Chapitre 386
« Je n’ai jamais dit que j’essayais de vous débaucher. »
Parmi toutes les choses que j’aurais pu dire sur le moment, j’optai pour une réponse plus originale.
Je sentais le regard de Diana posé sur moi et devinai que ma réponse l’amusait un peu…
« Je ne fais que vous laisser le choix, si je puis me permettre. À vous de décider comment vous comptez mener vos combats à l’avenir. »
J’avais l’impression d’être un professeur qui tentait d’apprendre à ses élèves à distinguer le bien du mal.
C’était une sensation assez particulière.
« Vous pouvez les combattre avec les alliés que vous avez peut-être aux quatre coins du monde ou… tout simplement en chercher de nouveaux. »
On aurait pu croire que je proposais à Diana de rejoindre mes rangs, mais ce n’était pas le cas.
Je lui laissais vraiment le choix de décider comment elle voulait mettre ses projets à exécution à l’avenir.
Vu tout ce qui s’était passé jusqu’ici, Diana devait déjà savoir que j’avais désormais une assez bonne idée de sa situation.
Si elle voulait garder son identité secrète, elle n’aurait d’autre choix que de tuer Arthur et de prendre le risque de manipuler mes souvenirs, comme elle l’avait dit plus tôt.
Mais ce ne serait pas aussi facile que le parasite voulait le faire croire.
Garder Arthur occupé au combat et le tuer étaient deux choses complètement différentes.
La première était tout à fait réalisable sans que Diana ait à révéler son existence au monde entier, mais… pour tuer Arthur, elle devrait se donner à fond, sans se soucier des conséquences qui ne manqueraient pas de la rattraper une fois le combat terminé.
Et encore, à condition qu’elle puisse réellement vaincre Arthur.
Si elle échouait, alors… sa tombe se trouverait au cœur même de son domaine.
La deuxième option de Diana consistait à coopérer avec moi et à unir nos forces pour que nous en tirions tous deux profit.
J’y gagnerais un nouveau… pion, et elle bénéficierait du soutien de toute une organisation pour accélérer la réalisation de ses projets.
Après tout, aussi forte qu’elle fût à elle seule… le nombre possédait une force particulière que rien ne pouvait remplacer.
« Alors, dites-moi… quelle voie êtes-vous prête à suivre ? Et croyez-moi… ma vie a toujours été un jeu mortel. Si vous pensez pouvoir m’effrayer en me menaçant de mort, alors… vous vous trompez lourdement. »
Voilà qui concluait mon argumentaire.
La balle était désormais dans le camp de Diana. J’attendis en silence qu’elle se décide.
Le parasite continua de m’observer sans prononcer un mot, puis reporta son attention sur l’immensité au loin. Cela éveilla ma curiosité : que se passait-il là-bas, au juste ?
« Puis-je voir le combat ? »
La question me vint tout naturellement, et je compris alors à quel point j’étais curieux d’assister à l’affrontement entre deux cultivateurs qui avaient transcendé les limites du monde mortel.
Diana ne se retourna pas et ne répondit pas à ma… demande.
Soupir.
Enfin, je ne m’attendais pas vraiment à ce qu’elle accepte…
Hein ?
Je sentis soudain le mana pourpre qui m’entourait se rassembler en un point, juste devant mes yeux… et bientôt, une sorte d’écran de mana apparut devant moi.
Arthur… je le distinguais parfaitement, Garthel à la main droite, campé dans une posture de combat tendue, mais…
Il n’y avait personne devant lui.
En y regardant de plus près, je vis que le monde autour d’Arthur était parcouru d’innombrables fissures. On aurait dit que le puissant domaine de Diana arrivait à peine à fonctionner et à maintenir l’ensemble en place.
Il ne s’était pourtant pas effondré, ce qui suffisait à prouver la puissance du parasite.
Je ne savais pas pourquoi… mais j’avais l’impression que, même immobile, Arthur continuait de se battre, simplement sur un plan que je ne pouvais pas voir. Ou peut-être… menait-il plusieurs combats à la fois.
C’était… fascinant et ennuyeux à la fois.
J’aurais vraiment voulu assister à un affrontement grandiose, pas à une partie d’échecs avec des pièces invisibles dispersées sur l’échiquier.
***
Chacun de ses clones livrait actuellement un combat à mort contre le domaine de Diana. Ce n’est qu’après avoir résisté à son domaine avec une violence inouïe qu’Arthur avait vu Diana cesser provisoirement ses attaques contre ce clone précis.
Arthur ignorait pourquoi, mais il n’allait pas baisser sa garde sous prétexte que l’ennemie lui avait témoigné une sorte de clémence inexplicable.
Quant au corps de Diana… rien n’indiquait qu’il se battait contre l’un de ses clones.
Une hypothèse avait germé dans son esprit, une façon plausible d’utiliser son domaine.
Peut-être… Diana avait-elle fusionné entièrement avec son domaine, qui lui servait désormais à la fois de réceptacle et d’unique moyen d’attaque.
Après tout, affronter plusieurs clones avec un seul corps aurait été insensé.
Au cours de leur combat, Arthur avait réussi à endommager le domaine de Diana au point qu’il lui serait devenu difficile de le réparer en quelques secondes.
Pourtant, il n’était pas parvenu à résoudre le problème fondamental, le seul obstacle qui l’empêchait de renverser la situation à son avantage.
Il n’avait pas réussi à entrer en contact avec le monde extérieur sans quitter le domaine.
Il aurait pu s’échapper du domaine sans difficulté, mais Kael aurait alors été en danger, laissé seul à se défendre.
Arthur ne pensait pas une seule seconde que Kael pourrait survivre face à Diana, ne serait-ce qu’un instant.
Les mortels n’avaient tout simplement aucun moyen de lutter contre des êtres qui avaient élevé leur existence même jusqu’à devenir des Dieux, au sens littéral du terme.
La deuxième option qui s’offrait à Arthur consistait à couper Diana du monde extérieur et à tarir sa source inépuisable de mana.
Mais c’était plus facile à dire qu’à faire.