Chapitre 1
Chapitre 1
Chapitre n° 1 – L’ère des méchas
Traducteur/Checker : SP76
Nous sommes dans l’ère des Méchas.
Mais attention, l’arrivée des Méchas n’a pas remplacé les autres armes de guerre. Dans la guerre galactique contre les races extraterrestres qui cherchaient à anéantir l'humanité, les vaisseaux de guerre et les armes de destruction massive jouaient toujours un rôle essentiel.
Cependant, une bombe nucléaire était trop destructrice si elle était utilisée contre des humains. Les races extraterrestres pouvaient facilement tirer profit de cette faiblesse si l'humanité s'affaiblissait constamment pour régler ses querelles internes.
Ces guerres inutiles ne prendraient fin que lorsque l'humanité unirait tous ses fiefs séparés. De nombreux visionnaires avaient tenté de le faire et avaient réussi, dans une certaine mesure.
La paix ne durait jamais.
La race humaine était une race bélligérante. Chaque tentative d’unité avait échoué à maintes reprises.
L’humanité restait séparée, toujours vaguement alliée par un héritage ancestral commun, mais sans rien d'autre en commun. Les guerres se poursuivaient, mais un réseau complexe de traités limitait la destruction du matériel essentiel de guerre. L'humanité avait plus de chances de résister aux assauts extraterrestres lorsqu'elle cessa de détruire ses propres colonies et vaisseaux.
« C'est très bien de conquérir la planète d’à côté, mais évitez de sortir l'artillerie lourde, et veuillez laisser intacts les équipements coûteux dans l'espace. »
Ce n'était pas la meilleure solution, mais l'humanité s'en sortait tant bien que mal.
Avec la stagnation des batailles navales, la guerre terrestre avait pris une nouvelle importance. L'infanterie, les chars et l'artillerie avaient connu un regain de popularité tandis que la race humaine, divisée, se disputait son propre territoire.
Naturellement, les envahisseurs n'avaient pas la tâche facile. Contraints d'opérer sur le sol ennemi, les conflits dégénéraient souvent en guerres d'usure.
Même si les envahisseurs parvenaient péniblement à vaincre leurs ennemis, cela en valait-il la peine ? Ils découvraient avec consternation qu'ils avaient perdu plus d'argent avec leur armée qu'ils n'avaient gagné de terrain.
La plupart des bellicistes se rendirent compte que faire la guerre, c’était perdre de l’argent.
« Tout se passe comme prévu », pensaient les pacifistes, en se félicitant. Les traités avaient été minutieusement rédigés pour aboutir à un tel résultat. Sans moyens pour contraindre une planète à se rendre rapidement, les bellicistes devaient s'appuyer sur des technologies anciennes et inefficaces pour conquérir des territoires.
Il s'avéra qu’ils s’étaient réjouis trop vite.
Depuis que le légendaire Mack Liu avait foulé pour la première fois le champ de bataille avec une machine humanoïde géante appelée « mécha », le visage de la guerre avait à jamais changé. C’était le début d’une nouvelle ère.
Capables de fonctionner efficacement même sur les planètes les plus hostiles, les premiers Méchas tournèrent au ridicule les guerres lentes et statiques traditionnelles.
« Le corps humain est la meilleure arme des humains. » C'est ce qu'avait déclaré l'un des principaux inventeurs des méchas de guerre moderne après que les premiers modèles aient envahi la moitié du territoire d'une grande nation.
« Tout le monde sait que l'infanterie est flexible mais fragile, tandis que les chars sont résistants mais lourds. Un jour, on s’est demandé : pourquoi ne pas créer une arme de forme humaine, et tout simplement agrandir cet humain ? »
En résulta alors une arme révolutionnaire, séduisant les humains à travers la galaxie par son apparence évocatrice et ses capacités inspirantes.
Plus rapides que l'infanterie, plus flexibles que les chars, et capables de transporter une grande variété d'armes, ils nécessitaient néanmoins beaucoup moins de ravitaillement pour fonctionner. Leur besoins logistique ne représentait qu'une fraction de celle d'une armée conventionnelle. Cela seul suffisait pour que les Méchas détrônent toutes les autres branches de l'armée.
L'ère des Méchas se déroulait dans toute sa splendeur. Les émissions consacrées aux Méchas enregistraient des audiences record. Les jeux en ligne et hors ligne rapprochèrent le grand public de ces nouvelles machines glamour. Les grands fabricants d'armes avaient investi dans cette industrie en pleine expansion, et les innombrables start-ups proposant leurs propres Méchas avaient poussé comme des champignons.
L'ère des Méchas semblait annoncer un nouvel âge d'or pour l'humanité.
Malheureusement, seul un petit nombre d'élites pouvaient accéder au véritable monde des Méchas. Les modèles les plus basiques impliquaient des centaines de brevets, ainsi que tout un tas d’autres connaissances exclusives dont l'obtention coûtait une fortune.
Ceux qui souhaitaient piloter un véritable Mécha de combat devaient également posséder la génétique adéquate. L'interface neuronale hyper-complexe qui permettait aux pilotes de contrôler leurs Méchas aussi naturellement que s'ils bougeaient leur propre corps ne pouvait être pilotée que par une poignée de personnes bénies. Et ceux qui bravaient ce danger avait leur cerveau brûlé.
Il avait fallu beaucoup de temps aux chercheurs pour déterminer clairement combien de personnes possédaient le potentiel requis. D'après les dernières statistiques, seuls 3,5 % de l'humanité possédaient les gènes nécessaires pour se connecter avec succès à une interface neuronale. Ces élites privilégiées, dont la compatibilité était testée dès leur dixième anniversaire, jouissaient de l'admiration et du culte des 96,5 % condamnés rester à tout jamais loin d’un cockpit.
Tous les 3,5 % ne devenaient pas nécessairement pilotes de mécha, mais même le béni le plus pauvre de la planète la plus reculée devait suivre une formation. Une fois qu'ils avaient acquis les compétences de base en pilotage, ils étaient ajoutés aux réserves. Juste au cas où.
Ves Larkinson était né avec la conviction qu'il avait sa place dans un cockpit. Son père était pilote, et son grand-père également. Il pouvait citer au moins neuf ancêtres directs, tous ayant servi avec honneur dans le célèbre Corps de Méchas de la République Brillante. La plupart de ses tantes, oncles et autres membres de la famille élargie des Larkinson avaient une longue histoire de pilotage de Méchas.
« Papa, c'est quoi, être pilote ? »
« C'est dangereux, mais c'est aussi le seul moment où je me sens vivant. »
Son dixième anniversaire avait changé sa vie. Son monde s’était effondré lorsque le médecin de la République avait annoncé les résultats. Ses gènes le classaient parmi les 96,5 %. En d'autres termes, il était une personne lambda, quelqu’un de normal, un normie, un gueux... En fait, peu importe le mot à la mode, Ves était devenu un roturier condamné à ne jamais entrer dans un cockpit de sa vie.
« Il n'y a rien de déshonorant à avoir des gènes différents. » Le médecin rassura le jeune Ves. Il avait déjà brisé les rêves d'innombrables enfants. Un de plus ne lui faisait aucune différence. « Personne n'est bon en tout. Les 96,5 % restants s'en sortent très bien. Trouve-toi une passion dans tes capacités. Tout le monde n'est pas destiné à suivre les traces de son père. »
Son père, Ryncol Larkinson, tapota sans conviction le dos du jeune Ves en lui donnant une glace. Que pouvait-il faire d'autre ? Ses fréquentes missions laissaient Ves seul à se morfondre dans sa dépression.
Ves, qui était un garçon précoce rêvant de robots, devint alors un adolescent maussade qui se noyait dans les jeux et les fêtes. Avec une mère décédée et un père souvent absent pour cause de missions, personne ne pouvait le contrôler. Il obtint son diplôme d'études secondaires avec des notes médiocres.
« Et maintenant ? »
Ves finit par se ressaisir lorsqu'il réfléchit à son avenir. Il ne pouvait pas gâcher sa vie éternellement.
« Je ne suis pas pilote. Je ne le serai jamais. Tout ce que je connais, ce sont les Méchas. Si je ne suis pas destiné à en piloter un, je peux toujours faire autre chose. Je suis un Larkinson. Les Méchas sont dans mon sang. »
Ves se trouva un objectif. S'il ne pouvait pas piloter un mécha, alors il serait celui qui les fabriquerait.
À l'ère des Méchas, les créateurs de Méchas dirigeaient leur développement. Tout aussi importants que les pilotes, ils imaginaient des modèles innovants et les concrétisaient. Certains créateurs étaient aussi célèbres que les as qui accomplissaient des exploits incroyables avec leurs Méchas.
Les créateurs les plus prestigieux travaillaient pour les grands fabricants d'armes. Ils étaient capables de créer avec aisance de nouveaux modèles qui se vendaient à des millions d'exemplaires.
C'étaient des créateurs vedettes, des superstars qui avaient les PDG et les chefs d'État à leur disposition. Même un simple éternuement pouvait avoir un impact sur le cours des actions des entreprises pour lesquelles ils travaillaient, tant leur influence était grande. La plupart des grands États humains comptaient sur leurs conceptions exclusives pour leur donner un avantage dans les conflits impliquant des Méchas.
Puis venait la classe moyenne des créateurs de méchas, les entrepreneurs qui disposaient au moins d'une série complète de modèles. Experts dans tous les aspects de la conception d'un mécha, ces ingénieurs chevronnés pouvaient prendre un tas de pièces aléatoires et créer des modèles uniques qui remplissaient la plupart des rôles conventionnels exigés par tout client respectable. Certains créateurs se concentraient sur la production en série de méchas au coût le plus abordable, tandis que d'autres pouvaient passer toute leur vie sur un seul modèle.
Ne restait ensuite plus que le bas de l'échelle. Environ 90 % des créateurs appartenaient à cette catégorie. Elle comprenait les jeunes diplômés, les entrepreneurs ayant échoué et les vétérans en déclin dont les connaissances étaient obsolètes. Ils ne pouvaient concevoir que des imitations ou des copies flagrantes de modèles plus réussis. La plupart de ces laissés-pour-compte étaient condamnés à servir de rouages anonymes, travaillant dans l'ombre pour réparer ou entretenir les méchas d'autres personnes.
Les plus chanceux pouvaient encore participer à la modélisation de Méchas en se spécialisant dans la personnalisation. Ils modifiaient légèrement des Méchas existants ou obtenaient la licence d’un ancien modèle et y ajoutant leur touche personnelle. La concurrence acharnée sur un marché saturé ne permettait pas à beaucoup de rester à flot longtemps. Seuls quelques-uns réussissaient avec ce modèle commercial.
Ves espérait être l'un d'entre eux. Avec ses notes médiocres, il pouvait oublier l'idée d'intégrer une université prestigieuse. Il avait seulement réussi à obtenir suffisamment de crédits pour suivre un programme proposé par l'université technologique de Rittersberg, un établissement moyen situé dans la capitale de la République Brillante.
Cinq ans plus tard, il n'avait obtenu qu'un diplôme sans intérêt délivré par un établissement sans intérêt. En d'autres termes, il n'avait aucune valeur aux yeux des employeurs.
Mais cela ne le dérangeait pas. Son père, Ryncol, l'avait soutenu tout au long de son parcours. Il avait même passé beaucoup de temps à réunir les fonds nécessaire pour lancer l'entreprise de son fils.
Ils avaient tous deux un plan. Ils allaient créer une boutique de Méchas suffisamment automatisée pour imprimer ses propres pièces et permettre à Ves d'assembler un mécha à partir de rien. Ryncol le recommanderait à ses amis dans le secteur pour des petits boulots bon marché et laisserait Ves se plonger petit à petit dans le monde de la personnalisation. Une fois que Ves se serait fait une réputation, il pourrait peut-être passer à la modélisation de ses propres variantes.
Tous ces plans s’étaient effondrés lorsque Ves rentra dans une maison vide à Cumunolimbia, leur planète natale. Ryncol gagnait bien sa vie en tant que pilote, ce qui lui permettait de s'offrir une grande maison de ville en banlieue. Il l'avait récemment vendue afin de réunir suffisamment d'argent pour acquérir un atelier juste à l'extérieur de la ville. Elle n'offrait que suffisamment d'espace pour un petit salon.
L'atelier avait besoin d'être rénové. La structure modulaire préfabriquée semblait d'occasion, comme si elle avait été récupérée sur un champ de bataille ou dans une casse. Avec toute la rouille et les rayures qui la recouvraient , c'était un miracle qu'elle ne se soit pas effondrée.
Lorsque Ves entra à l'intérieur, il poussa un soupir de soulagement. L'essentiel était encore en bon état. L'intérieur semblait assez propre. Toutes les machines nécessaires au fonctionnement de son entreprise étaient présentes, même si elles étaient d'occasion. Son père ne s'y connaissait peut-être pas, mais il connaissait beaucoup de gens qui s'y connaissaient.
« Où es-tu, papa ? »
Après des semaines de silence, Ves dut se rendre à l'évidence : son père avait disparu. Cela ne devait pas être une raison de s'alarmer. Son père avait été affecté à un régiment stationné à la frontière entre la République Brillante et le royaume belliqueux de Vesia. Tout incident susceptible de dégénérer pouvait entraîner le rappel de son père.
Lorsque Ves avait appelé les amis de son père, il avait découvert qu'il n'était jamais retourné à son poste ! Après avoir contacté la police, Ryncol n'avait apperemment jamais refait surface. Tous les appels galactiques et les messages électroniques envoyés à son père étaient envoyés dans le vide. Personne ne pouvait trouver la moindre trace de sa présence.
La banque planétaire de Cumulonimbia vint rapidement frapper à sa porte. Il s'avéra que les équipements de l'atelier, tels que l'imprimante 3D dernier cri, avaient été achetés à crédit. Une imprimante 3D était une machine essentielle qui transformait les matières premières en pièces mécaniques de qualité industrielle.
Son père avait dû emprunter plus de 330 millions de crédits brillants pour financer l'acquisition de ces actifs. Avec une telle somme, n'importe qui pouvait acheter une demi-douzaine de Méchas avancés !
Ves aurait pu passer toute sa vie à travailler pour un fabricant de Méchas moyen sans parvenir à rembourser cette énorme dette. Il tomba instantanément dans un cycle de détresse et de panique lorsqu'il avait lut la note polie mais impersonnelle de la banque.
« Dans quel pétrin mon père m'a-t-il fourré ? »
La banque avait consacré trois pages à préciser que toute la dette était à son nom. Il devrait céder l'atelier et toutes ses précieuses machines s'il manquait un seul paiement d'intérêts annuel.
En bref, Ves devait trouver environ cinq millions de crédits dans les trois prochains mois afin d'effectuer le prochain paiement. Il leva son communicateur en forme de brassard et activa son projecteur miniature. Un écran apparut, affichant un menu. Il passa sans espoir au compte de crédit lié à l'appareil.
Son compte ne contenait que 1200 crédits. C'était son argent de poche pour le mois.
Ves avait peu de moyens pour gagner la somme nécessaire. Son père ayant disparu, il n'était pas certain que Ves ait droit à l'assurance-vie et aux autres prestations que son père avait souscrites. Ves suivit la police d'assurance de son père, car il avait besoin de chaque centime qu'il pouvait tirer du système.
Les réunions ne donnaient rien. La compagnie d'assurance était aussi obstinée qu'un chien rongeant un os.
Ves a effacé les derniers messages de la banque. « Je suis fauché. Je n'arrive même pas à trouver les crédits nécessaires pour acheter les matières premières dont j'ai besoin pour fabriquer de nouvelles pièces. Comment suis-je censé faire des affaires ? »
En l'espace d'une journée, il avait appelé la banque, la compagnie d'assurance et le gouvernement. Les réponses qu'il avait obtenues n'étaient pas bonnes.
La banque avait déjà rayé Ves de ses registres. Elle voulait mettre la main sur l'atelier avant que Ves ne fasse une bêtise et n'en diminue la valeur. La seule chose utile qu'il avait reçue de la banque était un colis que Ryncol avait déposé à la banque au cas où il serait injoignable.
La compagnie d'assurance affirmait que Ryncol était au pire porté disparu. En tant que militaire en service actif, il pouvait revenir dans quelques mois ou quelques années, donc Ves n'avait droit à aucun centime tant que la compagnie n'avait pas reçu la preuve irréfutable de son décès. Sinon, l'argent ne serait débloqué qu'après une période de cinq ans.
Le gouvernement était comme d'habitude bureaucratique. Ves n'entendit qu'un jargon incompréhensible avant de raccrocher. Il n'obtiendrait rien d'utile là-bas.
Ves était seul.
Son père avait sombré dans la dépression, laissant Ves ramasser les morceaux. Son père ne lui avait laissé qu'un colis minable avec une note décontractée collée dessus.
« À mon fils Ves, au cas où je ne rentrerai pas. »
En l'ouvrant, Ves fut légèrement surpris d'y trouver une puce de données sécurisée. Aujourd'hui, la plupart des transferts de données se faisaient entièrement sans fil. Les gens n'utilisaient des puces que lorsqu'ils devaient absolument sécuriser leur contenu.
Ves coupa la connexion de son communicateur au réseau galactique avant d'accéder à l'ancienne puce.
Il fallut trois secondes pour charger son contenu, ce qui était inhabituellement long pour une puce de cette taille. Un programme inconnu prit soudainement le contrôle de la projection holographique.
[ Initialisation du Système de Créateur Mecha. Nouvel utilisateur détecté. Lancement d'un scan approfondi dans 2400 minicycles. Veuillez vous préparer. ]
« Attendez, quoi ? » demanda Ves au programme, juste avant que le communicateur ne libère une énorme décharge électrique. Ves s'évanouit instantanément.
C'est ainsi que commença son voyage en tant que créateur de méchas.