Chapitre 359
La déclaration de Victoria fut suivie d’un long silence empreint d’incrédulité et… de suspicion.
Même si c’était sa sœur qui donnait son avis, Kevin ne pouvait tout simplement pas croire que Kael, après avoir réussi à faire évoluer son rang en plein combat, ait été capable d’affronter Noah… qui, si l’on en croyait John et les autres, était au rang Platine.
C’était tout bonnement trop ridicule pour qu’une personne sensée puisse y croire, bien que Kevin sût aussi que sa sœur n’était pas folle.
Même s’il voulait le nier… au fond de lui, il avait déjà accepté cet état de fait, mais voir quelqu’un comme Kael se maintenir constamment au sommet et accomplir des exploits impossibles… cela laissait un goût amer dans la bouche de Kevin.
Ce n’était pas de la jalousie, mais quelque chose de plus profond encore.
« C’est durant son combat contre Kael que Noah a perdu connaissance à la fin. Son corps semblait subir un stress intense dû au fait qu’il venait tout juste de faire évoluer son noyau, et puis… la lame de Kael lui a fait perdre pas mal de sang. »
Victoria se remémora l’épée de Kael tranchant la poitrine de Noah dans une démonstration de l’une des formes d’escrime les plus techniques et les plus belles qui soient.
Après avoir dit ce qu’elle avait à dire, Victoria balaya simplement la pièce du regard avant de s’arrêter sur Alicia, dont l’expression s’était quelque peu assombrie en apprenant que Noah avait été blessé.
« Après avoir éveillé une de ses capacités, Noah a également été en mesure d’utiliser une sorte de régénération rapide. La plupart de ses blessures durant le combat devraient donc déjà être guéries. »
Victoria parlait de manière générale, mais ses mots visaient à rassurer Alicia, qui gardait la tête basse comme pour dissimuler l’expression de son visage.
« Tu devrais te rendre à l’infirmerie pour faire examiner tes blessures. »
Diana, qui était restée silencieuse tout ce temps, exprima son point de vue honnête, ce qui valut à Victoria de lui jeter un regard calculateur.
Pour une raison quelconque, Victoria trouva l’expression de Diana étrange, sans pour autant pouvoir mettre le doigt sur ce qui clochait.
« Je vais bien, mais merci de t’en soucier. »
Victoria sourit doucement à Diana, qui se contenta d’hocher la tête en retour avec un sourire.
« Étrange. »
pensa Victoria, mais l’expression sur son visage ne changea pas d’un iota.
« Vous pouvez y aller maintenant, et oui… allez voir Noah aussi. »
Voyant qu’il n’y avait plus rien à ajouter, Victoria lança un regard ferme à Alicia en prononçant ces mots.
Alicia, de son côté, aurait voulu refuser l’instruction, mais… elle ne pouvait se mentir à elle-même, et encore moins devant sa sœur, qui comprenait parfaitement ses émotions.
Alicia était effectivement inquiète pour Noah, mais en même temps, elle avait envie de lui administrer une bonne gifle pour avoir osé combattre ses frères et sœurs.
À travers les paroles de Victoria, Alicia sentait que sa sœur essayait de faire passer Noah pour un innocent, mais peut-être sa sœur ne la connaissait-elle pas assez bien.
Alicia était la plus jeune de la fratrie Frost et pouvait être considérée comme bien plus émotive que les autres, mais elle n’était en rien une idiote.
Elle aurait pu fermer les yeux si Noah avait combattu quelqu’un d’autre, mais s’en prendre à sa famille était tout simplement inacceptable pour elle.
Cependant, à en juger par les réactions de sa sœur, Alicia comprit que celle-ci ne voulait pas qu’elle rompe son amitié avec Noah, et Alicia comptait bien respecter cette décision.
Mais Noah aurait droit à une sacrée réprimande.
***
« Les Frost semblent être une famille avec beaucoup de complications. »
commenta Vienna, les mains derrière le dos, alors qu’elle marchait en compagnie d’Amelia et de Yennifer vers la cafétéria.
Elles venaient de rencontrer la vice-présidente et, après avoir vérifié ses blessures, le groupe s’était retiré pour laisser aux Frost l’intimité nécessaire pour discuter entre eux.
Les autres représentants du conseil des étudiants qui les accompagnaient étaient déjà retournés en cours pour la conférence suivante, qui devait commencer dans une quinzaine de minutes environ.
Vienna avait eu un petit creux, alors elle avait entraîné Amelia avec elle à la cafétéria, et par pure coïncidence, Yennifer se dirigeait également dans la même direction.
Ce qui avait conduit les trois princesses royales à se retrouver ensemble.
« Je ne dirais pas des complications, mais ils ont assurément leurs propres problèmes à gérer. »
La réponse d’Amelia lui valut une légère tape sur l’épaule de la part de la princesse elfe, qui la regarda avec les yeux plissés.
« N’est-ce pas la même chose ? »
« Ce n’est pas le cas. »
« … »
Yennifer n’interrompit pas la conversation intellectuelle entre les deux jeunes filles qui étaient censées être les princesses de deux des plus grandes puissances mondiales.
Son silence n’était pas dû à une quelconque intimidation face à leur présence.
Non.
Elle n’avait aucune raison de craindre l’une ou l’autre.
Le silence de Yennifer découlait naturellement de sa décision de rester stratégique, d’observer et d’analyser les spécimens devant elle.
Ce n’est qu’en agissant ainsi qu’elle comprendrait quels mots seraient les plus à même de créer une compatibilité naturelle avec les deux princesses.
L’approche froide de Yennifer pouvait être considérée comme un frein à la création et au maintien de cercles sociaux, ce qui était d’une importance capitale pour des membres de la royauté devant constamment interagir avec leurs vassaux et leurs sujets.
Mais Yennifer était d’un avis contraire.
Selon elle, être trop directe dans l’intention de nouer des amitiés ou des liens étroits était contre-productif dans certains cas.
Et même si le pourcentage était faible, Yennifer n’avait aucun intérêt à prendre des risques évitables.
Une personne est plus encline à ressentir un lien avec quelqu’un qui a pu se montrer indifférent à son égard tout du long.
Même le moindre soupçon de chaleur venant d’une personne froide était garanti d’avoir plus d’impact qu’une personne joyeuse dégageant constamment des ondes chaleureuses et positives.
C’est ainsi que fonctionnait la psychologie sociale, et au fil des années, Yennifer y était devenue très compétente.
Bien que Yennifer ne fût pas assez arrogante pour penser qu’elle était la meilleure à ce jeu-là.
Elle savait très bien qu’il y a toujours plus gros que soi, alors l’arrogance était le dernier clou sur le cercueil menant à la défaite et… à la mort.