Chapitre 122
« On dirait que tout le monde nous regarde. »
À mesure qu’ils se rapprochaient de l’école, de nombreux regards se braquèrent sur Amane, qui laissa échapper un soupir de lassitude.
Les expressions variaient : certains se demandaient qui était ce garçon tenant la main de Mahiru, d’autres ressentaient de l’envie, de la curiosité, ou même une pointe d’admiration.
C’était prévisible, mais il trouvait ces regards bien plus insupportables qu’il ne l’avait imaginé.
Heureusement, ils n’étaient pas tous négatifs. Il n’était cependant toujours pas habitué à une telle attention.
Il avait toujours préféré mener une vie calme et effacée, alors cette exposition le rendait nerveux.
« C’est normal. Tu as l’air d’une nouvelle personne, après tout, Amane-kun. »
Ils marchaient main dans la main, affichant clairement leur relation. Évidemment, les autres garçons ne manquaient pas de les observer.
Pourtant, l’Amane du festival sportif semblait bien différent de celui qui marchait aux côtés de Mahiru en ce moment. Personne ne disait rien, mais leurs yeux trahissaient une curiosité évidente.
« Est-ce qu’il y a vraiment une si grande différence ? »
« Hum. Comment dire ? Ta coiffure a changé, et ton apparence aussi. Plus important encore, tu te tiens droit et tu dégages de l’assurance. L’impression que tu donnes est vraiment différente. »
« Désolé d’avoir toujours été aussi peu motivé. »
« Ne te rabaisse pas… Tu as changé, Amane-kun. J’aime les deux facettes de ta personnalité, mais je déteste quand tu te dénigres. »
« Je ne veux pas être détesté. Je le note. »
« C’est bien. »
Mahiru sourit en se penchant contre lui, ce qui attira encore plus de regards sur eux.
Le visage d’Amane se crispa presque face à ces œillades venimeuses. Mais dès que Mahiru gratifia les alentours de son sourire angélique, les regards meurtriers s’évanouirent instantanément.
Dans un certain sens, l’Ange était vraiment la personne la plus forte, capable de réduire tout le monde au silence.
Amane se sentait toujours mal à l’aise malgré le changement d’attitude des autres, et il resserra sa prise sur la main de Mahiru en regardant devant lui. Ils allaient bientôt arriver à l’école, où il serait exposé à encore plus de regards. Une boule se forma dans son estomac.
« Avec tous ces regards, comment je suis censé entrer en classe tout à l’heure ? »
« S’il te plaît, oublie cette idée… ou est-ce que ça te déplaît ? »
« Pas du tout. J’ai décidé que j’allais changer. »
Depuis que Mahiru lui avait avoué ses sentiments, Amane avait compris qu’il ne pouvait plus vivre comme avant.
Il s’était promis de ne pas se couvrir de honte, même en étant à ses côtés. Il s’était dit qu’il devait se préparer mentalement à encaisser plutôt que de se laisser aller, afin de se montrer digne de Mahiru.
« …C’est vrai ? » répondit Mahiru en entendant ses mots, tout en serrant un peu plus ses doigts.
« Hein, Mahirun ? »
Amane remarqua que les oreilles de Mahiru rougissaient à ses côtés. Il allait lui dire quelque chose, mais une voix l’interrompit derrière lui.
Il se retourna en reconnaissant cette voix familière et ce surnom affectueux, pour découvrir Chitose, les yeux écarquillés.
Elle semblait stupéfaite en regardant Mahiru, puis Amane.
En voyant leurs mains entrelacées, elle lança un « Ohhh~ » malicieux, bondit vers eux et donna une tape dans le dos d’Amane.
« Salut~ Alors, tu en es arrivé là, hein ? »
« Tais-toi. »
« Bonjour à toi aussi, Mahirun~ On dirait que tout s’est bien passé. »
Chitose semblait de très bonne humeur, continuant de lui donner des tapes vigoureuses dans le dos avec un grand sourire.
Après avoir subi des regards curieux et jaloux toute la journée, la curiosité pure de Chitose lui fit monter le rouge aux joues.
« Félicitations, Mahirun. Mes efforts pour veiller sur vous ont fini par payer. »
« Oui. J’ai discuté de plusieurs choses avec toi. »
« Oh oui, comme : "Comment on gère la tête de mule d’Amane ?" »
« …Mahiru ? »
« P-parce que tu es vraiment une tête de mule, Amane-kun. »
Face à cette affirmation, Amane ne put rien répondre.
Mahiru l’avait toujours souligné, mais Amane n’avait jamais vraiment réagi, et la responsabilité lui en incombait. Il n’était donc pas étonnant qu’elle en ait discuté avec Chitose.
« Enfin, c’est Amane, après tout. » Chitose, qui avait débattu de ce sujet avec Mahiru, lui adressa une évaluation qui le laissa perplexe, tout en levant les yeux vers lui.
Elle l’observait probablement avec une curiosité nouvelle, car c’était la première fois qu’elle le voyait s’habiller avec soin.
« Mais bon~ c’est la première fois que je te vois aussi viril, Amane. »
« Qu’est-ce que tu veux dire par là ? »
« C’est ce que disent Ikkun et Yuu-chan. Hm hm, pas aussi bien qu’Ikkun, mais tu as fière allure pour un mec. »
Chitose gloussa à nouveau en lui tapant dans le dos. C’était sans doute sa façon à elle de lui donner son approbation.
Tu n’as pas changé. C’était peut-être sa manière de l’encourager, et ses lèvres se détendirent un peu.
« J’imagine qu’Itsuki est le meilleur pour toi, hein ? »
« Évidemment. Mais tu es le meilleur pour Mahirun. Il n’y a rien à redire. »
« Eh bien, tu as raison. Ça me va d’être le meilleur pour Mahiru. »
Amane ne cherchait pas à être le numéro 1 de Chitose. Il se contentait largement que Mahiru le considère comme le sien.
Il jeta un coup d’œil vers elle et la vit qui lui tenait le bras, posant son visage contre son coude en murmurant : « …Amane-kun est le numéro 1. »
Son visage était légèrement empourpré, sans doute parce qu’elle était étrangement gênée par la déclaration de Chitose devant elle.
« Quelle fille adorable~ Tu es si mignonne. Je t’aurais fait un câlin si Amane n’était pas là. »
« Bon, ça va, ne fais pas ça maintenant qu’on va en cours. Fais ce que tu veux après les cours. »
« Waouh, génial, ton petit ami est d’accord, Mahirun. Viens là et fais-moi un câlin~ ! »
« Euh, s-s’il te plaît, sois douce… ? »
Mahiru hocha la tête, un peu désemparée par cette demande soudaine. Chitose rayonnait en se rapprochant d’elle, sans doute impatiente de fêter ça pour son amie.
En voyant à quel point elles étaient proches, Amane détourna les yeux de Mahiru pour observer les environs.
Il y avait de plus en plus de monde autour d’eux, signe qu’ils arrivaient à l’école.
…J’imagine que les questions vont pleuvoir dès que j’entrerai en classe.
Il visualisa ce qui l’attendait dans quelques minutes en voyant la foule devant lui, et esquissa un sourire ironique, loin des deux jeunes filles.