Chapitre 236
Aux côtés d’Argentos se tenait un hollow tenant quelques cartes roulées, faites d’une vieille peau d’animal séchée. Peu après que tout le monde se fut réuni autour de la table, Argentos se leva, saisit l’une des cartes et la déploya sur la table d’obsidienne pour que chacun puisse la voir.
Cedric, assis à la droite d’Argentos, étudia rapidement la carte. La cartographie était remarquablement précise, dessinée avec un niveau de détail impressionnant. Il put identifier le territoire où ils se trouvaient à cet instant. Il put également reconnaître les zones environnantes, comme les marécages brumeux derrière eux, les plaines arides sur la gauche, et même le début des terres désolées de pierre et de crêtes au-delà des marécages.
Le regard de Cedric se porta au nord de la Demeure des Sculptés. Là, il vit ce qui ressemblait à un immense serpent enroulé.
À ce moment-là, Argentos prit la parole, poussant Cedric à lever les yeux vers lui :
« Le nom du territoire vers lequel nous marcherons dans quelques jours est Bhujanga-Dwipa. »
En entendant cela, les cadets se mirent à murmurer entre eux. Pour être honnête, même Cedric fut pris au dépourvu. Dans le jeu Seraphim of Doom, ce territoire était désigné sous le nom de Paradis du Roi ; c’était donc la première fois qu’il entendait ce nom.
Après un instant, Argentos pointa la carte et poursuivit : « C’est une île entourée d’eau. Si nous maintenons un rythme soutenu, il nous faudra deux jours pour atteindre le rivage, après quoi nous devrons traverser la vaste étendue du lac pour atteindre l’île elle-même. »
Il observa les cadets. Beaucoup ne pouvaient pas voir les détails précis de la carte depuis leur position, alors ils continuaient à le regarder avec méfiance.
Après quelques secondes, toujours en fixant les cadets, il dit d’une voix d’un calme troublant : « Maintenant, sachez que cette île entière est un immense serpent vivant. »
Les yeux de tout le monde s’écarquillèrent d’horreur et la pièce sombra dans un silence de mort.
« Quoi ?! »
Cedric reporta son regard sur l’image du serpent sur la carte, incrédule.
« C’est un serpent ? »
C’était une information que Cedric ignorait. Lorsqu’il jouait au jeu, il avait visité cette île massive. Il n’avait jamais pu l’explorer car il y était mort trop de fois. Après la vingtième mort, il avait abandonné et n’avait plus jamais défié les Seigneurs.
Malgré cela, il se souvenait clairement du terrain. Ce n’était pas seulement immense, c’était remarquablement beau. Cela ressemblait à une vaste île abritant des cités tentaculaires juste au-delà de la côte.
S’il devait comparer ce territoire à quelque chose de sa vie sur Terre, cela lui rappelait les films qu’il avait vus sur la Grèce antique. Il y avait cette même atmosphère de marbre blanc, de falaises escarpées et de rivages baignés de soleil.
Et maintenant, il apprenait que toute cette masse terrestre était un serpent vivant ?
C’est quoi ce délire ?
Un frisson parcourut la foule tandis que les murmures reprenaient.
Voyant la panique parmi les cadets, Argentos ajouta : « Vous n’avez pas à vous inquiéter. Il est plongé dans un sommeil profond depuis des millénaires. À moins que les fondations de son monde ne soient brisées, Bhujanga-Dwipa ne se réveillera pas pour nous. »
« Ouais, c’est ça. C’est pas du tout convaincant ! » pensa Cedric en déglutissant difficilement.
Si une chose pareille se réveillait, ils mourraient tous. Tout le monde mourrait.
Sans laisser aux cadets la chance de se noyer dans leur peur, Argentos reporta son attention sur la carte. Après quelques secondes, il poursuivit d’un air pensif : « Une fois arrivés au lac, nous pourrons traverser sa queue pour atteindre le corps principal. Cela ne devrait pas nous prendre plus d’une demi-journée. »
Il traça une ligne depuis le bord de l’eau jusqu’au corps enroulé de la bête.
« Le premier point de repère que nous rencontrerons est le Rivage Blanc d’Ophidia », dit Argentos en tapotant le bord du torse arrondi et enroulé. « C’est une vaste étendue de sable blanc et de falaises calcaires, couronnée par une série de fortifications en marbre. »
Il fit une pause et regarda Cedric en premier, avant de tourner lentement son regard vers les cadets. Après quelques secondes tendues, il parla avec une gravité nouvelle : « Je suis certain qu’à présent, les Seigneurs sont déjà au courant de notre... » il inclina la tête, « ...coopération. Ils savent qu’en nous déplaçant comme un seul homme, nous déclarons la guerre. À cause de cela, ils pourraient ne pas se contenter d’attendre que nous avancions sur leurs différents territoires. Ils pourraient choisir de nous affronter directement là où l’eau rencontre le sable. »
Il regarda à nouveau la carte, puis tapota encore le rivage. « Avant même de poser le pied sur ce sable blanc, soyez prêts à combattre. »
La pièce était silencieuse, et tout le monde fixait Argentos avec des yeux écarquillés, déglutissant dans une attente tendue. Même Cedric sentit une sueur froide perler dans son cou.
Il y réfléchit et se dit qu’Argentos avait probablement raison. Les Seigneurs choisiraient sans doute d’amener leurs armées sur le rivage plutôt que d’attendre sur leurs territoires. Après tout, ils voulaient vraiment voir les antagonistes morts. Il était possible que les cadets ne se rendent pas sur leurs territoires, mais suivent simplement le chemin principal menant au pont bleu. Donc oui, ils sortiraient certainement pour éviter cela.
Finalement, Argentos expira bruyamment. Il leva légèrement les mains sur les côtés, puis brisa le silence : « Comme promis, nous serons votre avant-garde. Nous serons les premiers à tremper le sable de sang et à encaisser le plus gros de leur salve initiale. Mais il appartient aux plus puissants d’entre vous de se frayer un chemin à travers leurs armées jusqu’aux Seigneurs. Une fois que vous vous serez débarrassés des Seigneurs, vous pourrez tous marcher vers le pont bleu. »
Il fit une pause et fit glisser son doigt sur le corps enroulé, s’arrêtant profondément dans les confins les plus au nord de l’île. Puis il tapota la carte deux fois. « Le pont bleu qui ramène à votre monde se trouvera quelque part ici. Je soupçonne que tous les Seigneurs ne seront pas sur le champ de bataille, mais qu’ils garderont le pont bleu. Vous pourriez donc avoir à les affronter là-bas également. »
Cedric regarda le point qu’Argentos indiquait. Cela ressemblait vraiment à un jeu où, pour gagner, il fallait battre le boss final.
Il soupira et détourna les yeux de la carte pour regarder les cadets. Il remarqua les différentes expressions sur leurs visages tandis qu’ils murmuraient entre eux. Il pouvait même voir que certains avaient des expressions de désespoir total.
Cedric secoua imperceptiblement la tête. Il ne pouvait pas les blâmer. Ils tentaient l’impossible, après tout. Ils tentaient de combattre des êtres de grade trois et quatre.
Inconsciemment, Cedric frotta son bras là où son tatouage était encré. Puis, son expression devint sérieuse et déterminée.
Quoi qu’il arrive, il devait s’assurer de survivre.
Il devait s’assurer que son Lien survive.