Chapitre 212
Une heure et demie s'était écoulée depuis l'ouverture, et le nombre de clients ne semblait pas diminuer. Au contraire, il augmentait.
Plus le temps passait, plus les gens affluaient, et la file d'attente attisait la curiosité de beaucoup.
La plupart des premiers clients étaient des étudiants, mais par la suite, on a pu voir des visiteurs extérieurs.
Ils n'étaient pas aussi enthousiastes que les étudiants, mais il arrivait que certains soient stupéfaits par le nombre d'étudiants au physique avantageux.
Quelques visiteurs plus jeunes ont voulu saisir l'occasion pour draguer, mais les problèmes ont été calmement résolus par le personnel de service.
« Vous êtes vraiment mignonne, mademoiselle. »
Bien sûr, certains ont tenté d'aborder Mahiru, qui a esquissé un léger sourire, les a remerciés, et a poursuivi son chemin.
Elle n'avait aucune intention de poursuivre la conversation, avez-vous décidé de ce que vous vouliez commander ?, coupant court à toute tentative de drague masculine.
Cette réplique universelle rappelait au client qu'il n'était qu'un client.
« C'est fait, mais je voulais discuter avec vous… »
« Si vous avez choisi, veuillez passer votre commande. »
« Euh, si c'est possible plus tard… »
« Je m'excuse, mais nous ne proposons pas ce genre de service. Veuillez passer votre commande si vous avez décidé. »
Ce client semblait avoir l'intention d'insister, mais Mahiru a répondu avec un sourire de façade. Le client a remarqué que quelques membres du personnel le fixaient froidment et, dépité, il a passé sa commande.
C'est arrivé plusieurs fois, et Amane n'a pu qu'afficher un sourire en coin.
…Je crois que je ne suis pas le seul à être surprotecteur.
Il sentait qu'aucun de ses camarades de classe ne laisserait Mahiru se faire importuner.
Mahiru était sincèrement adorée par ses camarades, mais il ne s'attendait pas à ce qu'ils lui témoignent une telle attention.
« Je sais que tu t'inquiètes, mais on veille au grain aussi. Ne sois pas si tendu. »
Alors qu'Amane était surpris, Kadowaki a affiché un sourire en coin en s'approchant de lui, profitant d'un moment de répit.
Soit dit en passant, lui aussi était souvent abordé par des jeunes femmes, mais on pouvait souvent le voir les esquiver avec habileté, probablement par habitude.
« On sait que tu es nerveux à l'idée de voir à quel point ta petite amie est populaire, et que tu ne peux pas toujours garder un œil sur elle, n'est-ce pas ? On donnera un coup de main quand on pourra. »
« Kadowaki… »
Amane a réalisé à ce moment-là que Kadowaki et les autres camarades étaient vraiment bienveillants, et il a senti une chaleur se diffuser dans son cœur.
« On ne veut pas qu'un ami soit blessé… ou pour être honnête, on n'a pas envie de voir quelqu'un se faire briser à nouveau après avoir été guéri. »
« Guéri ? »
« Toute la classe est en mode : "ne gâchez pas l'ambiance douce-amère entre ces deux-là". »
« Désolé, je ne vois pas de quoi tu parles. »
Qu'est-ce qu'il raconte, celui-là ? Il n'était pas étonnant qu'Amane ait affiché une telle tête.
Il a grincé des dents en entendant Kadowaki dire quelque chose d'aussi inhabituel pour lui. Celui qui venait de sortir des phrases aussi vagues a souri de toutes ses dents, incapable de s'empêcher d'éclater de rire.
« Enfin bref, dis-toi juste que Shiina-san est vraiment choyée, et que tout le monde dans la classe est bienveillant envers vous deux. »
« Donc tu veux dire que tout le monde nous observe ? »
« Non, réfléchis un peu. Tout le monde regarde forcément quand vous flirtez aussi naturellement. »
« Depuis quand on flirte ? »
« Non, non, non, non, non. »
Qu'est-ce que tu racontes ? Kadowaki a lancé ce genre de regard à Amane, qui a pincé les lèvres.
Il n'avait aucun souvenir de flirter ouvertement.
Malgré cela, on pouvait supposer que c'était l'atmosphère créée lorsqu'il touchait involontairement Mahiru de temps à autre.
…Je dois faire attention.
Sinon, il risquerait de gâcher quelque chose par mégarde un jour.
Enfin, tant que vous êtes heureux tous les deux, Kadowaki a gloussé face à un Amane silencieux, l'air complètement soulagé. Embarrassé, Amane a pincé les lèvres encore plus fort qu'avant.
« Amane-kun. »
Amane est retourné au comptoir arrière et a retrouvé Mahiru, qui s'est dirigée vers lui avec bonheur.
Son sourire était différent de celui qu'elle réservait aux clients. C'était un sourire sincère, venant du cœur, qu'elle ne montrait qu'à lui. Il a senti son cœur tressaillir et l'a accueillie avec un sourire qui n'était que pour elle.
« Tu n'es pas fatiguée ? »
« Je vais bien. Tout le monde se soucie de moi… mais j'ai été choquée de voir tout le monde intimider la personne avec l'appareil photo juste par des sourires. »
« Ah, on avait bien précisé que les appareils photo étaient interdits, et on les avait prévenus avant. On n'y peut rien s'ils ignorent les règles. »
« On dirait bien que tout le monde est extrêmement motivé… »
« Eh bien, oui. »
Amane n'a pas mentionné que c'était parce que tout le monde veillait doucement sur eux, et a balayé le sujet. Mahiru a émis un petit rire cristallin, et il semblait qu'elle n'avait rien remarqué.
On pouvait se demander si elle ne s'en était vraiment pas rendu compte, ou si elle y était habituée. Elle s'inquiétait pour le café, car elle a jeté un coup d'œil à la salle.
« Il y a plus de clients que prévu. »
« Je pense que les gens suivent juste le mouvement. Il suffit de rejoindre la longue file d'attente. »
« Peut-être bien. Bien sûr, il y a… »
Mahiru a alors tourné ses yeux vers Amane.
« …Je pense que les gens viennent avec l'espoir de voir une certaine personne. J'ai entendu des bavardages à l'extérieur qui suggèrent que c'est le cas. »
« Ouais, la plupart des étudiants viennent pour toi… »
« …Amane-kun, j'ai beaucoup de choses à te dire une fois que ce festival sera terminé. »
« Bien sûr, de quoi veut-tu parler ? »
« De beaucoup de choses. »
Mahiru semblait mécontente et a froncé les sourcils en essayant de garder ses émotions pour elle. Amane a senti qu'il avait peut-être marché sur une mine, alors il a précipitamment cherché son regard, mais elle a détourné les yeux.
Il semblait qu'elle n'essayait pas de montrer sa colère, mais plutôt qu'elle était timide, car son visage était rouge.
« …Ta tenue est trop indécente. »
« Ehhh… tu devrais t'y habituer. Tu en as eu assez pendant les répétitions, non ? »
« Je ne peux pas. Ton regard sur moi est différent de celui que tu as quand tu regardes les autres. »
« Ce serait problématique si c'était le même… »
Il était naturel que l'expression qu'il réservait à sa petite amie soit différente de celle qu'il adressait aux clients. Peu importe à quel point une cliente était mignonne, il la servirait toujours de la même manière.
À vrai dire, il ne pensait pas qu'il y eût quelqu'un de plus mignon que Mahiru devant lui. Pour lui, cette expression timide et boudeuse, qu'elle ne montrait qu'à lui, était plus adorable que tout au monde.
« Tu ne comprends pas, Amane-kun… Je ne te laisserai pas partir, même si les autres voient à quel point tu es quelqu'un de bien. »
Mahiru a soudainement changé de sujet, et Amane était confus quant à la signification de ses propos. Elle n'a cependant pas poursuivi et a martelé sa poitrine, comme pour évacuer sa frustration.
« Tu avais dit que tu ne flirtes pas. »
« Ce n'était pas intentionnel. »
« C'est ce que tu dis. »