Chapitre 59
Que signifiait devenir véritablement Immortel ?
L'immortalité n'était qu'un mythe.
Il n'existait rien de tel qu'une véritable immortalité. Toute chose ayant un commencement devait connaître une fin.
Telle était la règle de la Création et de la Destruction.
Une loi de la nature — à laquelle même les Dieux devaient se soumettre.
Devenir un Immortel ne rendait pas une créature invincible, mais elle la rendait difficile à tuer.
Lorsqu'on faisait évoluer son noyau du sommet du rang Diamant vers le rang Immortel, le processus de base restait identique.
Il s'agissait de provoquer l'apparition de minuscules fissures à la surface du noyau en utilisant la pression du mana, tant de l'intérieur que de l'extérieur.
Ensuite, ces fissures devaient être comblées par du mana, et le noyau devait être à nouveau compressé pour évoluer vers le rang supérieur.
C'était ce que l'on pouvait appeler la procédure fondamentale standard.
La seule différence résidait dans le fait que, pour atteindre le rang Immortel, il fallait faire corps avec la nature au cours de ce processus.
Et qu'est-ce que cela signifiait ?
Lorsque le noyau était compressé à son maximum, avec des fissures apparaissant sur toute sa surface, au lieu de colmater directement ces brèches, une nouvelle étape devait être ajoutée.
L'individu devait ouvrir tous les méridiens de son corps — au sens littéral du terme.
Il fallait déchirer chaque cellule de la peau et mettre les méridiens de mana en contact direct avec le mana présent dans la nature.
Le mana ne devait pas être converti lors de son absorption dans les méridiens.
Non.
Le mana naturel devait pénétrer directement dans les méridiens sans passer par le processus d'absorption, et cela s'obtenait en déchirant ces mêmes méridiens.
Des micro-déchirures devaient être pratiquées dans tous les méridiens pour permettre au mana environnant de pénétrer dans le noyau de mana sous sa forme la plus pure et la plus naturelle.
Cette étape, à elle seule, pouvait causer une mort lente et atroce à beaucoup.
Déchirer les cellules de la peau pouvait entraîner des hémorragies sévères, provoquant une perte de sang massive.
Bien que les individus au sommet du rang Diamant possédassent des capacités d'auto-guérison supérieures, ces pouvoirs devaient tenir la cadence face à la destruction du corps.
Et ce n'était pas tout : les cellules endommagées ne pouvaient être réparées tant que le processus complet de montée en rang n'était pas achevé.
Ainsi, même si vous pouviez soigner les dommages infligés au corps, vous deviez tout de même survivre jusqu'à ce que la procédure entière soit terminée.
Et tout en survivant, il fallait posséder assez de volonté pour contrôler son corps tout en endurant la douleur agonisante de voir sa propre peau se déchirer.
Ce n'était encore que la douleur primaire.
Provoquer des micro-déchirures dans ses méridiens entraînait une nouvelle vague de souffrance intense.
« Douleur » était un mot bien faible pour décrire la brutalité que subissait le corps.
Et même si quelqu'un parvenait à survivre à toute cette souffrance, être capable de contrôler ses méridiens avec assez de précision pour créer des micro-déchirures sans les briser totalement restait un défi pour beaucoup.
Pas exactement un défi, mais...
Une tâche quasi impossible.
Si un pratiquant parvenait à franchir ces étapes, il devait alors faire pénétrer le mana dans son noyau à travers les fissures.
Il faut noter que le processus normal impliquait que le noyau de mana absorbe le mana via les méridiens, mais ici, la forme la plus pure du mana naturel pénétrait directement dans le noyau — non par absorption, mais par les dommages subis par le noyau lui-même.
Cela rendait l'essence de mana au sein du noyau instable, car le mana étranger entrait directement en collision avec sa propre signature de mana.
C'était comme si une pollution s'introduisait dans le système.
Le noyau de mana tentait naturellement de repousser ce mana, mais le pratiquant devait stopper cette répulsion.
Il devait forcer son essence de mana à apprendre à coexister avec le mana naturel, puis faire évoluer son noyau, devenant ainsi un avec la nature.
Eh bien, il restait encore quelques étapes intermédiaires, mais je les mettrais de côté pour le moment.
La raison pour laquelle je me remémorais tous ces détails était...
Selon mes estimations, j'avais plutôt bien réussi les tests, tant théoriques que pratiques.
Et mon identité n'était pas non plus des plus simples.
La déception du Duché de Frost, le noble gosse pourri gâté, le...
Il y avait bien des noms associés à mon identité. Et me voici, surgissant de nulle part, passant le test d'entrée par la section des roturiers et devenant éligible pour l'admission à l'académie.
Non seulement éligible, mais il semblait que j'avais réussi avec brio.
Cela devait paraître suspect pour le personnel de l'académie — qu'un noble raté affiche un tel niveau de compétence.
L'examen théorique contenait des questions fortement liées au mana. Pour y répondre, il n'était pas nécessaire de connaître les concepts officiels, mais simplement de décrire les sensations ressenties lors des interactions avec le mana dans différentes situations.
Et pour quelqu'un comme moi, dont le contrôle du mana était inégalé — non seulement parmi les gens de mon rang, mais dans le monde entier —
Eh bien, le test ne méritait même pas mon attention.
Quant à l'examen pratique...
Soupir.
Mon adversaire était un instructeur de l'académie, un stagiaire, je suppose.
Étant au rang Argent 2, le type ne méritait même pas que je lève mon épée contre lui.
Grâce à l'entraînement infernal que j'avais suivi sous la tutelle d'Arthur, mon corps était devenu une arme vivante.
Même des créatures de mon propre rang ne pouvaient me vaincre, alors y avait-il une raison pour que je perde contre quelqu'un d'un palier inférieur au mien ?
Oui, au cours de l'année passée, j'avais progressé pour devenir un pratiquant au noyau d'Argent.
J'étais actuellement au rang Argent 3, et mon noyau montrait déjà des signes de vouloir évoluer vers le rang suivant.
Mais j'avais réprimé ce désir — pour l'instant.
Quant au résultat de ce combat, j'avais davantage l'impression d'être celui qui évaluait la personne en face de moi.
Je l'avais battu à mains nues, lui apprenant à améliorer ses techniques au beau milieu de l'affrontement.
Peut-être était-ce insultant pour lui, car le type était devenu plus brutal dans ses attaques.
Et... je n'étais pas du genre à reculer !
J'avais dû le rosser à quelques reprises avant de le mettre hors d'état de nuire.
Cette démonstration, ajoutée au reste, semblait avoir attiré l'attention du Directeur.
Haa...
Les péchés d'être fort !