Chapitre 505
Comme le miroir qui se brise lentement, de petites fissures apparurent à l'intérieur de la passerelle, laissant échapper une lumière bleue. Les fissures s'étendirent jusqu'aux extrémités du portail, puis... Elles commencèrent à tomber.
Depuis le centre, des morceaux se mirent à chuter. Ce qui se trouvait derrière n'était pas l'autre côté du mur, mais ce qui semblait être l'espace lui-même ! Rempli d'étoiles et de nuages de gaz. C'était magnifique, mais cela déclenchait aussi une alarme dans l'esprit. L'immensité effrayait autant qu'elle émerveillait.
« Préparez les cristaux ! »
Sabrina cria depuis l'arrière, incapable de contenir son excitation. Elle pressa son grand-père de se dépêcher. Hugo obéit à la volonté de sa petite-fille et leva la main. Les membres de la famille Wellington sortirent de grands cristaux de la taille d'un buste humain, de couleurs variées.
« Installez les convertisseurs. »
Richard donna l'ordre, et Twilight sortit des appareils ressemblant à de grands anneaux sur lesquels les cristaux furent fixés.
Le portail avait besoin de mana spatial pour fonctionner, mais l'humanité ne possédait aucun artefact capable de convertir d'autres formes de mana en mana spatial.
Ce n'était pas le cas, alors l'équipe utilisa simplement des convertisseurs pour transformer le mana sous sa forme la plus basique. Alan et Sabrina avaient conçu le portail de manière à ce qu'il convertisse ce mana en une forme adaptée.
Le taux de conversion n'était pas remarquable, mais ils n'avaient pas vraiment d'autre choix. Alan ne disposait pas d'une quantité infinie de mana pour alimenter le portail.
Les fissures disparurent lentement, et le vaste horizon de l'espace, dans sa beauté infinie, s'offrit au regard de tous. Ils furent hypnotisés par une telle vision, mais reprirent vite leurs esprits.
« Ha... »
La dernière fissure disparut et une vague d'énergie jaillit, repoussant tout le monde. Alan perdit l'équilibre et tomba sur les fesses, mais il n'y prêta pas attention et continua de fixer le portail achevé.
« Merveilleux... »
murmura Hugo, la voix empreinte d'admiration. Sabrina laissa échapper un son étrange derrière lui, un mélange de rire et de « hmph ». Mais tout le monde l'ignora, trop occupé à admirer le portail.
« Le premier portail construit par des humains... »
« Voilà bien la magie spatiale... »
Diverses exclamations de louange et de choc fusèrent, mais avant qu'elles ne s'intensifient, Richard y mit un terme.
« Messieurs, je sais que c'est un spectacle grandiose, mais nous devons rester prudents. »
Un peu de bon sens revint dans l'équipe, et ils se tinrent prêts. Alan sortit sa lance et la pointa vers le portail, prêt à affronter tout ce qui pourrait en sortir.
« Tenez bon, soyez prêts. »
Divers sorts furent lancés pour stopper l'avancée de toute menace potentielle, et l'atmosphère était tendue.
Le temps passa, et une heure s'écoula. Tout le monde restait aux aguets, sauf Sabrina, qui buvait nonchalamment son café à l'arrière, semblant ne pas s'inquiéter.
[S'il te plaît, fais preuve d'un peu de... prudence.]
lui dit Alan, espérant qu'elle revienne à la raison, mais elle répondit simplement :
[Je t'ai avec moi, donc ce n'est pas nécessaire.]
Alan baissa la tête, dissimulant l'expression sur son visage.
Une demi-heure passa, et l'équipe était toujours aussi tendue. Ces personnes étaient des vétérans endurcis, sachant qu'une seule seconde suffisait pour que tout parte en vrille.
Parfois, il en fallait même moins d'une seconde.
« Au repos, envoyez les drones. »
Richard donna l'ordre, et certains, surtout à l'arrière, baissèrent leur garde pour se reposer un peu, mais ceux de devant, équipés des armures les plus robustes, restèrent vigilants.
« Bien. »
Des drones aériens et terrestres, chacun spécialement fabriqué pour gérer ce qu'ils imaginaient pouvoir rencontrer lors de cette expédition, pénétrèrent dans le portail. Chacun était relié par un câble. Ils avaient opté pour cette méthode primitive car... honnêtement, qui pouvait espérer qu'une connexion sans fil ou à distance fonctionne ?
Peu après leur entrée, les câbles bougèrent de haut en bas, suivis d'un mouvement latéral. Le mouvement fut répété trois fois.
« Ils n'ont rencontré aucune résistance. »
lança un Éveillé depuis l'arrière. Richard soupira de soulagement et demanda :
« Des images ? »
« Malheureusement... Les caméras que nous avons installées semblent avoir cessé de fonctionner. »
« Merde. »
Une malédiction échappa à Hugo. Le mouvement des câbles était un signal qu'ils avaient convenu à l'avance au cas où cela arriverait.
« Récupérez les drones. »
Peu après, les drones revinrent, sans la moindre égratignure. Plusieurs Éveillés se préparèrent et s'enroulèrent des câbles spécialement conçus autour du corps.
Un groupe de cinq personnes entra, et les autres dans la salle observèrent la scène, le souffle court, espérant de bonnes nouvelles.
Un moment passa, et ils virent une perturbation dans le portail. Des ondulations apparurent, et en réponse, ils levèrent leurs armes et lancèrent des sorts de soutien sur eux-mêmes.
Mais ce fut une mesure inutile. Les personnes envoyées revinrent avec le sourire aux lèvres.
« Rapport. »
ordonna Hugo, impatient de savoir.
« C'est une plaine, couverte d'herbe bleue et verte. L'air est respirable et ne semble pas contaminé. Hormis la flore, aucune autre forme de vie n'est présente à des kilomètres à la ronde, pour autant que nous ayons pu voir. Il y a deux soleils dans le ciel. Et la gravité est un peu plus forte que sur Terre... »
Tandis que l'Éveillé énumérait les détails de sa petite aventure, le groupe affichait de larges sourires. Alan dut retenir Sabrina qui voulait déjà se précipiter à l'intérieur.
[Calme-toi !]
[Allez ! Ils ont dit que c'était sûr ! Laisse-moi passer !]
Il ne la lâcha toujours pas.
« Haha... »
Un rire sec s'échappa des lèvres de Richard ; les milliards dépensés pour ce projet en valaient la peine. Le simple fait qu'il y ait une zone habitable à l'extérieur suffisait. Même si elle était dépourvue de minéraux ou de ressources, c'était... bien.
Il regarda Alan avec un regard satisfait, qui, en retour, leva le pouce avec un sourire. C'était un sourire arrogant, plein de suffisance, mais Richard l'ignora.
Il ne devait pas gâcher ce moment, et il n'en avait pas envie non plus.
Tout le monde était impatient d'entrer, et les deux chefs donnèrent enfin l'ordre.
« Allons-y. »
Ils marchèrent à l'intérieur. Alan et Sabrina entrèrent les derniers, au grand dam de cette dernière.