Chapitre 9
Chapitre 9 : Menace
Le choix est une porte qui ne se referme jamais tout à fait.
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Bureau du directeur — Trinity User
L'homme à la barbichette blanche tenait une coupe de vin rouge entre ses doigts. Il la faisait tourner lentement, sans la porter à ses lèvres. Son bureau était sombre, lambrissé, éclairé par une seule lampe à abat-jour vert posée sur le sous-main en cuir.
Trois personnes se tenaient debout devant lui.
Une femme aux cheveux noirs tirés en arrière. Un homme en trench coat, tempes grisonnantes. Et un troisième, plus jeune, les bras croisés, le regard baissé.
Le directeur — Axiom — porta enfin la coupe à sa bouche. Il but une gorgée. La reposa.
« L'un d'entre vous peut-il m'expliquer ce qui est arrivé ? Tout en gardant de la logique, parce que cette affaire en manque cruellement. »
Les trois échangèrent des regards. Personne ne parla.
Axiom soupira.
« Il est impossible de pénétrer la forteresse sans y être convié. Alors comment cette impureté a-t-elle pu apparaître ici ? »
Il marqua une pause. Le silence était si épais qu'on entendait le tic-tac d'une horloge quelque part derrière eux.
« Je vais vous le dire, parce que la raison est très simple. Une personne l'a fait entrer. Et a orchestré ce carnage. »
La femme — Moeka — osa une question.
« Mais nous ne pouvons être sûrs de rien pour l'instant, directeur Axiom. Comment pourrons-nous découvrir de qui il s'agit si la plupart des étudiants ont décidé de rentrer chez eux aujourd'hui même ? »
Axiom sourit. Un sourire mince, sans chaleur.
« Heh heh. Ne vous en faites pas pour ça, ma chère Moeka. »
Il se leva. Les autres le suivirent dans le couloir.
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Hall principal — quelques minutes plus tard
Yukimiya descendait les marches lorsqu'elle les vit.
Des hommes en manteaux blancs, col montant, gants noirs. Ils se tenaient sur la scène du premier meurtre — celui qu'elle n'avait pas réussi à résoudre. Celui du couloir, la traînée de sang, la porte.
(Des membres de la sécurité publique... Qu'est-ce qu'ils font là ? Je ne savais pas que leur travail avait un lien avec le surnaturel.)
Elle plissa les yeux.
L'un d'eux souleva un collier en rubis. Il enleva son gant. Il le fit pendre face à son visage, à quelques centimètres de ses yeux. Il resta immobile, comme endormi. Puis il rouvrit les yeux, nota quelque chose dans un carnet, et rangea le collier dans une pochette en plastique.
(Qu'est-ce qu'il vient de faire ?)
La foule avançait. Yukimiya fut poussée vers l'avant, obligée d'abandonner la scène. Elle se retourna une dernière fois, aperçut le rubis qui scintillait sous la lumière des lustres, puis le perdit de vue.
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Le hall était immense.
Les étudiants restants s'étaient rangés en six lignes. Yukimiya compta rapidement.
(Soixante-neuf...)
Certains étaient déjà partis. D'autres hésitaient encore.
Le directeur Axiom apparut, accompagné de l'homme au trench coat. Il se plaça derrière un pupitre en bois sombre, posa ses deux mains à plat sur la surface, et contempla la salle.
Un silence.
Puis il fit un geste vers la porte arrière.
Elle s'ouvrit dans un grondement sourd. Une lumière blanche, aveuglante, inonda le hall. Tout le monde cligna des yeux.
« Que tous ceux qui veulent partir de cet endroit partent. Et ne reviennent jamais. »
Sa voix claqua comme un couperet.
« Qu'ils oublient tout ce qui est arrivé. Et qu'ils disparaissent tous de ma vue ! »
Un silence de mort s'installa. Des regards chargés de sous-entendus. Des mains qui se serraient.
« Je vous préviens. Si vous restez, vous allez devoir vous exposer à la perte, à la mort et à la folie. Le ciel vous tombera sur la tête et les eaux profondes vous engloutiront. »
(Mais pourquoi ? Il cherche juste à terrifier tout le monde... Ce n'est pas très gentil.)
Yukimiya hocha la tête. Elle avait déjà pris sa décision.
Son cœur battait quand même. Fort. Trop fort.
La fille devant elle se hâta de quitter les lieux. Puis une autre. Un garçon. Une fille. Et ainsi de suite, jusqu'à ce que le seul bruit dans la salle soit celui des pas foulant le plancher.
L'intimidation, ajoutée à ce qu'ils avaient réellement vu, fit partir bon nombre de personnes sans grand regret.
Axiom compta intérieurement.
(48... 37... 22...)
Il se toucha le front, l'arête du nez, le menton avec l'index.
« Dix personnes. Il ne reste que dix personnes. »
Il partit sans un mot.
Silencieusement, il ajouta :
(Que le Créateur les bénisse. Qu'il leur accorde le salut et leur ouvre la porte de son royaume si l'impensable venait à se produire.)
Il reproduisit son geste.
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Puis le silence disparut précipitamment.
On entendit la voix du garçon aux cheveux blonds — Tatsuki — claquer comme un fouet.
« Mourir. Vous allez tous mourir. »
Les visages se crispèrent.
(De quoi il parle ? Il commence à me faire un peu peur...) Yukimiya fronça les sourcils.
Le garçon aux cheveux châtains s'approcha de lui avec un sourire — celui qu'on affiche quand on veut éteindre un incendie avec un verre d'eau.
Il lui attrapa l'épaule.
« Ne l'écoutez pas... C'est sa manière de rigoler. N'y prêtez pas attention... »
Un garçon s'avança, visiblement agacé. Grand, large d'épaules, les poings serrés. Charles Mccarty.
« Si tu sais quelque chose, tu as intérêt à nous le dire. Si quelque chose de mal venait à arriver, tu en serais le principal responsa— »
« Je m'en fiche, bande de chiens. »
La voix de Tatsuki claqua comme un fouet.
« Avons-nous joué dans la même boîte ensemble, imbécile ? »
Charles grinça des dents. Il avança d'un pas, la fureur retenue prête à exploser.
Le garçon aux cheveux châtains essaya de les calmer. Son visage portait une expression triste. Il semblait vouloir pleurer — enfin, c'est exagéré...
Le pauvre.
Tatsuki poussa la main de Charles et se dirigea vers la sortie. À mi-chemin, il se retourna.
« Deux mois. »
« Je vous laisse juste deux mois. Crevez si vous voulez. »
Il partit.
La porte se referma derrière lui.
Le silence, cette fois, ne revint pas.
Il fut remplacé par le battement sourd de dix cœurs.
Chacun s'interrogeait sur le choix qu'il venait de faire.
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Extérieur — quelques instants plus tard
Tatsuki n'avait pas fait dix pas qu'il fut arrêté.
Trois hommes en manteaux blancs, col montant, se tenaient devant lui.
« Tatsuki Van Linngard, nous devons vous interroger sur les deux meurtres humains survenus dans la journée du 01 Mai 908. Si vous voulez bien nous suivre. »
« ... »
Tatsuki les regarda. Un long regard. Puis il soupira.
Il suivit les trois membres sans un mot.
Avant de disparaître au coin du couloir, il jeta un dernier coup d'œil à la pièce qu'il venait d'abandonner.
Ses yeux verts croisèrent ceux de Yukimiya.
Une seconde.
Puis il partit.
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— Fin du chapitre 9 —
Loué soit le Créateur.