Chapitre 141
La main de Horren retourna se perdre dans ses cheveux, sa voix craqua, basse, tendue comme une corde effilochée.
« Mais quand même, tu sais qu’il n’oubliera pas ça, pas vrai ? Il ne laissera pas couler. Et plus tard... i-il s’en prendra à nous tous aussi, un par un. »
Les mots tremblaient, mais la peur était bien réelle.
Ruvian percevait le son rauque dans la gorge de Horren, comme s’il se forçait à parler malgré sa terreur.
De l’autre côté de la table, Yerin ne dit rien.
Elle se contenta de regarder Horren en silence.
Ses doux yeux noisette étaient calmes mais indéchiffrables, et semblaient, d’une certaine manière, plus lourds que la panique évidente de Horren.
Elle comprenait la situation, peut-être même mieux que lui.
Ruvian, cependant, ne réagit pas à leurs regards. Il resta calme, arborant la même expression sereine que lorsqu’il avait fait face à Julian.
Même s’ils ne blâmaient pas directement Ruvian et ne parlaient pas durement de ses actes, au fond d’eux, ils s’inquiétaient toujours de ce qui allait leur arriver.
L’avenir était flou, ce qui les rendait tendus et mal à l’aise.
Les paroles rassurantes de Yerin avaient semblé aider, mais à mesure que le temps passait, le doute revenait, se glissant silencieusement dans les moindres fissures de leur assurance.
Finalement, ses mots n’avaient pas suffi à étouffer totalement leurs craintes.
« Bon... le moins que je puisse faire, c’est de les rassurer un peu. »
À cette pensée, Ruvian choisit enfin de prendre la parole. « Ne vous en faites pas. Julian ne nous fera rien avant l’épreuve de l’île de Vazrun... du moins, pas à vous. »
Shima claqua doucement la langue, visiblement agacée par cette explication.
« Et ? Qu’est-ce qui te fait croire une chose pareille ? Comment peux-tu savoir qu’il ne tenterait rien contre nous avant l’épreuve ? »
Ruvian fixa Shima un instant. La légère crispation sur son visage montrait clairement qu’elle n’était pas satisfaite de son raisonnement.
Sa réponse suivante était déjà toute prête dans son esprit.
« C’est parce que... »
Mais les mots moururent avant de franchir ses lèvres.
« ...C’était moins une. »
Par habitude, façonnée par trop de conversations avec Silvena, Ruvian avait failli sortir la même excuse : qu’il connaissait l’avenir.
C’était imprudent.
Avec Silvena, même des affirmations absurdes finissaient par paraître crédibles. Cela ne fonctionnait qu’avec elle grâce à sa bénédiction, qui la rendait plus encline à croire Ruvian.
Ici, cependant...
Ruvian marqua une pause.
Non, il passerait pour un idiot fini !
Qui, dans son bon sens, justifierait ses actes en disant : « Je peux voir l’avenir » ?
Sûrement pas lui.
...Eh bien, malheureusement, c’était lui !
Ou du moins, ça l’avait été avec Silvena.
Il ne se précipita donc pas, choisissant soigneusement la réponse la plus rationnelle.
« Non, il ne le fera pas. Croyez-moi. »
« Ce genre de coup serait trop imprudent, même pour Julian. L’épreuve de l’île de Vazrun et les affectations des escouades ont déjà été officiellement annoncées. Toute tentative de semer le trouble maintenant serait considérée comme une grave infraction au règlement de l’Académie. »
« De plus, nous avons déjà été réprimandés une fois. Si lui et moi provoquons un nouveau conflit avant l’épreuve, les conséquences ne seront pas légères. L’Académie ne fermerait pas les yeux sur une récidive, peu importe qui est la personne, surtout quelqu’un déjà sous surveillance. »
« Bref, ce que je veux dire, c’est qu’il n’est pas assez stupide pour risquer une sanction plus lourde juste avant une évaluation qui pourrait affecter son statut de premier Érudit. Jusqu’à la fin de l’épreuve... il se retiendra. » (+100 PP)
Shima se tut après son explication. Elle ne trouva rien à redire, son raisonnement tenant la route, du moins en partie.
Pourtant, Julian n’était pas celui dont Ruvian devait vraiment se soucier.
C’étaient ses suiveurs.
Une meute de nobles arrogants, à l’orgueil démesuré et à l’ego fragile — le genre à croire que leur statut leur donnait le droit d’agir sans conséquence.
Contrairement à Julian, qui comprenait au moins la retenue quand c’était nécessaire, ses subordonnés étaient bien plus instables.
Et impulsifs !
Parfois bien trop désireux de prouver leur loyauté par une hostilité inutile.
Dans le roman, leurs actions frôlaient la stupidité la plus totale, causant bien plus d’ennuis vicieux à Zian que Julian n’avait jamais pris la peine d’en créer.
Et puis, il y avait cette variable inconnue.
—@DuchessOfGoon : « Au fait, l’Auteur, est-il vrai que c’est Julian qui a causé l’expulsion de Zian de l’Académie ? »
—@SpicySteroids : « Qu’est-ce que tu veux dire ? »
—@DuchessOfGoon : « Euh... je ne sais pas. On dirait que ce n’est pas le genre de truc que Julian ferait, non ? »
—@SpicySteroids : « Eh bien, je suppose. Tu essaies de dire quoi ? »
—@DuchessOfGoon : « Quoi d’autre, génie. Je pense qu’il y a un cerveau qui manipule Julian. Parce qu’autant que je sache... Julian préfère régler les choses lui-même. »
—@TheCurator est en train d’écrire...
Les mots restèrent gravés dans l’esprit de Ruvian, refusant de disparaître.
Un cerveau qui manipule Julian.
Ridicule.
Et pourtant, d’une certaine manière...
Mais avant qu’il ne puisse s’y attarder, la voix de Shima le ramena au présent.
« Très bien, je te fais confiance. Pour l’instant. »
Ruvian cligna des yeux avant qu’un léger sourire n’étire ses lèvres. « Mais de toute façon, je n’aurais pas agi ainsi si je n’avais pas déjà pesé le pour et le contre. »
Il se pencha en avant, les bras posés sur la table, le bois frais sous sa peau.
« Si mes actes mettent l’un de vous en danger, j’en assumerai la responsabilité. Je n’ai pas fait ce choix à la légère. Mais quoi qu’il arrive d’ici l’épreuve de l’île, je ferai en sorte que rien ne compromette nos chances. Ça, je vous le promets. »
Yerin l’observa longuement, ses yeux noisette se plissant comme pour le mettre à nu.
« Donc, tu dis que tu avais déjà tout envisagé ? Et que tu as un plan de secours si Julian ripostait ? » demanda-t-elle.
Ruvian soutint son regard, laissant le silence peser un instant.
Puis il expira par le nez.
« Oui, en quelque sorte. Je connais Julian. S’il veut régler ses comptes avec moi, ce sera entre nous. Alors ne vous inquiétez pas, vous ne serez pas impliqués. Je m’en assurerai. »
La table devint silencieuse.
Même le brouhaha de la salle à manger sembla s’éloigner. Ils échangèrent des regards, l’évaluant, et finalement, ils ne discutèrent pas.
La confiance entre eux n’était pas encore solide, plutôt comme de fines racines explorant un sol superficiel.
Mais les racines restaient des racines.
Même Horren, toujours agité sur son siège comme s’il voulait s’enfuir, garda la bouche close. L’imprudence de Ruvian n’avait pas disparu. Mais sa détermination avait une gravité propre, et pour l’instant, elle les maintenait en place.
Ils allaient devoir croire ses paroles.
Pour l’instant...
« Eh bien, c’est tout ce que j’avais besoin de savoir. Ha ! » ricana Arlok.
Deux silhouettes dérivèrent alors vers sa table, traînant les pieds. Leur démarche était prudente, presque comme s’ils s’excusaient d’exister.
C’était Vanessa, suivie d’un garçon, celui-là même qui s’était pratiquement effondré sous le regard de Julian plus tôt.
Il restait collé à son ombre, le menton rentré, les poings si serrés que ses articulations en blanchissaient, comme si cela pouvait contenir sa honte.
« Hmm... et maintenant ? »
Ruvian ne prit même pas la peine de lever les yeux.
Son regard resta fixé sur la table, suivant les légères éraflures gravées par des générations de mains.
Il fallut plus de temps que prévu à Vanessa pour trouver sa voix.
Mais finalement, elle le dit.
...
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[Chapitre 141 : Les fines racines de la confiance]
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