Chapitre 127
« E-euh, Amane-kun… »
La voix de Mahiru semblait hésitante alors qu'elle était dans les bras d'Amane, et ce dernier ne répondit rien, se contentant de resserrer son étreinte autour d'elle.
Il l'avait serrée contre lui après le dîner, en guise de représailles pour ses taquineries, mais il avait l'impression de se torturer lui-même.
Mahiru acceptait pratiquement tout ce qu'Amane faisait. Il pouvait lui prendre la main, lui caresser la tête ou même l'enlacer sans qu'elle ne s'en offusque le moins du monde.
Elle ne se montrait pas non plus dégoûtée si Amane s'attardait à humer son doux parfum ou s'il la serrait contre lui pour profiter de la douceur de son corps. Elle disait toujours : « J'aime quand tu fais ça, Amane-kun », et l'autorisait à continuer, tant qu'il ne dépassait pas les bornes.
Si Amane comptait se venger de Mahiru, qui lui permettait d'agir dans une certaine mesure, il devait lui aussi en payer le prix. On pouvait dire qu'il ne faisait aucun mal à Mahiru ; c'était sa propre santé mentale qui était attaquée.
« Pourquoi tout ça, soudainement, Amane-kun… ? »
« … C'est une vengeance pour ce que tu as fait à l'école. »
« Une vengeance ? »
« Tu m'as taquiné, alors maintenant, je te taquine en retour. »
« Mais ça me rend heureuse. »
« Je m'en doutais. »
Amane lui-même appréciait ce moment, et il se demandait ce qu'il devrait faire ensuite.
À vrai dire, Amane n'avait pas le courage de s'en prendre à Mahiru.
De par leur personnalité, aucun des deux n'était capable de prendre l'initiative ou de mener la danse. Ils étaient du genre à avancer pas à pas, à s'approcher lentement l'un de l'autre, à se toucher avec hésitation et à s'habituer l'un à l'autre. Il leur était difficile de passer à l'offensive.
« … Mais sérieusement, cette position me met déjà assez mal à l'aise. »
Amane laissa échapper ses pensées sans réfléchir. Comme prévu, une simple étreinte demandait du courage, et il était gêné. Il faisait de son mieux pour réussir à la toucher sans détour, mais il ne pouvait rien faire contre son cœur qui battait à tout rompre.
En entendant ses mots, Mahiru cligna des yeux, détournant le regard.
« … Je ne peux pas dire que je ne suis pas gênée non plus. »
« Hein ? »
« Après tout, je me sens soulagée et à l'aise quand tu me touches comme ça, Amane-kun, mais je suis tout de même embarrassée… enfin, mon cœur s'emballe. »
« Ça ne se voit pas sur ton visage, pourtant. »
« … Tu ne te moqueras pas de moi si tu peux le voir ? »
« Me moquer de toi… ? Je pense que je me contenterais de regarder ton visage et de te trouver mignonne. »
Amane pouvait bien vouloir se venger, mais il était fort probable que Mahiru, dans son embarras, soit si adorable que son cœur en serait retourné.
Elle était mignonne dans son apparence, sa voix, ses gestes, sa personnalité, et évidemment, elle l'était encore plus lorsqu'elle était timide. Amane, qui avait été terrassé plusieurs fois ce jour-là, pouvait facilement en conclure cela.
Une fois qu'il eut répondu sérieusement, Mahiru ferma les yeux et vint poser son front contre la poitrine d'Amane.
« C-c'est parce que tu dis toujours des choses pareilles… c'est ça qui est terrible chez toi, Amane-kun. »
« Quel côté ? »
« … Tu ne te rends absolument pas compte de ce que tu fais. »
« Non, c'est toi qui ne réalises pas que tu es en train de me tuer, Mahiru. »
« Ce n'est pas vrai. Tu as un tel pouvoir de destruction, Amane-kun. »
Elle frotta son front contre lui, se serrant davantage tout en entourant Amane de ses bras. « Je suppose que c'est à cause des enseignements de Shuuto-san », murmura-t-elle.
Amane ne comprit pas pourquoi le nom de son père était mentionné.
Néanmoins, il ne faisait aucun doute que Mahiru était gênée. Dans un certain sens, sa vengeance avait fonctionné.
S'il en disait plus, Mahiru risquait de ne plus jamais relever la tête. Il resta silencieux en lui caressant les cheveux.