Chapitre 1
C’était un lundi matin comme les autres, d’un ennui mortel. Les rares rayons de soleil qui parvenaient à se frayer un chemin à travers les interstices des stores ne dérangèrent guère l’homme qui dormait profondément dans son lit. Cependant, cette paix sereine fut de courte durée, car le son maudit de son réveil entama son rituel quotidien : gâcher un bon rêve.
Jake, qui profitait jusque-là de la douce étreinte de ses couvertures, fut tiré de son sommeil en sursaut, tâtonnant autour de lui jusqu’à ce que sa main trouve enfin son téléphone. Grommelant, il roula hors du lit et entama sa routine matinale habituelle, se préparant pour une nouvelle journée de travail.
Il prit une douche chaude, avala un petit-déjeuner rapide, s’habilla, puis attrapa ses affaires avant de franchir la porte. Toute sa routine matinale fut expédiée en moins d’une demi-heure.
En descendant les escaliers vers sa voiture, il eut l’intuition que la journée serait intéressante. Il ne savait pas pourquoi, tout semblait normal jusqu’ici, mais il ne parvenait pas à chasser ce sentiment. Peut-être que quelqu’un avait apporté des donuts ?
La circulation était atroce, comme d’habitude, les joies de vivre dans une grande ville. Il passa la majeure partie du temps non pas à conduire, mais à patienter dans les files interminables de l’heure de pointe. Il avait envisagé de venir à vélo ou même en courant, mais il aurait alors dû se doucher et se changer au bureau, ce qui lui semblait bien trop contraignant.
Lorsqu’il finit par se garer, il sortit, prit son sac et se dirigea vers l’immeuble de bureaux qui était son lieu de travail depuis quelques années. Le bâtiment lui-même était une monstruosité massive de verre, avec beaucoup trop d’étages. Il ne dénotait pas vraiment, cependant, entouré qu’il était par des structures similaires.
En entrant, il fut accueilli par la réceptionniste, Joanna. C’était une femme d’âge mûr qui portait toujours de grandes boucles d’oreilles et plus de maquillage qu’une classe entière de lycéennes n’en aurait besoin en une semaine. Si Jake devait décrire Joanna le plus simplement possible, ce serait une « soccer-mom » coincée dans une crise de la quarantaine perpétuelle. La réception se trouvant à seulement quelques mètres des ascenseurs, la saluer le matin était une routine naturelle pour la plupart des employés.
« Bonjour Jake, tu as passé un bon week-end ? » demanda-t-elle avec bien trop d’énergie pour une heure aussi matinale.
« Comme toujours, et toi ? » répondit Jake poliment, sachant ce qui l’attendait.
« Oh, c’était génial ! Tu sais, Mike et moi, on a essayé de… » répondit-elle avec vigueur, expliquant tout en détail, donnant à Jake une impression de déjà-vu de la semaine précédente, où le même scénario semblait s’être déroulé.
Après cette conversation bien trop longue sur des sujets futiles, l’arrivée de l’ascenseur le sauva enfin, lui permettant de s’échapper vers le 14e étage.
En sortant de l’ascenseur, Jake fut accueilli par un espace de bureau ouvert et calme. « On dirait que je suis l’un des premiers arrivés aujourd’hui », pensa-t-il en se dirigeant vers son bureau. En allumant son ordinateur, il commença à parcourir les e-mails reçus durant le week-end.
Jake travaillait dans ce bureau depuis un peu plus de deux ans. Son travail était ce que beaucoup qualifieraient d’ennuyeux, mais il trouvait pourtant apaisant de se plonger dans les feuilles de calcul, les rapports financiers et autres joyeusetés. Il travaillait au département financier et, s’il pouvait se le permettre, il était plutôt doué dans ce qu’il faisait.
Il s’occupait principalement des investissements, son titre officiel étant analyste commercial. Jake avait le don de dénicher les excellentes actions et d’éviter les mauvaises. Il avait toujours eu un bon instinct pour ce genre de choses.
Le bureau se remplit lentement à mesure que les employés sortaient de l’ascenseur. Après les salutations matinales et les échanges sociaux polis, le brouhaha retomba peu à peu tandis que chacun s’attelait à ses tâches respectives. Pas de donuts, nota-t-il intérieurement avec une grande déception.
Alors qu’il était assis là, ayant terminé les tâches les plus urgentes, il commença à se sentir un peu fatigué à nouveau, n’ayant clairement pas assez dormi. La plupart des autres employés avaient appris qu’il n’était pas très bavard, alors ils le laissaient tranquille. Exactement comme il le voulait.
Jake avait toujours été une personne plutôt décontractée. Prudent et un peu réservé. Il avait toujours été un solitaire et choisissait ses activités en fonction de l’absence d’interaction avec les autres. D’ailleurs, quand son père l’avait forcé à faire du sport pour le faire sortir de sa chambre, il avait choisi le tir à l’arc, car il pouvait le pratiquer entièrement seul.
Dans l’ensemble ? Jake était satisfait de sa vie. Il avait un travail bien rémunéré, une bonne famille, un bel appartement, des collègues formidables, et son avenir semblait prometteur, à l’en croire. Il n’était pas une personne extraordinaire, juste un visage parmi tant d’autres dans la foule. Et il aimait assez ça. Se faire remarquer signifiait attirer une attention inutile, et il préférait éviter cela.
Alors qu’il terminait ses réflexions, son supérieur, Jacob, s’approcha avec un grand sourire aux lèvres.
« Salut mon pote ! Les autres et moi, on va déjeuner, tu veux venir ? » demanda-t-il joyeusement.
« Euh, ouais, ça marche », répondit Jake, hésitant.<novelsnext></novelsnext>
Il appréciait Jacob. Jacob était le genre de type qu’on qualifierait de leader né. Excellentes compétences sociales, une facilité à cerner les gens et à mettre tout le monde à l’aise. C’était l’une des rares personnes que Jake considérait comme un ami.
Derrière lui se trouvait un gars nommé Bertram. On aurait pu le croire grand et menaçant au premier abord, mais c’était en réalité une vraie crème. Apparemment, il s’était occupé de Jacob durant son enfance et faisait office de majordome ou quelque chose du genre.
Tout ce qu’il savait, c’est que la famille de Jacob était immensément riche. C’était honnêtement un miracle que Jacob ne soit pas devenu un gosse de riche pourri gâté, mais plutôt l’homme qu’il était aujourd’hui. Il était populaire au bureau sous tous les rapports, surtout auprès d’une certaine clientèle.
Son physique avantageux, sa grande taille et son charme général ne lui nuisaient certainement pas auprès des femmes du bureau. Ses cheveux semblaient toujours parfaitement coiffés, son costume toujours impeccable, et un sourire éternellement détendu ornait son visage.
Ils s’entendaient bien principalement grâce à la capacité de cet homme à tenir une conversation plus longue que quelques phrases, même avec quelqu’un comme Jake. Le fait que Jake ne soit pas du genre à créer des problèmes au bureau, mais à fournir des résultats fiables, rendait naturellement leur relation plus facile pour les deux parties.
C’était aussi la raison pour laquelle Jake avait accepté d’aller déjeuner. Parce qu’avec Jacob, il savait que ce ne serait pas totalement gênant.
Jake se leva et se dirigea vers l’ascenseur avec Jacob et Bertram. Ils discutèrent en chemin du travail et de la réunion prévue après la pause déjeuner.
Il aperçut Joanna avec Mike, son mari, en train d’entrer dans le même ascenseur que celui vers lequel lui, Jacob et Bertram se dirigeaient. L’ascenseur devint rapidement bondé, car trois autres personnes s’y trouvaient déjà, attendant de descendre.
L’une de ces trois personnes était Caroline. Caroline était une collègue du département des ressources humaines, qui partageait leur espace de bureau avec le département de Jake. Elle avait un an de moins que lui, était mince, blonde, et franchement tout ce que Jake qualifierait de « son style ».
Il était conscient que c’était probablement dû au fait qu’elle était l’une des seules femmes de son âge qu’il côtoyait régulièrement. Juste deux personnes du sexe opposé à proximité immédiate. Ce qui est l’une des raisons pour lesquelles il n’a jamais donné suite à ce sentiment. Parmi tant d’autres. Il n’était pas vraiment romantique, et ses expériences passées en amour n’avaient pas vraiment abouti. Enfin, pensa-t-il, le fait qu’elle m’ait trompé avec mon meilleur ami compte bien comme « ne pas aboutir », non ?
Ainsi, il ne parvint qu’à lui adresser un signe de tête et un petit « bonjour », bien qu’il fût midi. Jake réussit à peine à dissimuler son embarras, mais heureusement, elle sembla simplement prendre cela pour une mauvaise blague.
Jake était parfaitement conscient que Caroline le considérait à peine comme un ami et n’avait aucun intérêt romantique pour lui. Jacob, en revanche, avait clairement ses faveurs. Pas qu’il puisse l’en blâmer. Jacob était un type génial, peu importe la façon dont on voyait les choses, et il ne pouvait tout simplement pas se résoudre à le détester, bien qu’il fût le rival amoureux, inconscient et unilatéral, de Jake.
Jake lui-même était ce qu’on décrirait comme plutôt moyen physiquement. Pas trop gros, pas trop mince, des cheveux bruns courts, des yeux marron, et un visage qu’on ne pouvait qualifier ni de beau ni de laid.
La seule chose qu’il avait pour lui était une condition physique supérieure à la moyenne, découlant principalement du fait qu’il pratiquait toujours le tir à l’arc pour le plaisir pendant son temps libre, ayant même un stand de tir improvisé chez ses parents. Cela, couplé à son abonnement à la salle de sport (et au fait qu’il y allait vraiment), lui permettait de maintenir son mode de vie sain de l’époque où il rêvait encore de devenir athlète.
*DING !*
Le son de l’ascenseur qui se fermait le ramena rapidement à la réalité, alors que la descente vers le rez-de-chaussée commençait. Et alors que ses pensées commençaient à vagabonder sur ce qu’il allait manger, son processus de réflexion fut interrompu une fois de plus.
*DING !*
Un son, étrangement similaire à celui de l’ascenseur, résonna dans sa tête, tandis que simultanément, des mots apparurent devant ses yeux ; dans son esprit. Il parvint à peine à les déchiffrer avant de perdre connaissance.
*Initiation du 93e Univers confirmée. Introduction et séquence de tutoriel en cours*