Chapitre 219
« Il nous reste un peu de temps avant le jour où le pont bleu apparaîtra. » Le ton de Cedric se fit sérieux. « J’aimerais te demander quelques faveurs. »
Argentos hocha lentement la tête. « Oui, je t’écoute. Si c’est dans nos cordes, bien entendu. »
Cedric réfléchit un court instant, puis déclara : « Ton peuple est ce qui se fait de mieux en matière de combat et de résilience physique. J’aimerais donc que vous accueilliez les miens pour les entraîner quotidiennement en vue de la bataille à venir. »
Argentos garda le silence un moment. Cedric fronça légèrement les sourcils, se demandant s’il n’en demandait pas trop.
« S’il te plaît, dis oui. »
Finalement, Argentos acquiesça. « C’est quelque chose que je peux organiser. »
Cedric sourit, s’efforçant de contenir son excitation.
En réalité, la raison de cette requête n’était pas l’entraînement en lui-même. Pour l’heure, les cadets ignoraient tout de l’ouverture prochaine du pont bleu dans le Paradis du Roi. Lorsqu’ils découvriraient qu’ils devaient affronter une cité de nagas et les Seigneurs — des êtres de Grade Quatre — pour rentrer chez eux, beaucoup risquaient de baisser les bras et de sombrer dans le désespoir.
Cedric avait donc formulé cette demande pour offrir un espoir aux cadets. Savoir qu’ils combattraient aux côtés d’êtres aussi puissants que les Hollow dominants renforcerait leur moral et leur prouverait que survivre à l’impossible était envisageable.
À tout le moins, cela leur donnerait la force mentale nécessaire pour oser se rendre au Paradis du Roi le moment venu.
Deuxièmement, cette requête visait à familiariser les cadets avec les Hollow dominants et à les habituer à combattre à leurs côtés avant que le chaos de l’éclipse ne s’abatte sur eux.
« C’est une excellente nouvelle. » Cedric soupira de soulagement, sentant la tension quitter ses épaules. Il changea de position, jetant un regard vers l’entrée de la salle. « Si je retourne au camp seul, ils ne me suivront peut-être pas. J’aimerais donc que quelques-uns des tiens m’accompagnent demain matin pour aller les chercher. »
Argentos hocha la tête. « Dans ce cas, j’enverrai quelques-uns des miens avec toi demain matin. »
Cedric acquiesça. « Merci, Argentos. »
Tous deux se levèrent lentement et se dévisagèrent un instant. Puis, Argentos tourna la tête vers l’entrée et lança : « Entre, Marcus. »
En réponse, les portes de la chambre s’ouvrirent et un Hollow dominant à la silhouette élancée entra. Marcus s’approcha d’un pas mesuré et s’inclina profondément.
Argentos désigna alors Cedric et ordonna : « Conduis-le à sa chambre. Cedric restera parmi nous quelque temps. »
Les yeux de Marcus s’écarquillèrent et il alterna son regard entre les deux hommes, confus. Il semblait vouloir poser une douzaine de questions, mais l’atmosphère pesante de la pièce le força à garder le silence.
« Euh... oui, mon seigneur. » Il regarda Cedric et lui fit signe de le suivre. « Par ici, euh, Cedric ? Je vais vous montrer votre chambre. »
Cedric hocha la tête, enfonça ses mains dans ses poches et commença à le suivre lentement.
Une fois dans le couloir, tous les corbeaux de Cedric se dissipèrent en fumée, à l’exception d’Aika, toujours perchée sur son épaule.
Marcus et Cedric marchèrent en silence jusqu’à ce que Marcus s’arrête devant une porte. « C’est ici que vous logerez. »
Cedric acquiesça et, tandis que Marcus s’écartait, il poussa la porte pour révéler une chambre spacieuse. Elle était vide, meublée seulement d’un grand cadre de lit en pierre surmonté d’un fin matelas de lin rempli de paille sèche, et d’une fenêtre donnant sur les rues silencieuses et en ruines en contrebas.
Marcus hocha la tête, son expression oscillant toujours entre crainte et suspicion. « Si vous avez besoin de quoi que ce soit, je serai posté juste devant la salle. »
« Merci, Marcus. »
Marcus sourit et fit demi-tour, ses pas résonnant doucement sur la pierre alors qu’il regagnait le couloir principal.
Cedric ferma la porte, s’approcha du lit et s’y laissa tomber. Il s’étala de tout son long, le regard fixé sur le plafond voûté. Il resta immobile pendant un long moment, se contentant d’accuser le coup de tout ce qui s’était passé depuis le début de l’éclipse.
Il fixait toujours le plafond quand le visage d’Aika vint soudainement occulter sa vue. Elle avait repris sa forme humaine et se penchait sur lui. Elle prenait appui sur ses coudes de chaque côté de son torse, ses cheveux tombant en vagues sombres et épaisses sur ses épaules, créant un petit espace privé qui sentait divinement bon.
« Tu réfléchis encore trop », dit-elle.
« ... »
Cedric plongea son regard dans ses yeux bleu vif et, inconsciemment, prit une inspiration lente, humant le parfum qui semblait toujours l’accompagner. Pour quelqu’un dont les pouvoirs étaient centrés sur la mort et la décomposition, Aika avait toujours senti bon, dès le premier jour où il l’avait vue.
Elle sentait la lavande sauvage et la menthe écrasée.
Les épaules tendues de Cedric se détendirent soudain contre le matelas de paille tandis qu’il laissait échapper un long soupir. La présence d’Aika était si apaisante qu’elle rendait le reste du monde flou et insignifiant.
« Eh bien, tu ne peux pas m’en vouloir », répondit finalement Cedric. « Il y a beaucoup de choses à penser. Par exemple, je sais que nous avons les effectifs des Hollow dominants maintenant, mais j’ai l’impression que ce n’est pas suffisant. Il nous faut bien plus de Dominants si nous voulons défier les dix territoires différents et atteindre les Seigneurs eux-mêmes. »
À ces mots, il vit Aika pincer ses lèvres et sourire.
« Si c’est ça qui te tracasse, alors je suis sûre que tu seras très heureux de voir ceci », dit-elle.
Cedric haussa un sourcil. « Voir quoi ? »
Aika ne répondit pas immédiatement. Elle continua de le regarder avec un sourire en coin, tout en balançant ses jambes d’avant en arrière.
Voyant Cedric s’impatienter, elle lui tira les joues en secouant légèrement la tête. « C’est quoi ce suspense, mademoiselle ? Parle et arrête de faire ta mignonne. »
Aika laissa échapper un rire étouffé alors qu’il lui tirait le visage.
« Lâche-moi, idiot, tu vas finir par m’arracher mon joli minois », réussit-elle à dire, repoussant ses mains pour s’asseoir correctement. Elle écarta ses cheveux de ses yeux et le regarda, les joues désormais rosies.
« Privilèges de joueur », ajouta-t-elle en se frottant le visage avec une petite moue. « Affiche nos statistiques. »
Soudain, un écran apparut entre elle et Cedric.
Cedric eut à peine le temps de parcourir le profil que ses yeux s’écarquillèrent et qu’il lâcha : « C’est quoi ce... ! »