Chapitre 84
« Le premier cours de cuisine de Mahirun ! »
On aurait dit qu’une musique d’émission culinaire passait en fond sonore quand Chitose a lancé cette phrase, et Amane n’a pas pris la peine de dissimuler son dédain en la regardant.
Ils avaient organisé ce cours de cuisine avec Mahiru le premier jour de la Golden Week, chez Amane.
La raison était simple : c’était un endroit pratique pour que Mahiru et Chitose se retrouvent, et un lieu où Amane pouvait entrer.
Les parents de Chitose étant dans les parages, elle ne pouvait pas faire trop de bruit. Quant à Amane, il n’était pas très chaud à l’idée d’aller chez Mahiru. Il ne restait donc que son appartement.
« Youpiii ! » Chitose s’est agitée en enfilant son tablier. Mahiru a esquissé un sourire en coin en mettant le sien.
« Accueillez comme il se doit notre professeure du jour, Mahiru Shiina-san ! »
« Tu parles d’un accueil. C’est toi qui t’es invitée, je te rappelle. »
« Et voici notre poison… enfin, notre invité, que j’ai convié. Le très difficile Amane Fujimiya-san ! »
« La ferme. C’est chez moi, en plus. »
« Tu casses l’ambiance. »
Tôt le matin, Amane n’était pas aussi dynamique que Chitose.
Il était à peine neuf heures passées.
Ils avaient choisi cette heure-là pour pouvoir déjeuner une fois le cours terminé.
Le timing en soi n’était pas un problème, mais Amane avait du mal à gérer l’enthousiasme débordant de Chitose alors qu’il venait tout juste de se réveiller.
« … Désolé. C’est un peu tôt. »
« Mais non, t’inquiète pas. Après tout, je vais pouvoir manger ce que tu cuisines. Plus important encore, garde un œil sur Chitose pour être sûr qu’elle n’ajoute pas d’ingrédients bizarres. »
« Tu te méfies vraiment à ce point de moi ? »
« T’as oublié ce que t’as fait pour la Saint-Valentin ? »
Amane ne pourrait jamais oublier la farce qu’elle lui avait faite avec ces chocolats.
Bien sûr, les normaux étaient très bons, mais le gros lot et les saveurs excentriques avaient été tellement choquants qu’Amane en gardait un souvenir cuisant.
Chitose prétendait qu’ils étaient comestibles, ce qui prouvait que ses papilles n’étaient pas très fiables.
« Ahaha, c’était juste une blague. Si je cuisine normalement, ça devrait aller, probablement. »
« Ce "probablement" à la fin ne me rassure pas du tout, tu sais. Espèce d’idiote… fais juste quelque chose que je peux manger. »
« Ok, c’est compris. »
Laisse-moi faire ! Chitose a retroussé ses manches avec assurance. Amane était nerveux, mais il se disait que Mahiru saurait la recadrer, alors il a décidé de les observer en silence.
Mahiru ne ferait jamais de compromis sur la qualité de ce qui devait être servi. Puisqu’il s’agissait d’un cours de cuisine, elle se consacrerait à préparer des plats normaux. Tout devrait bien se passer.
Elle a guidé Chitose dans la cuisine qu’elle connaissait bien. Les noms des plats affichés étaient probablement le menu du jour.
Pour info, elles allaient préparer une quiche avec une salade, une bisque de crevettes, et le reste serait sauté. C’était sans doute pour satisfaire l’envie d’Amane de manger des crevettes.
Rien ne semblait étrange, mais Amane craignait toujours que Chitose n’ajoute des ingrédients bizarres dans la quiche.
« … J’ai l’impression que quelqu’un doute de moi… »
Chitose a lancé un regard mécontent, ayant probablement remarqué l’air sceptique d’Amane. Ce dernier a détourné les yeux et s’est assis sur le canapé.
Pour être honnête, Amane n’avait rien à faire. Il avait été invité ici en tant que testeur de poison… chez lui.
Amane aurait pu cuisiner si Mahiru l’avait aidé, mais c’était au tour de Chitose. Il ne pouvait pas bouger, car Mahiru lui avait demandé de rester assis.
Alors, Amane s’ennuyait.
Il a regardé vers la cuisine et a vu les deux filles en tablier discuter intimement en commençant à cuisiner.
Elles avaient des morphologies différentes, mais c’étaient de jolies filles, et elles étaient chez lui, en train de cuisiner. N’importe quel garçon trouverait ça tentant, s’est-il dit en les observant d’un air absent.
Est-ce que cette chatte farceuse va faire un coup bas ? L’inquiétude l’a repris, mais comme il s’ennuyait vraiment, il a lentement fermé les yeux.
Ça allait prendre quelques heures, une petite sieste ne lui ferait pas de mal. Après tout, il était chez lui, et la seule personne qui pourrait le gronder… c’était Mahiru.
Haaa. Amane a bâillé et s’est affalé sur le canapé.