Chapitre 4
Parmi les nombreux antagonistes du jeu, Kael Frost occupait une place particulière. Il n’était pas mauvais jusqu’à la moelle comme beaucoup d’autres méchants.
Si les protagonistes avaient tenté de mieux le comprendre, peut-être ne serait-il jamais devenu le scélérat qu’il fut.
Mais comme le veut l’adage, les méchants ne naissent pas, ils le deviennent.
Kael était l’héritier de la Maison Frost. Il s’agissait du duché le plus puissant, juste derrière la famille royale de l’Empire Veltran.
Naître dans une lignée aussi prestigieuse comportait ses avantages.
Depuis son enfance, Kael n’avait jamais pris sa vie au sérieux. Il ne s’était jamais entraîné. Il tenait tout pour acquis.
Son père, Castor Frost, désapprouvait un tel comportement et tenta de ramener Kael sur le droit chemin en tant qu’héritier de la famille.
Mais tous ses efforts furent vains, car Kael ne fit aucun effort pour s’améliorer. Cela poussa son père à le délaisser. Sa famille commença également à l’ignorer, comme s’il n’avait jamais existé.
Un jour, Castor décida de nommer le frère cadet de Kael, Kevin, héritier du duché de Frost.
Apprendre cela mit Kael dans une rage folle. Il se sentit insulté qu’on donne son titre à quelqu’un de plus jeune que lui, simplement parce qu’il n’avait jamais voulu s’entraîner.
Kael pensait que, puisque les Frost possédaient d’immenses armées et une puissance militaire colossale, il n’avait nul besoin de faire quoi que ce soit, si ce n’est de diriger confortablement son territoire.
Il n’avait pas tout à fait tort, mais un dirigeant se devait tout de même de posséder une autorité suffisante pour commander de telles forces.
Voyant que son père était déterminé à faire de son frère cadet l’héritier, Kael commença à se comporter de manière encore plus pathétique.
À l’âge de quinze ans à peine, il se noya dans les plaisirs de l’ivresse, des stupéfiants et autres vices auxquels les nobles s’adonnaient généralement.
Chaque jour qui passait, ses relations avec sa famille touchaient le fond.
Un jour, la famille royale organisa un grand banquet pour célébrer l’anniversaire de la première princesse, Diana.
Les Frost, ainsi que tous les nobles de l’empire, furent conviés aux festivités.
Kael, ami d’enfance de la princesse, fut contraint d’assister au banquet malgré ses protestations.
« Au moins pour aujourd’hui, comporte-toi convenablement ! L’empereur attend beaucoup de toi. Ne le déçois pas. » Castor saisit le bras de Kael tout en lui parlant, plongeant son regard dans le sien.
« Et si tu allais lui lécher le cul toi-même au lieu de me faire la morale, hein ? » murmura Kael entre ses dents.
« Quoi ! Qu’est-ce que tu viens de dire ? Répète un peu. » Castor entra dans une colère noire en entendant Kael.
« Et si nous allions au banquet au lieu de débattre ici ? » intervint la duchesse avant que la situation ne dégénère.
Alia ne pouvait s’empêcher de s’inquiéter pour le bien-être de sa famille. Depuis que Kevin avait été nommé héritier, pas un jour ne s’était écoulé sans que le père et le fils ne se disputent.
Le comportement de Kael était devenu plus honteux que jamais.
Elle voulait simplement une famille heureuse ; était-ce trop demander ?
Après une brève réflexion, Castor abandonna le sujet et les Frost partirent pour le banquet.
Le banquet se tenait au palais royal. L’endroit était décoré du sol au plafond. On aurait dit le paradis, tant les lumières illuminaient chaque recoin du palais.
Après être entrés dans la salle de réception, le duc, accompagné de la duchesse et des autres enfants, alla saluer la famille royale. Kael tenait un verre de vin à la main, ce qui constituait un manque de respect flagrant envers les souverains, car il fallait faire preuve d’un minimum de savoir-vivre avant de saluer la partie adverse.
L’empereur, Mair Veltra, se tenait avec sa famille à l’extrémité de la salle, accueillant les nobles qui se présentaient à lui.
« C’est un plaisir de vous voir en bonne santé, Mair », salua Castor d’une voix autoritaire.
On ne pouvait normalement pas appeler l’empereur par son prénom, car c’était un manque de respect envers la couronne. Mais Castor était l’une des rares personnes au monde à pouvoir se le permettre.
Le nom des Frost ne devait pas être sous-estimé.
« Ha ha ! On dirait que le chasseur est arrivé avec sa meute. » L’empereur Mair accueillit le duc sur un ton léger.
Avant de devenir empereur, ils étaient tous deux les meilleurs amis du monde depuis leurs jours à l’académie.
La princesse Diana se tenait au premier rang avec son père, en tant que personne à l’honneur.
Diana inclina la tête devant le duc Frost pour le saluer et reconnaître sa présence au banquet.
Puis, elle se tourna vers Kael et les autres jeunes Frost, leur présentant le dos de sa main droite.
Il était d’usage pour les jeunes nobles de saluer le sang royal en baisant le dos de leur main. Kevin s’avança avec sa grâce habituelle. « Votre beauté est aussi splendide qu’on le dit, Votre Altesse », salua-t-il en déposant un léger baiser sur la main de Diana.
Il fut bientôt suivi par Victoria Frost, la sœur aînée de Kael, puis par Alicia Frost, la plus jeune de la fratrie.
Lorsque le tour de Kael arriva, au lieu de suivre la coutume, il ignora la princesse.
« Tsk ! Suis-je un domestique pour baiser ses sales mains ? Bien sûr, je pourrais l’honorer d’un baiser sur ses lèvres. Qu’en dis-tu, Diana ? » lança-t-il avec un regard vide.
L’empereur haussa un sourcil mais ne dit rien. Il connaissait le ton vulgaire et les frasques de Kael.
Mais on ne pouvait pas en dire autant du duc.
Avant que Diana ne puisse réagir, Kael reçut une gifle cinglante de la part de Castor, humilié par le comportement honteux de son fils aîné.
Se faire gifler devant tout l’empire fit perdre à Kael ses dernières brides de patience.
Il projeta violemment son verre de vin contre le mur.
« À chaque fois, tu essaies de m’insulter, de m’humilier, et maintenant tu me gifles devant cette vermine ! Es-tu devenu fou, espèce d’enculé ! »
Un souffle d’effroi parcourut l’assistance face à ce revirement soudain.
Alia sortit rapidement de sa stupeur. Elle saisit vivement le bras de Kael et tenta de l’entraîner ailleurs pour apaiser la situation.