Chapitre 167
Chapitre 167
« BORDEL ! »
Le chercheur Mahan, l'instructeur Valdin et tous les autres membres du laboratoire sursautèrent face au rugissement de Simon ; personne ne s'y attendait.
Selon l'expérience et les connaissances du chercheur Mahan, Simon ne devrait pas ressentir une telle douleur après une simple injection de la Formule X-V.
Pourtant, Simon souffrait, en proie à un inconfort total, une réaction qu'il n'avait lui-même pas prévue.
Lorsqu'il avait reçu les Formules X-I, X-II, X-III et X-IV, il avait seulement senti un liquide froid parcourir son corps.
Parfois, le liquide semblait se transformer en gaz, avant de redevenir liquide en circulant dans ses veines.
Mais à l'instant où Mahan lui injecta la Formule X-V, tout s'abattit sur lui d'un seul coup.
D'abord, le froid. C'était comme si le liquide injecté dans son sang gelait tout sur son passage, glaçant chaque parcelle de son corps.
Il avait l'impression d'avoir été jeté dans les profondeurs de l'Antarctique, sur Terre.
La douleur était intense, mais ce n'était pas tout.
Il sentait chaque organe, chaque goutte de sang, chaque tissu, chaque muscle et chaque os de son corps s'enfoncer.
Il ne coulait pas physiquement, mais il avait la sensation que tout ce qui le composait sombrait dans un abîme de froid et de ténèbres. Un endroit dépourvu de vie, lui infligeant une souffrance indescriptible.
Il aurait dû hurler, comme le garçon précédent, mais la tolérance à la douleur de Simon était hors norme.
Malgré le supplice, il se contenta de rugir et d'insulter. Son corps se cabra, manquant de briser ses sangles. Sa tête oscillait violemment de gauche à droite, ses jambes tremblaient.
Sa force physique, comparable à celle d'un Archidémon, se manifesta, mais personne ne s'en soucia ni ne s'en étonna.
Tous voyaient ses veines devenir totalement noires ; ses grognements et le grincement de ses dents le faisaient ressembler à un démon possédé.
« Qu'est-ce que vous faites ?! La Formule Y-V ! MAINTENANT ! »
Le chercheur Mahan fut le premier à sortir de sa stupeur. Il aboya un ordre à ses assistants, et l'un d'eux accourut pour lui tendre la seringue contenant la Formule Y-V.
Mahan s'en saisit et la planta violemment dans le bras de Simon.
Le liquide cristallin pénétra dans le sang de Simon et, trois secondes plus tard, il se détendit lentement.
Sa respiration se stabilisa, et la noirceur dans ses veines se résorba.
Après une minute, son état s'améliora nettement, et Mahan laissa échapper un profond soupir de soulagement.
Même si Simon n'était qu'un esclave, il aurait été regrettable qu'il meure durant la procédure, surtout après avoir découvert son affinité avec l'ombre de grade C.
« Seulement trois Initiés et j'ai l'impression d'avoir fait une percée générationnelle. Quel genre de classe est-ce là ? » marmonna Mahan avant de reprendre son souffle.
« Hé, chercheur Mahan. Vous pouvez enlever ces entraves ? Je suis sûr qu'on en a fini. »
Les yeux de Mahan s'écarquillèrent, il fixa Simon avec surprise.
« Tu es encore conscient ? »
« Comme vous pouvez le voir, oui. »
La surprise de Mahan redoubla : la voix de Simon était calme, sans tension, comme s'il n'avait pas traversé un tel calvaire.
« Tu... tu... *Soupir*... Tu es vraiment un cas à part, gamin. »
Mahan fit signe à ses assistants de retirer les entraves, puis reprit :
« Normalement, les jeunes de ton âge perdent connaissance après ce que tu viens de subir ; la douleur est trop forte. Leur cerveau se coupe par mécanisme de défense... Mais toi, tu es différent. »
Simon ne répondit rien, fixant simplement sa poitrine, ses bras et ses pieds tandis qu'on le libérait.
« Après ce qui vient d'arriver, qu'est-ce que ça signifie ? »
C'était ce que Simon voulait savoir. Il n'avait aucun besoin de se vanter de sa tolérance à la douleur, et il n'avait pas envie de l'entendre de la bouche du chercheur.
Il voulait savoir si ses propres déductions étaient correctes.
Mahan cligna des yeux. Il était déconcerté par le calme et la prestance de Simon, au point de se demander s'il s'agissait vraiment d'un adolescent.
« Ces yeux... Je ne sais pas, mais ils contiennent une indifférence et une noirceur grandissante qui me terrifient. Je suis un chercheur, j'aime explorer l'inconnu, mais mon instinct me dit de ne pas chercher la source de la noirceur et du détachement de ce garçon. »
Mahan finit par répondre à la question de Simon.
« D'après ce qui vient de se passer... Ton potentiel d'affinité avec l'ombre plafonne au grade C. Tu ne peux pas dépasser ce grade avec les méthodes artificielles de notre Clan. Au mieux, tu pourras faire passer ton affinité de grade C intermédiaire à C supérieur. Mais aller au-delà est impossible. »
La dernière entrave fut retirée. Simon frotta son poignet, le fit tourner en l'observant.
Il resta silencieux un moment avant de lâcher :
« Je vois. »
Il n'ajouta rien. Mahan estima qu'il devait au moins partager ses quelques hypothèses.
« Normalement, si quelqu'un éveille une affinité avec l'ombre durant son Rite de passage à l'âge adulte, son potentiel augmente d'au moins un grade. »
« Donc, pour toi, je m'attendais à un potentiel de grade B au minimum. Je ne sais pas pourquoi le tien est différent, mais j'ai quelques idées. »
« Puisque tu as dit avoir perdu connaissance avant de te réveiller avec cette affinité, je pense que l'opportunité que tu as rencontrée par hasard est la raison pour laquelle ton potentiel ne peut pas dépasser le grade C. »
« Si tu veux, je peux faire d'autres tests pour déterminer précisément ce qui ne va pas chez toi. »
Simon descendit du lit. Bien qu'il se sente un peu faible et que ses jambes le lancent, il pouvait marcher.
Bien.
« Ne vous inquiétez pas pour moi, chercheur Mahan. Je vais m'en sortir. »