Chapitre 1 809
Qualifier cela de « danse » reviendrait à décrire un Immortel Céleste comme un simple « pratiquant ». Appeler cela une « performance » équivaudrait à traiter un chef-d’œuvre d’animation de « dessin animé ». Bien que techniquement exacts, ces termes manquaient d’un tel respect qu’ils auraient pu coûter la vie à quiconque les aurait prononcés. Ou, à tout le moins, lui valoir une sacrée correction.
La musique constituait le socle de la performance. Énergique et intense, elle capturait à la perfection les sommets et les abîmes de la mélodie, infusant une dose d’adrénaline qui maintenait l’assistance en haleine.
Mais ce n’était là que l’influence superficielle de la musique et de la chorégraphie. Tandis que les koalas dansaient, ils puisaient dans quelque chose de plus profond encore que les lois. La « vie » était une essence partagée par tous les pratiquants, et il existait d’innombrables lois associées à cette « vie », se manifestant sous des formes diverses à travers l’univers.
La danse semblait toucher au cœur même de toutes les lois vitales, résonnant avec l’essence de chaque être vivant qui la contemplait. Assister à ce spectacle agissait comme un remède contre l’épuisement. C’était un baume pour ceux qui avaient perdu le sens de leur existence. Une nostalgie incarnée pour ceux qui luttaient pour se souvenir de ce qui rendait la vie précieuse.
Bien entendu, pour ceux qui se portaient déjà bien, c’était un rappel de la beauté de l’existence, renforçant leur volonté d’endurer les épreuves par la simple observation de cette danse.
Lex devait l’admettre, il comprenait pourquoi les Salsa Boys étaient si populaires. Si leur seule performance était aussi magistrale, il pouvait imaginer l’influence que leurs chansons exerçaient sur les gens.
Il les voyait presque comme des idoles pour leurs fans. Lex s’imaginait que, grâce à leur effet revigorant, leurs admirateurs devaient écouter leurs morceaux en boucle dans leur esprit dès qu’ils se sentaient blessés, comme un sanctuaire personnel et portatif. Il comprenait aisément pourquoi tous ceux qui les avaient vus avaient déjà offert leur cœur aux Salsa Boys — heureusement, ils s’arrêtaient avant de leur livrer leur âme tout entière !
La performance dura trente minutes, mais, en toute honnêteté, on ne vit pas le temps passer. Lorsqu’elle prit fin, il n’y eut pas d’ovation debout — principalement parce que chacun était encore sous le choc de cette prestation éblouissante, en proie au regret qu’elle se soit achevée si vite.
Lex prit mentalement note de faire organiser le prochain concert des Salsa Boys à l’Auberge.
« Vous êtes prêts ? » demanda Lex.
Z se contenta d’un signe de tête tandis que Gerard entraînait Luthor, toujours en train de grommeler, vers les coulisses. Comme leurs recherches sur les précédentes compétitions de danse avaient démontré qu’un groupe de cinq personnes était optimal pour ce segment, l’Auberge avait également opté pour une troupe de cinq.
Z, Gerard et Luthor étaient les trois interprètes masculins, tandis que Jubi — anciennement connue sous le nom d’infirmière Jubilation, qui gérait la salle de soins, mais désormais directrice Jubilation puisqu’elle supervisait tous les hôpitaux de l’Auberge — et Sandra étaient les interprètes féminines.
Bien que Sandra, l’employée de l’Auberge capable de manipuler l’électricité et qui collectionnait désormais divers types de foudre, eût décliné les avances de Z, aucune gêne ne subsistait entre eux, ce qui était une bonne chose, car ils ne pouvaient se permettre la moindre maladresse dans leur numéro.
Le groupe disparut en coulisses et attendit que les Salsa Boys quittent la scène pour que les rideaux se referment une fois de plus.
Luthor était toujours contrarié car le nom qu’il avait suggéré pour leur groupe, « Chasseurs de Démons », n’avait pas été retenu, ne correspondant pas au thème de leur performance.
Jubilation s’était interrogée sur l’utilité même d’un nom de groupe, ce que Sandra avait totalement ignoré en suggérant qu’ils s’appellent les Voleurs de Foudre.
Lex se prit le visage entre les mains.
Finalement, incapables de trancher, et considérant que trois fondateurs des diverses maisons de Minuit faisaient partie du groupe, ils décidèrent de s’appeler simplement les Artistes de Minuit.
Les rideaux s’écartèrent, mais contrairement au début tonitruant des Salsa Boys, il n’y eut que le silence et l’obscurité.
Sans parler des interprètes sur scène, la scène elle-même n’était pas visible dans le noir complet qui avait englouti toute la plateforme.
Une seconde — une éternité pour un immortel — s’écoula sans que rien ne se produise. Puis, tel le plus doux murmure dans une nuit dépourvue de tout, le public entendit le son d’un archet effleurant les cordes d’un violon. Puis, graduellement, lentement, cela commença.
Le silence se courba sous le poids d’une note unique, fragile comme la brume à l’aube. Elle glissa du violon tel un secret libéré, tremblant dans l’air avant de trouver sa force. Un grain de lumière, semblable à celui d’une luciole solitaire dans l’immensité d’une obscurité éternelle, ondula.
La lumière était si faible que le public ne pouvait distinguer que quatre cordes et la section de l’archet qui les effleurait. En réalité, même les cordes n’étaient pas toutes visibles, seulement le segment précis d’où émanait la musique.
L’assistance était captivée. Pas une seule pensée parasite ne troublait leur esprit tandis que leurs regards convergeaient comme des rivières vers la mer, irrésistiblement attirés par le faible scintillement là où le crin effleurait l’acier. Cette étincelle solitaire régnait sur la salle, une étoile suspendue entre le silence et le chant.
La note unique commença doucement, mais à mesure que le temps passait, sa cadence s’éleva, tout comme le point de lumière.
Des silhouettes, les contours de cinq corps, commençaient à peine à se deviner dans les ténèbres. Le violoniste se tenait au centre, tandis que quatre corps se tenaient autour de lui, alternant hommes et femmes.
Ils étaient immobiles et sans vie, tels des statues dans l’absence de tout. C’était comme si le poids des ténèbres avait tout effacé, ne laissant d’eux que de pâles imitations de ce qu’ils étaient autrefois.
En observant la scène, Lex ne put s’empêcher de se remémorer la dépression qu’il avait autrefois ressentie. Il se souvint de ce sentiment, assis sur un banc, à se demander ce que cela faisait non seulement de vivre, mais de se sentir vivant. À cet instant, il se sentit comme un imposteur dans son propre corps. Après tout, comment pouvait-il être le même garçon, le même homme, qui possédait autrefois tant de vigueur pour la vie et toutes ses splendeurs ?
La dépression. C’était comme être une statue, figée par le poids oppressant des ténèbres, dépourvue de toute couleur et de tout sens.
Alors que cette unique note de violon résonnait à travers le Royaume de Minuit et le Royaume d’Origine, un sentiment de solennité saisit les deux mondes. Des milliers de milliards d’âmes étaient à l’écoute, captivées par le son du violon de Z, observant l’histoire qui était sur le point de se dévoiler.
L’art véritable est celui qui éveille quelque chose chez le spectateur. Les Salsa Boys, à travers leur performance, avaient partagé une démonstration d’énergie et de vigueur exaltante, faisant ressentir à tous la joie de vivre.
À présent, c’était au tour des Artistes de Minuit. Bien que toute leur performance restât à venir, ils avaient au moins présenté une séquence d’ouverture qui marqua les esprits.