Chapitre 720
Il n'était pas aisé de blesser mortellement un être épique alors qu'on se situait plusieurs niveaux en dessous. Mais pour un dragon, ce n'était pas impossible.
Une plaie béante s'étirait de son cou jusqu'à son abdomen, telle une faille, une entaille qui fendait son corps montagneux et le rendait... Fragile.
Le troisième mouvement de la technique martiale qu'Ariel avait créée elle-même, pour l'usage de Kazikato. La porte de la faiblesse.
La faiblesse était une cause de mort, elle provenait de nombreuses sources, beaucoup de choses en étaient la cause. La troisième porte fusionnait toutes ces sources de faiblesse en utilisant le mana comme carburant, puis les déchaînait sur la cible...
Et sur celui qui lançait le sort.
Comment utiliser la faiblesse si l'on n'a aucune idée de ce qu'elle est ? Les techniques de la septième étoile fonctionnaient toutes ainsi.
Elles étaient spéciales, jusque dans les moindres détails, les plus infimes. Elles traitaient davantage de concepts que d'attaques physiques ou magiques.
Bien que la technique n'eût pas pour but de tuer Kazikato... Il l'avait utilisée à un niveau qui, pour l'instant, n'était pas le sien. Contrairement à Alan, incapable de libérer toute la puissance de sa technique, Kazikato, lui, le pouvait.
Mais il s'était abstenu de le faire, précisément à cause de ce résultat. Son jeune corps ne pouvait pas le supporter. Ariel l'avait averti maintes fois de ne l'utiliser qu'à un niveau acceptable, mais il avait ignoré chaque mise en garde.
Il le fallait, pour porter un coup fatal à Kizmal. Il avait réussi, au prix de sa vie.
Tous ceux qui restaient, Sabrina, Edward et Olivia, levèrent les yeux avec stupeur en voyant l'énorme blessure sur le corps du géant abominable. Étonnamment, aucune pluie de sang bleu brûlant ne s'en échappa.
Il n'y eut rien d'autre que des gémissements de douleur et le léger déséquilibre de Kizmal. Le géant ne bougeait plus, il était figé.
C'était le moment, leur chance. L'expression sur leurs visages changea, ils devinrent... Déterminés.
"Haaa !"
Edward leva ses boucliers avec une puissance effrayante et bondit, interceptant un éclair juste à temps. Sans perdre une seconde, il le renvoya avec le bouclier de réflexion.
Au même instant, Olivia passa à l'action. Elle appela tous ses esprits et concentra la quasi-totalité de sa puissance en un seul point.
Son serpent se transforma en une grande lance, maniée par Abalak tandis que l'esprit du vent amplifiait la puissance du coup. Une douzaine de cercles magiques apparurent au-dessus d'elle et au niveau de la zone ciblée sur le corps du géant.
Abalak chargea, et Edward comme Olivia accomplirent leurs tâches simultanément.
Deux cœurs furent détruits. Le géant rugit de douleur, mais il peinait à bouger. Que ce soit à cause du coup de Kazikato ou de la destruction de ses cœurs...
Peu importait, à présent. Tout ce qui comptait, c'était qu'il restait d'autres cœurs à détruire.
Sabrina agit rapidement elle aussi. Profitant de la période de faiblesse dont elle savait qu'elle serait courte, elle formula deux sorts. Les mêmes qu'elle avait utilisés précédemment, enchantés par toutes sortes de runes pour en accroître la puissance.
"Frappe juste."
Elle prit une profonde inspiration et murmura dans la langue des vrais noms, conférant une précision quasi parfaite à ses sorts avant de les lancer.
Les deux lances de ténèbres fendirent l'air avec violence, bravant la foudre pour atteindre leur cible et l'éliminer.
L'une visait juste derrière le lobe de l'oreille intacte, l'autre le pectoral gauche de la poitrine de Kizmal. L'emplacement de deux cœurs.
Mais ce n'était pas tout : après avoir détruit les cœurs, les lances se scindèrent, se transformant en un liquide toxique grouillant de la puissance des ténèbres, avec l'intention de dévorer Kizmal...
Et ainsi, sept cœurs disparurent, détruits. Deux par Sabrina, un par Alexander, un par Edward et Olivia, et deux par Kazikato.
"Merde..."
Mais Sabrina savait que le temps était écoulé. Il n'y avait plus de dragon pour occuper Kizmal, et la période de faiblesse infligée par Kazikato avait pris fin.
Bien qu'elle eût voulu détruire d'autres cœurs, elle savait que la fin était proche. Le géant était furieux, et la cible de sa fureur était évidente.
Edward et Olivia tentèrent de détruire un autre cœur, mais leur mort fut rapide. Edward fut saisi par Kizmal et écrasé entre ses mains. Olivia fut éliminée par un éclair de foudre rouge, ne laissant aucune trace de son corps.
Quant à Sabrina, elle fut tout simplement éviscérée par la force brute de la collision. Kizmal avait fouetté l'air avec son bras, et son corps frêle n'avait opposé aucune résistance.
****
[Alan Peccator, point de vue principal.]
Mes yeux s'ouvrirent en grand, sous le choc, alors que la sensation d'être déchiqueté réapparaissait vivement dans mon esprit. Mon corps s'en souvenait comme d'un cauchemar, il se tordait et se contractait, la douleur aiguë gravée dans ma chair même.
Mais ce n'était qu'une illusion, les séquelles. J'étais dans un espace étrange, plongé dans les ténèbres, mais pas totalement. Je pouvais voir de faibles traces de lumière... Et entendre le ruissellement de l'eau.
Étais-je sous l'eau ? pensai-je, alors qu'une paire de bras m'enveloppait, des bras blancs et impeccables comme de la porcelaine, mais vraiment grands... Aussi grands que les miens, peut-être même plus, tout en possédant une grâce féminine.
J'entendis alors une voix douce et apaisante murmurer directement à mon oreille.
"Je l'ai créée quand j'étais emplie de haine, pourtant, elle est devenue une leçon pour moi."
Je reconnus la voix, bien qu'elle fût totalement différente... Je la reconnus. C'était Ariel.
"La cause de la création de la Mort était la haine, pourtant, elle est devenue bien plus que cela."
Je pouvais seulement écouter, incapable de répondre. Chaque mot était chargé d'une puissance étrange, une puissance qui s'assurait que je sois attentif, que je mémorise chaque mot.
"Elle est aussi importante que la vie, et elle est aussi fragile que la vie. C'est un instinct, une fatalité."
J'entendis un petit rire, tandis que je sentais les bras se resserrer autour de moi.
"Qu'est-ce que ça a fait ?"
La voix posa une question.