Chapitre 84
Les vents de la Vallée de Blackwind n'étaient pas seulement bruyants et lourds, ils étaient aussi très froids.
Comme les bêtes de la Vallée de Blackwind étaient des Bêtes de la Nuit qui détestaient le feu et la lumière, il ne devrait y avoir aucun air chaud dans la vallée.
Pourtant, Simon sentait une brise particulière venant de l'est, une brise chaude.
Ce n'était pas flagrant, mais pour Simon, qui se concentrait sur les vents et dont l'affinité avec l'élément vent était extrêmement élevée, une telle anomalie ne pouvait passer inaperçue.
Il fronça les sourcils et se focalisa sur ce courant d'air précis.
Une fois certain de ne pas se tromper, il ouvrit les yeux et tourna son regard vers l'est.
« Est-ce que je devrais aller vérifier ou non ? » marmonna-t-il pour lui-même avec une expression pensive, avant de commencer à peser le pour et le contre.
La raison principale pour laquelle il voulait explorer la source de ce vent chaud était qu'il pensait pouvoir y trouver quelque chose d'intéressant ou d'utile.
Il n'avait aucune preuve, et pour tout ce qu'il en savait, il pouvait très bien marcher droit dans un piège mortel ou un endroit extrêmement dangereux, comme tant d'autres candidats malchanceux à cette épreuve.
L'air chaud pouvait même provenir d'une bête extrêmement puissante de la vallée, et s'en approcher pourrait signer son arrêt de mort.
Cependant, il existait aussi la possibilité qu'il découvre un trésor que le clan n'avait pas encore trouvé.
La probabilité était très faible, mais son instinct lui soufflait d'aller voir.
Cet instinct particulier ne venait pas de sa lignée, mais de son expérience en tant que Héros.
Il ne pouvait plus compter le nombre de fois où il avait fait confiance à son intuition pour explorer un lieu en quête d'un trésor, et il en avait trouvé un dans plus de 80 % des cas.
« Eh bien, il est temps de faire confiance à mon instinct de héros. Ma chance a été merdique depuis ma réincarnation dans le royaume démoniaque, mais je dois prendre des risques de temps en temps. »
Simon se dégourdit le cou, puis jeta un dernier regard à la bataille qui faisait rage.
S'il décidait de jouer la sécurité, il devrait attendre des heures avant que la lune pourpre ne se lève.
Comme il avait très probablement accumulé assez de points, il préférait consacrer son temps à quelque chose de plus gratifiant.
Et comme il se l'était dit, il comptait bien tuer toute bête croisant son chemin ou récupérer l'essence d'ombre condensée de tout candidat malchanceux.
« Exploration, donc. »
Simon fit volte-face et commença à marcher vers l'est, laissant derrière lui le chaos qu'il avait engendré.
En suivant le vent chaud de l'est, il alterna entre marche et course pendant plusieurs minutes.
Il rencontra quelques bêtes en chemin, s'arrêta pour les tuer, puis utilisa son essence d'ombre condensée pour absorber les cadavres.
Ce serait vraiment humiliant si, à la fin de la journée, il ne possédait pas assez de points pour réussir la deuxième épreuve après tout ce qu'il avait fait.
Certains candidats le reconnurent et tentèrent de l'arrêter, mais il les assomma ou les roua de coups jusqu'à ce qu'ils ne puissent plus bouger.
Cependant, il remarqua quelque chose d'étrange et de dégoûtant, une familiarité inquiétante chez certains candidats.
Les bras, le cou, voire le visage de certains d'entre eux se transformaient en bois.
Leurs pupilles étaient constamment dilatées, et leur façon de parler rappelait celle d'un homme sous l'emprise de drogues. Certains se griffaient le corps sans discontinuer, malgré le fait qu'ils aient presque arraché toute leur chair.
C'était un spectacle bien trop familier pour Simon, et il savait pourquoi ces candidats agissaient ainsi.
L'Odrasil.
Simon comprit que l'Odrasil répandait ses graines et utilisait les infectés pour récolter des points à sa place.
Il n'éprouvait aucune pitié pour les démons infectés par la graine de l'Odrasil, mais il voulait tout de même mettre un terme aux agissements de ce démon répugnant.
Cependant...
« Une fois arrivé à cet endroit, je reviendrai tuer l'Odrasil si possible. Je me tuerais moi-même si je ratais un trésor à cause d'un gamin de l'Odrasil. »
Simon ruminait ces pensées en fixant un candidat infecté. Celui-ci était inconscient, étalé sur le sol dans une position totalement grotesque.
Simon secoua la tête, puis reprit sa course vers l'endroit d'où venait le vent chaud.
Après avoir couru pendant près d'une heure, il finit par déboucher sur une clairière circulaire.
Rien d'inhabituel, si ce n'est que les arbres étaient disposés en cercle.
Pas de grotte, pas de montagne, pas de falaise. Il n'y avait rien, et Simon était déconcerté.
« Qu'est-ce qu'il y a ici ? »
Simon ferma les yeux, puis, une seconde plus tard, baissa le regard.
« En dessous ? »
Simon fronça profondément les sourcils en fixant l'endroit d'où il sentait le vent chaud provenir.
« Je dois creuser ? » C'était ce qui l'agaçait, et il claqua de la langue.
« Tout pour un trésor potentiel, j'imagine. »
Il s'avança et chercha autour de lui quelque chose pour creuser, autre que ses mains.
S'il devait utiliser ses mains pour chercher un trésor, il pourrait tout aussi bien y passer des semaines.
« À moins que le trésor ne soit pas si profond... Mais s'il n'est pas profond, il aurait déjà été trouvé. »
Simon soupira, puis continua à marcher autour de la zone.
Grincement
Whoosh
Les oreilles de Simon tressaillirent lorsqu'il entendit un son extrêmement faible et étrange. Il regarda autour de lui, mais ne vit rien.
« C'était quoi ça ? »
Il fit un pas en arrière et entendit le son plus clairement, malgré les rugissements du vent.
Il baissa les yeux, mais ne vit rien d'autre que de la terre.
Il plissa les yeux, puis balaya le sable du pied à plusieurs reprises.
Quelques secondes plus tard, ses yeux s'écarquillèrent lorsqu'il découvrit une porte en bois encastrée dans le sol.
« J'imagine que je n'ai pas besoin de creuser. »
Simon se pencha et tira sur la porte de toutes ses forces. Il dut renforcer son corps avec de l'énergie démoniaque, et fut surpris par la difficulté de la tâche.
« J'ai l'impression d'avoir soulevé une voiture. »
Simon expira longuement, puis fixa la porte en bois qui menait vers un lieu inconnu sous terre.