Chapitre 406
« Les cartels de la drogue tentent de faire front commun contre nous. Ils ont déjà conclu une alliance temporaire… »
« Et alors ? »
La question fit réfléchir Michael un instant, avant qu’il ne lui rende son sourire en coin.
« Je les tue tous ? »
Le sourire de Michael s’élargit à vue d’œil.
« Pas besoin de massacrer tout le monde sans raison. »
Adossé à son fauteuil, X se massa légèrement la nuque en observant la tête posée sur la table devant lui.
Stephen L. Delvic était mort.
La nouvelle avait déjà fait le tour du monde et, en retour, sa propagation avait semé un chaos encore plus grand.
Stephen n’était pas un inconnu, mais l’un des principaux acteurs les plus influents de la pègre.
Sa mort avait déclenché une série d’événements : les hommes sous ses ordres s’étaient mis à chercher leur patron.
Ils voulaient vérifier eux-mêmes si les rumeurs étaient fondées. Et si, par hasard, elles l’étaient… alors ils avaient le devoir de venger leur patron.
Du moins, c’était le sentiment partagé par les hauts responsables du syndicat criminel que Stephen avait bâti au fil des ans.
Ces hommes, qui avaient juré fidélité à Stephen, ne négligèrent aucune piste : ils enquêtèrent sur tous les autres syndicats du monde, ainsi que sur l’ensemble des cartels, pour découvrir si l’un d’eux avait le moindre lien avec la disparition de leur chef.
Le syndicat de Stephen était puissant, mais il n’était pas le seul à disposer d’une force de frappe. Aussi… en quelques jours à peine, tous les réseaux criminels sur lesquels les hommes de Stephen avaient enquêté leur déclarèrent une guerre totale.
Les gouvernements du monde entier, voyant là une occasion à saisir, lancèrent leurs propres opérations et décidèrent d’éliminer tous les criminels d’un seul coup.
« Laissez les chiens de Stephen mordre tout le monde, puis… divulguez l’emplacement de chaque cartel. »
« … »
Michael fronça les sourcils, s’efforçant de comprendre l’ordre qu’on venait de lui donner.
« Laissez le gouvernement en éliminer quelques-uns. »
« Ça nous donnerait une belle part du marché, mais… ne deviendrions-nous pas la cible principale des gouvernements… »
Michael s’interrompit et haussa les sourcils, comprenant soudain.
« Les Humains… ils ne réalisent la valeur d’une chose qu’après l’avoir perdue. »
Après un dernier regard à la tête de Stephen, X se leva et parcourut la pièce, où se tenaient des hommes vêtus de noir… tous les commandants les plus haut placés des forces de D.X.
Aucun ne dit un mot. Ils écoutaient en silence la conversation entre leur chef et le Second de D.X., attendant le moment de prendre la parole.
X observa chacun d’eux un instant de plus, puis passa au suivant.
Son regard n’avait rien de menaçant ni d’intimidant, pourtant… le calme absolu de ses gestes suffisait à asseoir son autorité au plus profond de leur être.
« Laissez les gouvernements et leurs défenseurs de la justice acculer la pègre. »
X s’approcha d’une fenêtre toute proche et resta silencieux, ses yeux bleu océan reflétant la ville au-dehors.
« Intervenez au dernier moment et sauvez-les d’une fin pitoyable. »
X sortit une cigarette de sa poche, la plaça entre ses lèvres, puis alluma le « dessert » d’un geste fluide.
« Autre chose ? »
Après avoir donné ses instructions, X posa la question à Michael. Ce ne fut qu’après avoir obtenu la permission de parler que celui-ci s’avança vers lui.
« La bouchère a lancé une nouvelle opération pour vous arrêter. »
La remarque fit légèrement pivoter X, qui plongea son regard dans celui de Michael. Celui-ci haussa simplement les épaules.
« Vous avez dit de ne pas la tuer, alors voilà… le résultat était inévitable. Elle vous avait dans le collimateur depuis le jour où elle a pris ses fonctions. »
Silence.
Tous les hommes dans la pièce retinrent leur souffle, dans l’attente de la réponse de leur chef.
Au sein de D.X., Michael était le seul à oser parler à X de cette façon sans finir la tête séparée du corps, puis servie à sa propre famille…
Mais Michael était orphelin ; la deuxième partie de la punition ne pouvait donc pas lui être infligée.
« Laissez-la faire. »
X soutint le regard de Michael pendant plus d’une minute avant de répondre, dissipant ainsi la tension qui régnait dans la pièce…
« Pourquoi ? »
« … »
« … »
« … »
« … »
Cette fois, X ne regarda pas Michael. Il fixa la ville, puis finit par se retourner.
Il retira la cigarette de sa bouche, la glissa dans la poche gauche de la chemise de Michael, puis lui tapota deux fois l’épaule.
« Elle est unique en son genre. »
« … »
« Je ne sais pas si tu arriveras à l’atteindre, mais… elle, elle te tranchera sûrement la tête. »
Ces mots touchèrent Michael bien plus profondément. Il se retourna et barra la route à son chef.
« Ce n’est qu’une femme. Tu crois vraiment qu’elle peut me tuer ? Je commande les meilleures putains de troupes… »
« Michael. »
Un seul mot suffit à faire taire Michael. Il prit une profonde inspiration, puis demeura immobile.
« Elle représente une menace pour toi, pas pour moi. Inutile de gaspiller tes efforts dans une guerre sans intérêt contre quelqu’un qui n’a pas les moyens de s’opposer à moi. »
« … »
« Tu as plus de valeur à mes yeux que sa tête, qui ne mérite pas qu’on la fasse tomber dans une guerre insensée. »
Sur ces mots, X se dirigea vers la sortie. Ses pas étaient légers, mais sa présence n’en était nullement diminuée.
Michael resta sur place, les yeux emplis d’une émotion qu’il ne parvenait pas à exprimer.
Les autres commandants présents dans la pièce réagirent différemment aux paroles de leur chef.
Certains semblaient touchés, tandis que d’autres éprouvaient une jalousie manifeste : la place de Michael dans la hiérarchie de D.X. venait apparemment de gagner encore en importance.
Mais, par-dessus tout, nul ne pouvait nier que le regard qu’ils portaient sur leur chef témoignait de bien plus qu’un simple respect ou d’une simple loyauté.
Dans le silence, tandis que chacun ruminait ses pensées, personne ne remarqua le bref sourire en coin qui passa sur les lèvres de X alors qu’il quittait la pièce.
Clic.