Chapitre 17
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Traducteur/éditeur : Ceaseless
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◈ Le Fou Gendre du Grand-Duc du Nord ◈
Chapitre 17 : Le sale type
──────
« Alors, vous n’êtes pas du Nord ? »
« En effet. Je viens d’une ville située à l’est de la région centrale. J’ai étudié auprès d’un mage. »
« Je savais que vous n’aviez aucune base en magie. Continuez. »
« Oui, j’ai appris la magie… »
« Désolé, mais passons directement à la raison de votre venue. Votre histoire ne m’intéresse pas. »
« Oui. J’étais le mage personnel d’un noble, dans un château au nord de la région centrale. Puis, un jour, des hommes masqués sont venus me voir. »
« Des masques ? »
« Oui. Ils portaient des masques qui ressemblaient à des corbeaux. »
« Le Masque du Corbeau… » murmura Galahad. Il les connaissait. Autrefois, ils avaient fait partie de son travail.
« La Société de magie noire ? »
« Oui, vous en avez entendu parler. Ils m’ont demandé si je voulais des Pierres magiques. »
« Ils ont changé de méthode. Vous êtes donc venu dans le Nord ? »
« Oui. »
« Bien. Ils vous ont ordonné d’amener un Monstre-taupe et de creuser sous terre ? Il y a un mage nommé Karl et quelqu’un dont vous ignorez l’identité, là-dedans ? Douze courtilières ? »
« Oui, je vous ai tout raconté. Alors, s’il vous plaît… »
« Hum. Reprenez depuis le début. »
« Je l’ai déjà fait ! C’est la quatrième fois, merde ! »
« Allons, allons. On dirait qu’il va falloir vous convaincre un peu plus. Vous êtes remarquablement têtu pour quelqu’un qui a votre apparence. »
« Aaargh ! Pardon ! Pardon ! Je vais tout vous raconter encore une fois ! »
« Bien. Pourriez-vous parler un peu plus vite, cette fois ? »
* * *
La Société de magie noire…
Galahad glissa une Cigarette de mana entre ses lèvres et marmonna à voix basse.
La magie noire n’existait pas. La magie n’était que magie. On lui avait donné ce nom parce que ses adeptes employaient des méthodes différentes de celles des mages ordinaires.
Les mages noirs vénéraient les Démonides, qu’ils considéraient comme la source de la magie, puis dévoraient les humains à leur manière. C’étaient aussi des anarchistes qui rejetaient l’Empire.
Le Bureau du renseignement les surveillait de près, mais les utilisait également souvent.
Par exemple, si un noble détournait discrètement des impôts, le Bureau pouvait le faire disparaître en douce et faire accuser les mages noirs, afin de semer la peur.
Galahad avait prévu de les éliminer jusqu’au dernier, car leur existence ne contribuait en rien à empêcher le Roi démon d’agir, mais il n’était jamais parvenu à mettre la main sur le cœur de l’organisation.
Alors, c’était donc là qu’ils se cachaient.
Dans le Nord.
Galahad tapota sa cigarette pour en faire tomber la cendre. Des flocons gris s’écrasèrent au sol.
Un Dresseur de monstres a-t-il rejoint la Société de magie noire ? Ou ont-ils mis la main sur une relique de Dresseur de monstres ?
C’était une question importante.
Pour y répondre, ils devaient d’abord attraper les salauds qui creusaient ce tunnel.
Un mage plus puissant que celui-là, une personne non identifiée et douze courtilières. Il pouvait y en avoir d’autres.
Voilà ce que Bern lui avait appris. Galahad l’avait vérifié à plusieurs reprises ; il était donc impossible qu’il ait menti.
Cela dit, Bern ne semblait pas occuper un poste très élevé. Des forces dont il ignorait l’existence pouvaient être à l’œuvre.
Karl, le supérieur de Bern, ne l’inquiétait pas.
Même s’il était plus fort que Bern, il restait un mage. Il ne faisait pas le poids face à Galahad. Le seul mage capable de le menacer était retranché dans la Tour de magie du Crépuscule.
Quant aux douze courtilières, il suffirait de mettre l’unité à contribution.
Le problème, c’est l’inconnu.
C’était une variable de taille.
Le plus prudent aurait été d’attendre Adrianna, mais…
Ils en avaient déjà neutralisé un. Les autres risquaient de comprendre et de s’enfuir.
Le cercle magique gravé sur le ventre du Monstre…
Il ne pouvait laisser s’échapper qui que ce soit ayant un lien avec lui.
Depuis son arrivée dans le Nord… non, depuis qu’il avait quitté le Bureau du renseignement, pas un seul jour ne s’était écoulé sans incident.
Parfait.
Tout en faisant ses calculs et en vérifiant les détails, Galahad tapota sa cigarette pour en faire tomber la cendre. Il repassait les éléments en revue lorsqu’il entendit des pas derrière lui.
Des pas lourds et réguliers. Gilbert.
Le cercle magique gravé sur le Monstre lui était peut-être resté en travers de la gorge. Il marchait deux fois plus vite que d’habitude.
« Alors, comment ça s’est passé ? »
L’épée de Gilbert était couverte de sang. Il avait dû se précipiter au point que même lui, qui nettoyait toujours son arme avec soin, n’avait pas pris le temps de l’essuyer.
Damian, Tom et Gwen apparurent à leur tour derrière lui. Ils étaient tous dans un sale état. Damian, en particulier, était couvert de rouge.
« Ça a pris plus de temps que prévu. »
« …Nos adversaires étaient des Monstres. Le premier bataillon combat surtout les Démonides. Les Monstres sont généralement pris en charge par des soldats ordinaires ou des chevaliers munis d’armes lourdes. »
On aurait dit qu’ils étaient plus efficaces contre les humains. C’était compréhensible. Leurs épées étaient trop courtes pour affronter correctement ces Monstres.
« C’est une excuse plausible. »
Mais ce n’était sûrement pas le seul problème.
Damian et Gilbert avaient des tempéraments complètement opposés. Damian était un prédateur né, tandis que Gilbert était un chevalier honnête. Et puis il y avait Gwen et Tom, qu’on avait laissés derrière comme des sacs d’orge.
Il va falloir les faire travailler ensemble en chemin.
Le meilleur moyen de créer une bonne coordination, c’était le combat réel.
« Alors, comment ça s’est passé ? » demanda de nouveau Gilbert.
« Ils creusent avec des courtilières. Un mage et une personne non identifiée sont derrière eux. Il y en a peut-être d’autres. »
« Un tunnel ? »
Galahad hocha la tête, et le visage de Gilbert s’assombrit.
« C’est déjà arrivé ? »
« Les Monstres franchissent généralement les murailles du château en les escaladant ou en les brisant. Cela dit, on trouve parfois des tunnels comme celui-ci. C’est pour cela que des Monstres et des Démonides apparaissent sans cesse à l’intérieur des murs. »
« Il y a une autre possibilité. Il pourrait s’agir d’une Mine de pierres magiques. »
« …Une Mine de pierres magiques ? »
« Les Pierres magiques sont très recherchées dans la capitale. »
Gilbert fronça les sourcils.
« Dans tous les cas, ne devrions-nous pas attraper celui qui a gravé des cercles magiques sur les Démonides ? Il faut aussi condamner cet inquiétant tunnel. »
« Nous devons les attraper. »
« Ce serait bien de demander des renforts, mais ils risquent de s’enfuir d’ici là. Nous avons capturé un mage et quatre courtilières. Les autres ne tarderont pas à s’en apercevoir. »
« Ça ne va pas ! »
Quelle réaction violente.
Gilbert n’était pas du genre à laisser paraître ses émotions. Pourtant, elles venaient d’affleurer sur son visage.
Une émotion était une fissure. Une faiblesse.
Et une raison d’agir.
Les cercles magiques gravés sur les Monstres ont donc une grande importance pour les chevaliers du Nord.
Galahad plissa les yeux, puis sourit.
Il n’avait jamais eu l’intention de les laisser partir. C’était l’occasion de faire ses preuves lors de sa première mission, une piste menant à la Société de magie noire, cette bande de rats, et un indice sur le Dresseur de monstres.
Il était prêt à y aller seul.
Il avait confiance en ses capacités.
« Allons, nous devons protéger le Nord du danger, non ? Tout le monde est prêt à devenir un héros ? »
Gwen avait l’air sur le point de pleurer, Tom de vomir, et Gilbert de s’être pris une épée en plein cœur.
Gilbert porta les doigts à sa bouche et siffla. Un cri d’oiseau retentit, suivi de l’arrivée d’un grand faucon. C’était un magnifique rapace à la tête blanche.
Le faucon descendit et se posa sur l’épaule de Gilbert. Gwen s’affaissa après avoir demandé si elle pouvait le toucher et s’être fait refuser.
Un faucon messager. Très nordique.
Gilbert ouvrit le tube attaché à la patte du faucon et en sortit un bout de papier. Il y écrivit quelques mots, le remit dans le tube, puis l’oiseau s’envola de nouveau.
« J’ai prévenu Lady Adrianna. »
« Bien. En route, tout de suite. »
Galahad épousseta la neige sur ses épaules et prit la tête du groupe.
Puis Gilbert demanda à voix basse : « Qu’est-il arrivé à cet homme, tout à l’heure ? »
Au lieu de répondre, Galahad agita son bâton.
Gilbert ne posa pas d’autre question.
* * *
Lorsqu’ils arrivèrent à l’endroit décrit par l’homme, une immense grotte s’ouvrit devant eux.
La concentration de mana dans les environs était assez élevée.
Ils ont creusé la roche ? Les Monstres sont vraiment des Monstres.
Galahad contempla l’énorme ouverture. Puis il sentit quelque chose à l’entrée.
« Attendez. Ne bougez plus. »
Gilbert, qui marchait en tête, s’arrêta net. Galahad plissa les yeux et répandit du mana dans les environs.
« Ils ont installé un sort d’alarme. Ils sont méticuleux. »
« Dissipez-le vite, s’il vous plaît. »
« Vous dites ça comme si c’était facile. Si on pouvait désamorcer les sorts d’alarme aussi aisément, ce ne seraient pas des sorts d’alarme. Ce seraient des sorts d’accueil. »
« Vous ne pouvez pas le désamorcer ? »
« Si, je l’ai déjà fait. »
« Alors pourquoi… ? »
« Si vous vous mettez à trop attendre de moi, les autres mages risquent de se sentir lésés. Je préfère éviter ça. »
« Vous plaisantez encore ? »
« Je suis sérieux. »
Galahad examina le cercle magique dissimulé sur le côté. Une pierre brute était enchâssée en son centre.
« Une Pierre magique. »
« C’est une Pierre magique ? On dirait juste un caillou… »
« Regardez bien. Elle émet une faible lueur. »
Galahad retira délicatement la Pierre magique. On évaluait les Pierres magiques selon l’intensité de leur lumière, et celle-ci était de la qualité la plus basse.
Galahad dissipa le sort et entra.
Il évalua la largeur de la grotte. Avec une telle dimension…
« Trois courtilières au maximum à la fois. C’est la taille idéale. »
« Qu’est-ce qu’elle a d’idéal ? »
Galahad se contenta de sourire.
« Gilbert et Damian, prenez la tête. Je protégerai l’arrière. Tom, prends ton bouclier. »
« …Et moi, alors ?! »
Galahad observa Gwen en silence. Pour que le transfert de magie fonctionne efficacement, il fallait d’abord que Gwen s’y accroche.
Il fallait qu’elle désire la magie au point de s’agripper à la main du diable, acculée par un profond sentiment d’impuissance. Elle n’en était pas encore là.
Cela ne voulait pas dire qu’elle était totalement inutile.
Il délogea la Pierre magique enchâssée dans le bâton qu’il avait apporté. Son extrémité supérieure était assez large pour accueillir une pierre de bonne taille. Il fixa un instant le cercle magique gravé sur le bâton, puis en effaça plusieurs parties.
Ensuite, il le tendit à Gwen.
« Tiens-le par le bout, ici. »
« …Quoi ? »
Gwen pencha la tête un instant, puis saisit l’extrémité du bâton.
« Aïe ! C’est quoi, ça ? Ça fait une drôle de sensation ! »
« C’est toujours comme ça. »
En modifiant le cercle magique qui tirait du mana d’une Pierre magique, il pouvait faire excellent usage de Gwen, son sac d’orge.
Une grosse Pierre magique ambulante qui se recharge toute seule. Son seul défaut, c’est qu’elle est un peu bruyante.
Galahad regarda Gwen d’un air satisfait.
Une personne non identifiée se trouvait plus loin à l’intérieur. Il comptait donc économiser le sang des Démonides autant que possible.
« L’adultère est puni de mort dans le Nord. »
« Arrête de dire des bêtises et concentre-toi. »
Gilbert claqua la langue et s’avança.
« Bon. Voici votre première mission et votre première séance d’entraînement. »
* * *
Mais qu’est-ce que je fais là… ?
Tom déglutit avec difficulté.
Ils allaient affronter des courtilières. Des courtilières !
Une seule courtilière pouvait mettre un peloton en déroute. Deux pouvaient l’anéantir. Elles surgissaient du sol et emportaient les gens ; c’était pourquoi on les appelait aussi les fantômes de la terre.
Et ils s’enfonçaient dans un endroit où il y en avait douze.
Damian et Gilbert étaient avec eux, mais même eux avaient eu du mal à affronter trois courtilières un peu plus tôt.
Contrairement à eux, Tom était un simple soldat.
« On dirait qu’ils nous ont repérés ! Tout le monde, tenez-vous prêts ! »
À cet instant, la grotte trembla dans un grondement assourdissant.
Des courtilières fonçaient vers eux au loin. Sous terre, Tom ne s’était pas rendu compte de leur présence, mais leur vue en terrain découvert rendait leur puissance terrifiante impossible à ignorer.
« Damian, tu es une bête née. Enfonce-toi dans le tas. Ne pense qu’à toi. »
« Oui, grand frère. »
Damian et Galahad semblaient étonnamment détendus.
« Sir Gilbert, inutile de vous soucier de ce qui se trouve derrière vous. »
Gilbert se contenta de froncer les sourcils. Une énergie bleue jaillit autour de la main qui tenait son épée.
« Tom, quand je t’appellerai, fonce et bloque avec ton bouclier. Imagine que tu leur jettes ton corps à la figure. »
Se jeter sur eux avec un bouclier…
Tom ravala la question qui lui brûlait les lèvres.
Puis la grotte fut envahie par les courtilières. Leurs dents acérées, si caractéristiques, tremblaient.
« Tout le monde, concentrez-vous. Damian ! »
Damian bondit en avant. Ses mouvements étaient stupéfiants, comme toujours.
Gilbert allait devoir arrêter trois courtilières à lui seul. La situation était pire que la fois précédente.
Comment allaient-ils s’en sortir… ?
« Danse des flammes. »
« …Krrgh ! »
Une chose gigantesque passa près d’eux en venant de l’arrière.
Un torrent de flammes, assez vaste pour remplir la grotte.
Comment quelqu’un pouvait-il lancer un sort pareil… ?
Tom en resta bouche bée.
« Sreeee ! »
Les courtilières en feu se tortillaient. La grotte sombre fut illuminée en un instant.
Leur apparence atroce fut révélée. Un liquide suintait entre les fissures de leurs carapaces fondues…
C’était le genre de scène qu’il redoutait de voir dans ses cauchemars.
Damian se glissa sous les flammes et disparut. On aurait dit qu’il s’était jeté dans le feu.
Une lumière bleue jaillit de l’épée de Gilbert. D’un geste nonchalant, il fendit la tête d’une courtilière. Celle qui se trouvait à côté tenta de l’écraser.
Gilbert recula et trancha calmement de côté. Contrairement à tout à l’heure, il ne fonçait pas à l’aveuglette.
Crac !
Son aura lui trancha facilement la patte. La courtilière poussa un cri. L’épée de Gilbert décrivit un mouvement fluide tandis que le Monstre continuait d’avancer.
L’épée de Gilbert était tranchante, mais elle paraissait minuscule à côté d’une courtilière.
« Maintenant ! Tom ! »
Tom se précipita.
Le sol se fendit et la patte d’une courtilière jaillit. Un choc violent frappa le bouclier de Tom et le projeta en arrière.
Il se redressa désespérément et se releva juste à temps pour voir Gilbert achever la courtilière.
Il affrontait trois courtilières, et pourtant ses mouvements étaient plus fluides qu’avant.
Une seule chose avait changé.
« Bien ! Sir Gilbert, vous avez vu ? Tom aussi peut bloquer une attaque ! »
Galahad les avait rejoints.
La magie de Galahad était redoutable, mais ce n’était pas ce qui expliquait la situation.
Ce qui comptait, c’était la façon dont Galahad les avait répartis.
Il avait envoyé Damian plus loin pour éviter qu’il ne gêne Gilbert, puis avait utilisé Tom activement pour laisser à Gilbert la liberté de manœuvrer.
Tom comprit alors que Gilbert avait été gêné à cause d’eux.
« Tom, ça va ? »
« Oui ! Ça va ! »
À la voix grave de Gilbert, Tom cracha le sang qu’il avait dans la bouche et leva son bouclier.
Au-delà de Gilbert, il aperçut les courtilières atrocement brûlées.
Leurs cris furieux emplissaient la grotte. Ses jambes tremblaient sous la pression, et la sueur lui coulait dans le dos.
C’était donc ça, l’enfer ?
Pourquoi je suis là ? Je ne suis qu’un simple soldat…
« Je lancerai de la lumière de temps en temps. Ne te retourne jamais. »
Cet ordre impassible donnait l’impression que la situation était insignifiante.
Il ne pouvait même pas attaquer. Tout ce qu’il pouvait faire, c’était encaisser un coup et rouler en arrière. Mais même cela, c’était déjà quelque chose.
« Lumière ! »
Une vive lumière jaillit derrière lui, accompagnant la voix calme de Galahad.
Tom resserra les sangles de son bouclier.
* * *
Qu’est-ce que c’est que ça… ?
Karl se mordit la lèvre.
Le plan était parfait. Ils avaient détourné l’attention du Nord et s’étaient procuré des Monstres-taupes.
Ils avaient repéré une zone entre deux tours de guet, sans aucune patrouille, puis en avaient fait leur base.
Alors, pourquoi… ?
« Les courtilières sont repoussées. Hum, c’est un échec ? Je ne m’y attendais pas. »
À la voix monocorde qui résonna à côté de lui, Karl tomba à genoux.
« Non ! Je peux encore arranger ça ! Donnez-moi juste une chance… »
L’autre personne posa lentement le pied sur la main à laquelle Karl s’accrochait. Il avait mal, mais résista de toutes ses forces. Il savait qu’il mourrait s’il lâchait prise.
La silhouette portait un Masque du Corbeau qui lui cachait le visage.
« Tu sais qui est cet homme en tête ? C’est Sir Gilbert. Il a infligé pas mal de dégâts à nos troupes. Sa tête est aussi mise à prix pour une belle somme. On ne pouvait pas s’occuper de lui parce qu’il restait toujours près d’Adrianna, mais… tu as de la chance. Si ça n’avait pas été Gilbert, je n’aurais eu aucune raison d’intervenir. »
Le Masque du Corbeau avait une voix androgyne. Karl ne comprenait pas ce qu’il voulait dire, mais hocha quand même la tête.
« Combien de Pierres magiques te reste-t-il ? »
Karl sortit précipitamment toutes les Pierres magiques qu’il avait mises de côté et les lui tendit.
S’ils échouaient, il ne pourrait pas les garder de toute façon. Inutile de les retenir à présent.
« …On devrait les réveiller ? »
À la question de Karl, le Masque du Corbeau baissa les yeux.
« Tu veux les appeler ? Tu veux mourir ? »
« M-mais… »
« Quel enfant peureux. Ne t’inquiète pas. Avec autant de Pierres magiques entre les mains, tu crois que Gilbert compte ? »
Le Masque du Corbeau sourit d’un air sinistre.
« Mais il y a quelqu’un d’autre que Gilbert… »
« Quelqu’un d’autre ? Ah, ces branquignols à l’arrière. Ça doit être les soldats de Gilbert. Qu’est-ce qu’il y a à voir… ? »
Le Masque du Corbeau s’interrompit brusquement.
Il tendit le cou, comme s’il regardait quelque chose au loin.
Après être resté ainsi un moment, il tourna la tête sur le côté.
Crac.
Un bruit étrange retentit.
« Qu’est-ce que tu fais ? »
« …Pardon ? »
« Va les réveiller, tout de suite ! »
Karl se releva d’un bond au cri du Masque du Corbeau.
Le Masque du Corbeau avait fait tout un putain de cirque pour dire qu’il ne fallait pas les réveiller, alors pourquoi ce revirement… ?
« Tu m’as suivi jusqu’ici ? Espèce de sale type ! »
Le Masque du Corbeau cria d’une voix tremblante.
Son regard était fixé sur un homme à l’apparence soignée.
« Réveille-les, maintenant ! Réveille-les ! Ouvre simplement la grotte ! Qu’est-ce que tu fous, espèce d’incapable ?! Tu veux mourir ?! Ce… ce sale type ! Tu es vraiment venu jusqu’ici ! »
Karl s’enfuit en panique aux cris du Masque du Corbeau.
Mais qui était cet homme… ?
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