Chapitre 205
Deux semaines avant le festival culturel, ils furent informés que les tenues commandées avaient été livrées.
« Hum, voici les vêtements. Attendez un instant, je vais les distribuer un par un ! Il y aura d'autres instructions une fois que vous aurez vos tenues, alors patientez un peu~ »
Kido sourit en distribuant les vêtements à ses camarades. Lorsqu'elle se tourna vers Amane, elle rayonna en s'approchant de lui pour lui remettre les siens : Tiens.
« Ah, Fujimiya-kun, il y a une salle de classe réservée pour que tu puisses te changer. Va là-bas tout seul, plus tard. »
« Pourquoi tout seul ? »
« Hmm… c'est une situation particulière. »
« C'est quoi cette histoire ? »
« C'est un petit souhait de Shiina-san, et je pense qu'on devrait l'exaucer. Elle dit qu'elle veut te voir en premier, Fujimiya-kun… »
Bien sûr, tout le monde était d'accord, ajouta Kido pour le rassurer. Amane se sentit un peu coupable, mais fut reconnaissant envers Kido d'être prête à faire cela pour le bien de Mahiru.
« Merci », dit-il à Kido et aux filles qui avaient accepté ce tournant avec enthousiasme.
Pendant le créneau qui lui était alloué, Amane attendit devant la salle de classe, car il savait que Mahiru était en train de se changer à l'intérieur.
Bien sûr, les rideaux étaient tirés. Tout le monde était censé se diriger vers son propre vestiaire, mais ils avaient emprunté une salle de classe pour s'entraîner à servir les plats. De plus, les robes de soubrette vaporeuses auraient attiré beaucoup trop d'attention dans les couloirs, sans parler de la peinture au sol qui aurait pu salir les tenues. C'était sans doute la raison principale de cet arrangement.
Pourquoi suis-je aussi nerveux ?
Il se sentait étrangement, indéfinissablement mal à l'aise à l'idée qu'une fille se changeait derrière cette porte. C'était sa petite amie, et il l'avait déjà vue en sous-vêtements, pratiquement, mais son cœur restait agité.
Il s'appuya contre la porte et attendit en silence. Tu peux entrer, répondit une voix tendue.
Mahiru devait être nerveuse elle aussi, et Amane gloussa en obéissant. Elle se tenait à quelque distance de la porte.
Il referma la porte derrière lui et fixa Mahiru devant lui.
Elle portait une robe de serveuse à manches longues qui lui arrivait aux chevilles, une tenue classique qui s'intégrait parfaitement à l'époque moderne. Les manches bouffantes au niveau des coudes donnaient l'impression qu'elles étaient remplies d'air. C'était une robe bleue accompagnée d'un tablier.
Kido avait dit un jour que pour les minijupes, elles porteraient une autre jupe en dessous pour éviter qu'elles ne gonflent. Mahiru, elle, portait une robe longue qui n'était pas trop large, ce qui lui donnait une silhouette fine et élégante.
Le tablier était orné de volants, et comme il n'y avait pratiquement aucune peau exposée, cela cultivait une image sage et innocente. Sous l'ourlet de la robe, ses chevilles étaient couvertes par des chaussettes noires.
Soit dit en passant, ces chaussettes appartenaient à Mahiru. Elle portait des chaussettes toute l'année pour ne laisser aucune parcelle de peau à découvert. C'était aussi ça, la situation.
« Comment est-ce ? »
Mahiru pencha lentement la tête, et ses cheveux tombant sur le côté frémirent.
Elle allait devoir servir les clients et apporter leurs commandes. Ses cheveux couleur lin étaient attachés en arrière pour ne pas la gêner.
Une coiffe blanche ornait sa tête, soulignant son allure de soubrette.
« … Ça te va encore mieux que ce que j'imaginais. »
« Vraiment ? Merci. C'est la première fois que je porte une chose pareille… »
Le compliment sincère d'Amane fut accueilli par une réponse timide.
Cela lui allait si bien, en partie grâce à son beau visage, mais surtout parce que son attitude correspondait encore mieux à la tenue que prévu.
Mahiru était quelqu'un qui aimait servir les autres et, pour être franc, elle était très dévouée, ce qui expliquait pourquoi cela lui seyait si bien.
Amane vit son sourire radieux et eut naturellement envie de l'empêcher de servir les clients.
« … Amane-kun ? »
« Ah… ahhhh, désolé. Ça te va si bien que je n'ai pas envie de montrer ça à quelqu'un d'autre. C'est trop dangereux. »
« Fufu, qu'est-ce qui est dangereux ? »
« Ma santé mentale ? »
« Je te caresserai la tête plus tard, alors s'il te plaît, prends sur toi pour le moment. Moi non plus, je n'ai pas envie que les autres te voient dans cet uniforme de majordome… »
« Tout va bien, personne ne va se jeter sur moi. »
« Ça compte quand même. »
Mahiru boudait pour une raison quelconque, alors Amane s'excusa. Elle sembla réaliser qu'elle avait peut-être exagéré, c'est plutôt à moi de m'excuser, murmura-t-elle doucement.
« … Tu es plus accessible depuis que tu as changé de style. Enfin, j'entends d'autres filles te faire des compliments. »
« Je n'en ai jamais entendu parler, pourtant. »
« Elles ne te le diront pas en face. Ce sont juste des commérages entre filles… et elles ne s'approcheront pas de toi ouvertement tant que je suis là. »
Amane ne savait pas ce que les filles disaient de lui dans son dos et sentit un frisson lui parcourir l'échine. Selon Mahiru, leurs avis étaient plutôt bienveillants.
Cependant, il ne pensait pas avoir reçu leur sympathie, tout au plus quelques regards chaleureux.
Après tout, il trouvait inacceptable que des filles s'approchent de lui alors qu'il était en couple, et il se devait de refuser. Il ne se souvenait pas avoir rencontré une telle fille et restait insensible aux paroles de Mahiru.
Mahiru sembla remarquer qu'Amane n'avait écouté qu'à moitié, car elle fit la moue de façon adorable.
« Je te dis que les filles sont plus honnêtes entre elles, tu sais ? Comment est la relation, comment est sa personnalité, quelles sont les expériences, et ainsi de suite. On parle aussi de choses qu'on ne laisserait jamais les garçons entendre. »
« Dans quoi ma petite amie s'est-elle embarquée, bon sang ? »
« C'est juste des discussions de filles. Il n'y a rien de futile, ce sont des conversations sérieuses… elles disent que tu es exceptionnel, Amane-kun, alors je commence… à m'inquiéter. »
Le regard hésitant de Mahiru ressemblait à celui d'une adorable soubrette, ce qui provoqua un sentiment de culpabilité chez Amane, mêlé à un peu de sadisme.
« Alors, qu'est-ce qu'elles ont dit ? »
« … Elles ont dit que tu es galant… et que tu n'as pas l'habitude de traiter avec les filles, ce qu'elles trouvent charmant. »
« J-je ne pense pas que ce soit un compliment… »
« … Et que tu ne tomberais pour personne d'autre une fois que tu as quelqu'un. »
Il était normal qu'il ne s'intéresse qu'à celle qu'il aimait. Il serait impoli de courtiser d'autres filles alors qu'il était en couple, et aussi malhonnête.
Amane ne sortait pas avec Mahiru à la légère. On disait souvent des Fujimiya qu'ils étaient dévoués, pleins d'amour, et à vrai dire, Amane n'avait aucune intention de s'intéresser à quelqu'un d'autre que Mahiru.
« C'est pareil pour toi, non ? Tu ne vas pas jeter des regards vers d'autres garçons ? »
« Bien sûr que non ! »
« Alors il n'y a pas de quoi s'inquiéter… tu es la seule pour moi, et je ne m'intéresserai qu'à toi. Cela dit, je ne veux pas que les autres te dévorent des yeux, et c'est pour ça que je ne veux pas qu'ils te voient dans cette tenue. »
Ils revinrent à leur sujet initial, et Mahiru fronça légèrement les sourcils avant de frotter son front contre son bras à plusieurs reprises.
« … Prenons sur nous pour le moment. »
« Ouais. »
« … À part ça, j'ai envie de te garder pour moi toute seule. »
« Pareil pour moi. »
Amane caressa doucement le dos de Mahiru tandis qu'elle continuait de frotter son front contre lui. Elle releva ensuite la tête et le fixa intensément.
« … J'ai hâte de te voir en tenue de majordome, Amane-kun. »
« C'est bientôt l'heure pour moi d'emprunter cette salle et de faire mon show. Attends encore un peu. »
Grâce à la bienveillance d'Itsuki, Chitose et Kido, Amane avait pu voir Mahiru dans cet état en avance. À l'origine, c'était censé être montré à tout le monde.
Bientôt, ce serait au tour des garçons de porter leurs tenues louées.
« … Disons-le tout de suite, ce n'est rien d'extraordinaire. »
« Non, j'ai vraiment hâte de voir ça. »
Mahiru sourit, indiquant que ses mots n'étaient pas par politesse, mais par sincérité. Amane ressentit un chatouillement indescriptible dans son cœur, attends juste, n'espère pas trop, se dit-il en se grattant la joue.
« Alors, qu'est-ce que tu en dis ? »
« Qu'est-ce que tu veux dire par "qu'est-ce que tu en dis"… ça lui va bien. »
Les garçons chargés du service avaient fini de se changer et étaient surexcités, Amane venant tout juste de voir Mahiru en uniforme de soubrette.
Amane, ainsi interrogé, ne put répondre que par cette évidence.
Ses camarades furent évidemment déçus par sa réaction terne. Il les fixa, interdit.
« Dis, je ne pense pas que ce soit tout ce qui te passe par la tête en ce moment, si ? »
« Qu'est-ce que je peux dire de plus… c'est impossible que ça ne lui aille pas. »
« Eh bien oui, c'est Shiina-san, après tout. »
« J'aimerais bien qu'elle me serve aussi. »
« Je veux qu'elle sourie et qu'elle dise "goshujin-sama"… »
« Je ne la laisserai jamais vous servir, vous autres. »
« Radin… radin… laisse-nous rêver. »
« Mieux vaut briser les rêves qui ne se réaliseront jamais. »
« Aïe. »
Durant cette période, Amane s'était rapproché de ses camarades qui riaient aux éclats (bien qu'une minorité fût vraiment abattue), et ils pouvaient plaisanter ensemble. Il commença à interagir avec les autres garçons ; Je suis tellement envieux, disaient certains en lui tapant dans le dos, et il répondait de la même manière.
Amane répondit délibérément sans pitié tout en interagissant avec désinvolture, vêtu des vêtements préparés pour lui.
Les garçons portaient des vestes bleu marine proches du noir, des pantalons de costume et des gilets gris foncé. C'était un design simple et élancé qui dégageait de l'élégance.
Il ne se sentait pas à l'étroit et n'avait aucun problème pour bouger.
« C'est incroyable. Itsuki ressemble à un majordome playboy, le genre comique qu'on voit souvent dans les mangas. »
« Eh, pourquoi tu te moques de moi ? »
Itsuki avait fini de se changer et se faisait taquiner par les autres garçons.
Amane jeta un coup d'œil sur le côté et, comme ils l'avaient fait remarquer, le majordome fraîchement vêtu avait l'air joyeux, pour le dire gentiment. Pour être franc, il avait l'air frivole.
« Ouais, tu as l'air frivole. »
« Toi aussi Amane !? Mais toi… oh oh, c'est le regard sérieux qui pourrait plaire à Shiina-san. »
« Quelles bêtises tu racontes. »
Amane s'était naturellement bien habillé, car c'était pour que Mahiru le voie. Il avait ramené une partie de ses cheveux en arrière et avait l'air plus rafraîchi que d'habitude.
Il ne voulait pas faire la coiffure totalement tirée en arrière qu'on voit souvent dans les illustrations, mais il avait fait cet effort sans hésiter.
« Il est sérieux… ce type est sérieux… »
« Il était si peu enthousiaste avant ça, et maintenant il est tellement motivé… »
« Je ne sais pas pourquoi Shiina-san a hâte, mais je deviendrais certainement sérieux si j'étais lui. »
« Ils flirtent… ils flirtent… »
« Non mais, si vos petites amies avaient hâte, vous seriez enthousiastes aussi, non ? »
« Arrête ça Fujimiya, c'est super efficace contre les célibataires. »
« Ehhh… désolé… »
« Ne t'excuse pas, mec. Ça fait mal… »
Les camarades dirent cela en prenant nonchalamment Amane en clé de bras. Il se laissa faire cette fois-ci et haussa les épaules face à un Itsuki souriant, qui était un peu dévasté d'être traité de frivole.
« Eh bien, Chitose sera heureuse de te voir comme ça, Itsuki. »
« Ouais, et elle dira : Ikkun est tellement frivole. »
« Yep. »
Amane imagina Chitose répondre ainsi, sans méchanceté, et gloussa doucement. Itsuki donna un coup de coude dans le flanc d'Amane, et ce dernier lui rendit la pareille dans le dos.
« En parlant de ça, je pense que Kadowaki va encore être au centre de l'attention. »
« Pas vraiment. Les filles ont dit que le type prince, le frivole, le distant et les shotas sont tous très demandés. »
« Kuju a du mal à être traité de shota. Et puis, c'est toi le frivole, évidemment. »
Kuju avait été forcé de servir à cause de son physique. Il était petit par rapport aux autres garçons et correspondait à un archétype dans un certain sens. Il était souvent mécontent d'être traité de mignon, et encore plus cette fois-ci, semble-t-il.
Amane jeta un coup d'œil à Kuju, qui avait l'air mécontent tout en ayant changé de vêtements. Pour le meilleur ou pour le pire, il était petit, avait un visage de bébé et pouvait satisfaire un certain besoin.
Soit dit en passant, son pote Hiiragi était à l'arrière, car il était plus costaud que prévu. Il était plus robuste que les autres garçons, et il avait été décidé qu'il contribuerait en tant que main-d'œuvre plutôt que de servir les clients.
« … Maudit sois-tu Kazuya… espèce de traître… »
Amane entendit une malédiction sortir de la bouche du mignon visage de bébé, mais il choisit de faire semblant de ne pas l'entendre.
« Ohhh, ça te va vraiment bien Ikkun~! Frivole, mais bien ! »
Les élèves chargés du service étaient rassemblés dans la salle de classe, et c'était l'heure de la révélation. Comme prévu, Chitose lança un regard en coin tout en le qualifiant de frivole.
Itsuki savait aussi qu'il avait le look, et ne le nia pas, mais il regarda au loin : C'est si ridicule que ça ? murmura-t-il. C'était à prévoir, puisqu'il était habituellement comme ça.
Chitose devait aussi servir les clients et portait un uniforme de soubrette.
Peut-être y en avait-il deux sortes, car elle ne portait pas la robe conservatrice de Mahiru. C'était une tenue axée sur la mignonnerie et l'aspect décoratif, qui s'arrêtait plusieurs centimètres au-dessus des genoux.
On pouvait voir les volants sous l'ourlet et des chaussettes hautes blanches sur ses longues jambes fines. La coupe courte complétait le tablier vaporeux, donnant l'ambiance d'une soubrette moderne.
« Bref, comment c'est ? Ça me va ? »
« Bien sûr, tout te va bien Chii. »
« Tu dis ça, mais tu te roulais par terre de rire quand j'ai porté les vêtements de Mahirun pour te montrer. »
« Ah, c'est une question de taille… »
« Ikkun. »
« Désolé. »
Le frivole (soi-disant) Itsuki était lui aussi obéissant face à sa petite amie. C'était de sa faute s'il avait touché un point sensible, alors Amane ne rétorqua pas.
Outre Chitose, il y avait quelques autres serveuses en tenue de soubrette. Amane gloussa, impressionné par la façon dont ils allaient mener cet événement.
Kido, chargée de l'accueil, portait le même uniforme que Mahiru et s'approcha de lui avec un sourire.
« Ah, tu as l'air séduisant quand tu fais l'effort de bien t'habiller, Fujimiya-kun. »
« Mahiru a hâte de voir ça. »
« Fufu, quel bon petit ami. Shiina-san, ton petit ami est habillé en majordome maintenant. »
Kido fit venir Mahiru avec un sourire chaleureux et un signe de la main, mais Mahiru ne bougea pas pour une raison quelconque. Il pensa qu'elle ne voulait pas, mais ce ne semblait pas être le cas puisqu'elle rougissait et se tortillait.
Elle est si nerveuse et impatiente, je suppose qu'elle se fait trop d'idées, gloussa Kido avant de retourner vers Mahiru.
« Très bien Shiina-san, ce serait dommage de ne pas regarder de plus près. Vous ferez vos services ensemble, alors vous devriez vous y habituer. »
Itsuki et les autres avaient fait en sorte qu'Amane et Mahiru soient dans la même équipe. C'était en partie pour éviter tout harcèlement, et aussi pour leur permettre de visiter l'école ensemble pendant leur temps libre.
Kido poussa Mahiru dans le dos, et elle s'approcha de lui avec hésitation.
« Ça ne me va pas ? »
« P-pas du tout ! C'est merveilleux, si différent de toi, Amane-kun… »
« C'est si ridicule que ça ? Comment je suis ? »
« … Plus séduisant que d'habitude. »
« Je porte plus de vêtements que d'habitude. Je ne m'habille pas comme ça, même à la maison. »
« Parfois, c'est mieux de porter plus de vêtements ! »
Mahiru insista pour une raison quelconque, laissant Amane perplexe, mais les autres filles hochèrent la tête avec des regards complices, et l'atmosphère ne lui permettait pas de nier.
Comme d'habitude, Mahiru leva les yeux avec des joues rougissantes, se tortillant tout en achevant les garçons par sa mignonnerie. Rien ne pouvait l'arrêter.
« … Mahiru, ne montre pas ce regard aux autres. Ça va faire des victimes. »
« Pareil pour toi, Amane-kun. »
« Oui, oui, oui. »
« T-tu es bien désinvolte… »
Mahiru avait l'air mécontente, mais le visage d'Amane était si différent de la beauté de Mahiru, et il n'y avait aucune chance qu'il ait charmé à la fois les garçons et les filles.
Tu n'as pas à t'inquiéter pour ça, Amane balaya le sujet avec cette sous-entendu, et Mahiru lui donna un léger coup sur le bras, semblant ne pas y croire.