Chapitre 362
Jamais Ruvian n’aurait pensé qu’il apprécierait un jour la chaleur d’une famille heureuse de le voir rentrer. Et même maintenant, ce sentiment parvenait encore à le prendre au dépourvu.
Pour quelqu’un comme lui, c’était une étrange nouveauté, quelque chose qu’il n’aurait jamais imaginé chérir autant. Il devait même admettre qu’être aussi à l’aise avec eux ne lui ressemblait pas vraiment.
Pourtant, Ruvian n’y était pas hostile. Au contraire, plus il restait dans la maison, plus il lui était facile de se laisser simplement gagner par ce sentiment.
Sa mère ne tarda pas à terminer la cuisine, même si Ruvian n’avait guère remarqué le temps passer.
Il avait passé l’essentiel de ce temps à divertir Ciela, la portant dans le salon et supportant encore plusieurs de ses caprices avant qu’elle ne lui accorde enfin un moment de répit. Lorsque l’odeur du repas commença à s’échapper de la cuisine, ils avaient déjà cessé de jouer.
Le repas était l’un des plats préférés de l’original Ruvian : du poulet rôti nappé d’une légère sauce aux herbes, accompagné de pommes de terre au beurre et d’une soupe de légumes bien chaude.
Dès que Ruvian y goûta, une autre chaleur familière se répandit doucement en lui.
Sa mère s’était souvenue à la perfection de ses goûts, jusque dans la peau du poulet légèrement croustillante et la généreuse portion de pommes de terre supplémentaire qu’elle lui avait servie.
Bien sûr, il n’était pas question de manger en silence après presque deux mois d’absence.
Sa mère avait bien trop de questions à lui poser. Ruvian passa donc la majeure partie du repas à lui raconter tout ce qui s’était passé depuis son arrivée à l’Académie Velthia.
Il lui parla de son adaptation à la vie à l’académie, de ses cours, des gens qu’il avait rencontrés et, enfin, du Test de l’île de Vazrun, qui l’avait ramené chez lui plus tôt que prévu.
Naturellement, son récit était largement édulcoré. Il passa sous silence tout ce qui concernait les démons, les frôlements de la mort, les systèmes secrets, les visions étranges ou les événements qui auraient empêché n’importe quelle mère de dormir.
Ruvian l’avait déjà assez inquiétée en partant. Il n’avait aucune intention de lui donner, dès sa première soirée de retour, plusieurs nouvelles raisons de paniquer.
Il garda aussi pour lui la plupart de ses exploits.
Inutile de mentionner son classement individuel, le record de points de l’académie ou l’attention que sa performance avait suscitée pendant l’épreuve.
S’en vanter maintenant n’aurait fait qu’attirer d’autres questions.
Pour l’instant, il suffisait que sa mère le croie en bonne voie.
En voyant son sourire détendu, de l’autre côté de la table, Ruvian décida en silence qu’il n’y avait aucune raison de gâcher l’ambiance en abordant des sujets plus lourds.
Au cours du repas, Ruvian se souvint soudain de quelque chose et ralentit légèrement son geste.
« Maman, l’argent que je t’ai envoyé par enveloppe magique, qu’est-ce que tu en as fait ? » demanda-t-il d’un ton détaché. « Je me demandais juste si ça avait suffi à couvrir tout ce dont tu avais besoin. »
Avina marqua une pause, puis posa sa cuillère.
« La majeure partie a servi pour la maison, rien de luxueux. J’ai fait réparer quelques trucs et remplacé certains vieux meubles qui tombaient déjà en ruine. »
Elle sourit légèrement avant d’ajouter : « J’ai aussi acheté de nouveaux vêtements pour Ciela, quelques affaires pour moi, et ton père a enfin remplacé certains de ses outils de travail usés. »
Ruvian l’écouta en continuant à manger. D’après ce qu’elle lui expliquait, elle n’avait rien dépensé d’excessif ; l’argent avait surtout servi à rendre leur quotidien un peu plus confortable.
Il était heureux de l’apprendre.
Avina avait également mis une grande partie de l’argent de côté. Elle voulait en garder pour le cas où la maison aurait de nouveau besoin de réparations, où Ciela tomberait malade ou si une dépense imprévue survenait.
À ces mots, Ruvian hocha légèrement la tête, convaincu d’avoir bien fait de leur envoyer cet argent.
Cependant, Avina plissa bientôt légèrement les yeux, comme si une autre pensée venait de lui traverser l’esprit.
« Au fait, Ruvian. Où as-tu trouvé autant d’argent ? » Elle se pencha un peu vers lui, l’air plus curieux que méfiant.
Ruvian répondit sans presque hésiter : « J’ai fait un peu de commerce avec une camarade pendant mes études à l’académie et j’ai réussi à gagner de l’argent comme ça. »
Il prit une autre bouchée, puis ajouta calmement : « J’ai aussi reçu des récompenses pour des travaux à l’académie et certaines épreuves, alors j’ai économisé ce que je pouvais et j’en ai envoyé une partie à la maison. »
Techniquement, tout ce qu’il avait dit n’était pas entièrement faux.
La majeure partie de l’argent venait des informations qu’il avait partagées avec Silvena, ainsi que de plusieurs échanges qu’il avait faits avec elle au fil du temps.
Il lui en avait emprunté une partie, tandis qu’elle lui en avait même offert quelques sommes.
À bien y réfléchir, Ruvian trouvait presque toute cette histoire ridicule.
S’il retraçait toutes les sources de l’argent qu’il avait reçu jusque-là, près de 98 % provenaient sans doute de Silvena, d’une manière ou d’une autre.
« Hmm… De petits mensonges, j’imagine. »
Ruvian baissa les yeux vers son assiette et continua simplement de manger.
Quel que soit le nom qu’il leur donnait, expliquer d’où venait réellement son argent lui causerait bien plus d’ennuis que ces quelques mensonges sans conséquence.
Heureusement, Avina sembla accepter son explication sans difficulté.
Son expression s’adoucit presque aussitôt, et elle lui adressa un petit sourire fier.
« Je vois. Tu as déjà commencé à gagner de l’argent pendant tes études. Fais juste attention à ne pas trop tirer sur la corde. »
Elle tendit alors le bras par-dessus la table et déposa un autre morceau de poulet rôti dans son assiette.
Après avoir pris une autre bouchée, Ruvian jeta un coup d’œil à la place vide autour de la table.
« Ah oui, au fait, où est papa ? » demanda-t-il, remarquant enfin à quel point la maison était silencieuse en son absence.
Avina suivit son regard, puis reporta les yeux sur lui.
« Il est encore au travail, mais il devrait rentrer plus tôt que d’habitude aujourd’hui. » Un petit sourire se dessina sur son visage. « Il va sûrement être surpris en te voyant assis là. »
Ruvian esquissa un sourire.
Pour une raison quelconque, cette idée le rendait encore plus impatient.
Avina, quant à elle, resta silencieuse quelques instants. Ses yeux bleus parcoururent lentement son fils tandis qu’il mangeait, s’attardant sur ses épaules et ses bras comme si elle venait seulement de remarquer à quel point il avait changé.
Depuis son départ, son corps s’était nettement étoffé à force de s’entraîner.
Finalement, Avina inclina légèrement la tête.
« Tu mangeais bien à l’académie, mon chéri ? Tu as l’air un peu plus costaud qu’avant. Tu ne sautais pas de repas pendant tes études, j’espère ? »
Ruvian faillit rire en l’entendant.
Il repensa aussitôt aux quantités absurdes qu’il s’était mises à manger depuis que l’argent de Silvena avait considérablement allégé ses dépenses quotidiennes.
« Oh, tu n’as vraiment pas à t’inquiéter pour ça, maman. »
Il se contenta de sourire et reprit calmement une bouchée de poulet, sachant déjà à quel point ces paroles étaient vraies.
« J’ai très bien mangé. »
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[Chapitre 362 : La chaleur d’un repas fait maison]