Chapitre 10
Chapitre 10
Traductrice : Karameruhime
* * *
Après ce grand remue-ménage, Thalia se mit à rester confinée dans le palais annexe.
Mais un jour, alors qu'elle roulait comme une boule sans savoir où aller, les servantes qui l'espionnaient sans relâche lui apprirent que le garçon qui l'avait frappée était le prince héritier de l'Empire et son demi-frère. Et que la fillette aux cheveux noirs aperçue dans le bosquet de bouleaux était sa demi-sœur……
Elle apprit également que les deux avaient perdu leur mère il y a moins de six mois.
Cela signifiait que l'ancienne impératrice Bernadette était morte à peine trois semaines avant qu'elle et Senevier n'entrent au palais.
Senevier avait même effacé toute trace de l'ancienne impératrice dès son arrivée au palais.
Elle pensa que le petit jardin caché derrière le palais principal était peut-être la dernière trace de Bernadette que sa mère n'avait pas eu le temps de faire disparaître.
Elle regarda par la fenêtre.
La pluie d'été s'abattait sur le jardin soigneusement entretenu par sa mère. Les plantes du jardin, gorgées d'eau et dégageant une forte odeur d'herbe, lui semblaient de terrifiants monstres.
Elle tira le rideau de la fenêtre. Puis elle s'assit recroquevillée sur son lit et fit défiler dans sa tête le regard haineux du prince héritier et le visage blême de terreur de sa demi-sœur. Et le garçon aux yeux bleus qui l'avait serrée dans ses bras comme pour la protéger et l'avait regardée……
« Varkas Raedgo Siarkan…… »
Elle murmura machinalement son nom en fixant le plafond.
Elle avait enfin appris le nom du garçon, mais n'en éprouvait aucune joie. Car elle avait compris qu'il ne lui sourirait jamais.
L'ancienne impératrice Bernadette était issue de la famille du vicomte Oristène, l'une des grandes familles nobles d'Osiria, mais sa mère était une noble de la famille Siarkan. La défunte impératrice et Varkas étaient donc de lointains parents.
De plus, il avait été recueilli et choyé par Bernadette dès son jeune âge lorsqu'il était entré au palais. Il considérait peut-être Senevier comme son ennemie.
« Et moi aussi…… »
En repensant aux yeux froids et dédaigneux qui l'avaient regardée, elle ressentit pour la première fois de la honte d'être la fille de Senevier. Même son apparence dont elle avait toujours été fière, tant elle ressemblait à sa mère, lui semblait soudain honteuse.
Thalia ne voulait pas ressentir ça.
C'est moi qui ai reçu les coups, pourquoi devrais-je me sentir coupable ?
C'était le prince héritier qui avait mal agi.
Je n'avais vraiment rien fait. Qu'est-ce que j'ai fait de mal ? Je ne suis pas mauvaise. Je n'ai rien fait de mal.
Thalia se le répétait sans cesse. Mais chaque fois qu'elle se retrouvait entourée des regards froids des servantes, cette pensée s'évanouissait aussitôt.
Thalia comprit parfaitement le sens de ces petites cruautés que les servantes lui infligeaient en secret.
Lui apporter de l'eau de bain froide comme de la glace et la frotter si violemment que sa peau en devenait écarlate, lui planter subtilement des épingles dans la peau à chaque fois qu'elles l'habillaient, lui tirer les cheveux si brusquement qu'elle en avait la tête en sang, lui servir des repas froids à chaque repas…… Tout cela était leur façon de la punir à leur manière.
Lui apporter de l'eau de bain froide comme de la glace et la frotter si violemment que sa peau en devenait écarlate, lui planter subtilement des épingles dans la peau à chaque fois qu'elles l'habillaient, lui tirer les cheveux si brusquement qu'elle en avait la tête en sang, lui servir des repas froids à chaque repas…… Tout cela était leur façon de la punir à leur manière.
Elle savait qu'on la détestait. Mais comme c'était pareil au château des Taren, elle n'y accordait pas vraiment d'importance.
Quand la nuit tombait et qu'elle pleurait, Senevier la serrait dans ses bras et lui disait qu'elle était le fruit d'un amour sincère et qu'elle n'avait pas à se soucier de ce que les gens pensaient.
Thalia avait cru ces mots et avait toujours essayé d'agir avec assurance. Mais maintenant sa mère n'était plus à ses côtés, et autour d'elle les murmures ne cessaient de rappeler combien l'ancienne impératrice avait été aimée et vertueuse, et combien elle avait souffert.
Thalia devint progressivement renfermée et abattue. Sa tête qu'elle portait toujours haute se mit à se recroqueviller comme une tortue, son regard se porta naturellement vers le sol. Les servantes qui perçurent ce changement devinrent de plus en plus cruelles. L'Empereur bien sûr, mais même Senevier semblait ne plus lui accorder d'attention particulière, comme si elle n'avait plus à craindre d'être punie.
Aux yeux de ces gens, Thalia n'avait jamais été la princesse de l'Empire. Elle n'était que la preuve honteuse et répugnante de la trahison envers l'impératrice Bernadette, qui avait servi loyalement pendant des années et dont le cœur avait été brisé.
Chaque fois qu'elle parcourait les couloirs, elle pouvait entendre leurs chuchotements à son sujet. Elle avait l'impression que sa tête allait éclater. Chaque fois qu'elle entendait des mots qui la blessaient, un sentiment d'injustice et de colère montait en elle.
Mais comme sa seule existence avait causé tant de souffrances à tant de gens depuis sa naissance, cette tristesse lui semblait parfois être une épreuve qu'elle devait simplement endurer. Pourtant le harcèlement de ces gens atteignit un niveau qu'elle ne pouvait plus du tout supporter.
Cela faisait déjà deux jours que Thalia était arrivée au palais. Elle descendait à la salle à manger pour prendre son petit-déjeuner, enveloppée dans une étrange et sourde anxiété.
Ce jour-là, de nombreux domestiques étaient sortis pour vaquer à leurs occupations. En voyant les servantes alignées le long du mur, elle ressentit un sinistre pressentiment, comme si quelque chose d'horrible allait se produire.
Mais contrairement à ce qu'elle craignait, les domestiques étaient calmes, et la table était chargée d'une abondance de nourriture. Thalia regardait fixement les assiettes en argent, comme hypnotisée.
Une servante de cuisine apporta du pain fraîchement grillé aux notes de noisette au lieu du pain dur ordinaire, accompagné de beurre, puis devant elle fut déposée un rôties de cailles et un ragoût fumant.
Ces derniers mois, elle n'avait mangé que des repas frugaux et terribles. En voyant cette soupe chaude et épaisse, si différente de la soupe froide et aqueuse comme de la pluie, des larmes lui montèrent malgré elle aux yeux.
Thalia balaya les domestiques du regard. Des dizaines de paires d'yeux observaient sa réaction.
Se sont-ils enfin lassés de me persécuter ? Est-ce qu'ils me pardonnent enfin mon existence et ont décidé d'être aimables avec moi ?
Thalia saisit une cuillère. Puis elle porta à sa bouche la soupe chaude dont la vapeur montait en volutes. Le riche arôme du beurre, du lait et de diverses herbes, ainsi que sa douceur veloutée, se répandirent dans toute sa bouche.
Après si longtemps, la saveur d'un repas chaud fit affluer en elle une faim dévorante. Oubliant toute retenue, elle se mit à avaler la soupe goulûment.
Au bout d'un moment, elle perçut soudain un goût très étrange. Contrairement aux épices, la viande mijotée avait un parfum trop fort, trop entêtant. Elle fronça les sourcils et posa les yeux sur la soupe qu'elle s'apprêtait à avaler.
C'est alors que des gloussements lui parvinrent dans le dos.
Thalia se retourna brusquement. Les servantes affichaient toutes des visages impassibles, les yeux baissés. Pourtant, Thalia voyait clairement leurs commissures tressauter. D'un coup, une sueur froide lui parcourut le dos.
Après une brève hésitation, Thalia retourna son bol avec la cuillère. Elle écarta les morceaux sombres et épais, et aperçut au fond du bol ce qui ressemblait à un gros morceau de viande aplati. Non… ce n'était pas de la viande.
Thalia sortit avec sa cuillère la chose grisâtre et molle. Elle resta pétrifiée sous le choc. Dans le bouillon épais flottait un gros rat gris, la gueule ouverte, figé dans la mort. Pas un cri ne sortit de sa gorge.
Elle glissa de sa chaise et tomba à terre, vomissant la soupe qu'elle avait avalée. Les nausées ne s'arrêtaient pas.
L'âcre odeur de vapeur montant de la casserole devenait de plus en plus forte. Il lui sembla que le goût de ce rat mort s'incrusterait à jamais sur sa langue.
Elle plaqua ses doigts contre sa gorge et tira sur sa langue pour cracher les restes qui refusaient de sortir.
Combien de temps resta-t-elle ainsi allongée sur le sol à vomir ? À travers sa vision brouillée de larmes, elle aperçut une paire de pieds qui allaient et venaient autour de la table.
Thalia leva péniblement la tête. La servante chargée des cuisines essuyait tranquillement les assiettes comme si de rien n'était. Les autres domestiques s'affairaient eux aussi autour de la table, essuyant les bols et nettoyant la table. Comme s'ils ne voyaient pas la scène, Thalia étendue sur le sol avec son vomi...