Chapitre 94
Un anaconda de 30 mètres de long, aussi large qu'un arbre, faisait face à une autre équipe d'étudiants.
Il rampa le long d'un tronc et se projeta sur l'étudiant qui semblait diriger le groupe.
L'étudiant, loin de s'effrayer devant le serpent géant capable de l'étouffer sans le moindre effort, fixa la monstruosité qui fondait sur lui à toute allure, sans la moindre once de peur dans le regard.
Ses coéquipiers, dispersés dans toute la zone de la forêt, s'affairaient à attaquer l'anaconda avec leurs projectiles à distance.
Fuyez !
Leurs yeux hurlaient ce message au garçon qui allait bientôt être avalé tout rond.
Pourtant, son regard restait calme. Avec une sérénité déconcertante, il tira sur la corde de son arc. En un instant, une flèche faite de vent se matérialisa et il libéra la petite tornade contenue dans son arme.
*Xiu !*
Ses cheveux gris cendré furent rejetés en arrière par le souffle généré par son tir.
La flèche fendit l'air vers le serpent, qui avait grand ouvert la gueule dans l'intention d'engloutir le garçon aux cheveux cendrés.
Mais ce qu'il avala ne fut pas de la chair, mais une tornade de mana, directement dans la gorge.
*Brrr !*
Le bruit produit par la tornade évoquait celui d'une tronçonneuse déchirant la chair. Dans un chaos sanglant et répugnant, la tête du serpent monstrueux explosa en morceaux.
Le corps du serpent se tortilla au sol pendant quelques secondes malgré la décapitation, avant de devenir inerte et de se désintégrer en une lumière bleue qui fut absorbée par la boue sous lui.
« Fuir ? Pourquoi devrais-je fuir devant ça ? »
Telles étaient les pensées d'Henry Fornum alors qu'il observait les regards stupéfaits de ses coéquipiers et continuait d'avancer nonchalamment. Totalement indifférent au fait qu'il venait d'abattre d'un seul coup un monstre qui aurait nécessité au moins huit étudiants ordinaires pour être vaincu facilement.
Malgré sa personnalité loufoque et son tempérament de playboy, il ne fallait jamais commettre l'erreur de croire qu'il...
Était toujours le rival du protagoniste de The Ultimate Sin.
Quand Elijah et Henry étaient ensemble, ils étaient de parfaits idiots.
Mais seuls ?
Ils étaient radicalement différents.
Il restait le seul, avec Sabrina dans le roman original, à pouvoir suivre la croissance monstrueuse d'Elijah.
Henry Fornum, tout comme son frère Ezra Fornum, n'était pas quelqu'un à sous-estimer.
Le faire ne mènerait qu'à la mort de l'idiot malchanceux qui s'y risquerait.
Une mort très atroce, tout comme celle du pauvre monstre qui en avait fait les frais.
***
*Splatch* *Splatch*.
« Putain de merde, il fallait que ce soit dans un marécage, hein ? »
Pensai-je en marchant sur le sol boueux de cette forêt maudite.
Dieu merci, ce marécage se trouvait sur le chemin de la sortie, sinon je n'aurais jamais réussi à convaincre mon équipe de venir ici avec moi.
Ils galéraient tout autant que moi, surtout Sabrina et Amy qui semblaient vouloir mourir, sans oublier Alex qui s'agitait en marchant.
S'il s'agitait, c'était à cause de Kyle, qui ne cessait de jurer à côté.
« Merde ! Putain ! Pourquoi on ne peut pas juste faire un putain de détour ?! »
Il était évident qu'il était le plus irrité de tous.
Alex devait être effrayé, car Kyle semblait sur le point d'exploser.
Il avait l'air d'être celui que le terrain exaspérait le plus.
<o>Ils étaient loin de se douter que c'était moi, le plus frustré ici.</o>
En plus de ressentir une étrange insatisfaction à chaque rencontre avec un monstre, je détestais le fait que mes pieds se salissent.
Même si la combinaison empêchait probablement la boue d'atteindre ma peau, il ne fallait pas oublier qu'elle était légèrement déchirée.
Je devais donc être extrêmement prudent pour éviter que la boue ne s'infiltre par ces trous.
« Encore un peu... juste encore un peu. »<sub> </sub>
Je me consolais intérieurement.
Quoi qu'il arrive, je ne voulais pas finir couvert de crasse.
Même en affrontant ces monstres, alors que j'étais un peu hors de moi, j'avais réussi à faire en sorte qu'aucune goutte de sang ne m'atteigne, sauf cette fois où mon bras avait été touché par le poison de ces lézards.
En marchant, je scrutais les arbres à la recherche du champignon que je convoitais.
Le champignon Clammitta, un champignon à l'aspect ordinaire, blanc, à la seule différence qu'il possédait un point bleu sur son chapeau.
C'était un champignon apaisant.
À l'origine, je prévoyais de le faire manger à Alex pour qu'il se calme et se batte... mais maintenant, j'en aurais peut-être besoin moi-même pour combattre correctement.
Et là, miracle : sur le tronc d'un arbre spécifique, je vis huit champignons Clammitta pousser verticalement.
De mon angle, on aurait dit que l'arbre avait huit boutons blancs avec des points bleus.
Assez comique.
Sans plus attendre, je me dirigeai vers l'arbre.
*Splatch*, *Splatch*
Le bruit de mes pieds dans la boue était dégoûtant, mais je persévérai. J'atteignis enfin les champignons, les cueillis un par un, en en mangeant un au passage et en stockant le reste dans mon sac.
Le champignon entier était comestible, c'est pour ça que je l'ai mangé en entier.
De retour vers le groupe, j'en lançai un à Alex.
« Hein ? »
Il sursauta, ne s'y attendant pas, mais finit par l'attraper.
Il me regarda, confus, et je dis :
« Mange-le, ça t'aidera à te calmer. »
« Quoi ? »
« Ça t'aidera à te calmer, tu gigotes depuis tout à l'heure, il est temps que tu sois utile. »
« ... tu es sûr que ce truc est sans danger ? »
Il posa la question, ce à quoi je répondis tout en en mangeant un autre.
« Ouai, c'esh bon. »
Il n'avait pas l'air convaincu le moins du monde, malgré mes assurances.
Espèce de bâtard cruel, tu ne me fais même pas confiance alors que je l'ai mangé devant toi ?
Et l'amitié qu'on a bâtie à force de se faire défoncer quotidiennement, hein ?
Tu as oublié les fois où je t'ai sauvé des attaques du Maître de l'Épée ?
Espèce de fils de pute.
Hélas, je n'étais pas assez stupide pour dire ces pensées à voix haute.
J'étais franchement idiot de l'insulter intérieurement.
Qui mangerait un champignon à l'air suspect ? Il m'aurait peut-être cru si les effets étaient connus. Le guide qu'on nous avait fourni contenait des infos sur chaque plante et chaque monstre des cinq premiers étages du labyrinthe.
« Tant pis, je lui en glisserai en douce dans ses rations. Ou, au pire, je lui enfoncerai de force dans la gorge. »
Si le plan A échouait, le plan B entrerait en action.
Mais seulement s'il échouait. Il était le seul à connaître la douleur de l'entraînement que je subissais.
C'était une sorte de camarade.
« ... ça a l'air toxique, hé, tu es sûr que tu devrais manger ça ? Et si tu as mal au ventre ? Il n'y a pas de toilettes dans le labyrinthe, tu sais. »
Sa voix résonna à mes oreilles. J'allais répondre quand il reprit.
« Ça va puer si tu ne peux pas te retenir pendant la mission. »
J'ai changé d'avis. Plan B, c'est parti.