Chapitre 778
« Qu’est-ce qu’une ombre pour toi ? »
Le savant posa la question à son apprenti, un jeune elfe, au sein d’une immense bibliothèque qui s’élevait jusqu’aux cieux. D’innombrables livres jonchaient ses vieux couloirs ; des millénaires de recherches, de poésie, de fiction, tout le savoir accumulé par les braves et les puissants reposait en ces lieux.
« ... Une ombre est ce qui est projeté lorsqu’un objet physique obstrue le passage de la lumière, Monsieur. »
« Par l’amour de l’Arbre-Monde, nous vivons dans un univers empli de magie, d’aura et de choses uniques, et c’est tout ce que tu trouves à dire ? Tu n’iras jamais bien loin dans la vie, Aster ! »
« Mes excuses, Maître. »
« Laisse-moi te reposer la question : qu’est-ce qu’une ombre ? »
Le jeune elfe s’arrêta un instant, pesant sa réponse à maintes reprises, puisant dans tout le savoir qu’il avait acquis.
« C’est l’un des nombreux éléments d’affinité du cosmos. Bien qu’extrêmement rare, presque rien n’est écrit à son sujet, hormis quelques capacités de base. Même chez les elfes noirs, il est rare de trouver quelqu’un ayant une affinité avec les ombres. Elle est généralement associée à l’Abîme, car ses utilisateurs emploient ses capacités insaisissables pour commettre des atrocités. »
« Non. »
Mais il avait tort, incroyablement tort.
« Tu ne peux pas blâmer l’affinité pour les actes de l’utilisateur. Le feu est capable d’une grande destruction, pourtant nos plus grands guérisseurs sont aussi en harmonie avec le feu... L’ombre est quelque chose de totalement différent. »
« Qu’est-ce que c’est, Maître ? »
« C’est toi. »
« Pardon ? »
« Dans les mythes des Dragons et des Bêtes divines, on dit que les yeux sont la porte de l’âme, qu’ils la révèlent et expriment sa puissance par le biais de l’optique... Mais ton ombre est le reflet de ton âme.
C’est toi, au sens le plus vrai, et aussi au sens le plus erroné. »
« ... »
« C’est le masque que tu portes quand tu interagis avec autrui, c’est la version la plus authentique de toi-même quand tu pleures seul dans le chagrin, reclus dans ta chambre. Elle est avec toi depuis le début, et elle te connaît mieux que tu ne te connais toi-même.
Elle porte le même masque que toi, la même vérité que tu caches, les mensonges mêmes que tu conçois et ceux que tu te racontes. Elle est toi, dans ta forme la plus vraie, et dans ta plus grande faille. »
Le vieil elfe baissa les yeux vers sa propre ombre avec un sourire en coin, tandis que son jeune apprenti observait la sienne avec méfiance.
« Mais au bout du compte, c’est aussi celle qui languit après toi et se souvient de toi quand personne d’autre ne le fait... L’ombre se souvient de tout, te sauvant du destin de l’oubli. »
Le vieil elfe se leva et ordonna :
« Va me chercher à boire, veux-tu ? Je crois qu’il est temps pour moi de sortir de cet endroit. »
« Oui... Maître Stellaris. »
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[Vous avez reçu une quête.]
Une fenêtre bleue apparut devant eux tous, une lueur dans ce monde obscur.
[Embrassez votre Ombre.]
[Tous ceux qui entrent à Nocumbra se voient dépouillés de leur ombre, par la volonté de l’Ombre ou celle du roi des Ombres. Traquez votre propre être à travers les sables noirs du pays des morts et acceptez-vous tel que vous êtes. Vous devez affronter votre ombre vous-mêmes, sous peine de subir les conséquences les plus terribles.]
[Description : Vainquez les bêtes d’ombre indomptées.]
[0/1]
[Récompense : Véritable Ombre.]
Ils lurent tous le contenu des quêtes et purent sentir une sorte de connexion dans l’air, un chemin les menant loin, très loin les uns des autres.
Kazikato trembla et tomba à genoux, attirant l’attention de tous.
« ... J’ai perdu le cristal d’ombre que tu m’as donné, patron. Il a juste disparu. »
La récompense pour avoir vaincu la bête d’ombre dans la tour des épreuves, le cœur des ombres, qui avait grandement boosté les capacités de Kazikato... Mais ce n’était pas sur cela qu’Alan se concentrait.
[Épreuve des Ombres.]
[Vaincre 7 bêtes d’ombre : 2/7]
[Obtenir la reconnaissance de Shilam : -]
[Obtenir l’acceptation de Kulak : -]
« ... Le compteur a augmenté d’un alors qu’on n’a rien fait. »
Alan réfléchit un instant, ignorant la connexion qui se renforçait...
« Est-ce qu’il a compté celle que j’ai tuée dans la tour des épreuves... Étrange... »
À sa connaissance, la tour des épreuves utilisait les vestiges de mondes déchus et la raison de leur chute comme base pour les premiers étages. L’Empire déchu des morts, et les morts du Murim... c’était l’histoire, du moins.
Soi-disant, la bête d’ombre avait envahi ces mondes et, après une bataille mortelle contre Cheon Ma, elle s’était retirée dans un autre, laissant le Murim pourrir et prenant le contrôle de l’empire. Alors, comment quelque chose qu’il avait battu dans la tour pouvait-il être reconnu ici ?
Et pourquoi le compteur avait-il augmenté de deux ? Quelqu’un d’autre avait-il battu un autre être d’ombre ? Ils étaient cinq ici, donc en vainquant ou en acceptant leurs propres ombres fugitives, le compteur serait plein...
Mais pourquoi précisément avait-il augmenté de deux ? Il ne comprenait pas.
« Tiens. »
Par réflexe, il rattrapa un petit appareil lancé par Maxwell. En regardant autour de lui, il vit tout le monde en placer un dans son oreille.
« On devrait y aller, je vais retourner prévenir les filles. On n’avait pas besoin d’en battre sept ? Je vais appeler Sabrina et Olivia pour qu’elles viennent. »
« Inutile. »
Alan l’empêcha d’entrer dans le portail derrière eux et déclara :
« Le compteur a augmenté de deux, d’une manière ou d’une autre. Nous cinq, c’est suffisant. »
Alan regarda dans la direction où l’étrange connexion le guidait. En se concentrant sur le sol, il put voir le sable se fendre, formant une ligne ténue.
Tout le monde vit sa propre ligne.
Alexander et Kazikato ne parlèrent pas beaucoup ; ils jetèrent un coup d’œil à la ligne et s’élancèrent dans la direction indiquée, disparaissant à l’horizon.
Edward trembla d’indécision un instant, mais finit par partir, bien qu’à un rythme plus lent. Son corps entier était trempé de sueur.
Alan s’inquiéta pour lui, mais c’était pour Maxwell qu’il s’inquiétait le plus.
« ... Tu iras bien ? »
Il était le plus faible du groupe, un simple Éveillé de rang C. Bien qu’il soit même dans le bas du panier de ce rang.
Maxwell ne le regarda pas, se contentant de ramasser une poignée de sable et de la mettre dans l’un de ses inventaires spatiaux, une action qu’Alan trouva mystérieuse.
« C’est mon ombre, non ? Elle devrait être faible comme pas possible. »
... Il sortit une moto de son inventaire spatial et fonça au loin, laissant Alan perplexe.
Et un peu jaloux de l’engin.