Chapitre 1 621
« Je les retiendrai pendant douze moments. Durant ce laps de temps, tu devras avoir conclu tes opérations ici ; si ce n'est pas le cas, alors ton destin t'appartiendra. »
Au fond de lui, Rowan laissa échapper un rire colérique. À ce stade, trois Primordiaux avaient ouvertement revendiqué son corps : la Mémoire Primordiale, l'Âme, et maintenant le Démon. Il était certain que les autres portaient également un grand intérêt à ses pouvoirs.
« Mais je ne suis pas encore mort, et quand tout cela sera terminé, nous saurons qui se tient au-dessus de tout le monde. »
Cent ans n'étaient rien, un battement de cils. Si le Démon Primordial était sincère, le temps minimum qu'il aurait dû accorder à Rowan, un immortel de septième dimension, aurait été d'au moins un milliard d'années. Même en ajoutant ses talents à l'équation, un million d'années aurait été un délai raisonnable.
Cependant, Rowan savait que le Démon Primordial ne jouait pas franc jeu, et s'attendre à autre chose de la part du grand démon aurait été stupide.
Le Démon savait que Rowan avait besoin de ce temps pour échapper aux mains de ses ennemis, et il en avait profité. Rowan aurait fait la même chose ; peut-être ses actions auraient-elles été encore pires.
Il regarda le Démon Primordial s'éloigner. La direction qu'il prenait était celle de la bataille entre les trois Primordiaux. Rowan disposait de douze moments, mais il pensait n'en avoir besoin que d'un seul.
Si la Nouvelle Lumière parvenait à s'établir dans la Réalité, elle deviendrait véritablement immortelle, incarnant un concept à l'instar d'un Primordial, et deviendrait indestructible à moins que des mesures drastiques ne soient prises.
De plus, avec la reconnaissance de la Réalité, l'immortalité ne serait pas le seul avantage que la Nouvelle Lumière acquerrait ; le plus important serait le pouvoir — le pouvoir de changer la Réalité, de créer quelque chose à partir de rien, et d'exister en tant que fondement de la Réalité, partageant la puissance de l'Ancienne Lumière pour, avec le temps, la supplanter.
C'était là la grande expérience de Rowan. Tout ne s'était pas déroulé selon son plan. La Lumière Primordiale s'était éveillée, et les Trônes des Primordiaux s'étaient révélés bien plus mobiles qu'il ne l'avait anticipé.
Mais si cela pouvait fonctionner, cela signifierait qu'il avait un moyen de tuer des Primordiaux au sein de la Réalité sans briser cette dernière.
Lors du bref instant où la représentation de la Lumière avait péri, l'intégralité de la Réalité avait également péri avec elle. À quoi bon combattre les Primordiaux si le résultat de la mort de l'un d'entre eux entraînait la destruction de la Réalité ?
Rowan devait évidemment trouver une solution à ce dilemme, et la naissance de la Nouvelle Lumière lui donnait de l'espoir.
Poussant ses Serpents par la pensée pour qu'ils cessent de le nourrir en vitalité — cela ne servait plus à rien —, ils refusèrent d'obtempérer. Il soupira d'exaspération avant de rompre brutalement les liens de vitalité connectés à son corps. Se tournant vers la Nouvelle Lumière, Rowan s'apprêtait à parler lorsqu'il sentit quelque chose trembler en lui.
Il lui fallut un instant pour réaliser de quoi il s'agissait : l'énergie de mort qui enveloppait son corps. Jusqu'ici, cette énergie était liée aux milliards de soleils de mort qui engloutissaient sa vitalité, y compris ceux fournis par les Serpents et la Nouvelle Lumière, mais cette frénésie alimentaire commençait à ralentir.
Le pouvoir de la mort s'estompait.
Quelque chose était là... Quelqu'un était là... Divus fut la première à remarquer la nouvelle présence, et à travers ses yeux, Rowan vit un homme peint marchant dans les ténèbres.
L'espace entourant Rowan devint lourd, imprégné de l'odeur de terre humide et de tombes oubliées depuis longtemps. Des ombres semblables à de l'encre s'enroulaient comme des serpents, rampant depuis les profondeurs de cryptes oubliées, attirées par cette silhouette comme s'il s'agissait d'un trou noir aspirant l'énergie de la mort.
Rowan fut frappé par un sentiment de désillusion. Cette silhouette n'était pas un Ancien ; il était bien trop puissant pour cela. Il n'avait jamais vu un Ancien capable de mesurer une fraction de la présence de cet être. Ce n'était pas non plus un Trône de Primordial ; il en avait croisé plusieurs. Il connaissait les caractéristiques spécifiques qu'ils partageaient tous, et cette silhouette en était dépourvue.
Au lieu de cela, il lui rappelait une entité primordiale similaire aux Bêtes Primordiales, non pas à cause du pouvoir qu'ils contrôlaient, mais par la manière dont ils semblaient fusionner avec la Réalité, comme s'ils en avaient toujours fait partie.
L'Aura lourde de la mort était si puissante qu'elle pouvait affecter l'énergie de mort autour de Rowan. Lentement, l'aura se dissipa et la silhouette fut révélée.
C'était un homme nu, couvert de tatouages tortueux, de son crâne chauve jusqu'aux orteils ; même ses yeux étaient remplis de tatouages. Les sens de Rowan étaient en alerte, mais à travers la perception de ses Serpents, il ne pouvait déchiffrer l'intention derrière ces tatouages, car chaque fibre de perception qui touchait cette encre vivante se décomposait.
Cette sensation était extrêmement étrange pour Rowan, mais il finit par abandonner. Au lieu de cela, il laissa les sens de ses Serpents déchiffrer lentement l'aura des tatouages. Avec sa mémoire parfaite, Rowan serait capable de percer les mystères de cet homme.
S'il était conscient que les sens de Rowan fouillaient ses tatouages, il n'en donna aucun signe ; ses yeux, eux, n'étaient fixés que sur Eva. Alors que Rowan le regardait s'approcher, il remarqua que des larmes, noires comme la nuit, coulaient lentement des yeux de l'inconnu.
« Si je ne l'avais pas vu de mes propres yeux, je n'aurais pas cru cela possible. Mon retour n'est plus une perte. Le destin m'a amené au bon moment. »
La voix de l'inconnu était rauque, comme des ongles griffant les oreilles de Rowan, mais ce n'était pas aussi alarmant que sa langue : l'énochien.
Chaque mot qu'il prononçait portait une puissance intense, mais cette puissance ne se diffusait pas dans la Réalité d'une manière qui risquerait de la briser ; elle fusionnait avec elle dans un processus fascinant qui aurait pu tenir Rowan en haleine pendant des siècles.
« Toi, les étoiles m'ont dit que tu apporterais le changement. Eosah est venue à moi dans mes rêves, et ses cris ne portaient plus la douleur, mais la joie. Es-tu le créateur de ma joie ? Es-tu celui que je devais annoncer ? »