Chapitre 2 089
« Tu sais, quand j’ai pensé que tu pourrais fabriquer quelque chose dont la “Qualité Épique” serait discutable, je m’attendais plutôt à ce que ce soit à l’autre extrémité de l’épique.
Mais ça, c’est tout autre chose », fit remarquer Eryman.
Rue contempla son ouvrage, faisant tourner la lance entre ses mains.
« Oui, elle est merveilleusement réussie. Je pense que si nous avions ajouté quoi que ce soit de plus, l’arme aurait pu atteindre la Qualité Peerless dès le départ. Mais là, son amélioration tient simplement au fait qu’il s’agit d’une Arme Sacrée.
Il faut être sacrément dévot pour que l’arme s’améliore », expliqua-t-elle.
« Ah, donc les Paladins, les Avatars, sans doute la plupart des clercs. »
Rue acquiesça. « Certains, dans chaque catégorie, pourraient ne pas remplir les critères. C’est dire à quel point ils sont stricts. Mais les Avatars ont pratiquement la garantie d’obtenir ce bonus. S’ils n’étaient pas dans les bonnes grâces des dieux, ils n’auraient pas reçu ce statut.
Honnêtement, je suis encore un peu stupéfaite que Karl soit devenu l’Avatar du Dragon du monde.
Je sais que le Dragon du monde est un peu à part et que le Système a toujours favorisé Karl, mais le désigner comme avatar aussi tôt me semble prématuré. »
« C’est probablement à cause de son épouse renarde.
Le Dragon du monde a un faible pour ceux qui ne doivent absolument tout qu’à une chance complètement absurde, et il adore les choses mignonnes. On m’a raconté qu’à une époque, le Dragon du monde avait gardé une Lamia comme animal de compagnie et la portait en guise de ceinture. »
Rue adressa un regard dubitatif à la Légende.
Elle avait entendu quantité de rumeurs sur le Dragon du monde et ses Anciens, réputés pour garder presque tout comme animal de compagnie.
Au point que le Dragon Noir en avait assez de leurs sottises. Mais imaginer qu’ils portaient réellement une Lamia en guise de ceinture lui semblait un peu tiré par les cheveux. Et puis, comment la maintenir en place ? Les Lamias étaient comme les Nagas, une espèce douée de raison. Elles pouvaient simplement se dérouler et s’en aller.
Cela dit, mieux valait peut-être ne pas raconter cette rumeur à Remi. Elle trouverait une excuse pour ne plus aller nulle part seule et se ferait transporter partout.
Les Nagas trouveraient cette idée bien trop avantageuse : elle pourrait simplement s’enrouler autour de quelqu’un et poursuivre la conversation pendant qu’il s’occupait à autre chose. C’était le summum de l’efficacité, tant que la personne à laquelle elle s’attachait faisait ce qu’elle avait envie de faire.
Finalement, ce n’était peut-être pas aussi tiré par les cheveux que ça en avait l’air.
Rue tendit la lance à la Légende afin qu’il l’examine lui-même. Eryman en passa les détails en revue avec l’œil exercé d’un homme qui avait livré d’innombrables batailles au fil d’innombrables siècles.
S’il y avait un défaut caché, il le trouverait.
« Tout me paraît en ordre. Je ne vois aucun défaut de fabrication ni aucun problème évident dans sa conception. Je pense que les gardes en seront ravis. Ils n’utilisent pas souvent la lance au combat, mais je soupçonne que cela changera dès qu’ils en auront une entre les mains.
Elles sont tout simplement trop bonnes pour rester de simples armes de cérémonie. »
Tian acquiesça. « Si tu leur achètes le meilleur équipement, ils s’en serviront, c’est certain. Ces lances leur faciliteront grandement la tâche au combat, puisque la compétence qu’elles renforcent le plus consomme très peu de mana. Et elles améliorent aussi toutes leurs capacités élémentaires sacrées, donc elles sont tout simplement très utiles. »
« Alors, combien de temps vous faudra-t-il pour fabriquer les autres ? »
Rue haussa les épaules. « Le métal est prêt, il ne nous reste qu’à le façonner, puis à l’enchanter. Il nous faudra donc à peu près autant de temps que pour celle-ci, mais sans attendre que le métal fonde. »
Eryman eut un petit rire en regardant la forge. « Tu sais, il y a des guildes qui verseraient des larmes de douleur en voyant autant de métal de rang Suprême dans une forge. Cette richesse dépasse les réserves de certains petits clans.
Sans mes matériaux légendaires à échanger, je pense que ça m’aurait ruiné. »
Tian sourit de toutes ses dents. « Vois les choses comme ça : on ne te fait payer que le prix de la Qualité Épique, alors qu’elles sont à mi-chemin de la Qualité Peerless. Tu dépenses peut-être beaucoup, mais tu fais une excellente affaire.
Tu économises.
Tout le monde aime faire des économies, non ? »
Eryman n’était pas convaincu que les choses fonctionnaient ainsi. Peu importait la bonne affaire qu’on avait faite : quand on dépensait une fortune, on dépensait une fortune. C’était simplement parfois de l’argent bien dépensé.
« Eh bien, puisque tu le présentes comme ça, pourquoi ne pas en fabriquer une vingt et unième, pour que j’aie la même que mes gardes ? »
Elles étaient vraiment si bonnes, même s’il avait déjà une arme légendaire comme arme principale.
« Oh, voilà une excellente nouvelle. Les nombres impairs portent bonheur. »
Cara acquiesça avec enthousiasme, à l’unisson de Tian. Eryman commença à se demander si elle était simplement venue parce que sa présence le déstabilisait et l’obligeait à se demander ce qu’elle mijotait, ou si elle avait un grand projet en tête pour lui.
Un blaireau du Chaos ne faisait jamais rien sans raison. Même si cette raison était simplement de voir si quelque chose d’amusant allait se produire.
Alors, la voir débarquer ici, en sachant ce qui s’y passait, était hautement suspect.
Et Cara adorait ça.
Mais elle était venue pour une raison bien précise, et pas seulement pour montrer à la Légende où se procurer de nouveaux joujoux pour embrocher ses ennemis. Opal avait senti qu’il y avait de l’amour dans l’air, et il fallait éloigner les gardes personnels de la Légende.
Tant qu’elle resterait là à se comporter de façon suspecte, il n’irait pas les chercher et les choses auraient le temps de suivre leur cours.
Pour le meilleur ou pour le pire.
Mais sa présence ici n’avait pas que des inconvénients. C’était amusant d’observer les Lycans. Ils étaient tellement absorbés par leur travail que leurs oreilles tressaillaient et trahissaient chacune de leurs pensées, alors même qu’ils ne se disaient pas un mot.
C’était presque une forme de langage des signes, sauf qu’ils ne se rendaient même pas compte qu’ils le pratiquaient.