mon jeune frère. Tels seront les termes de notre relation. »
« Ça me va... »
Les deux jeunes femmes se tournent pour continuer leur ascension de la tour sans se regarder à nouveau.
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« Attends. »
Après un moment, Milia, qui est en tête, s'arrête soudainement.
« Qu'est-ce qu'il y a ? »
« Quelqu'un se bat plus loin. »
Elles s'approchent en se déplaçant silencieusement. Il semble que le combat se déroule de l'autre côté d'une porte qui leur barre le passage. Il n'y a aucun autre chemin.
« On n'a pas le choix, il faut entrer... »
« Entrouvrons-la juste un peu pour jeter un œil. »
Milia acquiesce aux mots de Claire, puis observe à travers une fine fissure.
De l'autre côté se trouve un hall spacieux. Une immense ouverture révèle la lune rouge qui trône toujours dans le ciel.
À l'intérieur, un homme au teint basané agrippe le cou d'un vampire en riant avec mépris.
« Tu es si faible... »
Le gigantesque couperet que l'homme porte est taché de sang, et tout autour de lui gisent des morceaux de chair et des tas de cendres.
« Tu es un officier, n'est-ce pas ? Il me semble reconnaître ton visage. Où est Crimson ? »
Demande l'homme basané en resserrant sa prise sur le cou du vampire.
« J-, j'en sais rien... »
« Alors tu n'as pas l'intention de me le dire. »
« Il n'y a... pas besoin... de te le dire... »
À l'instant même où le vampire prononce ces mots, il se transforme en une brume rouge. C'est la compétence de brumisation que seuls les vampires de haut rang peuvent utiliser.
« Oh ? »
La main de l'homme basané ne tient plus rien, tandis que la brume rouge se rassemble derrière lui.
Le bras du vampire se matérialise, ses griffes acérées se refermant rapidement sur l'homme.
Cependant, ce dernier ne prend même pas la peine de se retourner.
« J'ai une intuition vraiment excellente... »
L'homme balance simplement son gigantesque couperet avec désinvolture.
L'incroyable pression du vent atteint même la porte, forçant Milia et Claire à la refermer précipitamment.
Lorsqu'elles regardent à nouveau à l'intérieur, elles voient des morceaux du vampire éparpillés tragiquement comme de la viande hachée.
Les restes se transforment rapidement en cendres.
« C'est qui ce type ? »
À en juger par son apparence, ce n'est pas un vampire. Mais il ne ressemble pas non plus à un allié.
« C'est l'un des monarques de la Cité des hors-la-loi, Juggernaut le Tyran. Nous ferions mieux de ne pas l'affronter. Le vampire qu'il vient de tuer était le troisième officier le plus compétent de la faction de la Reine de Sang. »
« C'était leur troisième... »
Le contraste avec le Tyran était si écrasant que le vampire ne semblait même pas en être un.
« Cachons-nous et attendons qu'il parte... »
Claire acquiesce à la suggestion de Milia.
Cependant, la voix du Tyran résonne de l'autre côté de la porte.
« J'ai dit que j'avais une bonne intuition... Je sais que vous êtes là. »
« !? »
Immédiatement après, la porte est pulvérisée.
Un couperet gigantesque surgit soudain à travers la porte dans un mouvement de fauchage horizontal. Les deux jeunes femmes se jettent au sol pour esquiver. Au-dessus de leurs têtes, le fracas de la violence rugit.
« Deux donzelles, hein. »
Au-delà de la porte brisée, le Tyran les toise.
« C'est la pire des situations. »
« J'imagine qu'on n'a pas d'autre choix que de se battre. »
Toutes deux dégainent leurs épées, ce qui fait ricaner le Tyran.
« Vous ne ressemblez pas à des vampires, mais... vous allez mourir ici de toute façon. »
Puis, son gigantesque couperet s'abat.