Chapitre 159
Juste après que le message fut transmis à Silvena, la première chose qu’il remarqua fut le léger sourire sur ses lèvres. Il était discret, un peu fatigué, mais bien présent.
Ensuite, sa main bougea lentement et deux doigts se levèrent faiblement pour former un signe de paix, qu’elle maintint un court instant.
C’était le signal convenu plus tôt, alors qu’ils étaient en chemin. Un signe infime, mais suffisant pour tout comprendre.
Le sourire de Ruvian s’élargit en le voyant, un calme soulagement s’installant dans sa poitrine.
« Bien. »
Sans perdre une seconde, Ruvian plongea la main dans son anneau dimensionnel pour en sortir un objet, tout en renforçant lentement son sort de [Renforcement corporel].
« Ça suffit. C’est ce que vous cherchez, n’est-ce pas ? »
Le démon derrière lui tourna lentement la tête vers Ruvian. Il en alla de même pour celui qui étranglait Silvena, sa prise se resserrant légèrement avant que son attention ne se déplace.
Puis, leurs deux regards se fixèrent sur le parchemin dans la main de Ruvian.
Pendant un bref instant, ils hésitèrent.
« Comment a-t-il pu récupérer le parchemin ? » pensa le démon, l’esprit en ébullition.
D’après ce qu’ils avaient vu auparavant, le parchemin était resté avec la jeune fille aux cheveux noirs. Il n’y avait aucune chance qu’il ait changé de mains.
Et pourtant... il était clairement dans sa main.
Pendant un très court instant, l’expression des deux démons changea légèrement. Leurs yeux se plissèrent, trahissant une pointe de surprise, mais leurs visages reprirent rapidement leur sourire.
Avant que l’un d’eux ne puisse dire quoi que ce soit, Ruvian prit les devants. D’un geste calme, il rangea le parchemin dans son anneau dimensionnel, ne leur laissant pas le temps de réagir.
« Faisons un marché. »
« Un marché ? » demanda le démon derrière lui.
Même Silvena, dont la respiration restait irrégulière à cause de la poigne serrée autour de son cou, ne put empêcher un léger sourire d’apparaître sur ses lèvres.
« Haha... J’aurais dû savoir qu’il dirait ça. »
Pensa-t-elle.
Son sourire était ténu, presque évanescent, mais il était là, bien qu’elle ne fût manifestement pas en état de rire.
Honnêtement, conclure un marché avec un démon était une folie. C’était le genre de choix que seuls les désespérés ou les imprudents faisaient.
Les démons ne tenaient jamais leurs promesses.
Ils finissaient toujours par les rompre.
Des êtres maléfiques comme eux n’avaient aucune raison de respecter un accord.
Une promesse n’était pour eux qu’un outil, un mensonge commode utilisé pour tromper, attirer et piéger ceux assez stupides pour y croire.
Pourtant, Ruvian n’était pas de ces imbéciles.
Il comprenait parfaitement la profondeur de leur nature perfide — la facilité avec laquelle ils tordaient les mots et transformaient la confiance en arme. Mais plus important encore, il savait qu’une telle nature, si elle était perçue clairement, pouvait aussi être retournée contre eux.
Et c’était exactement ce qu’il comptait faire.
« Oui », dit Ruvian calmement.
« Vous la lâchez, et je vous donne cet anneau. »
Il leva légèrement la main, juste assez pour qu’ils puissent le voir clairement, l’anneau reposant entre ses doigts.
« Alors, qu’en dites-vous ? Nous ne voulons pas d’ennuis. Vous pouvez avoir le parchemin... et même les cinquante mille pièces d’or que je garde à l’intérieur. »
Un silence pesant s’installa dans la pièce.
Puis, les deux démons laissèrent échapper un rire doux et moqueur.
« Quelle naïveté », dit celui derrière lui, d’une voix froide et pleine d’arrogance. « Qu’est-ce qui te fait croire que je ne vais pas simplement prendre ce que je veux par la force ? Et qu’est-ce qui te fait croire que je vous laisserai la vie sauve ? »
L’autre démon rit également, visiblement amusé.
« Les humains sont vraiment drôles dans leurs délires, n’est-ce pas ? » dit-il sur un ton railleur. « Réalisent-ils seulement qu’ils ne sont pas en position de négocier avec nous ? »
Puis il fixa Ruvian, les yeux pleins de dédain.
« Ha ! Écoute bien. Dans une situation pareille, tu serais bien plus avisé de t’agenouiller et de demander grâce. »
L’air devint lourd à mesure que leurs mots emplissaient l’espace.
Mais Ruvian ne bougea pas.
Pas d’un pouce.
Seul son sourire s’accentua.
« Il semble que je ne me sois pas bien fait comprendre. »
« Hm ? »
Les deux démons répondirent doucement, une pointe de curiosité glissant dans leurs voix alors qu’ils l’observaient plus attentivement.
« Vous voyez », poursuivit Ruvian en levant légèrement la main pour attirer leur attention sur l’anneau à son doigt, « cet anneau possède un enchantement assez... spécial. »
Il marqua une brève pause, laissant ses mots infuser.
« Je sais que vous, démons, êtes désespérés d’obtenir ce parchemin. Alors, si vous choisissez de rejeter ce marché... » son sourire se fit plus tranchant. « ...Alors je détruirai simplement cet anneau, avec tout ce qu’il contient. »
Son regard restait fixe, inébranlable.
« Je peux être assez mesquin. Si je ne peux pas avoir ce que je veux... alors vous non plus. »
Le silence s’étira entre eux.
Les lèvres du démon se courbèrent légèrement, comme amusé par l’audace d’un simple humain osant parler ainsi.
« Hmm, ce serait très fâcheux. Très bien, soit. »
L’un d’eux finit par parler.
Ses yeux s’attardèrent sur l’anneau, l’étudiant avec un intérêt calme, comme s’il pesait le risque face à son désir.
« J’accepte ce marché. Mais comprends bien ceci... » continua le démon derrière lui, son regard pourpre fixé sur Ruvian sans la moindre chaleur.
« Je compterai moi-même le temps. Si, au moment où mon compte s’achève, nous constatons que tu n’as pas libéré l’anneau... »
Sa voix baissa, plus douce désormais, mais bien plus dangereuse.
« ...Alors nous vous tuerons tous les deux. »
La menace fut proférée sans émotion, sans colère et sans hésitation. Non pas sous le coup de l’humeur, mais comme une fatalité qu’ils s’assureraient de réaliser.
Ruvian soutint le regard du démon, la courbe légère de ses lèvres ne s’effaçant jamais. Il n’y avait aucune peur dans ses yeux, et bien sûr, aucun signe de doute.
« Très bien », répondit-il calmement.
Puis, la pression invisible qui l’écrasait s’évanouit soudainement. Le poids qui forçait son corps vers le sol disparut.
Il laissa échapper un souffle discret.
« Hein... il a même dissipé le sort de gravité ? »
Pensa Ruvian, les yeux légèrement plissés.
« On dirait que ces deux bâtards de démons sont plus arrogants que prévu. Ils doivent penser que nous ne représentons aucune menace. »
Un léger sourire en coin étira ses lèvres.
« Eh bien... je vais jouer le jeu. C’est toujours mieux que de mourir ici. »
Ruvian détendit lentement ses épaules, relâchant une partie de la tension dans son corps, tout en restant vigilant.
Le flux de mana en lui ne s’arrêta pas ; il restait stable et contrôlé, prêt à tout instant.
Même sans la pression écrasante, la présence du démon restait dangereuse.
──────── ✦ ────────
[Chapitre 159 : Un pacte avec le diable... Mais qui est le véritable diable ? (1)]